‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 67 sur 122 · Prœdium rustu-um, 1. XII · texte numérisé non relu

Prœdium rustu-um, 1. XII

Salvy, un vaste enclos en dehors des murs, au lieu appelé le Théron de la Salvagne. C'est là que Mgf de Serroni jeta les fondements du nouveau séminaire qui devait être dirigé par la Société de Jésus, jusqu'en 1762, époque de sa suppression1. Cet acte de bonne et intelligente administration qui complétait dans notre diocèse l'œuvre de l'enseignement, donna au prélat qui l'avait accompli un regain, de popularité. Plus que jamais on aima à se rappeler l'accueil enthousiaste qu'on lui avait fait le jour de son entrée à Albi, comme aussi l'heureuse inspiration de nos consuls qui avaient ordonné au peintre communal de représenter le lion Albigeois s'inclinant devant le lion des armes de Serroni, avec cette devise au bas : Et nos cedamus amori 2. Jamais pressentiments plus favorables ne s'étaient plus heureusement réalisés.

Il est vrai que le premier archevêque d'Albi avait, au plus haut degré, les qualités et les grâces natives de ceux de sa nation. Hyacinthe de Serroni, né à Rome le 30 août 1617, était entré de bonne heure dans l'ordre de Saint-Dominique, où le frère du cardinal Mazarin vint le chercher pour l'associer à ses fonctions de maître du Sacré Palais. Lorsque celui-ci fut plus

1. Pour assurer l'existence du séminaire, on lui attribua les prieurés de Brens, de 6aint-Jean de Jeanne, de Saint-Salvy ciel Burg, de Saint-Barthélémy du Puy-Saint-Georges, dans le diocèse d'Albi, et ceux de Crespin, Castanet et Privazac, dans le diocèse de Rodez.

2. Antoinette de Salies a rendu compte de cette entrée dans le Mercure galant d'avril 1679 : « Le soleil et M. l'archevêque d'Alby se levèrent fuit matin. Tous les habitants d'Alby en firent de même, et nous fûmes agréablement éveillés au bruit des trompettes, des tambours et des fifres »

Cette lettre est entremêlée de prose et de vers parmi lesquels nous remarquons les suivants sur Msr de Serroni :

« Mais qu'il est dangereux qu'une vertu si rare L'élève quelque jour à de plus grands honneurs !

Je lis sa gloire et nos malheurs Dans ce que son destin en secret lui prépare, Rome qui l'a donné, peut le redeman<l<T, Et c'est un grand trésor difficile à garder. »

tard nommé à l'archevêché d'Aix, le jeune Serroni suivit sa fortune et ne tarda pas à être appelé à Tévêché d'Orange (1647). Il reçut alors de Louis XIV de nombreuses missions dont il s'acquitta avec succès. Nous le voyons successivement commissaire avec Msr de Marca, archevêque de Toulouse, pour le règlement des limites entre la France et l'Espagne après le traité des Pyrénées; intendant de la marine et de la Provence; vicaire apostolique dans la province ecclésiastique de Tarragone dont tous les évêchés étaient vacants, etc. Après avoir été transféré à l'évêché de Mende, il fut nommé au siège d'Albi, qui venait d'être érigé en archevêché (1676). C'est là qu'il fit éclater les dons les plus rares du cœur et de l'esprit. La grâce et la distinction de ses manières, comme aussi la bienveillance de son accueil, ne contribuèrent pas peu à faire ressortir la rudesse et la raideur féodales de son prédécesseur. La façon seule avec laquelle il donna la bénédiction le jour de son entrée, lui conquit toutes les sympathies : « Je ne « dois pas oublier de vous dire, écrivait Antoinette de « Salies, qu'il nous donnait sa bénédiction d'une ma- « nière si douce et si touchante, qu'il paraissait visible- « ment que son cœur faisait mouvoir sa main1.» Il parlait, en outre, avec cette clarté et cette élévation qu'on peut admirer encore aujourd'hui dans l'oraison funèbre d'Anne d'Autriche qu'il prononça au service solennel, célébré par l'assemblée générale du clergé de France, le 13 mars 1666. C'est ce qui faisait dire à l'auteur déjà cité, sortant d'un sermon donné par Mgr de Serroni au couvent de la Visitation d'Albi, le jour de la fête de Saint-François de Sales :

Il a, comme ce saint, une aimable bonté, Une douceur charmante, une humble piété ;

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