‹ Histoire littéraire du Maine (volume 2)Chapitre 17 sur 39 · ANTOINE LEROY · texte numérisé non relu

ANTOINE LEROY

le nom de Meudon est deux fois répété , comme dans celui-ci :

Meudonium ut vidi , rapuit me tanta voluptas Ut mea tnoc fieret patria Meudonium ;

et 9 à la suite 9 vingt -quatre autres distiques dans lesquels se trouvent accouplés le nom de Meudon et celui de Rabelais , de cette étrange façon :

MendoDium ad tîsus , Rabelœse , jocosque petisti ;

Âptum est ad quœvis ludicra Meudonium.

Meudonium ignotas Rabelssi prodidit artes ;

Ut ridere scias , tu pete Meudonium.

Meudonium, prisea yixnotumœtate, célèbre

Fit Rabelœseo nomine Meudonium.

Ce sont des jeux d'esprit ou plutôt des tours 4e force lyriques que beaucoup de lettrés prisaient encore au XVII* siècle ; aujourd'hui cela flatte peu notre goât. Mais parlons enfin du Floretum philosophicum, Flo-reîttmf c*est le Yal-Fleury; en d'autres termes » le parterre frais et verdoyant où naissent et s'épanouissent y SOUS un ciel toujours pur, les aimables fleurs de la philosophie : quant au ludus Meudonianus ^ c'est l'école , f académie du presbytère de Meudon , dont le chanoine Antoine Leroy eut plus d'une fois l'honneur d'occuper la chaire , après François Rabelais ; a cathedram nonnunquam conscendimus Rabelœsi rectaris , doctoris ludtim fréquenter colnimus ; 9 enfin , et voici le dernier mot de l'énigme , le Flareîum phi^ loiùphicum f seu Indus Meudonianui^ est tout simplement un dictionnaire du langage philosophique , dictionnaire fort abrégé qui est bien loin de valoir le Lexicùn d'Etienne Chauvin.

176 ANTOINE LEIOT.

Il falbît que la passion d*Anioioe Leroy pour Ra* bêlais Ha bien rire, car après avoir amplement célébré ses mérites dans la longue préface du Floreium philo^ êOjphictiM , il ne crut pas encore avoir assez fait. On conserve à la bibliothèque royale un manuscrit d*An* toine Leroy, inscrit sous le n* 8704, qui contient une nouvelle apologie de Rabelab, en six livres. D y a lieu de croire que ce manuscrit fut remis à la bibliothèque royale aussitôt après la mort de l'auteur, puisque , dès faonée 1697, il nous est signalé comme appartenant au fonds du roi , dans l'ouvrage de J. Bemier qui a pour titre : Jugement et nouveUee cb$ervati<m$ $ur le$ ouvrée de M* Françoiâ ReMaie. Telle est la division des six livres qui composent les Elagia Rabeleteiana d'Antoine Leroy : dans le premier, il s'agit de la patrie de Rabelais , et l'auteur reproduit quelques pages de la préface du Floretum ; il parle aussi de lui-même , et des événements graves qui vinrent le troubler dans sa retraite , lorsque le bourg de Meudon fut dévasté durant les troubles de Tannée 1648 : le second livra est l'éloge du savoir de Rabelais ; dans le troisième , il est traité de ses écrits ; dans le quatrième , on rapporte les passages des auteurs qui ont parlé de Rabelais ; le cinquième a pour objet les censures qui ont été faites de ses ouvrages , les invectives qui ont été adressées à sa mémoire par les moines de toute robe , et notamment par les cordcKers ; enfin , le sixième livre contient la vie de Rabelais, curé de Meudon.

DENISOT (hicolas).

NICOLAS DENISOT est une des gloires du Maine : il fut également célèbre, de son temps, comme peintre et comme poète ; mais quand nous relisons aujourd'hui ce qui reste de ses œuvres poétiques , il nous semble que sa renommée fut supérieure à son mérite. On ne manquait pas en France, au XVI' siècle, de lettrés gens d*esprit et de goût ; et il est permis de supposer que si Nicolas Denisot ne se fût recommandé que par ses compositions littéraires , on eût fait moins grand état de sa personne. Mais c'était, en outre, un courtisan du plus haut ton , élégant dans ses mœurs , distingué par les grâces de son visage , admis dans la familiarité du prince et recherché par les femmes , plus puissantes que le prince lui-même à la cour de François I^^. Un gentilhomme aussi parfait ne pouvait faire que de bons vers , que des tableaux dignes des plus grands éloges. On le pensait du moins , et les témoignages de respectueuse estime, si libéralement accordés à Nicolas Denisot par tous ses contemporains, par ses rivaux , par ses maîtres , ne prouvent-ils pas qu'il pouvait être utile de Tavoir pour prolecteur, pour ami T

Nous ne manquons pas de renseignements sur l'origine et sur la vie de Nicolas Denisot. II est né au Mans , en l'année 1515, de Jean Denisot, bailli d'Assé , qui remplissait alors, près du siège présidial du Mans, les fonctions d'avocat. Sa famille , plus illustre dans les annales du Perche que dans celles du Maine, était III la

178 NICOLAS I>ENISOT.

de Nogent-le-Rotron ; on prétend même que , d'après une généalogie manascrite» les Denisot de Nogent araient pour lointains ancêtres des Bretons insulaires (1). Le bailli d*Assé vint le premier s'établir au Mans , comme nous l'atteste son épitaphe , aatrefois grayée sur une plaque de cuirre dans l'église de Saint- Pavin-en-la-Cité. Cette épitaphe est assez curieuse, et, comme elle nous a été conservée par H. Bojer, nous croyons devoir la reproduire ici :

Frère humain , visitant €« saint temple , Approche-toi de ee tableaa , contemple 06 mon corps gtt , en cendres résola , Tu apprendras qu'il faat , à mon eiemple , Finir tes jours , pajant le tribnl ample Qui a été en mon endroit solu.

Le dard de mort , trop triste et dissolu , Est tant certain qa*il est inévitable ; Mais si i*espnt par le oorpa est poilu .

