‹ Histoire littéraire du Maine (volume 2)Chapitre 2 sur 39 · LAZABE DE BATF · texte numérisé non relu

LAZABE DE BATF

véritable ennemi n'était pas au-delà des Alpes , et ils étaient entrés avec le Pape» les Florentins et les Suisses, dans la sainte ligue conclue à Cognac, en l'année 1526. Quand, au mois de décembre de Tannée 1531 , Lazare de Bayf vint remplir, à Venise, les fonctions d'ambassadeur, les rois de France et d*Espagne se préparaient à de nouveaux combats , mais ils ne voulaient manifester Tun et l'autre que les intentions les plus pacifiques. On se préoccupait surtout, en Italie, de rapproche des Turcs, qui, ayant pénétré dans la Hongrie et dans la Dalmatie, menaçaient déjà les possessions vénitiennes. Dans sa correspondance avec le roi , avec les principaux officiers de la couronne, avec l'ambassadeur de la France dans les Etats de Rome, révéque d* Auxerre , Lazare de Bayf parle sans cesse des alarmes que les progrès des Turcs causaient à Venise, durant les années 1531 et 1532. Il ne dissimule pas , d'ailleurs , que la cour de Rome exagère à dessein la gravité du péril, et ajoute elle-même à l'inquiétude des populations, en faisant répandre des bulletins et des bruits mensongers. Dès le 26 janvier 1531 , Lazare de Bayf écrivait à l'évéque d'Auxerre: « Monseigneur, je vous diray bien que Ton faict en ceste ville quelque remontrance d'avoir paoor de la venue du Turcq, mais je me doubte fort que ce soit pour avoir occasion de tirer argent de leurs subjects; et Dieu voulsist que ainsy fust (1} I s Outre cette raison fiscale , les cardinaux romains et les seigneurs de Venise avaient un autre motif pour faire montre

(1) IIS.*de U bibliothèque du Roi, collection Dupuy, sous le B«965.

LAZARE DE BAYF. S

d*ane vive terreur : lis désiraient fort éloigner des champs de Pltalie les Français , les 'Espagnols et les Impériaux , et associer dans un intérêt commun les deux princes, rivaux de puissance et de gloire , qui n'attendaient qu'un prétexte pour déchirer le traité de Cambrai. Il était vrai, toutefois, qu'on faisait alors, à Constantinople, des armements considérables, et que les Vénitiens devaient exercer une surveillance active sur leurs frontières. Après quelques mois de séjour à Venise, Lazare de Bayf partagea lui-même , comme ses dépêches nous le témoignent, les craintes des marchands de cette ville. Il n*eut pas à traiter , durant les années 1532 et 1533, de ces grandes alfoires qui font la réputation d'un négociateur ; le principal objet de sa mission fut de maintenir en de bons rapports le roi de France et la Seigneurie de Venise , et de déjouer les intrigues' des agents de Vempereur. n y réussit. Pour le récompenser de ses services , le roi lui donna plusieurs abbayes, entre autre celles de Gharroux et de Grenetière. Les produits de ces bénéfices étaient vraisemblablement le plus net des émoluments de sa charge, car il écrivait àTévêque d*Auxerre le 20 février 1532 : a Monseigneur, touchant fabbaye qu'il a pleuauroy me donner, comme je croy que aurez sceu , je vous prye qu'il vous plaise me ayder envers nostre Saint-Père et ceulx qui auront la charge du négoce , que je ne paye rien de la composition et annate, car je suis icy en une grosse despense. ... d Lazare de Bayf quitta Venise dans le cours de Tannée 1533.

Il fut ensuite chargé de diverses négociations en Espagne et en Allemagne ( 1540}, où il fut envoyé pour

6 LAZIEE DE BAYF.

assister à la diète de Spire. Il avait près de lai , dans ce voyage diplomatique , le jeone Charles Estieone et le cadet d'one maison du Bas-Vendomois dont la tu-^ telle lui avait èlè confiée ; ce jeune homme , alors Agé de seize ans à peine, était Pierre de Ronsard (1).

