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l'Église, le premier pour y rester, le second pour en sortir un peu modifié, un peu laïcisé, mais toujours essentiellement religieux. Ce n'est pas une des moindres conquêtes de la critique contemporaine nue d'avoir éclairé les origines de ces sortes de drames qui marquent la première phase de notre théâtre moderne1. Aussi bien, nous ne répéterons pas ce qui a été dit à ce sujet; l'important pour nous est de rechercher dans notre ville les traces du Mystère. Or, voici ce que nous lisons dans un document du quinzième siècle : En 1468, le cardinal Jouffroy apporta de Rome, où il représentait le roi de France, les reliques de sainte Cécile, patronne de la cathédrale et du diocèse, de saint Tiburce et de saint Vâlérien. À cette occasion, il y eut de grandes fêtes qui se terminèrent par une procession générale pendant laquelle on joua par personnages la vie de Sainte Cécile : « Et se joguet per personatges la rida de Sancta Cecilia jv.sauas à. la porta de Sancta Cecilia2. »
Cette simple ligne indique suffisamment que nous nous trouvons en face du Mystère; c'est là le point essentiel; le reste se devine aisément. On entrevoit, en effet, les développements du sujet, les caractères des personnages et les scènes principales. Pour représenter la vie de sainte Cécile, il a fallu s'inspirer des Actes des Saints, en extraire les passages les plus saillants, en tirer les effets les plus dramatiques. On peut donc, malgré le laconisme du document, reconstituer la pièce en entier. Cécile, Vâlérien, Tiburce, le préteiir, le bourreau, voilà les rôles; les scènes principales ont été les fiançailles de Cécile avec Vâlérien, la comparution devant le juge, la conversion de Tiburce et de Vâlérien et leur martyre. Pour ceux qui ont lu cette
1. Voyez, à ce sujet, l'ouvrage de M. Victor Fournel, Curiosités théâtrales ; le Théâtre français au moyen âge, de MM. Mommerqué et Francisque Michel ; Y Étude sur le Jfijstère. de M. 0. Leroy, etc.
admirable page des Actes des Saints, le sujet est assez riche en situations émouvantes pour intéresser un auditoire épris du merveilleux. Reste à savoir comment il a été exécuté. A ce point de vue, on peut affirmer hardiment que l'exécution a été confiée à des confrè d'une certaine valeur, puisque c'est Jouffroy lui-même qui a pris l'initiative de la fétc. Qu'on ne perde pas de vue que Jouffroy est un des plus grands seigneurs de l'époque, qu'il occupe à la cour, dans le clergé, dans la diplomatie une place à part, qu'il vient de Rome où son goût naturel pour les arts a dû trouver tant d'occasions de s'éclairer et de se fortifier '. Aussi la présence de ce personnage dans la fête est-elle un sur garant que la troupe chargée de représenter la vie de sainte Cécile était une troupe d'élite, venue de Paris peut-être tout exprès, dans tous les cas, une des plus remarquables de la province.
Telle est la portée de cet événement dont l'importance n'échappera à personne. Malheureusement, il se représente trop peu souvent dans nos archives. Est-ce oubli? est-ce indifférence? Nous ne le croyons pas. Il a fallu une circonstance exceptionnelle comme la translation des reliques de sainte Cécile pour que l'annaliste
1. Le cardinal Jouffroy était également un des grands orateurs et un des lettrés les plus délicats de son siècle. Comme orateur, on a conservé de lui le discours qu'il prononça à Xotrc-Damc de Paris, en 1468, dans la cérémonie de la remise du chapeau au cardinal La Balue. On y trouve cette phrase, qui montre à nu le genre oratoire de cette époque et les subtilités d'interprétation auxquelles se livraient le- hommes les plus distin Voulant dire, par exemple, que le cardinalat est une dignité fort ancienne, JouirYoy s'écrie : « Si, de l'opinion de tous les philofi mots Bont
contemporains des choses qu'ils désignent, on lit dans le chapitre il du pre ai er In : Domini sunt cardinçs terra . et ipee potuit super
eos orbem : la dignité de cardinal, qui est le gond sur lequel roule le monde, a donc été dénommée dans les temps les plus reculés. Julius Matemus appelle cardinales les étoiles voisines da - principales de toutes
les vertus reçoivent des philosophes le nom de cardinales, etc., el
lie remonter ab ovol — Voyez une curieuse étude sur Jean Jouffroy et son temps, par M. Oh. Fierville.
communal signalât la représentation d'un mystère. Il a fallu peut-être cette autre circonstance que le Mystère en question était une œuvre nouvelle, exclusivement locale, inédite, pour qu'il devînt par cela même digne d'être mentionné. C'est ce qui explique le silence ordinaire de nos chroniques sur ce sujet. Il est plus vraisemblable,, au contraire , que ces sortes de drame ont été souvent joués dans notre ville, par la raison bien simple que les confrères, après avoir épuisé la curiosité de la capitale ou des grands centres, faisaient le tour de France, portant leur industrie en province et allant au-devant d'un public plus facile et plus accommodant.
La présence dans notre ville des troupes de campagne du dix-septième siècle, rend ces conclusions plus vraisemblables. Le théâtre sorti des mystères, comme le fruit sort de la fleur, était encore â ses débuts sous le règne de Louis XIII. Les historiographes de Molière le montrent tel qu'il était alors, c'està-dire naïf, trivial, burlesque, sans couleur lorsqu'il était original, sans goût et sans méthode, lorsqu'il puisait aux sources étrangères. Néanmoins, ces ébauches avaient eu pour premier résultat de mettre à la mode les représentations théâtrales, et d'arrêter les esprits les plus robustes, les plus profonds du temps. Avec ces éléments disparates, imparfaits, Rotrou avait souvent atteint le sublime, et Corneille se sentait pris d'un feu secret, premier indice de sa vocation.
Molière devait faire plus que personne pour la vulgarisation du théâtre moderne. De bonne heure, il avait secoué les préjugés et suivi les caprices de son humeur inquiète. A peine sorti du collège de Clermont, dirigé par les Jésuites, il s'était affilié à la troupe de \Illusti*è Théâtre, un peu par goût, beaucoup par amour de Madeleine Béjart. Ce dernier fait explique pourquoi nous le trouvons en 1646, à Bordeaux, où,
d'après un manuscrit de Nicolas de Trallage et le toignage de Montesquieu, la troupe de Béjart aurait joué la ThébaideK Nicolas de Trallage ajoute
dans une note manuscrite que Molière joua cotte pi «levant M. le duo d'Épernon, qui le goûta fort et l'honora de son amitié. Cette version n'est plus aujourd'hui contestée, pas plus que celle qui fait du duc d'Epernon, gouverneur de la Guyenne, l'ami et le
tecteur de la Béjart, avec laquelle il avait eu d'ailleurs des relations avant cette époque. Pendant douze ans. Molière poursuivit ses pérégrinations en
vince allant
De tréteaux en tréteaux, do bon] .de,
s'associant chaque jour davantage à la fortune do la troupe des Béjart, dont il était l'âme et le directeur, quoiqu'il n'en parût rien h l'extérieur, faisant surtout à chaque étape une ample moisson d'observati ê udiant les personnages < ■ t ainsi les princi-
paux jalons de sa carrière dramatique2. Comme c' la période la moins connue de sa vie, c'est aussi c qui intéresse le plus. Voilà pourquoi l'érudition a fait tant d'efforts dans ces derniers temps pour r< tuer se fameux itinéraire. M. Filion signalait naguère le passage de Molière à Nantes, en 16483; plus récemment encore, sur les indications de M. Magen,