Les Contemporains de Molière, t. III
« autrefois de mes amis. Ses tragédies, et surtout son « Jeune Marius, ne sont pas si méchantes1. » Chappuzeau, dans son Théâtre français, ènumérant les divers auteurs qui soutiennent le théâtre (en 1674), estime que notre compatriote « est tout feu dans ses « vers, tout esprit dans ses pensées : Jgneus est ollis « vigor et cœlestis origo2. » Nous pourrions multiplier les citations.
Il faut convenir, cependant, que si Boyer avait beaucoup d'amis, il avait aussi deux ou trois ennemis de taille peu ordinaire. Boileau le poursuivit sans relâche, et Racine qui ne l'aimait pas avant Esther et ÀihaZie le détesta cordialement après. Que de gens trompés par l'auréole du génie se figurent que le tendre Racine avait l'âme la plus élevée, la plus noble qui fut au monde! Ceux qui n'acceptent point les opinions toutes faites, et qui veulent se rendre compte dès choses par eux-mêmes, ne tardent pas à reconnaître que si l'auteur à'Andromaque fut le plus sensible et le plus délicat des poètes, il fut le plus bilieux, le plus jaloux des hommes, toutes les fois qu'il fut question de sa prépondérance littéraire. Dès ce moment, la douceur et la sérénité légendaires s'évanouissaient pour faire place à l'amertume et à la froide ironie ; le vase de miel devenait subitement vase de vinaigre. < m peut citer plus d'un exemple à l'appui de cette assertion, mais nous avons à cœur de relever les suivants.
Racine a fait deux êpigrammes célèbres Tune et l'autre contre deux compatriotes ; la première contre Leclerc qui avait eu l'impertinence de faire jouer une Iphigénie en même temps que la sienne; la secundo contre Boyer qui avait eu l'insolence de composer à la prière de Mme de Maintenon deux pièces, Jepthé ei Judith pour le théâtre de Saint-Cyr, alors que lui,