GUILLAUME DE LANGE Y DU BSLLAT
la charge de sa famille. Il s'était rainé et avait engagé la fortune des siens poar le service de l'État. Avant même d*aller en Italie , il avait déjà laissé passer aux mains des banquiers de Paris une bonne part de son patrimoine , comme nous l'attestent ses lettres et celles de son frère le cardinal; mais, passionné pour les arts , pour les lettres et pour le luxe , il avait toujours fait le plus noble emploi des sommes qu'il avait obtenues des avides préteurs. Nous traduirons ici quelques vers de Salmon Macrin , qui nous prou-
vent que Guill. du Bellay prenait gaiement son part^ sur rétat de ses affaires , et ne se repentait pas d'avoir dissipé son patrimoine : a Dernièrement , je me disais en riant : — Les écus et Guillaume ne sont pas bien ensemble; il les prise si peu, qu'il en fait chaque jour largesse y les jetant à quiconque lui tend les mains. — Et vous m'avez répondu : — Sot que vous êtes , les écus sont au mieux avec moi , puisque je les laisse courir où il leur plait, au lieu de les tenir » en avare, enfermés dans ma bourse (!)• d Ces vers sont plaisants, et nous semblent donner une exacte idée des mœurs libérales de Guill. du Bellay.
Nous parlerons maintenant de ses ouvrages , et comme il y a beaucoup d'erreurs accréditées à ce sujet , nous ne négligerons pas même les détails bibliographiques , si fastidieux qu'ils puissent être, au moyen desquels nous pourrons établir enfin un catalogue exact des écrits de cet illustre personnage.
De ces écrits , le plus important devait être son histoire du règne de François P' , à laquelle il
,1) Salin. Macriai , Odœ , lib. ii.
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avait donné le titre d*Ogioade$. La Croix du Maîoe distingue les Ogdoaies d*an autre ouvrage sur lequel il s'exprime en ces termes : o II a escript en latin Thistoire des François , laquelle il a depuis tradnicte en nostre langue par le commandement du roy» et traitte prîncipallement des choses advenues durant le règne dudict roy, non imprimée. » Mais cette distinction n*esl pas fondée : les Ogdoadei et cette prétendue histoire des Français n*ont jamais été que le même ouvrage. Le témoignage de Martin du Bellay , frère de Guillaume , est sur ce point très-formel : a Feu mon frère y messire Guillaume du Bellay... , avoit , dit-il , composé sept Ogdoades latines , par luy-méme traduites» du commandement du roy» en nostre langue vu*gaire» où Ton pouvoit voir, comme en un clair miroir, non-seulement le pourtraict des occurrences de ce siècle» mais une dextérité d'écrire merveilleuse et à lui péculière» selon les jugemens des plus sçavans (1). a Baylo ayant déjà signalé cette erreur de La Croix du Maine (2) » nous nlnsisions pas davantage sur ce point. Scévole de Sainte-Marthe en a commis une plus grave encore; il a supposé que les Ogdoadei conienaieni toute rhistoire de France, depuis les premiers âges jusqu'au milieu du XVI« siècle : a Ilistoriam de rébus gallicisab ipsa imperii origine usque ad sua tempora» tum latine» tum gallicè, gravissimo stylo persecutus est (3). D Ce qui a trompé Scévole de Sainte-Marthe , c*est qu* en eSet l'auteur dissertait copieusement » dans
(1 ] Prvface des Mémoirtt de Martm du B«/lay.
[2f Dùtionn. Muf. eiarii,, au mol GutlL du BfUay.
i3 E/oftVi SfCTToliP Sammarlhaot , p. 16.
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la première de ses Ogdoade» , sur les origines gallofrançaises ; mais entre la première et la seconde, il y avait la lacnne qui sépare l'invasion romaine du règne de François 1^.
Les Ogdoades et Thistoire des Français n étaient donc qu*un seul livre , livre inachevé sans doute » puisque Tauteur se proposait d'écrire toute Thistoire des faits accomplis sous le règne de François !«', et qu'il est mort quatre années avant ce prince. Or, voici quelle a été Tétrange fortune des Ogdoades do Guillaume du Bellay : a Luy mort à St-Sapborin , sur le mont de Tarare, à son retour d'Italie, ayant en ses cofres ses œuvres , et lors estans absens monseigneur le cardinal du Bellay, son frère, et messire Martin du Bellay...., ses livres luy furent desrobez par quelques-uns qui veulent, ainsi qu*il est à présuposer, se yestir, comme la corneille ésopique, des belles plumes d'autruy (I). » Si telle a été Tintontion des auteurs du larcin commis sur le mont de Tarare , il est à croire qu'ils ne Tout pas remplie. Cependant, quelques fragments des Ogdoades nous ont été conser^'és. Au dire de Martin du Bellay , son frère avait composé sept Ogdoades sur le règne de François !«>*. Mais ou ce titre ^Ogdoades n*a pas de sens, ou il signifie que roarrage de Guillaume devait être distribué en huit (ocîo) livres. Et, en effet, il l'était ainsi. Mais ayant communiqué cet ouvrage à quelques uns de ses amis, Guillaume crut devoir, suivant leurs conseils, faire de la première Ogdoade un opuscule séparé, parce
(1) Avertisseroent en tétc de VEpitome de V Antiquité des fwaules.
i06 GUILLAOME DE LANGEY DU BELUT.
