‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 43 sur 122 · Archives communales, série (i · texte numérisé non relu

Archives communales, série (i

les descendants des hérétiques albigeois se défendent contre les entreprises des huguenots. La ville prend l'aspect d'un véritable arsenal; la milice bourgeoise ne suffisant plus, des compagnies de cavaliers y tiennent garnison, remplisant les rues, les carrefours, les places d'un tumulte, d'une confusion inexprimables. Chaque jour, de nouveaux détachements arrivent; l'hôtel des Trois Rois, celui de la Croix d'Or, regorgent de gentilshommes qui s'y installent tranquillement et y mènent joyeuse vie, aux frais de la communauté, bien entendu. Les consuls ferment les yeux et passent outre ; ils sont poussés et soutenus par une population que le malheur a rendue insensible à tout autre sentiment que celui de l'honneur. Qu'importent les souffrances , les luttes sanglantes , la mort même , pourvu que la Ligue triomphe, que la Ligue règne? Jusqu'à la fin, le dernier mot de cet effort surhumain sera : Catholiques avant tout! L'excitation est telle, que l'évêque Delbène, soupçonné de modération, attendra longtemps avant de prendre en personne possession de son siège et qu'il sera obligé d'y envoyer un procureur. La faction toute puissante des Guises occupe le château de la Berbie et ne veut le céder qu'à une de ses créatures.

C'était plus qu'une erreur, c'était une faute. Alphonse Delbène avait, au contraire, toutes les qualités voulues pour faire un excellent évêque et un parfait administrateur. Élevé dans un milieu savant et poli par un père illustre qui jouissait en Italie d'une grande réputation poétique, il s'était familiarisé de bonne heure avec les œuvres des anciens et des modernes.

Delbène, second cygne après le Florentin i...

1. Bartholomeo Delbène entretenait une correspondance suivie avec Ronsard, n lui avait même envoyé une ode en italien qui figure dans les œuvres complètes de ce dernier. C'est à cette ode que Ronsard répond par par l'élégie XXXIIIe. (Voir édition Prosper Blanchemain.)

C'est ainsi que Ronsard saluait la gloire de Bartholomeo Delbène le père. En 1565, il dédiait au fils, c'està-dire au futur évoque d'Albi, son Art poétique qui est bien certainement un des documents littéraires les plus curieux du seizième siècle.

« Tu converseras doucement et honestement avec « les poètes de ton temps; tu honoreras les plus vieux « comme tes pères, tes pareils comme tes frères, les « moindres comme tes enfants, et leur communiqueras « tes écrits; car tu ne dois jamais rien mettre en « lumière qui n'ait premièrement esté veu et reveu de « tes amis que tu estimeras les plus experts en ce « mestier, afin que par telles conjonctions et fami- « liaritez d'esprits avec que les lettres et la bonne « nature que tu as, tu puisses facilement parvenir au « comble de tout honneur, ayant pour exemple domes- « tique les vertus de ton père, qui non-seulement a « surpassé en sa langue italienne les plus estimés de « ce temps, mais encore fait la victoire douteuse entre « lui et ceux qui escrivent aujourd'huy le plus pure- « ment et doctement au vieil langage romain. Or, « pour ce que tu as déjà la cognoissance de la langue « "grecque et latine, et qu'il ne te reste plus que la « françoise, laquelle te doit être d'autant plus recom- « mandée qu'elle t'est maternelle, je te diray en peu « de parolles ce qui semble le plus expédient, et sans « t'esgarer par longues et fascheuses forests, je te « meneray tout droict par le sentier que j'auray « cogneu le plus court, afin qu'aisément tu regagnes « ceux qui s'estants les premiers mis au chemin, te « pourraient avoir aucunement devancé ' »

La dédicace seule de Y Art poétique, à une époque ou le chef de la Pléiade régnait sans conteste sur le Parnasse français, eût suffi à recommander le nom

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