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Les Couches de V Académie, poé'me ljurle-quL

306 HICHEL LECLERC,

clore1. C'était justice. On connaît le jugemeni de Voltaire sur Iphigénic; « ce chef-d'œuvre de la scène tragique » ne supporte aucune comparaison, si ce n'est celle du modèle qu'il surpasse même, d'après certains critiques, en plusieurs endroits. Aussi peuton dire que notre compatriote fut encore très-heureux dans son échec, car le comble du malheur pour lui eût été de se voir préféré à Racine, l'exemple de Pradon étant là pour prouver qu'il y a certains triomphes qui ridiculisent mieux un auteur que cent échecs consécutifs.

Leclerc repoussé par le public, il semble que Racine aurait dû se tenir pour satisfait, et n'avoir pour son collègue malheureux qu'un sentiment de généreuse pitié. On aime du moins à prêter aux vainqueurs ces nobles calculs, à croire d'avance qu'ils oublieront après la victoire tous les ressentiments de la lutte et qu'il n'y a pas de vertus plus faciles, plus ordinaires chez un triomphateur que la clémence et le pardon des injures. Au lieu de cela que voit-on? Racine s'acharnant après son concurrent, abusant de son succès au point de le ridiculiser dans une épigramme, descendant même jusqu'au mensonge pour mieux l'anéantir. Que dira-t-il donc à Pradon ?

Entre Le Clerc et son ami ('mas.

Deux grands auteurs rimant de compagnie,

N'a pas longtemps B'ourdirent grands débats,

- lui dit : « Lu pièce est de mon i !..• Clerc répond : « Kilo est mienne et oon vôtre. » .Mais, aussitôt que la pièce ent paru.

Plus n'ont valu l'avoir t'ait l'un ni l'autre.

On sait jusqu'à quel point Coras avait collaboré à Ylphigënie et quel concours était le sien. Il était donc

1 Ulphiçénie de Leclerc tut jouée, pour la première fois, au thé&tre «le l'hôtel de Quénégaud, le l'I mai 1675. Elle n'eut que cinq représentation&

(Voir linj'ist n s de La 0 ' r<i >/[/('.)

de l'académie française. 307

peu loyal de le mettre en scène à côté de Leclerc. Mais ce n'est là qu'un détail. Ce qui étonne davantage, c'est de voir Racine accuser notre compatriote d'avoir renié sa pièce. Ceci n'est plus une méchancoi»'', mais un pur mensonge. Leclerc, au contraire, revendiqua hautement la paternité de son Iphigénie, comme on peut s'en convaincre par la préface de cet ouvrage. Il n'éprouvait aucune honte à l'avouer, même après l'éclatant succès de son concurrent, et c'est assez de vouloir faire de lui un auteur médiocre, sans que pour cela on ait le droit de le représenter comme un homme lâche et pusillanime.

Rire d'autrui a été de tout temps le privilège des beaux esprits et l'un des passe-temps les plus recherchés de l'humanité ; mais, s'il est bon et parfois même utile de décocher une saillie fine et mordante, il n'est jamais permis de rire d'un vaincu, encore moins de se servir contre lui d'armes déloyales. Est-ce donc, après tout, un si grand crime que de porter au théâtre une pièce dont le sujet se trouve à notre insu traité en même temps par un autre auteur? Leclerc excipait, d'ailleurs, de sa bonne foi : « J'avouerai de bonne foi, « disait-il, que, lorsque j'entrepris le sujet d'Iphigénie « en Aulide, je crus que M. Racine avait choisi celui « d'Iphigénie dans la Tauride, qui n'est pas moins « beau que le premier. Aussi, le hasard seul a fait que « nous nous sommes rencontrés, comme il arriva à « M. de Corneille et à lui dans Bérénice '. » Où est donc le mal ici, et pourquoi faut-il que Racine n'ait pas voulu voir dans Y Iphigénie de Leclerc une de ces pièces qui par leur médiocrité même font mieux ressortir encore la supériorité des autres? On peut soutenir hardiment et sans crainte d'être démenti, qu'au lieu de maudire une pareille rencontre et d'en tirer un

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