Là , prie pour moi qne Id mal soit solu :

Le TtTant doit être au mort charitable.

Or, reeeTez Toraison lamentable Que mettre Jean Denisot , jà passé , Ouïr vous Cait sous la pierre funèbre.

Lorsqu'il TÎvait , prudent bailli d*Assé , Patron fameux , eansidique célèbre , Du sien fonda , par legs testamentaire , En cette église , un tel anniTersaire , De messe hante, à diacre senrie .

De saint Michel quand la fête on férié.

Au mont Tuba pour aoqnérir merci ,

(1) M. Boycr, Noua hist. sur la ri>, U$ ouwragei el h famille it iVffC. Dentior. (Amoaîre de la Sarthe, 1819.) l-n René Denisot. aTOcat au Mans . passe pour (tre le Ragoiin du itomun Camique.

NICOLAS BEMISOT. 479

A la fabrique et au prieur d'ici , Donna six firaucs par an , k toujours mais , Dont le prieur en prend quatre et plus ; mais Après la messe , à chaque jour fêté , Trois fois il dit le chant en bas noté.

A Notre-Dame , h Nogent-le-Rotron , A fait tel legs , à semblable charge , où Naissance prit. Jésus , pour tel partage , Lui donne es cieux tel héritage ! (1)

U est à croire qae ces yers sont de Nicolas Denisot^ a-t-il pu confier à une lyre étrangère la mission de célébrer la gloire du bailli d*Assé , lui qui , dès sa première jeunesse , prétendait être compté parmi les poètes? cela n'est pas vraisemblable.

Est-ce comme peintre on comme poète qu'il se fit d*abord connaître? nous Tignorons. On ne nous désigne aucun de ses tableaux , ou plutôt de ses dessins , car, au témoignage de La Croix du Maine , il se servait mieux encore du crayon que de la brosse ; tout ce que nous apprenons à ce sujet , c'est qu*i1 prit part à la confection de la célèbre carte du Maine, publiée en 1539. Le trait de cette carte est d'Androuet du Cerceau, mais le nom des lieux a été écrit par Nicolas Denisot (2). fl avait alors vingt-quatre ans. Son premier recueil de poésies ne vit le jour que six ans après, en 1545. Ce recueil n'est pas considérable; il

(1) On remarque sans doute que l'orthographe originale de cette épiUphe a été altérée par M. Boyer ; mais si nous ayons pour habitude de reproduire exactement les anciens textes , nous sommes prêt d*ail leurs à reconnaître que cette règle peut n'être pas observée , et que le délit commis par M . Boyer n'est pas grave.

(2) La Croix du Maine , Biblioth. française*

180 NlOOLiS DEMI80T.

se compose de dix noêls , rassemblés sous ce litre : Noelz parle conie d'Ahinays^ pré$entez d Madamoy^ $elle sa Valentine (le Mans), goth., petit in-12. Conte dMeinays est l'anagramme de Nicolae Denteoi oa Denysoi: c*est à Toccasion de cet anagramme, gaillard selon da Verdier, maussade selon H. Nodier (comme, saivant les temps, les avis différent sur les petites ainsi qae sur les grandes choses!], que François W dit an jour : a Ce conté d'Alsinoys n*est pas de grand revenu, puisqu'il n*est que de six noix (I). » On admirait do tels jeux d'esprit , alors même qu'ils De venaient pas d'un prince. Pour ce qui regarde Denisot, il nous est signalé par ses contemporains comme ayant excellé dans les anagrammes. C'est lui qui travestit ainsi le nom d'Etienne Jodelle : Jol le Délien est nél (2) Mais parlons de ses Aoe/x. M. Boyer, qui s*cst montré fort indulgent pour Denisot, a loué son premier recueil et en a reproduit quelques pièces. Nous voudrions être de l'avis de M. Boyer, mais nous ne le pouvons : parmi les poètes les plus obscurs du XVI* siècle, nous pourrions en désigner plusieurs, dont les noéls, ou cantiques sacrés, méritent assuré* ment plus d'estime que ceux de Denisot. Il nous semble même que M. Boyer n'a pas cité les meilleurs vers do

(1) Ls Croii da Maine, BihUoth. francoiu. « I^ siear de Il on U igné , en ses Euais, dit que Nicolas Denisot a change toute la rontexture des lettres de son nom , pour en basiir le romié d'AUinoys, qu'il a estrené do la gloire de sa p<M*sie el peinture. » Du Verdier, Btblioth. franc, p. 904. — Montaigne, Euaù, p. 22Ô do Tedii. de 1625. in-4*.

'2j Bigarrures du $ieur det Accords, p. 79. rerto. Dan« le« Mes, Sonnets et autres poésies de Taburcau , nous trouTons une ode à Jodelle sur cet anagraniine.

recueil de 1545 ; pour notre part » nous citerons

ceux-ci

Chantons tous, je tous en prie, En ce temps denotieax , Chantons ung chant glorieux , Délaissons mélancolye :

Chantons !

Car la princesse des cieuh Produyt Tenfanl précieux Le digne et sainct fruict de Tie ; Chantons !

Dessus l'aspic yenimeux Et basilic maculeux Sa puissance embellye , Chantons !

Le dracgon est souffreteux , Le lyon baisse les yeulx Par ceste rierge Marie ; Chantons !

Car ce iourdhuy tant heureux  produyt le Dieu des Dieux ; Ainsi le certifie ; Chantons \

Anges en Taer gracieux , En leurs chants armonieux Ont gringoté leur partie :

Chantons !

Et les pasteurs curieux Veoir l'enfant délicieux ,

Sont sortis de la prarye ; Chantons !

18S NICOLAS DEinSOT.

Je m*fii allaj arec eolx , En menant , de caeur joyeui , Ma Valenttne iolye ; Chantons !

Par œuTie miraenlenx Trois roys sont de dîners lieui Venus en oelte partie :

Chantons!

Prions le Dien Tertnenx Et miserioordieiii Qu*ajons sa gloire inflnie!

