‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 44 sur 122 · V. Œuvres complètes «k- Ronsard, Artpoàtiçuâ · texte numérisé non relu

V. Œuvres complètes «k- Ronsard, Artpoàtiçuâ

d'Alphonse Delbène au monde savant. Mais le jeune protégé de Ronsard fit mieux qu'éveiller les sympathies des lettrés, il les justifia. Après avoir étudié sous Cujas et pris le grade de docteur, il fut pourvu de l'abbaye de Hautecombe, puis nommé historiographe et sénateur de Savoie. Tout occupé qu'il était par ces hautes fonctions, il ne négligeait point cependant de maintenir au dehors l'éclat de son nom. C'est ainsi que pour répondre sans doute aux conseils de Ronsard, il composa quelques pièces de vers en l'honneur de Turnèbe, un des fondateurs de l'Université de France1. Mais, soit que la muse française ne lui fut pas assez propice, soit qu'il se sentit attiré d'un autre côté, nous le voyons tourner de bonne heure son esprit vers l'étude de l'histoire. Les ouvrages qu'il fit paraître alors sont assez curieux pour fixer un moment l'attention. A vrai dire, Delbène n'est pas un historien, mais plutôt un polémiste, — si ce mot peut convenir à cette époque, — qui condense un sujet et le présente sous une forme claire, incisive et entraînante. La Réforme a tout remis en question, les pouvoirs religieux comme les pouvoirs publics; c'est contre ces doctrines qui sapent non-seulement l'église romaine, mais encore les monarchies que le juriste distingué, le disciple de Cujas, s'inscrit en faux2. Tous ces traités fort

1. On lit ces vers dans le Tombeau éP Adrien Turnèbe, Paris, 1565.

2. Nous citerons notamment : 1° De principatu Sabaudiœ et vera âucum origine a Saxoniœ principibus simulque regvm Galliœ, e stirpc Ilugonls Capeti deducta, 1581. — 2" De gente ac famïliœ Hugonis Capeti origine, justo que progresm ad dignitatem regiam, 1595. — 3° De regno Burgondïœ tran.yuranœ et Arelatis, 1602. — Les bibliothèques de Paris, Turin et Genève, possèdent de nombreux manuscrits du môme auteur, entre autres, un poëme historique à la gloire de la maison de Savoie, intitulé l' Amcdeide. — La bibliothèque d'Albi en possède plusieurs. Un, en particulier, Tractatus de gente ac familiâ marchiomm Gothiœ, où on bit la dédicace suivante à M. de Verdun, sénéchal de Toulouse : « Sachez que je me livre avec une activité sans égale à la recherche de nos antiquités... Je travaille en ce moment à l'histoire des Albigeois et j'ai l'intention de la

oubliés depuis, avaient alors ce que nous appelons l'actualité; ils avaient ce genre de mérite fort appri aux époques de luttes et d'antagonisme de redresser les erreurs intéressées de certains partis, comme aussi de donner du cœur aux hésitants ou aux timides. C'est là précisément ce qui valut à Delbène une réputation considérable dans le monde politique. S'il éprouva donc des difficultés pour prendre possession de son siège épiscopal, on ne saurait en induire qu'il appartint aux idées nouvelles. Loin de là, et nos consuls ne tardèrent pas à s'en convaincre. Lorsqu'ils lui écrivirent, presque au lendemain de sa nomination, au sujet de cette question toujours pendante de l'enseignement, ils reçurent de lui une réponse qui contenait une profession de foi de nature à satisfaire les plus exigeants. « J'ai reçu, disait-il, deux lettres toutes d'une même « teneur, par lesquelles je cognois le désir que vous « avez qu'il y ayt un collège de jésuites en la ville « d'Albi. Lequel désir est sy bon et sy louable que ce « serait impiété à moy de ne l'aider et favoriser. « Lequel aussi j'ai toujours eu depuis qu'il a plu à « Dieu moy constituer votre pasteur, sachant ti « bien le grand profit et utilité que cette eompaignie « rapporte à la religion catholique, apostolique et « romaine, et à l'extirpation des hérésies, et qu'il n'y « a meilleur moyen d'empêcher que la peste de l'héa résie ne pullule dans les villes que de bien endoc- « triner la jeunesse aux bonnes mœurs et bonne doc- « trine comme ont accoustumé de faire ceux de cette « Compaignie...» La conclusion de cette lettre est qu'il offre une rente annuelle de 1,200 livres pour l'établissement du collège.

