‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 68 sur 122 · Mercure galant, avril · texte numérisé non relu

Mercure galant, avril

Enfin, l'un voit en lui mille vertus ensemble.

Allez, Mrrcun-, allez parcourir l'uni-.

B t. louant Serrony dans cent climats divers,

Voyez si vous trouvez quelqu'un qui lui ressemble4 !

Son successeur, Msr Le Goux de la Berchère ne fut pas moins dévoué à la cause des lettres et de l'instruction. Si ses prédécesseurs ne lui laissèrent pas l'honneur de créer dans le diocèse un établissement enseignant, il ne se crut pas dispensé pour cela de donner ses soins à ceux qui existaient. L'enseignement primaire surtout le préoccupa, comme on le vera plus loin. Du reste, sa part est assez belle, car il a attaché son nom à deux oeuvres, nous devrions dire à deux monuments qui témoignent éloquemment de sa charité et de son intelligence. L'hôpital d'Albi, bâti de ses deniers, et l'Histoire générale de Languedoc, conçue par lui et écrite par un de ses diocésains, notre illustre Dom Vaissete, lui assurent une place à part dans les annales de la bienfaisance et de la littérature.

Ainsi, dès la fin du dix-septième siècle, l'union intime des consuls et des évèques albigeois avait produit ce merveilleux résultat d'achever chez nous, bien avant la Révolution, l'œuvre de l'instruction publique. Il ne reste plus qu'à retracer la vie de certains personnages qui firent honneur à notre enseignement local.

Citons tout d'abord les deux abbés de Ciron, et sur-

1. Mercure galant, février 1680. — Al*r de Scrroni a L attira

ouvrages : Entretiens affectifs' àe Fume avec Dieu pendant le* huit jours de* exercices spirituels pour Vusaç de snn di

Paris, 1686. — Entretu m affectifs de Vânu a/a o DU >' sur lespsn pénitence. — Nous ayons trouvé à la bibliothèque Mazarine un manuscrit du même prélat, intitulé : Méditations sur les psaumes de David. Ajoutons que son vicaire général, L'abbé Décampe, a écrit Bon éloge en tCt Entretiens sur les psaumes. Claude Bstiennot a dit de lui, dans la faii phie des abbés de la < Ihaise-Diéu : Prasul est sane erudititsimus et humanissimus „., cedro dignust qutm musa quas colit non sinent mort. Rappelons enfin qu'il fut le fondateur de l'église de Saint-Thomas d'Aquin, de Taris.

tout Innocent de Ciron, né à Albi en 1620, chancelier de l'Université de Toulouse, où il professa le Droit canonique. On a de lui divers ouvrages qui lui firent une grande réputation de juriste : Des Parât itles sur les cinq livres des Décrétâtes ; — La cinquième collection des Décrétâtes après Gratien; — Opéra in jus canonicum. Ce dernier ouvrage fut réédité, en 1726, par le savant allemand Brunquell avec une étude préliminaire sur l'auteur, puis en 1761 par Riegger, professeur de Droit canonique à Vienne. Innocent de Ciron mourut en 1650 avant d'avoir pu réaliser les immenses travaux qu'il méditait et qui l'eussent peut-être classé parmi les plus illustres jurisconsultes du siècle.

Gabriel de Ciron, son frère, lui succéda dans la charge de chancelier de l'Université, sans toutefois compléter son œuvre. Aux pacifiques études du Droit, il préféra les questions brûlantes des réformes à introduire dans le clergé de France. Délégué à l'Assemblée générale du clergé de 1656, il y proposa, non sans soulever de vives discussions, les Instructions de saint Charles Borr ornée aux confesseurs. Plus tard, il fonda avec Mme de Mondonville la congrégation des Filles de V Enfance, qui fut supprimée par arrêt du conseil en 1686. Il jouissait, d'ailleurs, d'une réputation justement méritée de prêtre savant, pieux, zélé, charitable, ne reculant jamais devant le danger, comme il sut le prouver pendant la peste qui ravagea Toulouse en 1669. On n'a de lui que les Instructions de saint Charles Borromée aux confesseurs.

Plus intéressante et plus originale est la physionomie que nous allons esquisser. L'abbée Jean-Paul de La Roque naquit à Albi, vers 1630, d'une vieille famille bourgeoise anoblie depuis peu. Après avoir terminé son cours de philosophie au collège de notre ville, il entra au noviciat des Jésuites de Toulouse sans pouvoir s'y fixer, et alla s'établir à Paris, où, grâce

à des protecteurs influents, il obtint, en 1675, la direction du Journal des Savants, laissé vacante par la mort de l'abbé Gallois. On sait que le Journal des Savants avait été créé par Colbert pour régenter à sa guise la littérature ou tout au moins pour la surveiller de près. Aux yeux du vulgaire, il ne devait s'occuper que des œuvres littéraires et scientifiques paraissant en France ou à l'étranger, tandis qu'en réalité, il était dans la pensée de son fondateur une sorte de bureau d'esprit public, de feuille officielle, pesant sur l'opinion par des jugements bienveillants ou hostiles, selon les nécessités politiques ou la personnalité des écrivains. Un tel journal ne pouvait avoir que des amis dévoués ou de terribles ennemis ; ni les uns ni les autres ne lui firent défaut, autant, du moins, que l'abbé Gallois le rédigea dans cet esprit. L'abbé de La Roque eut la main plus douce et plus légère , il s'arma de patience et de modération , suspendit au crochet le fouet et la férule de son prédécesseur et se livra sans réserve au plaisir, si rare pour un critique, d'être béni de tout le monde. « Ce journaliste, dit Camusat1, a toujours « passé pour honnête homme ; ses écrits ne démentent « pas sa réputation sur cet article, et si l'on doit lui « reprocher quelque chose au sujet des louanges dont « les journaux sont infectés, c'est plutôt de les avoir « prodiguées à tout le monde indifféremment, que de « les avoir réservées pour certains auteurs en parti- « culier. »

Notre compatriote avait pour agir de la sorte mille bonnes raisons, et la meilleure, c'est qu'il comptait ne pas en rester là en fait de publications. Depuis longtemps, il rêvait de lancer un journal ecclésiastique qui aurait été pour le clergé ce que le Journal des Savants était pour les littérateurs, les philosophes et les

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