Archives communales, série AA
tion. Mais par ceux qui restent de lui, on peut se faire une idée de ce que fut celui-là. Il convient sans doute de repousser l'assertion de Voltaire qui prétend que Maillard est l'inventeur du Sermon farci, c'est-à-dire du sermon prononcé moitié en latin, moitié en français. M. Géruzez a parfaitement démontré le contraire dans son Histoire de l'Éloquence politique et religieuse. Ce qui est vrai, c'est que l'on remarque très-souvent dans ces sermons le burlesque à côté du beau, le bouffon à côté du sublime, un mélange incroyable de gravités et de plaisanteries, sans compter ce genre particulier de diction et d'action qui a fait appeler cette éloquence tousseuse, h cause des hem! heml et autres exclamations inusitées et passablement originales. Le passage suivant peut donner une idée du genre de F. Maillard... : « Ètes-vous de la part de Dieu? Le prince et la prin- « cesse, en êtes- vous? Baissez le front. — Et vous «autres, gros fourrés (les magistrats), en êtes-vous? « Baissez le front. — Les chevaliers de l'ordre, en « êtes-vous? Baissez le front. — Et vous jeunes gar- « ches, femelles de cour, en êtes-vous? Baissez le « front. Vous êtes écrites au livre des damnés, votre « chambre est toute inarquée avec les diables... ; di «moi, s'il vous plaît, vous êtes-vous bien mil « lavées, époussetées aujourd'hui ' ? »
Après avoir ainsi parlé à la cour, Frère Maillard disait aussi son fait au peuple. Ses sermons n'étaient souvent que Manions de conscience qu'il fai
subir aux nobles, aux na fs, aux marchands, aux
ouvriers. Chaque profession, depuis les plus êlei jusqu'aux plus hûnïbles, était l'objet d'une minute enquête. De la, de Longues tirades contre le lux<\ la gourmandise, l'avarice, les larcins professionnels,
*T;dement contre tous les vices particuliers à certaines classes de la société.