Malheureusement, d'après tous les calculs même les

publier sous vos auspices, si ma sauté chancelante me le permet. » Mall.eument, il ne reste rien de cette histoire. Citons enfin Serrer kUtûriéB summa, dédié au cardinal Aldobrandini

plus optimistes, la somme proposée était insuffisante, et les consuls furent obligés d'avoir de nouveau recours à ces expédients qui , au fond , achevaient de ruiner l'enseignement. C'est à peine si dans nos registres communaux de la fin du seizième siècle on mentionne les écoles; on le fait cependant de temps à autre, mais dans des termes si laconiques, qu'on saisit tout de suite l'embarras et les soucis de l'administration. Il se passe alors ce qui s'est passé bien souvent dans des situations semblables. Tout d'abord, les régents- viennent assez nombreux au concours, mais quand ils se présentent pour toucher leurs gages, ils trouvent les caisses de la communauté absolument vides, ou bien ils ne reçoivent que des fractions dérisoires de traitement. Les plus patients attendent, les plus pressés s'en vont avant même l'expiration du bail; d'autres intentent un procès à la ville. Le pire de tout, c'est le bruit qui se répand jusque dans les Universités voisines de Cahors et de Toulouse que les consuls d'Albi ne font plus honneur à leurs engagements. Dès lors, le concours annuel n'est plus suivi que par des candidats insuffisants ; encore un peu, et on les supprimera. En vain, pour démentir ces rumeurs qui ne sont pas tout à fait sans consistance, recueille-t-on vers la Saint-Luc tout l'argent dont on peut disposer pour faire montre et attirer les amateurs. Les pédagogues n'ont pas l'âme si naïve qu'ils puissent se laisser tromper par la vue des espèces. Il faut encore les toucher, car voir n'est pas avoir, et tous les candidats à la régence, même les plus nuls, sont à la hauteur de ce simple raisonnement. On dirait qu'ils se rappellent subitement tous les sophismes qui proviennent des illusions des sens et qu'ils n'ont retenu que cela de leurs études.

Passons sur ces scènes qui prêtent un peu à rire vues de loin, mais qui devaient être poignantes pour

nos bons consuls. Voici une ère plus féconde. < ta comprend que le bon roi Henri aimait trop son peuple pour se désintéresser d'une question vitale comme renseignement. Il chargea donc une commission de rechercher le meilleur système pour reconstituer les études et reprendre le mouvement interrompu par la Réforme. Des travaux de cette commission sortirent les nouveaux statuts de l'Université qui furent solennellement promulgués aux Mathurins (1600).

Cet heureux événement eut son contre-coup en province, à Albi notamment, ou Delbène enfin installé dans son palais épiscopal1 s'employait avec activité à réparer les maux de la guerre civile et à gagner les esprits les plus prévenus, à force de générosité et de douceur. De son côté, la communauté enhardie par la sollicitude royale faisait de nouveaux efforts pour réorganiser les écoles, lorsqu'intervint l'arrêt définitif qui condamnait le chapitre à payer les revenus de la prébende préceptoriale. C'était tout ce qu'il fallait pour assurer l'exécution des améliorations projetées; aussi fut-<>n leste en besogne. En 1607, Marian Langlois, docteur en droit de l'Université de Cahors, est nommé à la régence; il renouvelle complètement le programme des études et obtient bientôt des résultats inespérés. Nos archives contiennent deux catalogues2 imppmés des livres qui sont lus dans les classes le matin et

1. Delbène prit définitivement possession de son .-' pal a la lin de Tannée 1,598. Lu jour de son entrée a Albi, le consul Kevellat lui dit au nom des consola : a Assez certifiés de l'inclination qne ledit évêque a à «i tontes Tentas, et combien il aime et honore Les lettres, pro- « mettre la fondation d'un bon Collège qui rendra capable la jeun» -

