‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 79 sur 122 · Mènaffiana, t. IV, j>. n · texte numérisé non relu

Mènaffiana, t. IV, j>. n

2. Théâtre français de Cliapi.ii7.eau. publié avec notes par M. Gh Afonval.

CLAUDE BOYEB DE i/aCADÉMIE FRANÇAISE. 281

Racine, était en disgrâce et n'avait pu faire jouer Athalie. N'est-ce pas un spectacle écœurant de voir un homme de génie descendre à ces mesquines rancunes et chercher à ravir à des auteurs secondaires, et par conséquent inoffensifs, le prix de leurs veilles et la récompense de leurs labeurs? Une circonstance aggravante, c'est que le tendre Racine fît la fameuse épigramme contre Judith à une époque où il était tout confit en dévotion, et où selon le mot de Mme de Sévigné, « il aimait Dieu avec autant d'ardeur qu'il avait aimé ses maîtresses. » Ce qui ne l'empêcha pas d'être juge et partie dans sa propre cause, d'être méchant et injuste, et de redoubler de haine contre ce pauvre diable de Boyer qui ne lui avait jamais rien fait. Les frères Parfait dans leur précieuse Histoire du Théâtre français , malgré leur vive admiration pour Racine, n'ont pu cacher cette déplorable faiblesse qu'on a peine à comprendre dans les âmes les plus vulgaires. « On ne sait, disent-ils, qui des deux doit le plus sur- « prendre, ou l'aveuglement de M. Boyer sur les « défauts de ses ouvrages, ou l 'acharnement ridicule « de MM. Racine et Boileau contre cet auteur. Cette « persécution si peu convenable a de si grands « hommes n'avançait que de quelques jours la chute « des poèmes de leur adversaire... » Nous croyons, au contraire que cette persécution était pour beaucoup dans les échecs de Boyer au théâtre, et si nous insistons sur tous ces faits, c'est parce qu'il est bon de faire voir que ceux qui l'ont le plus sévèrement jugé étaient ses ennemis personnels.

En mettant ainsi à nu les faiblesses et les travers des grands hommes, on se trouve en face d'un précieux élément de critique qui permet de reconstituer la part qui revient à chacun '. Que les coteries aient été

1. Pour donner une idée de la tyrannie de Racine contre les auteurs inférieurs, nous rappellerons que c'est lui qui fonda l'ordre du sifflet aux

puissantes au dix-septième siècle, personne ne Le con-

•. Or, la plus forte de toutes, celle qui écrasa autres, n'eut pas toujours pour mobile la réhabilitation du beau. Plus d'une fois, Boileau et Racine poursuivirent un autre but que celui de venger la langue française. Autoritaires, ils le furent et sans mesure, mais pour leur bien et dans leur intérêt, et si l'on s'était arrêté aux proscriptions haineuses de Boileau en particulier, si l'on avait supprimé tous les auteurs jugés médiocres par lui, on aurait dû jeter au feu toutes les pièces qui n'auraient pas été signées de Racine. C'est à peine même si celles de Corneille eussent obtenu grâce.

Evidemment, cette conséquence est inadmissible, parce que c'est refuser du même coup le droit de 1' une tragédie à quiconque n'aura pas de génie. Encore une fois, Boileau. aveuglé par l'envie de nuire, n'admet pas de milieu entre le sublime et le médiocre. Il y en a un pourtant et on l'a preuve. Certes, beaucoup d'auteurs médiocres d'alors auraient pu faire les délices des ;les suivants. Qu'eût dit, par exemple, ce farouche

du: ira du M<»it<>n blane. C'est dans ce cabaret littéraire qu'on décidait la chute ou le . Les I al il

■ mi y comptait pas mal (te fruits secs. N'importe; Racine acceptait, i aéraL Dana la préface il' r fait allusion à ces réunions, un peu bien bachiques, d'où Ton sortait -"in , état doul 'ieux vins. Il reproduit une épigramme que lui a envoyée l'auteur du Fkstin des •, et qui flagelle vigoure ces prétendus beaux r un verre de vin que d'apprécier le mérite des pi

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an don qui dépend d'un naturel heureux. f£l Don )>a- d'une maladie

contempteur de la médiocrité, s'il avait pu constater la pauvreté d'inspiration et de verve des poètes du dixhuitième siècle ? Si Ton excepte, en effet, quelques tragédies de Voltaire et de Crébillon, que reste-il de ce grand art légué par les génies du siècle précédent ?

Que si l'on se résignait donc, comme l'ont lait certains écrivains, à fouiller dans les œuvres de ces prétendus auteurs médiocres flagellés par Boileau, l'on trouverait à coup sûr plus d'un indice d'un talent fort et original, plus d'une idée neuve et originale, plus d'une perle digne de figurer dans les trésors de la littérature française. En ce qui concerne Boyer, nous croyons qu'il est plus d'une pièce de lui qui mérite d'être relue; le Comte d'Essex, Jephté, Judith, ne sont point des œuvres médiocres. La première surtout contient des beautés de premier ordre.

Notre compatriote n'en est pas moins condamné parune postérité insouciante et légère qui s'évite la peine de penser en pensant d'après les autres. Cette étude n'est pas une tentative de réhabilitation ; elle n'a rien qui justifie une pareille prétention. Mais nous serions heureux de l'avoir essayée , si nous savions qu'elle a éveillé dans certains esprits le désir de s'éclairer sur une question aussi intéressante. D'autres peuvent arriver à un meilleur résultat par des chemins différents ; il suffît d'avoir indiqué le but. Que ceux qui voudraient entrer dans cette voie, ne perdent pas de vue les récentes découvertes de la critique contemporaine et les glorieux travaux entrepris pour la défense et la justification de ceux qu'on a appelés les victime* de Boilerj". Ce souvenir les soutiendra dans les recherches et les conduira peut-être à ce but que nous n'avons fait qu'entrevoir, c'est-à-dire la réhabilitation de Boyer.

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