Arclùrcê communale», série OC
MOLIÈRE EST-ÏL VENU A ALM? 209
lorsque Molière aura obtenu de jouer en 1655 devant les États de Languedoc, présidés par son camarade de collège le prince de Conti, il donnera aussitôt à sa troupe le titre de troupe du prince de Conti, autant pour reconnaître la faveur du prince que pour se faire une recommandation de son nom en cas de besoin. Au fond, les raisons qui déterminèrent la troupe Béjart à prendre, en 1055, le titre de troupe du prince de Conti, font mieux comprendre comment, en 1647, elle pouvait et devait même dans son intérêt prendre le titre de troupe du duc d'Épernon. Voilà pourquoi, d'après nous, la troupe du duc d'Épernon, dont nos archives communales signalent le passage à Àlbi, en juillet 1647, serait la troupe Béjart, d'où la conséquence obligée que Molière s'y trouvait.
Ce qui donne encore plus de vraisemblance à notre version, c'est de voir dans cette troupe, Charles Dufresne, René Berthelot et Pierre Rébellion, tous trois fort connus pour avoir été les compagnons de Molière en province1. Dufresne était une manière de régisseur général ou, si l'on veut, le directeur nominatif de la troupe qu'il représentait toutes les fois qu'il y avait une quittance à signer, ou un traité à conclure avec une municipalité. René Berthelot, qui prit plus tard le nom de Duparc, avait un rôle moins actif, mais aussi moins terre-à-terre; c'était un acteur de talent qui créa plusieurs rôles importants du répertoire de Molière, en particulier celui de Gros-Rénô dans le Dépit amoureux, joué pour la première fois à Bôziers en 1656 :
Quand du Gros-Ilené l'on aperçut la taille, Quand on vit sa dondon rompre avec lui la paille, Quand on m'eut vu sonner mes grelots de mulets, Mon bègue dédaigneux déchirer ses poulets,
1. Vo}-ez Bazin, Tascnerean, Hillcniaclicr, Soleirol, Raymond et ton, les biographes de Molière.
Et ramener chez soi la belle dé
Ce ne fut que ait ! ah ! dans toute rassemblée *.
Quant à Pierre Rébellion, on le voit figurer souvent clans les actes de l'état civil de la troupe, sans qu'on puisse dire qu'il ait rempli précisément des rôles en vue2.
Certains objecteront peut-être que si Dufresne, Berthelot et Rebelhon ont signé la quittance en question, Molière aurait pu également la signer, à moins de raisons particulières. Précisément, ces raisons existaient. Il ne faut pas perdre de vue, en effet, qu'en 1047, Molière était un des plus jeunes membres de la troupe, qu'on était loin de prévoir la fortune qui l'attendait, tandis que les signataires de la quittance étaient tous trois d'âge mûr, des comédiens d'expérience, devant par conséquent, tenir une place plus considérable dans la troupe. Mais il y avait cet autre motif, que Molière lors de son départ de Paris, en 1646, avait laissé derrière lui bon nombre de créanciers qui n'auraient pas manqué de le faire poursuivre par les gens de justice, s'ils avaient appris qu'il signait en province des quittances de 500 livres. Aussi peut-on remarquer que Molière ne signe jamais de semblables documents, alors même qu'on sait à ne pas en douter, qu'il se trouve dans la troupe; à Nantes, à Agen, à Toulouse, etc., c'est presque toujours Dufresne qui traite comme dir teur. A Nantes, par exemple, Molière annonce à l'hôtel de ville l'arrivée de la troupe du sieur Dufri - « jour, (23 avril 1648), est venu au bureau le sieur « Morlierre (sic) l'un des comédiens de la troupe « du sieur Dufresne qui a remonstré que le reste de « la dite troupe doibt arriver ce jour en ceste ville et « supplyé très humblement Messieurs leur permettre