« servir Dieu et le public;. les uns en L'exercice des divins el Baintsmjs- << tères, v\ 1<'- antres en la justice el avancemenl de la République

2. Ces deux catalogues ion1 faits pour les années IG07 et 1608. « Catalogué librortm quoi expUeare meipient profeuores albieu»est ûftftof upriliê

d CkrùU mit». 1007. » (V. Archives < imunales, série <;<!). Ces deux

catalogues sont signés : Langlois t>ri*iariiM CoUeoii Albiemi*. IN ont été imprimas a Castres.

le soir. En tète paraît une adresse aux jeunes gens pour les stimuler au travail : Schola Albiensis stucliosœ litterarum juventuti. C'est une invite pressante rédigée dans un latin élégant, un peu trop fleuri peut-être, mais bien fait pour enflammer l'imagination des jeunes poètes et rhétoriciens. Le morceau est assez curieux pour que nous en reproduisions quelques passages : Pergite [juvenes optimi), ite ex hybernaculis,

a Annus ab exortu cum floriferum référât ver. »

Hyemen egistis in opère ac labore, nivibus pruinisque abruti, sub pellibus durastis : Serenata jam cœli fade, tellus quœ nuper in viduitate squallida, cidtu sptendidiore nitens, spirantibus faconiis sinu feeundo eonceptos flores, impletisjustœ fœturce temporibns enititur

Vient ensuite un appel à une croisade formidable contre l'ignorance, ce monstre affreux qu'il s'agit de pourchasser et d'anéantir :

Ignorantia... qv.om insolenter exultantem, sœvientem, ausurentern coercete, reprimite, op-pr imite ; ut victores redeuntes domum, spoliis superbis, quicquid calcaveritis hic rosa fiât.

La direction de Langlois produisit les plus heureux résultats, ainsi que le démontre la note suivante :

Année 1607 « Nous avons parachevé l'establisse-

« ment entier du collège qui est de six régents et « le principal fait sept, savoir un pour les abécé- « daires, trois pour la grammaire, un pour les huma- « nités et un aultre pour la rhétorique, à ce que ceux « à qui la fortune a donné les moyens et commodités « pour aller aux grandes Universités puissent fère ici « la pluspart de leurs estudes. Nous avons assisté à « l'ouverture dudit collège avec la livrée consulaire,

« où chacun des régents a harangué dans la grande « salle, y estant Messieurs de la justice, entre lesquels « il y avait un des Messieurs conseillers de la coin de « Parlement de Tholouze qui honora cet acte de sa « présence suivy des plus apparents de la ville en « grand nombre.

« Pendant l'exercice du dit collège qui fust continué « avec mesme ordre que ceulx de Tholouze des « jésuites et de l'Esquille, nous avons mandé par tout « le diocèse et autres villes circonvoisines le catalogue « imprimé des libres qu'on y lisoit, pour les adviser « de l'augmentation d'iceluy, afin qu'ils y envoyassent « leurs enfants. Ce que plusieurs ont faict, tellement « qu'il est garny d'un bon nombre d'escoliers, parmy « lesquels il s'en est trouvé beaucoup de ceulx qui ont « été contraints de quitter Tholouze à cause de la con- « tagion qui y a régné presque toute ceste année1. »

Il serait trop long d'énumérer ici les livres qui sont désignés dans le catalogue. Cependant, quelques détails méritent d'être relevés en passant: c'est d'abord l'explication de la géométrie d'Euclide et du système métrique des Grecs : rationem metricœ quantitatis Gixecorum; puis, la lecture que l'on fait en cinquième d'un petit traité de Verulanus sur les convenant observer à table : De moribus in mensâ servandis libellum. Le vendredi de chaque semaine est consacré à l'instruction religieuse, le samedi aux disputations, aux déclamations publiques et autres exercices récréatifs2.

La direction de Langlois eut pour premier résultat de stimuler l'ambition des consuls, en montrant tout ce qu'on pouvait attendre d'un maître habile et savant.

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