La conduite que tint Lazare de Bayf dans ces di* ▼erses ambassades , lui mérita les titres de conseiller au Parlement (ISSS), et de maître des requêtes ordinaire en l'hètel du roi (1541). En Tannée 1543, il habitait, à Paris, le quartier de l'Université, remplissait auprès du roi ses fonctions de maître des requêtes , et employait tous ses loisirs aux travaux littéraires qui ont placé son nom parmi ceux des illustres créateurs de la prosodie française (2). Ronsard, qui demeurait

(1) Vie de P. Rofuard, par Cl. Binet. — Oraiton funèbre d» Ronsard , dans le tom. ix de ses (Xuvres, édit. de 1630.

(2) Salmon Macrin ( ou Mogret ) nous apprend que les nouveautés poétiques de Lazare de Bayf rencontrèrent des censeurs :

Lumen suprenue Lazare curi» , Leçationis munere regiœ Qui functus , Ktemum reportas Patribus a Venetis honorem ,

Turb» im périt» barbare factio Quid moliatur providus aspicis , Quanto^ue conspiret furore Ârtium in interitom bonarum.

Quod ni patronum res te Heliconia Gignata fortem et TÎndice ni manu Ttttere, lorica triliciijue Ejus opes prope dissipa tas :

Do disciptinis ilicet onmibus Quaa libérales jure bono vocant Utraquede lingua sit actum, et Parisi» studiis Minenrae....

S. Macrin, Hymn. Lib. U

LAZARE DE BAYF. 7

aux Toarnelles, venait lui rendre de fréquentes yisites et profitait des leçons que Jean Dorât donnait au fils du docte conseiller, Jean-Antoine de Bayf , qui devait être une des constellations de la fameuse pléiade. On compte Lazare de Bayf au nombre des huit maîtres des requêtes qui assistèrent , en 1547 , aux funérailles de François I^'. II mourut peu de temps après , la même année que ce prince. Ronsard fit son éloge funèbre dans les vers suivants :

A CALLIOPB.

Si les Dieux

Larmes d'youx Versent pour la mort d'un homme ,

A ceste heure ,

Dieux , qu'on pleure Et qu'en deuil on se consomme !

Galliope

Et ta trope Bayf chantez on yoix telle ,

Que sa gloire

Par mémoire Soit saintement immortelle !

En maint tour, Â Tentour, Du cercueil croisse lierre !

Nuit et jour, Sans séjour,

A Vignorance il eut guerre.

L'excellence

De la France Mourut on Budé première ;

8 LAZÂEE DE BATF.

Et encoret Morte est ores Des Muses Tautre lumière ! (1)

Les œuvres de Lazare deBayf se composent de trois petits traités sur les vêtements Jes vases et les navires des anciens y de plusieurs traductions en vers, de quelques poèmes et de sa correspondance diplomatique.

Le traité sur les vêtements des anciens est le premier ouvrage de Lazare de Bayf : il y travailla durant le voyage quil fit à Rome avec Christophe de LongueiU Voici le titre de cet opuscule, dont la première édition parait être celle de Basle, 1526, in-4« : Laz. Bayfii Atmoiaiionum in L. vatii FF. de auro et ar^ genio legaio liber. Il est dédié à Jean , cardinal de Lorraine. On peut apprécier quel en fut le succès , par le nombre des éditions qu*il obtint dans l'espace de quelques années. Nous désignerons celles de Basle, 1531 et 1537, Froben, in-4'; de Paris, t535, 1536, 1541, 1547, 1549; de Leyde, 1536. Georges Grœviusa réimprimé ce traité , dans le tome VI de son Thésaurus Aniiçuii. Ramanarum. Les savants le consultent encore.

G*est au retour de son ambassade à Venise que Lazare de Bayf donna ses traités sur les vases et sur les navires anciens. Le traité de Vasculis , dédié par Fauteur an chancelier Antoine du Bourg , parut pour la première fois, en 1536, à Paris et à Lyon; on en connaît une autre édition de Paris, 1547, in-8 : il se trouve encore dans le tom. IX du Thésaurus Grœcar»

\\) OEHTTt$ de Rofisara, t u « p. (^1 de ledit, de 1630.

