Description naïve et sensible, etc
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de leurs expéditions les habitudes et les élégances de la grande aristocratie. C'étaient en première ligne les Lautrec, les Castelpers, les Crussol, les Paulin, etc.; à un degré inférieur les Dupuy-Montbrun, les Laprunë, les de Reynes, les de Lapérouse et beaucoup d'auti qu'il serait trop long de nommer, surtout si nous citions toutes les familles nobles qui, ayant des tèri dans notre pays, avaient des hôtels à Albi.
Quant à la bourgeoisie, elle n'avait rien à envier aux deux classes supérieures. Habituée de bonne heure au maniement des affaires publiques, elle avait produit en tous temps des hommes d'un jugement supérieur, d'une intelligence remarquable, qui avaient su sauvegarder les intérêts de la communauté à travers •le rudes épreuves. Les bourgeois d'Albi alors même qu'ils n'étaient que de simples marchands, avaient presque tous une instruction peu commune. Comme on l'a vu au cours de cet ouvrage, ceux qui se destinaient aux carrières libérales ou aux fonctions publiques avaient complété leurs études à l'université de Toulouse qui ne le cédait qu'à celle dé Paris pour l'éclat et la renommée de son enseignement, ou bien à l'Université de Cahors, également très prospère à cette époque. Avocats, notaires, magistrats, marchands, pouvaient en fait d'esprit et d'instruction rivaliser avec n'importe qui et faire disparaître, sur ce point, du moins, toute espèce d'inégalité. Quelques-uns avaient même fait louis études à Paris, ainsi que Le constatent en divers endroits dos pièces de nos archives. Ajoutons enfin qu'entre la noblesse <-t la bourgeoisie, il n'existai! pas de jalousie. Les deux clas fusionnaient volontiers, el pour s'en convaincre, on n'a qu'à parcourir les registres des paroisses de la ville. On y relève un grand nombre de mariages entre nobles <>( bourgeoises, • •! réciproquement.
Du reste, personne mieux qu'Antoinette do Salies
n'était apte à faire disparaître ces inégalités; pour elle, il n'y avait en réalité que deux catégories parmi les hommes : ceux qui avaient de l'esprit et ceux qui n'en avaient pas. On conviendra qu'il était facile de s'entendre sur un pareil programme, car on ne pouvait lui reprocher de manquer de clarté. A ce point de vue donc, tout concourait à rendre l'œuvre d'Antoinette plus praticable. Disons maintenant quel fut le lien dont elle se servit pour établir une forte cohésion entre les éléments divers dont elle disposait.
Le goût pour la littérature, les pensées délicates et les sentiments élevés, le prestige de la grâce et de l'esprit ne peuvent à eux seuls expliquer l'ascendant que cette femme illustre exerça pendant plus d'un demisiècle sur ses concitoyens. La critique est aussi aisée que l'art est difficile, et si nos pères n'avaient trouvé dans Antoinette qu'une fervente admiratrice ou une implacable ennemie des écrivains de son temps, le spectacle eût été ordinaire et n'eût pas attiré longtemps. Mais on trouvait en elle mieux qu'un goût trèsvif pour tout ce qui est beau et grand; on lisait sa prose et ses vers, et l'amour-propre local aidant, on se laissait aller à l'admirer sans réserve. Presque tous les mois, le Mercure Galant contenait une lettre, une dissertation, une poésie, une œuvre quelconque de la Viguière d'AlbyK Ce nom était cité dans les ouvrages avec éloges, et la popularité dont il était entouré dans le monde littéraire, prouvait suffisamment que celle qui le portait était non-seulement capable d'apprécier le mérite des autres, mais aussi de faire apprécier le sien propre.
Sur ces entrefaites, Antoinette mit le comble à sa réputation en publiant un roman dans lequel elle racontait l'histoire de Marie-Anne de Hohenzollern, com-
1. C'est ainsi qu'elle signait ses articles dans le Mercure galant.
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tosse d'Issembourg. On sait que cette princesse, par suite d'une violente passion pour un gentilhomme français, avait dû s'expatrier et se réfugier en France. Après avoir longtemps cherché une retraite, elle vint se fixer à Albi, où elle ne tarda pas à se repentir e entrer au couvent de la Visitation. Cette fuite avait fait du bruit dans toutes les cours d'Europe, mais on n'en connaissait pas tous les épisodes. Antoinette, qui avait vu de près l'héroïne, sut bientôt tous les détails de cette histoire et n'eut pas de peine à en tirer un excellent parti. Elle y réussit même si bien, que sou roman fut traduit en allemand et en italien1, et fut lu dans presque toutes les cours qui, ainsi que nous l'avons dit, ignoraient absolument le dernier mot de cette aventure. Le succès de la Comtesse d'Issembourg* fut donc retentissant et valut à son auteur les éloges les plus flatteurs d'une foule de beaux esprits. Dès ce moment, le chiffre de ses admirateurs s'augmente dans des proportions extraordinaires. Cet sont tous les jours des correspondances qui lui arrivent de tous côtés; et quand on n'ose prendre le parti de lui écrire directement, le Mercure valant serf d'intermédiaire; de sorte qu'en parcourant cette publication on trouve dans presque tous les numéros nom de la Viguiêre d'Alby. Aussi avions-nous raison dédire que ce qui faisait le prestige d'Antoinette, ce n'était pas tant son goût très-vif pour les ch l'esprit que sa réputation d'auteur et ses relations avec les écrivains les plus distingués du dix-septième siècle.