Le style de ces Ters est commun , mais le tour eo est assez heureux. On compte d'ailleurs les Noelx de Denisot parmi les livres les plus rares ; nous devions donc faire connaître au moins une pièce de ce recueil.

En quelle année Nie. Denisot s'éloigna*t-il de sa ville natale pour se rendre à la cour, sur l'invitation du prince? Nous ne l'apprenons pas, mais puisqu'il obtint une charge d'honneur parmi les officiers de la maison du roi, du temps de François I*' (1)» il est prouvé qu'il ne demeura pas longtemps dans le Maine après avoir publié ses premiers vers ; peut-être même avait il déjà fait, avant cette année 1545, plus d'un séjour à Paris et à Fontainebleau. M. Nodier nous le représente à Paris vers l'année 1530, admis déjà dans l'académie galante de Marguerite de Valois , et contri* buant , pour sa part , avec Pelletier , avec Bonaventure des Periers, à la rédaction de cet aimable livre qui

(1) M.Boyer. NolUe,p. 5.

NICOLAS DBNISOT. 483

doit s'appeler un jour VHepiaméran (1). Pelletier atteignait « en 1530 y sa douzième année , et Denisot aTait quinaee ans ; et à cet Age ils auraient été les favoris de Marguerite , les complices de l'auteur du Cymbalum mmndi! Si nous ne croyons pas à ce dérèglement précoce , nous voulons bien qu'avant Tannée 1545 , Denisot 9 déjà connu sans doute par des vers ou des contes inédits f ait été favorablement accueilli par une princesse amie zélée de tous les beaux esprits ; nous tenons toutefois pour vraisemblable qu'il ne vint pas s'établir à Paris avant les dernières années du règne de François I*'. Encore ne fit-il que paraître à la cour. Tous les poètes sont inconstants; au témoignage d'Anacrèon » ils sont cho$e légère t En quittant les murs de sa ville , en voyant s'effacer à l'horizon la grande ombre de Fantique cathédrale, Denisot avait oublié tout ce qu'il abandonnait en ces lieux, et la maison de son père, assise non loin du fleuve, sur le versant du mont (3) , et les compagnons de son enfance , et sa Valentine iciye : A peine avait-il connu la cour, A peine avait-il pris rang dans la poétique brigade, commandée par Joachim du Bellay, qu'il se laissait entraîner au delA des mers par de nouvelles amours, à la suite d'une dame de hatU rang, dont nous regrettons bien de ne connaître ni le titre ni le nom. Tandis qu'il habitait Londres, il fut choisi pour diriger, ou plutôt pour achever l'éducation littéraire d'Anne, de Marguerite et de Jeanne Seymour, filles d'Edouard

(1) M. Ch. Nodier, Notice sur Bon. des Perien, en tète de redit, des Contes; Paris , Gosselin , 1843.

(2) M.Boyer,i\rotief, p.d3.

I&4 lUGOLàS DENMOT.

Seymoiir, protecteur da royaume. Nom ne pouTontpat rapporter ici toas les éloges décernés à ces illustres sœurs 9 dont les poésies latines, traduites par du Bellay» par Antoine de Baïf , par Dorât, par Denisot, sont encore jugées dignes d'estime ; nous ne citerons que ces strophes de Ronsard :

Par TOUS , rierges da renom , Vrais peintres de la mémoire , Des autres rierges le nom Sera clair en rostre gloire ; Et puisque le ciel bénin An doux seie féminin Fait naistre chose si rare D'an lieu jadis tout barbare ,

Deniaot se rente beuré D'aroir oublié sa terre , Et , passager, demouré Trois ans en rostre Angleterre , Et d*aroir cogneu ros yeux Où les amours gracieux Doucement leurs flècbes dardent Contre ceux qui rous regardent •

Toire et d*aroir quelques Cois Tant 1ère sa petitesse , Que sous Toutil do sa roix Façonna rostre jeunesse , Vous ourrant les beaux secrets Des rieux Latins et des Grecs Dont rhonneur se renourcUe Par rostre muse nouTolle.

Comme ces yers nous le disent, Denisot ne séjourna que trois ans en Angleterre. Quand il rerint en France»

IHICOLAS DENISOT. i85

Henri II occupait le trAne et sefFbrçait de continuer le règne brillant de François I«'. Denisot reparut à la cour et s Y fit bientôt remarquer. Ce fut alors qu'il prit une part plus active à cette <r guerre entreprise contre l'ignorance , d dont Pasquier nous raconte , dans ses Recherchée ^ les rapides et glorieux suecèe. Ami et compagnon d'armes de Ronsard , de du Bellay, de Pontos de Thiard, de Belleau, de Jodeile, de Baîf y d*01ivier de Hagny, de Passerat et de ses compatriotes Pelletier et Tahureau , Denisot ne se montra pas un des moins ardents réformateurs du vieux langage « un des novateurs les moins audacieux (1).

Parmi les nouveautés qu'osa Nie. Denisot , nous rappellerons qu'il fut un des premiers, parmi les poètes de la pléiade^ auquel vint la fantaisie de supprimer la rime et de mesurer les vers français par syllabes longues et syllabes brèves. Lorsque Joachim du Bellay publiait y en 1550, son livre de Y Illustration de la langue française ; il s'exprimait dans ces termes : « Quant aux pieds et nombres qui nous manquent , de telles choses ne se font pas par la nature des langues. Qui eût empêché nos ancêtres d'allonger une syllabe et accourcir l'autre , et en faire des pieds et des mains? et qui empêchera nos successeurs d'observer telles choses, si quelques savants et non moins ingénieux de cet ftge entreprennent de les réduire en art? » Ces savants* et non moins ingénieux créateurs de la nou«* velle prosodie , de laquelle du Bellay veut ici parler,

(1) Pasqulnr, Recherches. — M. Sainte-Beave , Tableau de h poésie française au XYP siècle, édit. de 1843, p. 52.