LklàME DE BATF. 9

AmUquiUiium de GroooTias. Le mité sur les uiTiies a pour titre : Aimoiatienei in L. II ie cûfiimM H pot^- Iminio revenu: Pairis , 1 536 et 1549, iii*i^; Lyon, 1537, in-£. GroDOThis Fa inséré dans le tom. XI de son Becueil. Dans le temps oà Laxare de Bayf publiait cel onTrage, Etienne Dolet acheraît, iLyon, son lirre Ih re navàU. H parait qn^it mit i profit les recherelies de Bayf , et dissimula ses emprunts. Cette conduite peu loyale fut Yîvement censurée par un des amis de Bayf , on peut-être par lui-même. Dolet se défendit le mieux qu*il put.

Ces divers traités de Lazare de Bayf forent, pendant longtemps, fort goètéa. Lefebire de la Boderie les a dans sa Gattioide :

Lazare de Bajf qui , an temps oublieux ,

As doclemeot nrj les restemeaCs des TÎeux ,

Et recherché les noms et toute la fabrique

Des nanz et nautomners et de tout Vart nautique... (1).

Les traductions de Bayf ont été estimées, mais n ont pas eu toutefois autant de succès que ses traités. Nous parlerons d*abord de sa traduction littérale de YEUctra de Sophocle, publiée sous ce titre : La tre^ gédieâe Sopkodes iniUulée Electra, eonienant la venfeneede Vinhumaine eitrês-piteusemortd^Agamemnan, roy de Mycênes; Paris, Roffiet, 1537, in-8. On ne savait guères alors ce que c'était qu'une tragédie : aussi Fauteur crut-il devoir donner de ce terme la définition suivante, qu'on trouvera sans doute fort

(1) GaUiade, cercle 1^', p. 32. Il j a deséditioas des trois traités de Bayf réunis sous ce titre : 0e re ttstiaria , roscularia et mnaUi Paris , 1538 et 1553, ia-8 ; Basle , 1541, in-4?.

4 LAZARE DE BATF.

flingalière ; « Tragédie est vne moralité composée des grandes calamités , meurtres et adversités survenues aux nobles et excellents personnaiges, comme Ajas qui se occist pour avoir été frustré des armes d*Achilles , Oedipus qui se creva les yeulx après qu'il luy fut déclaire comme il avoit eu des enfans de sa propre mère, après avoir tué son père ; et plusieurs autres semblables. Tant que Sophocles en a escript six vingts : entre lesquelles est ceste présente , intitulée EUctra^ pourcequ*eIle y est introduicte, et y parle tant bien et virilement que vng chascun s'en peuli donner merveille. Euripide aussi et plusieurs aulires ont composé pareilles tragédies. Et la grâce d'icelles a anciennement si bien régné » que les roy s et princes se mesloyent d*en composer, mesmement Dionysius, roy de Sicile , et Hérodes» roy des Perses, et assez d'aultres. o La traduction A'EUctrat par Lasare de Bayf, est loin d*étre élégante. Nous ne pouvons la recommander, mais comme les exemplaires en sont devenus très rares , nous en citerons un fragment. Electre , s'adressani à ses suivantes, les entretient en ces termes des chagrins qui Taccablent :

Fort grand vergogiie j'ay, ô vous femmas d'honneur. Si me pensez foiblette à porter ma douleur, Et trop estre exoessÏTe es Umentations ; Mais force m*y conlrainct et mes affections.

iléUs! pardonnez-moy, car coo^possible est- il Que fille de maison et de cueur vray gentil Ne face comme moy, scelle Tcoit l l'œil Les grands pcrnicions du père dont j*ay ducil , Lcsqucllca Tcoy do jour et do nuict pulluler, Sans dcPSi'cbcr en rien , dont fault braire et huiler.

LAXJlIE K lâlF. 4 1

11, iMOj, UBèi Me bail et mit 9nad bmI , et ae vmidrait Après, CB ■> MaâM je râ et à Avesqnes Ict aMortnen , d coBtre D'evhjesntiapMe, diadtqv Ce^neB^estdcbcsobig, »il càair^ tîb , puBetcevû.

Ontie plu , mjdc a te qw bea )evr | Quant me £i«l t Eçvtas assis m siè^ Aa siège palenel , et le feoir atlfMné De rabe et vesIcMBS doat fiit jadis aoné ?