qu'elle contenait une sorte de traité sar lea anciennes migrations des Gaulois et des Francs. C'est ce traité qui a été publié , après sa mort, sous le titre de : Epitome de VAiUiquiié des Gaules et de France , avec une préface sur toute son histoire; Paris, Sertenas, 1556, in-4'^ , et Paris , Marnef, 1587 , in-4o. Or , voici ce que nous lisons dans la préface de cet Epitome : « Lequel abrégé récit, pour ce qu'il sembloit à aucuns de mes amys estre aliène en cest endroit et ne serrant i mon propoz , j'ay réséqué depuis et totalement osté. s C'est Guillaume du Bellay qui s'exprime en ces termes : il ajoute, pour qu'il n*y ait aucun équivoque, qu'il a fait de ce livre de son histoire une « Ogdoade à part, b Ainsi, nous avons la première des huit OgdoadtSp et cela est établi, non par des conjectures plus ou moins graves, précises et concordantes, mais par le témoi* gnage de l'auteur lui-même. A ce témoignage si décisif ajoutons une preuve nouvelle qui nous est fournie par un manuscrit provenant de la bibliothèque Colbert, inscrit, sous le n* 6205 , au catalogue de la bibliothèque du roi. Ce manuscrit a pour titre : Ogdoadis primœ liber primus ^ sive vita Francisci primi Francorum régis , auctore Guillelmo Bellayo , domino de Langey (f). Et que contient-il? Un fragment du premier travail de Guill. du Bellay. Au début , l'auteur expose son opinion sur les origines gauloises; puis il commence l'histoire du règne de François I*' , et la continue jusque vers l'année 1536. C'est de ce premier livre de la première Ogdoade qu'il a , dans la
(1) Il oc semble pu que ro manusrrit soit do la main de du Bellay, car il n'y trouve une lacune.
GOlLLiUMK: DE LANGEY DU BELLAY. 407
suite» distrait tout ce qui concerne l'antiquité des Gaules. Si nous avons cru devoir entrer dans ces détails, c'est que la plupart des bibliographes, à Tesception toutefois de La Croix du Maine et de du Verdier, nous paraissent avoir ignoré que VEpitome fut la première des Ogdoades. On possède encore uo fragment de la cinquième Ogdoade , retrouvé par Martin du Bellay et publié dans ses Mémoires. Ce fragment est considérable , puisqu'il forme quatre livres des Mémoires , et sans contredit les plus intéressants ; il commence à l'année 1536 et finit à Tannée 1540.
La préface ou le prologue de YEpitome est une œuvre digne de remarque : on y trouve de sages vues sur la méthode que doit suivre un historien dans l'exposition des faits accomplis. VEpitome n'est qu'un ingénieux assemblage des milIcT fables racontées par Trithème, par Annius de Yiterbe et par quelques autres. On y voit qu'après le déluge » Samothès , fils aine de Japhety et, ce qui est plus étrange encore, fondateur de la secte des philosophes samothiens , vint s'établir sur le sol des Gaules , encore inhabité , et y fut le père d'une oombreuse lignée, souche de la race gauloise; que les descendants directs de Samothès, de mftle en mâle , furent les huit premiers rois de cette nation nouvelle, et qu'ils occupèrent pendant 400 ans le trftne fondé par leurs pères ; qu'un de ces rois , nommé Celtes , eut le premier la fantaisie de marquer les frontières de ses États, et donna le nom de Celtique à son vaste patrimoine ; que Galathea , fille de Celtes, « belle dame à merveilles et de haulte stature j» eut des relations plus ou moins légitimes avec l'illustre Hercule Lybien ( Hercules Lybius ) , de la race
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de Cham, et que celui-ci la rendit mère d*un fils nommé Galathez oo Galatheua , auquel la Gaule doit son nom ; qoe les Gaulois allèrent au siège de Troie prendre parti pour l'Asie contre l'Europe, et qu'après Tincendie de cette ville» quelques jeunes Troyens, transportés dans les Gaules par leurs alliés p vinrent fonder, sur les bords de la Seine , une colonie qu'ils appelèrent en grec » « langue dont ils usoient alors , » Luietia, etc., etc. On nous épargne d'achever l'analyse de ce roman. Il faut sans doute rejeter de telles fables; il faut les placer, avec Fr. Hottmann, au nombre des légendes héroïques, o Amadisicœ fabulse,» qui compi omettent la gravité de l'histoire ; mais faisons remarquer que du Bellay ne fut pas l'inventeur do ces contes, et qu'il n'a pas été le dernier de nos historiens qui les ait narrés avec cette naïveté.
£n parlant des Mimoirti de Martin du Bellay, nous dirons quel a été le jugement porté par les critiques sur le fragment de la cinquième Ogdoade , inséré dans ces Mémoires, Ne quittons pas encore VEpiiome. Dans l'avis au lecteur qui se trouve en léte de cet opuscule, La Croix du Maine a vu que Guilkiume du Bellay avait écrit une relation encore inédite du voyage Charles- Quint en Provence, et sur cette indication, il a cru devoir lui attribuer un livre auquel il a donné ce titre : Discours du voyage de Vempereur en Provence, Le P. Lo!ong a reproduit , dans sa Bibliothèque , cette note erronée de La Croix du Maine. Le Discours mentionné par ces bibliographes n'est pas un autre ouvrage que le récit de la campagne de Provence, retrouvé par Martin du BeUay dans les manuscrits de son frère, et publié par le baron de f^ Lande, comme