I 1 8 HISTOIRE LITTÉRAIRE DES GRECS
l'avarice ; et ces pèlerins croisés n'ayant point de goût pour la science, surtout lorsqu'elle étoit exprimée dans une langue étrangère, n'étoient pas curieux de s'emparer des ouvrages des savans. Mais on ne peut douter que beaucoup d'écrits n'aient péri dans les trois incendies qu'éprouva cette malheureuse capitale; et quelques ouvrages de l'antiquité, qu'on sait avoir existé dans le douzième siècle, sont maintenant perdus. Nous connoissons avec certitude ce qui existoit alors , d'après les compilations précieuses dont j'ai précédemment parlé. Les trésors littéraires des Grecs que les armées conquérantes avoient chassés, particulièrement des provinces orientales , étoient presque tous concentrés dans les murs de Constantinople; ils doivent donc , dans la circonstance présente , avoir été presque tous détruits en masse. A la vérité / les vainqueurs peuvent Lien n'avoir pas été tout-à-fait aussi grossiers que l'historien les représente en exprimant le souvenir douloureux de ses souffrances ; mais je présume qu'il n'excède pas beaucoup la vérité , lorsqu'il les appelle TouzclXov dvipcts-rot fèapÇcLpot : «Des barbares n'ayant aucun sentiment du beau, h
Mais comme ils savoient conquérir, ils savoient aussi comment partager les dépouilles de: la conquête. Baudouin, comte de Flandre, fut unanimement nommé empereur, et on lui donna lé quart de la monarchie grecque ; les autres trois quarts, qui, de son agrément, avoient été parta-
gës en deux moitiés , furent distribues entre les Vénitiens et les aventuriers français.
Ceux qui aiment à e'tudier l'histoire , peuvent lire les annales des cinq princes latins, qui de 1204 à 1261 , occupèrent le trône de Byzance, s'ils ne l'honorèrent pas. Après cette période, les Grecs le recouvrèrent.
§ XLIV. Effets de la prise de Constantinople sur les lettres.
Il n'est pas de mon sujet dexposer les avantages qui résultèrent de cet événement , si ce n'est sous le point de vue littéraire; mais je remarquerai seulement , comme un incident curieux dans le labyrinthe de la politique humaine, que, quoique le prétendu motif de la prise ainsi que de la rétention de Constantinople, et celui qui pouvoit réconcilier avec cette mesure les consciences timorées de beaucoup de personnes , fût la facilité présumée que cette rétention donneroit par la suite aux armées croisées , dans leur marche vers l'Orient , aucune de ces armées ne prit cette route dans les trois expéditions qui suivirent. En effet, la dernière, mais seulement la dernière sous saint Louis , est postérieure à la reprise de Constantinople. Quant aux lettres, les avantages qui en résultèrent pour les deux nations , furent plutôt problématiques. Leur animosité , qui étoit augmentée par des différences dans des articles