Le Teoir boiie aai TaisseaKK , lase, eovffe o« catice . Ob BOB père boTQÎt ea faisaal sacrifice ?

Le Tcoir sacrifier et eéldrer avx Dien

Où le meiutre fat lait et ea ees propres lieax?

Le ▼eoiraalietcoocfaé.laTBeartrier de SMopcre.

( Le comUe dn malliear ! ] ensemble avec ma SKre?

S'ainsi fanll appeler tant malbeuesse feaune

Qui coucbe avec TBg td , sans penser estre infâme ,

Et la Teoil-on aroir tant d'impndence en soj

Quel bante le menrtrier sans en estr en esmoj ;

Sans eraindrs aolcanement d*Erynnis la t mtt^ m n ^ ^ ,

Le jour qu'il fut tné liait dresser nne danse.

Et immole Ivebb aux Dienx con s cri a teois ,

Tousjoois par cbaseui mojs , afin qu'ilz sorent tntenri

De toofe leur mesgnie, et lait dérisioa

Bu meurtre perpétré par telle oeeasion.

Et je^ qui Teoy cela , je , pouvre infortunée , Larmojant me tourmente , au grenier mal menée , Du malbeureux festin , que r^as on appdle Qu'à UKm père fut fait, et si lault que me celle : Car il ne m'est permys de plorer à plaisir Et ma mère ne reult m'en donner le lojrsir.

Lt Taillante me dit ainsi , par grande injure :

42 LAZAEE DE BATF.

« hayne contre Dieu , en toy seule est U cure » De la mort de ton père , et Dulluy deul n'en porte , » Fors toy ; je prie à Dieu qu'en brief te veoye morte , » El les Dieux infemaulx , après estre périe , » Ne Touillent de ton cueur ester telle crierie. >

Telle injure me faict, mais scelle oyt la nouvelle Qu'Orestes doibt Tenir, alors el n'est plus telle ; Ains crie contre moy, enragée à demy :

« N'est-ce pas toy qui es cause de tout cecy ? » N'est-^e pas ton chef-d'œtt?re? or, tu seul le euTafays » Oreste de mes mains et transmys hors pays ; » liais saches pour certain que la peine en payeras ; » Puis que j'en ai soucy , tu le mal en auras. »

Et ainsi me rechigne , et son mari faschant , L'exhorte de ce fait, le plus de tous meschant, L'injure d*ung chascun , l'infimo des plus bas , Qui Teult aToir secours des femmes es combats. Mais je , pou?re, péris, Orestes attendant, Et seiche sus le pied ( comme il est évidant } Pensant que son retour sera le sédateur De mes maulx ; mais je Toy qu'il n'est qu'un cunctateur. Son « je Tiendray » me mect du tout en désespoir Et l'espoir me toUist lequel pourroys sToir....

Cette citation est plus qae suffisante. Nous mentionnerons sommairement les autres traductions de Laxare de BayF. La plus estimée est celle de rJ7e'ctifte d*Earipide : La tragédie d* Euripide intitulée Hécoba, iraduicte du grec en rythme francoite ; Paris » 1544 et 1550, Rob. Etienne» in-S^. La Croix du Haine et Da Yerdier ont parlé de ces deux traductions» mais ils ne paraissent pas avoir connu le Ravissement d'Europe, œuvre posthume de Laxare de fiayf, éditée en 1559»

LAZÂEE DE BATF. 15

în-8« 9 par la veuve Maurice de la Porte, Au témoignage de Du Verdier, lorsque la mort vint surprendre Lazare de Bayf , il traduisait les Vies de Plutarque , et son manuscrit inachevé fut déposé dans la bibliothèque royale de Fontainebleau.

Lazare de Bayf est encore auteur de petits Poèmes, ^Épitapheê et de Ballades. Les vers suivants, adressés à Ëléonore d* Autriche, sœur de Charles-Quint, se rendant en France pour épouser François !«% seront assurément mieux goûtés que les traductions du même auteur :

BALLADE PRÉSENTiB A LA ROTNB , EN ESPAIGNE.