486 NICOLAS DfiNlSOT.

sont notre eaïUe d^Aliinùyi , Jodelle , Passerat , Balf et plusieurs autres. On a souvent attribué le mérite problématique de cette innoration plus ou moins heureuse au galant Delien » au docte sieur du Lymodin , à Etienne Jodelle. Du Verdier semble dire » en effet » que, dès Tannée 1549, on connaissait plusieurs sonnets de cet auteur en rers blancs et mesurés , bien que » suivant Pasquier, Jodelle n'ait pas tenté cette audacieuse réforme avant Tannée 1553. Hais que Tessai de Jodelle soit de Tannée 1553 ou de Tannée 1549, d*Aubigné nous raconte , dans la préface de la seconde partie de ses PetiU$ Œuvres me$lée$ , qu'un certain llousset avait, dès Tannée 1530, traduit, en vers mesurés de six pieds , Ylliaie et YOdyuée d*Homère (t). Ces traductions n'avaient pas été publiées ; il parait même que , de son temps , d*Àubigné seul avait en Toccasion de les connaître, car ni Fauchet, ni Pasquier, ni La Croix du Maine , ni du Verdier, ni Soret , ne nous parlent de ce llousset. Si donc il n'est pas permis de rejeter comme fabuleux ce qu'on lit au sujet de cet auteur mystérieux dans les Peiite$ Œuvres do d*Âubigné , il faut croire néanmoins qu il était mort sans avoir confié son secret au public , et que Jodelle ou tout autre inventa de nouveau , vers Tannée 1550, |e vers blanc et scandé.

Ici se présente cette question : est-ce bien Jodelle qui fut cet inventeur? Fauchet et Scévole de

(1) D*Attbigo<, Petites OEutrêi metUa, p. 1S6 d« TMit. es Genèrt , 1630, iii-8. — Pasquier , Bechenhes, Mr. Vil . eh. 15. ^ Biblioth. françoÎMê de Tabbé Goujat , t. xiii , p. 4. — Baillet. lugemetu des «oroiiif « t. nr, p. S4. — La Croix du MêiM , Mit. de Rigolej de Javigoj, aa mot iVieotail^fiMiol.

Marthe (1) nous désignent Jean Antoine de Baîf ; mais ils se trompent y Baîf n'ayant pnblié ses vers mesurés que vers Tannée 1565. Tabourot nomme , avant Baîf, Bonaventure des Periers , et nous lisons dans Y Art poétique de Thomas Sébillet : « Peu de poètes François liras-tu qui ayent osé faire vers sans ryme : toutesfois, afin que tu ne me penses parler par cœur, tu liras , aux œuvres de Bonaventure des Periers la satyre d'Horace qui commence : ~

Qut fit , Mœcenas , ut Démo quam sibi sortem ,

tournée en vers de huict syllabes non rymez , lesquels sont imprimez en forme de prose , sans linéale distinction de vers , quasi comme non méritans de ce nom de carmes. » Cependant , Prosper Marchand , dont Bonaventure des Periers était l'auteur favori , déclare qu'il n*a pas rencontré de vers mesurés dans le Recueil de ses œuvres (2). Il est donc vraisemblable que les vers non rimes attribués par Sébillet à des Periers n'étaient que des vers blancs ^ et , en effet , si nous n'avons pas sous les yeux ce précieux et introuvable Meeueilf publié par Jean de Tournes en 1544, nous apprenons de M. Nodier que , pour faire montre d*un esprit facile y des Periers. écrivait souvent, même sa correspondance 9 en vers déguisés , c'est-à-dire privés de la rime (3} ; mais on lit , dans ses Discours, cette

(1) Fauchet, Recueil de l'origine de la langue et poésie fr ançoi$e, — Sc»T. Sammarth. Lyricorum, , lib. 11 , p. 140.

(2) Dictionn. de Prosper Marchand , au mot Mousset.

(3) Notice déjà citée, p. 24.^ M. Sainte-Beuve comprend aussi que Sébillet attribue à des Periers des vers blancs et non des vers mesurés. ( TahUau de la poésie française, pag. 85 de l'édit. de 1843. )

i88 raCOLAS DEMI80T.

phrase très-significative : c Paisqae nostre langage actuel est sans quantité ( je diray quelque jour ce qu* j

en trouve, s*il plaist à Dieu) » C'est vers Tannée

1539 que des Periers, convaincu d'athéisme, chercha dans une mort volontaire un refuge contre le bAcher; il avait donc , paralt-il , avant Jodelle et peut-être avant Mousset, formé le dessein d*une nouvelle prosodie française : c*est toutefois un projet qu*il n'a pas réalisé, et comme la première édition de ses Diicaur$ est de Tannée 1557, il est possible qu'il n'ait rien appris à Tinventeur de Tannée 1550.

Disons enfin pourquoi nous recherchons avec tant de curiosité quel est cet inventeur. La Croix du Maine ne nous donne-t-il pas à entendre que c'est Nicolas Denisot? c II a escrit, lisons-^ous dans la Biblio-ihique française , quelques vers mesurez à la forme des élégiaques grecs et latins , desquels il s'en voit quelques-uns imprimez avecquos YÂrt poétique de Thomas Sébillet. » Or, la première édition de YAri poëiique de Sébillet étant de Tannée 1548, il est prouvé que Nicolas Denisot a fait et publié des vers mesurés deux ou trois ans avant son ami Jodelle , si toutefois il y a de ces vers dans I édition de YArt poétique que nous venons de désigner. Mais voici que nous prenons encore une fois La Croix du Maine en flagrant délit d'imposture. Deux éditions de YAri poétique sont sous nos yeux; la première de Tannée 1548, la seconde de Tannée 1555, et il ne s'y trouve aucune pièce en vers mesurés , soit de Denisot , soit de tout autre ; dans rédition de 1555, est joint à Y Art poétique de Sébillet un RecueU de poésie françoyte prime ie ptusieun portes 'ei plus exceltenti de ce règne , et , dans ce Recueii

