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consuls qu'elle vient de donner un antre fils au roi de France (un belh filkj. Le messager qui apporte cette bonne nouvelle est entouré, choyé, porté en triomphe, salué de mille acclamations enthousiastes, et il est rare que la fête ne se termine pas par un sermon à la cathédrale sur l'éternelle jeunesse des races bénies de Dieu.
On se récriera peut-être sur la puérilité de ces manifestations et la bizarrerie de ces goûts. Il n'en est rien, car au fond la chose est plus importante qu'on ne le croit. Dans une petite ville de province, et mé dans les plus grands centres, quel .poids que la vie si tous les jours se ressemblaient, si le bon populaire si curieux, si empressé après les spectacles, ne pouvait se distraire un moment de ses occupations habituelles et se reposer de ses fatigues ! Or, l'Église s'entend admirablement à varier les spectacles : ses cérémonies sont autant de scènes poignantes ou joyeuses exc< veinent dramatiques. Imaginez donc un plus magnifique théâtre qne nos vastes cathédrales gothiques, de plus merveilleux décors que les fresques et les sculptures de sainte Cécile d'Albi, de plus riches costumes que les ornements des prêtres, un texte plus émouvant que les prières liturgiques, une harmonie plus délicieuse que les chants de l'orgue? Au milieu de ces cérémonies dont le cours a été savamment régie, Le sermon trouve sa place marquée. S'il est permis de comparer un office à un drame, on peut dire que Le sermon arrive à point, comme l'intrigue dans une pièce, pour exciter l'intérêt déjà éveillé par certaines prières, certains récitatifs qui servent en quelque sorte de prologue au sujet en représentation. S'agit-il d'une fête triste ou joyeuse? Le prédicateur l'explique, La commente, en fixe le sens el l<i caractère; puis, par une transition naturelle ou cherchée, il en fait une question d'actualité, autant pour intéresser ses audi-
teurs, que pour se dégager des étreintes d'un sujet souvent aride. C'est ainsi qu'il aborde successivement les plus graves problèmes de la philosophie, de la politique et de la vie sociale, qu'il dévoile les calculs et l'ambition des puissants, la haine ou l'envie des petits, l'égoïsme des uns, la bassesse des autres, et tout cela avec un crescendo d'invectives et d'implacable ironie.
En somme, le sermon excitait les passions des hommes du passé au même degré et pour les mêmes raisons que le théâtre excite les nôtres. Tons les vices défilaient devant la chaire et recevaient des mains du prêtre les stigmates de l'infamie. Il est vrai que le sermon a sur le théâtre l'avantage de tirer en toutes circonstances une conclusion morale, de ne jamais cacher la vérité et de mettre au contraire à nu avec une certaine brutalité les turpitudes humaines. Il est vrai aussi, que le sermon a un domaine plus grand, qu'il ne fait pas seulement son bien des phénomènes du monde visible, qu'il tient encore en maître le monde moral ; mais si le but diffère, au fond les moyens sont les mêmes. Qu'il s'agisse des événements de la vie réelle, ou des événements de la vie supérieure, les procédés ne varient pas; le sermon comme le draine a un prologue, une intrigue un dénouement; l'un et l'autre s'évertuent à trouver des situations émouvantes, à présenter aux spectateurs des types laids ou beaux, à exciter l'horreur 'ou l'admiration, et cet art de grouper les faits et d'en tirer l'imprévu après avoir intéressé et passionné, n'est pas autre chose que l'ait dramatique.
Ces considérations que l'on pourrait, d'ailleurs, développer plus longuement expliquent la vogue des sermons au moyen âge. On sait maintenant pourquoi nos pères étaient si friands de ce genre de spectacle où un seul personnage suffisait à retracer la vie hu-
inaine dans ses côtés les plus généraux comme dans ses détails les plus intimes. Aussi lorsque le bourdon de la cathédrale les appelle au prêche du soir, les rues de notre cité d'ordinaire sombres et silencieuses après le coucher du soleil, s'emplissent soudain de rumeurs et s'éclairent de mille flambeaux. C'est tout un peuple qui va s'instruire, se distraire, se moraliser, se forger une came robuste, d'une trempe assez forte pour résister aux plus implacables ennemis.
Il faut dire aussi que si ce peuple se sent si fort entraîné vers le sermon, les hasards des temps ont puissamment contribué h développer son goût sous ce rapport. Nous avons déjà dit que saint Bernard et saint Dominique avaient évangélisé les hérétiques de notre pays; ils ne furent pas seuls à laisser de grands souvenirs. La guerre de Cent Ans suscita une foule de prédicateurs qui excitèrent partout l'enthousiasme et contribuèrent puissamment à la délivrance nationale : « Nous voyons « à Paris, ditMichelet, un certain frère Richard remuer « tout le peuple par ses sermons, au point que les An- « glais finirent par le chasser de la ville. Le carme « breton Conecta était écouté à Courtray, à Arras, par « des masses de quinze ou vingt mille hommes. Dans « l'espace de quelques années, avant et après la Pucelle, « toutes les provinces ont leurs inspirées1 »
A cette époque de réveil religieux et patriotique, les prédicateurs abondent à Albi; les registres delà communauté les nomment presque tous, et la liste en longue. Parmi eux, il convient de signaler M« Yineens, maître en théologie, que les consuls envoient chercher le 20 mai 1416, à Saint-Paul-Cap-de-Joux, pour le prier dé venir prêcher. Ce Vincens, qui parait avoir réussi dans notre ville comme ceux que Michelet citait
1. Michelet : Histoire de Jeanne J' Are. — Il aurait pu citer également Saint Vincent Ferrier, qui fut un dea orateurs les plus puissants du siècle.
tout à l'heure, resta à peu près un mois clans notre ville, « faisant des processions, disant la messe etprê- « chant en plein air. Lorsqu'il partit, on remit à son « gubemador une bourse contenant 20 écus pour le « plaisir qu'il avait fait par sa bonne doctrine 1. »
Ce fut à la fin de ce même quinzième siècle que Olivier Maillard vint à Albi. En 1494, l'évoque Louis d'Amboise fit transporter de l'église de Vieux dans la cathédrale les reliques de martyrs et de confesseurs dont l'histoire se rattachait à celle de notre diocèse : saint Eugène, saint Amarand, saint Vindemial, saint Longin et sainte Carissime, vierge, native de Castelviel d'Albi , verges, filhaque fouec del Castelviel. Cette cérémonie donna lieu à une procession générale à la suite de laquelle Olivier Maillard fit un sermon : Et fec publicar la dichas rellquias en lo sermo gênerai que se fes, per lo religios et famos Frayre Olivier Maillart, observant de l'ordre de Sant-Frances2.
Le chroniqueur albigeois avait raison de donner l'épithète de fameux h Frère Maillard. Peu de prédicateurs ont eu autant d'empire sur les foules et autant de courage devant les rois. C'est lui qui répondait à Louis XI qui menaçait de le faire jeter à la Seine pour ses hardiesses de langage : « J'irai plus rapidement en « paradis par eau que le roi n'y arrivera avec ses che- « vaux de poste. » C'était une allusion très-spirituelle à l'établissement récent des postes. Malgré tout, il conserva jusqu'au bout la même liberté d'allures et le même franc parler, ce qui n'empêcha pas Louis XI de le prendre pour prédicateur, et Charles VIII pour confesseur.
Il ne reste rien, bien entendu, du discours que prononça Maillard dans la cérémonie dont il a été ques-