Voyez Raynouard : Poésies des trmhaàours
épure les mœurs et réprime les passions; dans le Midi, au contraire, elle pousse au vice et devient un nouvel élément de corruption. Là, elle conduit à l'idéal; ici, elle mène à la boue. La femme, cette reine adulée du moyen âge, qui arme les chevaliers pour les causes Les plus nobles, les plus saintes, et qui se dérobe aussitôt à leurs étreintes, consentant à soupirer dans spn donjon pendant de longues années, plutôt que de se donner à un lâche ou à un félon ; cette femme, nous la voyons ici facile et souriante, prêtant une oreille complaisante aux propos les plus libres, aux déclarations les moins équivoques, ardente aux plaisirs, aux fêtes, aux spectacles, désertant les devoirs du foyer, et se donnant en récompense, sans trop y regarder, aujourd'hui au plus beau, demain au plus brave. Tant de faiblesses et de scandales remettent en mémoire une parole du pape de ce temps-là, l'austère et sombre Innocent III, qui disait de la femme : « Que la puan- « teur et l'immondice la suivent partout. » Ce jugement n'est pas galant et la forme n'en est pas noble; mais pour en apprécier la valeur, il faut se reporter en esprit à l'époque où il fut prononcé. La femme avait sa large part de responsabilité dans ce désordre moral de la société méridionale; vertueuse, elle eût retenu les générations sur la pente de la décadence et conjuré ainsi tous les orages ; frivole et sensuelle, elle énioussait les courages les plus robustes et tentait les plus
mâles vertus
La fête durait depuis assez de temps, lorsqu'on entendit tout à coup les fanfares guerrières de Simon de Montfort. On avait méconnu les avis de Rome, on avait dédaigné ses anathèmes. Les barons du Nord, qui cherchaient un prétexte, ne pouvaient en espérer un meilleur : ils prirent la Croix. C'était une arme terrible au moyen âge que la Croix 1 Sitôt que ce signe divin était arboré, on voyait des foules accourir ii<i
toutes parts et revendiquer l'honneur de le porter. Nos pères appartenaient à une race noble et courageuse, mais ils s'étaient amollis dans l'abondance et l'oisiveté ; ils tentèrent d'héroïques efforts qui restèrent sans résultat. D'ailleurs, il s'agissait moins de battre une armée , que de refouler une invasion , et rien n'avait été préparé en vue d'une semblable éventualité. L'hérésie fut donc terrassée, mais le Languedoc perdit aussi son autonomie et son indépendance. C'est à ce prix que nos pères durent expier le crime impardonnable d'avoir passé leur vie aux genoux des femmes, dans l'oubli de la patrie et de la liberté
Heureusement, tout ne disparut pas dans la tourmente ; c'est le sort des choses de l'esprit d'échapper aux armes des conquérants. La littérature sortit victorieuse des épreuves terribles infligées à la civilisation méridionale, et, avec elle, le plus noble, le plus durable monument de l'intelligence et de la grâce de nos pères.
Parmi toutes ces poésies amoureuses, satiriques, pieuses ou guerrières qui composent le trésor littéraire de la langue romane, nous ne voulons retenir que celles de nos compatriotes. Azémar le Negré, Guillaume Hue, Albertaz Cailla, Guillaume Evesque, le premier surtout, occupèrent un rang brillant parmi les troubadours de la fin du douzième siècle. Il est donc juste que nous leur consacrions ici une place à part.