même, nous ne rencontrons pas un seul vers mesuré. Celte longue et laborieuse enquête nous ramène au septième livre des Recherchée de Pasquier : c'est là que nous lisons ce qui peut se dire de plus satisfaisant et de plus vrai , sinon sur le mérite , du moins sur l'origine de cette réforme du rhythme français tentée au XVI« siècle par quelques contempteurs outrecuidants de Marot et de Saint-Gelais. a Je ne dispute point , ainsi s'exprime Pasquier, si la forme des vers latins , avecques pieds longs et courts , est meilleure que nos rimes. Ce que j*entends maintenant déduire est de sçavoir si nostre langue françoise en est capable. Quant à cela , il n'en faut point faire de doubte. Mais je souhaitte que quiconque l'entreprendra soit plus né pour la poésie que celuy qui , de nostre temps , s*en voulut dire le maistre (1). Cela a esté autrefois attenté par les nostres et peut-être non mal à propos. Le premier qui Tentreprint fut Estienne Jodelle, once distique qu'il mit , l'an 1553, sur les OEuvres poétiques d^Olivier de Magny :

Phœbas , amour, Cjpris reut saurer, nourrir et orner Ton vers et chef d'umbre , de flamme , de fleurs ;

voilà le premier coup d'essay qui fut fait en vers rapportez et mesurez, lequel est vrayement un petit chefd'œuvre. Ces deux vers ayant couru par les bouches de plusieurs personnages d'honneur, le comte d'Alsinoys, en l'an 1555, voulut honorer la seconde impression de mon Monophile de quelques vers hendé-

[1; Jean-Ant. de Baif.

casyllabes , doot les cinq derniers conloient asses doucement :

Or qaaot est de l'amour, amy de rerm , Don céleste de Diea , je t'estime heureux , Mon Pasquier, d'en avoir fidellement faict Par ton docte labeur, ce docte discours , Discours tel que Platon ne peut refuser. »

lodelle inventa la nonrelle prosodie , et Denisot fut le premier imitateur de Jodelie : voilà ce que Pasquier nous témoigne, et son témoignage est confirmé par les recherches que nous avons faites. On sait, d'ailleurs , quelle fut la fortune de cotte innovation. Ronsard ne Tadopta pas , mais Rapin , Passerai , Pasquier» Baîf f d* Aubigné , Sainte-Marthe , renouvelèrent l'épreuve après Jodelie , après Denisot , et n'eurent pas grand succès près des oreilles françaises. Vers le milieu du siècle dernier, Turgot fit aussi quelques vers métriques, mais ne réussit pas mieux (1).

Marguerite de Valois étant morte en 1549, tous les poètes contemporains s'empressèrent de chanter ses louanges. Les trois élèves de Denisot, Anne, Marguerite et Jeanne Seymour se firent entendre dans ce concert, et leurs cent distiques latins sur le trépas lamentable de la dixième Muse , de l'imprudente amie de Clément Marot , obtinrent Tapprobation de tous les experts. On les traduisit aussitôt en vers français, grecs et italiens. Ronsard , Dorât , Joachim du Bellay, Jean-Antoine de Balf , s'exercèrent sur ces distiques. Plus que tout autre , Nie. Denisot devait être jaloux

(1) On peut lire à ee sujet l'article Jfoiiiatl^ de Pirosper Mardusd.

MGOLAS DENISOT. 191

de faire connaître l'œuvre poétique des trois sœurs anglaises ; non-seulement il traduisit leurs cent distiques en cent quatrains français , mais ayant joint à ces quatrains divers autres chants funèbres , composés en Fhonneur de la reine de Navarre, il publia ce recueil en 1551 , sous le titre de : Le Tombeau de Madame Marguerite ; Paris , H. Fezendat , in-8.

Deux ans après , parurent les Cantiques du premier Advinement de Jésus- Chriit ; Paris , veuve H. de La Porte , 1553y in-8 , avec les airs notés. Ces Cantiques ne sont pas moins rares que les Nods publiés en 1545. La bibliothèque du roi ne possède ni l'un ni l'autre volume , et on ne trouve que les Nods à la bibliothèque du Mans. Du Verdier, qui avait en grande estime la suffisance du comte d'Alsinoys , ne s'est pas contenté de nous recommander le hault son des Cantiques; il en a publié deux dans sa Bihliothêque , les plus loués sans doute. C'est dans l'un de ces cantiques que se trouve cette description curieuse de la maison deBethléhem :

saineta et saincte maison !

maison dignement saincte!

bien-heurense maison Qui a yen la Vierge enceinte !

Icjr je Teuil maçonner De ce bastiment l'exemple Et de mes rers façonner Le projet de ce bean temple.

Ça la reigle et le compas !

Ça le papier et la plume !

Muse ayant! qn*on mette bas Le feu «pu nos cœurs allome!....

Quatre fourches eo quarré L*aiie sur l'autre penchantes , Sous un plancher bigarré De tous costez chancelantes ,

Estoient les quatre pilliers De ce tant heureux repaire Où les anges à milliers Ont TSU la Vierge estre mère.

Sur ces fourches tout au long Quatre perches h Tantique Deseignoient le double front D'un double et double portique.

Tout le plancher de rozeaui Et de paille ramassée De torchiz et de tuilleaux D*herbe seiche enlrelassée ,

Estoit tout entièrement Lambrissé en telle sorte Qu'on eust dit facilement Le tout n'estre qu'une porto.

Les postres et soliveaux Estoient petites perchettes , Plus pour nicher les oiseaux Que pour serrir de logettea.

L'entour estoit façonne D'une claye demi- rompue Où le rent aToit donné Tant , qu'il l'aroit corrompue.

Sur le dessus my-passoit L'herbe penchant de froidure , Qui ses chereui bérissoit Teints encoieo de Terduite.

l^COLAS DEMSOT. 195

Quatre gaulles de travers , Desjà seiches de yieillesse , ûavertes de mille vers , Bout BUS bout faisoient Tadâresse.

Pour eslever tout autour Une bien mince closture , Qui eut remparé Tentour De ceste pouvre ouTerture ;

Mais tout estoit descouvert , Le yent. la plnye et la gresle TrouYoient toujours Tbuis ouvert Pour s'y fourrer pesle-melle.

Ce sont bien là des vers d*un peintre » et d*an peintre da XVI' siècle : eo les transcrivant ici , nous croyons copier quelque ancienne description d'un tableau du maréchal d'Anvers. Quel luxe de détails I quelle recbercbe des petites choses I Recherche puérile , luxa de mauvais goût. Nous savons que tel n'est pas le sentiment de tous les critiques : il s*en trouve qui sont curieux de voir un poète , un peintre , compter exactement le nombre des brèches pratiquées par la vermine sur une gaule rustique , et que rien ne touche^ n'émeut plus que celte frivole analyse des accidents imperceptibles. Pour notre part , autant nous préférons la manière large et puissante des grands maîtres dans 1 art de peindre au parti pris enfantin des émules de Quintin-Hetzis , autant nous mettons les stances sa« crées de Malherbe , et même de quelques poètes de là pléiade, au-dessus des vers précieux que nous venons de citer. Ils ont été déjà signalés comme étranges et i)outFc>ns par l'auteur des Observatiam mtr ht erreurs "1 i3

iM NIC0U8 DBNISOT.

dei peiniret, l'ayocat Mole (1). Le même critique a eité quelques vers encore (Tnn autre noél de Deaisot , et nous allons les reproduire après lui. On sait avec quelle réserve , avec quelle sobriété de détails , les évangélistes ont raconté la naissance de Jésus. Un seul d'entre eux , saint Luc » ajoutant quelque chose aux dires de saint Mathieu , a parlé d'une crèche dans laquelle Tenfant qui venait de naître fut , dit-il , déposé c parce qu'il n'y avait pas de place dans Thô* tellerie s de Bethléhem ; et il s* est bien gardé de faire la description de cette crèche. Les peintres , les poètes Font placée dans une étable , et dans c^fte étable ils ont introduit des animaux bêlants ou ruminants. Mais ce n*est pas tout , car voici Denisot qui nous représente deux de ces animaux , les plus intelligents sans doute, le bœuf et Tàne, transportés par Tenthousiasme que leur cause la venue du Christ , et faisant toutes sortes de mines pour manifester la joie qu'ils éprouvent :

Vojei rane et l*autre besia A son Seigneur faire feste!

Voyez que Taene à genouz Pardessus Toreille braje, Et. selon son pouvoir, payo L'honneor que nous lui devons tous (3].

Cet vers seraient peut-étre i leur place dans cet. tains poèmes où Ton a tout osé : mais dans un caa* tique 7... est-il permis de travestir ainsi les Évangilee.

(1) T. n , p. 85 et 96. (Nota maouscrila de Mercier St-Léger.) |t) /M., p. 67.

NICOLAS BENBOT. 195

dans un cantîqtie? Noos ne le croyons pas. Rappelons cependant qne les œuvres spiritaelles do comte d*AIsinoys ont été louées par Rémi Relleau , dans le sonnet suivant :

Ce double traict , dont Tan industrieux , Rayist nostre œil , Tautre , doux , nostre oreille , De ta main docte annonce la mcrToille Et de tes vers Taccent laborieux.

Mais ton esprit, sainctement curieux

A desseigner la beauté nompareille

De cette nuîct (Ij , plus que fe jour vermeille ,

Sur ton pinceau reste yictorieux.

Car tes tableaux mourront , et la mémoire Des plus saincts doigts emportera la gloire De nostre temps , à Tantique égalé ;

Et ton sujet plus divin et plus stable , Que n'est Tamour, le créon ou la table , Rompra les coups du vieil faulcheur ailé»

Gomment le sage Belleau pouvait-il promettre un renom immortel à ces vulgaires facéties? Denisot était de la brigade f comme on disait alors; il était du parti des modernes y des novateurs , et , dans tous les partis, on se rend de tels services , on s'adresse , devant le public , des congratulations emphatiques que souvent la conscience désavoue. Aui vers de Belleau , que nous venons de reproduire , nous pourrions joindre d'autres épttres non moins* flatteuses adressées à notre comte d*Alsinoys par Ronsard , Muret , Jodelle , Antoine de

(1) La nuit de la nativité.

196 lOCOUS DEIUSOT.

Baïf , Joachim da Bellay, Ricbelet , Sébillêt , et par plusieurs autres ; Ronsard lui disait :

La rerta fist eo partie Le lien qui dous joignit El la mesme 8]rmpathie Celle qui noua Astreignit.

C'eat donc l'henreuse folie Dont le ciel folaatre en noua , Non le paya qui noua lie , D*un affolement ai doux.

Qaoy! c^ny que la nature A dèa enfance animé De poésie et de peintura Ne doibt-il pas eatre aimé?...

Car ob est Tœil qui n'admire

Tes tableaux ai bien pouriraicta

Que la nature se mire

Dans le parfaict de leurs traicb ?

Ob est roreille bouchée

De telle indocte eapaisseur

Qui ne rie , estant touchée

De tea Tera pleina de douceur T etc., etc. ( I].

Mais ces citations sont plus que suffisantes. Si nous devions parler de Taccueil fait aux vers de Deoisot par les premiers poètes du temps, nous ne saurions prendre au sérieux tous ces compliments immériiés,

( 1 ) Il r a d'autres Ters de Ronsard à Deoiaot. Dans le aoooet n du lÏTre 1 de ses Àmaun, Ronsard parle du portrait de sa maîtresse fait par Deniaot.

Hors de mon sein je tire une peintara , De tous mes maux le seul allégement, Dont lea baautéa par Deniaol mclosas

NICOLAS DBNISOT. 497

Thomas Tanner» dans sa BMiotheea BrUannico^ Hibemica (1), décrit un manuscrit latin de la biblio* thèqoe de Westminster, auquel il donne le litre de : Lîter Carminum ad regem Eduardum Yl. Tout ce que contient ce volume est de Nicolas Denisot. Après une acclamation , qui est en prose , sur les actes du règne de Henri YIII , se placent une églogue et un poème funèbre [Efieedium) sur le trépas prématuré de ce prince; puis deux autres poèmes sur Tayénement d'Edouard VI. Nous ne connaissons ce manuscrit que par la description qu*en fait Thomas Tanner ; mais le titre des pièces qu'il renferme nous indique assez qu'il dut être envoyé par Denisot à Edouard YI, vers la fin de l'année 1558. Or, par une étrange coïncidence, quand , pour mériter les bonnes grâces du nouveau roi d'Angleterre , Denisot s'occupait à chanter en vers la louange du prince méchant et vicieux qui venait de descendre dans la tombe , il travaillait dans le même temps, au péril même de ses jours, à restituer à la France la ville de Calais , occupée par une garnison anglaise.Yoici les renseignements qui nous sont fournis, sur cette chevaleresque équipée, par l'auteur de la notice insérée dans X Annuaire de la Sarihe de 1812. Le comte d'Alsinoys, dissimulant son nom et sa qualité , était venu s'établir à Calais , dans un modeste logis, avec son chevalet, ses toiles et ses brosses, feignant d'être un de ces peintres nomades qui , suivant les saisons , ou plutèt suivant leur fantaisie , vont dresser leurs tentes aux lieux les plus divers. Mais quelle était sa principale occupation 7 mathéma*

ai LoDdini , 1748, in-fol., p. m.

196 NICOLAS DBNISOT.

ticiao et dettîMtear habile, il étudiait les fortificitions de la place et en levait le plan » avec Taide d'nn sien neveu , nomnié Langlois , sieur du Vivier, qu*il put bientôt envoyer vers le roi, porteur des pièces dont Tarrivée était impatiemment attendue. Cependant , les Anglais» qui étaient sur leurs gardes, arrêtèrent le messager de Denisot, saisirent les papiers entre ses mains , et ne tardèrent pas i trouver son complice » qui fut jeté dans les prisons de la ville , comme pré<venu d'un crime d'État. Il ne s'agissait plus que de kàler le jugement de Denisot , et de lui infliger le dernier supplice, lorsque cet aimable chevalier français, ayant daigné trouver quelques charmes i la femme de son geôlier, obtint d'elle les moyens de fuir. Hors de sa prison , Denisot courut par les champs : il était i quatre lieues de Calais , quand , voyant accourir sur ses traces les soldats envoyés à sa poursuite , il entra dans une métairie et s'y cacha ; mais il fut découvert dans cette retraite. Par qui, bon Dieu? racontons ce détail i demi-voix : il fut découvert par la 811e du métayer, et , comme la femme du geôlier de Calais , celle-ci ne tarda pas i se laiuer attendrir par les doucee prières, par les larmes feintes, et (c'est le manuscrit généalogique qui nous l'atteste ) par les galants stratagèmes du bel aventurier : non-seulement elle le cacha dans un lieu sûr, mais elle veilla sur lui durant sa fuite , jusqu'à ce qu'il f&t rendu dans les murs de Boulogne. Dans cette ville , Denisot fit , avec ses souvenirs , un nouveau plan , et s'empressa de l'envoyer au roi , qui le transmit au duc de Guise. Le duc considérait comme une folie entreprise l'attaque d'une place aussi bien défendue que Calais semblait l'être. Cepen-

MC0LA8 DENlSOt. 499

dant, après un eiamen attentif du plan tracé par Denisot , il ne désespéra pas tout à fait de surprendre Tennemi ; et» se mettant à la tète de quelques troupes rassemblées à la hâte» il arriva « le 1" janvier 1558, sous les murs de Calais. L'attaque fut aussitôt commencée 9 et y après huit jours de siège , cetle ville , qui depuis deux cents ans avait une garnison anglaise, voyait le drapeau de la France flotter de nouveau sur ses tours réputées imprenables. On dut à Denisot ce glorieux, ce prodigieux succès (t).

Due mort trop prompte ne permit pas i Henri II de lui témoigner sa reconnaissance , et lui-même ne sur<^ vécut pas longtemps à ce prince , puisqu'en Tannée 1559, atteint d'une fièvre violente, il mourut à Tàge de quarante-quatre ans , dans la maison qu'il occupait à Paris , au faubourg Saint-Marcel. Il fut inhumé dans l'église de Saint-Ëtienne-du-Mont (2).

Nous n'avons pas encore terminé cette notice : il BOUS reste à parler de quelques œuvres attribuées à Nie. Denisot par divers bibliographes, et de plusieurs pièces de vers de cet auteur qui se trouvent éparses dans les recueils du temps ou insérées dans les ouvrages de ses amis.

«lia escrit, lisons-nous dans la Bihlioihêque de La Croix du Maine, un Livre i& Prières à Dieu, imprimé à Paris et autres lieux, b Nous ne connaissons pas ce volume; du Yerdier ne le mentionne pas.

Nous trouvons encore , dans le catalogue de ses opuscules publié par La Croix du Maine , des Annaia-

(1) Notice de M. Boyer, p. 19et«uiv.

(2) Ilnd., p. 22.

200 NICOLAS DBNISOT.

iMMif sur une ode de I^rre de Ronsard. Il se proposait y nous dit ce bibliographe , de commenter toutes les œuvres de ce poète. Rien de cela n'est parvenu jusqu'à nous.

On ne s'accorde pas sur la part de collaboration qui lui appartient dans les Conies ou Nouvelles Récréa^ lîofu de Bonaventure des Pericrs. La Croix du Maine dit que Denisot et Pelletier sont auteurs de la plus grande partie de ces Coniet , dont la première édition est de rannée 155S (t)« Le Duchat» au témoignage de Falconnet» a cru devoir les attribuer tous à Denisot. Dans Télégante notice qu*U a publiée sur Bonaventure des Periers , M. Ch. Nodier répond à cette question dans les termes suivants : « Je suis loin de penser, comme La Monnoye » que cette coopération de Pelletier et de Denisot ait été fort considérable. Plus j*ai relu les Coniee de des Periers » plus j*y ai trouvé de simultanéité dans la forme , dans les tours , dans les mouvements du style* Quoiqu'il y ait des exemples nombreux» dans les lettres comme dans les arts » de cette aptitude i l'imitation, je ne l'accorde pas sans regret» el surtout sans réserve , i Pelletier et à Denisot , qui n'ont jamais eu le bonheur de ressembler à des Periers , si ce n'est dans les écrits de des Periers où l'on vent qu'ils aient pris part. Je conviens très -volontiers cependant que des Periers» mort en 1544» et selon moi en 1539, n'a pas pu parier de la mort du président

(1) A l'art. Jaquêi PeUêiter. « le ne iwa pas nier, dit L* Croix du Maine , qu'il n*y ait qnelaues contes en oe Mm de Tin* ▼ention dudit BonaTenturs , mais les principaux autheurs de œ

Kntil et plaisant lîTre de facétisi , sont les susdits Pelletier et inisot. >

Lizet f décédé en 1554, et de celle de René da Bellay, évéqae du Mans, qui ne cessa de vivre qu'en 1556. Il &k est de même de deux ou trois faits pareils que La Monnoye a recueillis avant moi , et probablement de quelques autres qui nous ont échappé à tous deux. Mais qu'est-ce que cela prouve? Ces phrases : naguêres décidé, décédé évesque du Mans, etc., ne sont autre chose que des incises qu*un éditeur soigneux laisse volontiers tomber dans son texte , pour en certifier l'authenticité ou pour en rafraîchir la date. Il ne serait même pas étonnant que les noms propres auxquels des Periers aime à rattacher ses historiettes , eussent été souvent remplacés par des noms plus récents, plus populaires, plus capables de prêter ce qu'on appelle aujourd'hui un intérêt piquant d'actualité aux jolis récits du conteur. L'auteur même qui publierait son ouvrage après l'avoir gardé vingt ans en portefeuille , ne négligerait pas ce moyen facile de le rajeunir, et il est tout simple ({ue Féditenr de des Periers s'en soit avisé ; car, à son défaut , Vidée en serait venue au libraire. Laissons donc à Denisot et à Pelletier, puisqu'on en est convenu , l'honneur d'une collaboration modeste dans les ouvrages de leur maître. Mais gardons-nous bien de pousser cette concession trop loin. Si Pelletier et Denisot avaient pu s'élever quelque part à la hauteur du talent de des Periers , ils n'auraient pas caché cette brillante faculté dans les Contes et dans les Discours de des Periers , eux qui ont vécu assez longtemps pour la manifester dans leors livres , et qui ont fait malheureusement assez de livres pour nous donner toute leur mesure. Il n'y a qu'yn Rabelais , qu'un Marot , qq.'un Montaigne , quun des

Pariers dans one lUtératare. Des Denisol •! des Pell^ tier, il j en a mille. » Noas voulons bien sonscrire i ce jugement y si pea flatteur qa*il puisse être poor la mémoire de deux Manceaux renommés. Cependant n*est-il pas permis de supposer encore , même avec ressentiment de M. Nodier, que Deoisot et Pelletier ont inséré quelques-uns de leurs contes dans le recueil publié par eux sous le nom de leur ami ? L'objection qu'on fait à cela , c'est qu'on ne trouve pas de ressen* blance entre le slyle des CatUes et le style des ouvragée authentiques et analogues de Pelletier, de Denisot. Mais qui a fait cette comparaison et qui Ta pu faire? De la prose de Pelletier on connaît i peine quelques graves discours , et il ne reste pas une seule ligne de Denisot qui ne soit en vers. Mais si M. Nodier réduit à peu de chose la part prise par Denisot et Pelletier aux Conies publiés sous le nom de des Periers , il croit qu'ils ont lun et l'autre , ainsi que des Periers , fourni quelques nouvelles à VHepiatt^im. Cette hypothèse n'est pas i rejeter. Si , comme nous Tavons éubli , M. Ch. Nodier a nécessairement antidaté les relationa de Marguerite et des deux poètes du Maine , nom accordons volontiers qu'ils ont fréquenté Tacadémia présidée par cette princesse, et quils ont pa con« tribuer à la rédaction de VBepêanUrùn.

Nous n'avons pas lu de vers mesurés de Denisot dans le Recueil de Poieie françoiee^ publié, en 1555» par la veuve Regnault , pour faire suite à Y Art Poétique de Sébillet ; mais comme le nom des auteurs maaqne i la plupart des vers de ce Recueil » nous pouvona croire qu'il contient des vers rimes de Denisot. Gillea Corroset a inséré, dans son Pama$$e des Poèiec firmn^

ABKL FOULON. !20S

çaii modemêif une sorte d'élégie de JDeDîsot sur les misères de la vie humaine ; cette pièce de vers est dédiée à Pierre Boistuau.

Ge Pierre Boistuau , sieur de Launay, était le secrétaire de Tacadémie de la reine de Navarre. Oâ a de lui plusieurs ouvrages qui ont été fort estimés; en tète d'un de ces ouvrages , le Théâtre du Monde , se lit une pièce de vers encomiastique signée par le comte d'Aïsinoysy a valet de chambre du roy. » Il s'en trouve une autre en tète de YHiêtoire des Oiseaux ^ de P. Belon. Ce sont des vers mesurés à l'imitation des phaleuques grecs et latins. M. Boyer a reproduit cette pièce; mais il ne parait pas avoir connu Thexastique français de Denisot , qui précède les Amours d'Olivier de Magny. Enfin des vers de Denisot k Ronsard ont été publiés dans quelques éditions des œuvres de ce poète ; nous les lisons au tome ii de l'édition de 1633, p. 1081.

FOULON (abel).

Il nous suffira d'annoter la notice publiée par La Croix du Haine sur abel FOULON. En voici les termes :

c Abel Foulon , natif de la paroisse de Loué , au Haine , poète françois , philosophe, mathématicien et. ingénieur* valet de chambre du roi Henry IL II a escrit de son invention l'Usage et Description de l'Holomètre» pour scavoir mesurer toutes choses qui sont soubs l'estendûe du ciel » tant en largeur qu'en hauteur et

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