Or est le temps et la joyeuse année, Princesse illustre et de bonne heure née , Qu*il est permis de divine ordonnance Qu'arocques tous paix nous soit amenée :

Et quant et quant nostre noble lignée , Les deux fleurons où gist nostre espérance.

quel plaiàir, o quelle esjouissance , France , qui n*a première ne seconde , Aura de veoir, en sa terre féconde , Royne et enfans! Bien doibt crier Montjoie , Vous appelant d'affection profonde , Tant que la voix jusqu'au ciel en redonde , Rabat de dueil et ressource de joye.

D'infinis biens serez enrironnéo , £t obtiendrez couronne fleuronnée Du hault blason qui du ciel prind naissance.

Chascun dira : Dieu la nous a donnée Et bonne et belle ; ainsi l'a ordonnée A nostre roy d'invincible puissance.

Ses mère et sœur nous feront assistance ,

14 LAZABE DE BATF.

Esqudles doux tout le thrêsor 80 (onde D*honnear et sens qui en ce siècle abonda :

Dont louerez Dieu qui nous guide et convoyé En compagnie à nous qui corresponde , Où TOUS Tivrez en amour pure et monde , Rabat de dueil et ressource de joye.

De bons prélats TEglise accompaignée , Et dignement de reliques ornée , Vous recevra en doulce resonnance De de?ots cbants, la face à Dieu tournée.

Noblesse après , A vous tant addonnée • Commence jA fourbir hamois et lance Pour devant tous tournoyer A plaisance.

Puis , franc Gontier, qui de plaisir débonde , Laissant brebis , sa panetière et fonde , S'en Teult aller danser soubz la saulsaye , Et par la main tient Hélène la blonde , En lui disant : nous aurons , qui qu*en gronde , Rabat de dueil et ressource de joye.

Roy ne sans per , doulce , humaine et faconde , Ung frère avez qui tient la pomme ronde , Et TOUS serez ( il faut bien qu'on le croye ) , Femme A ung roy le plus grand de ce monde.

Dieu TOUS forma soubz planetta féconde Rabat de dueil et ressource de joye.

Les dépèches diplomatiques de Làiare de Bayf formeraient uQ recueil considérable» si elles étaient toutes publiées. On ne connaît guères que celles qui furent éditées, en 1619, parle chanoine Nicolas Camusat, dans SCS Mélanges hiitoriques (1). Elles sont aa nombre do dix- neuf, toutes adressées à Tévéque

( 1 ! Deuxième partie , p. 1 13.

LiZAAE DE BATF. 15

d'Auxerre : la première porte la date do 10 décembre 1531 , et la dernière celle du 15 janvier 1533. Elles ne contiennent pas de renseignements curieux.

Ces lettres, dont Camnsat avait les originaux entre les mains » ne sont , toutefois , qu'une partie de celles qui , dans le même espace de temps , furent adressées par Lazare de Bayf à Tévèque d*Auxerre. Dupuy en a recueilli vingt autres, écrites du 25 janvier 1531 an 6 février 1533, qui se trouvent aux manuscrits de la Bibliothèque du roi, sous le n"* 265 de la Collection Dtçmy. Ce sont les missives originales ; elles portent presque toutes la signature de Lazare de Bayf. Nous les jugeons encore moins intéressantes que celles dont nous venons de parler. Si Ton n*avait que ce fragment de sa correspondance, on pourrait croire que l'ambassadeur du roi de France près la révérendissime Seigneurie, s'occupait uniquement, à Venise, de ses afbires personnelles et considérait celles de l'Etat comme étant de moindre importance.

Hais ces lettres de Bayf colla tionnées par Dupuy, ne sont pas les seules que possède la Bibliothèque du roi. Dans un recueil, inscrit sous le n"* 2,1 13 au nombre des précieux manuscrits de la bibliothèque Colbert , et qui porte aujourd'hui le n" 8,627, se trouvent environ deux ou trois cents dépêches attribuées par Baluze à notre Lazare de Bayf. Ce ne sont pas des originaux, mais des copies. Nous citerons une de ces lettres encore inédiles :

SiRB,

« Ayant trou?é la commodité de ce gentilhomme qui s*en ra en dilligence en Angleterre ambassadeur pour le pape , n*ay voulu

16 LAZAEE DE BATF.

obmetln de tous oscripre par lujr las présentes , nonobstaot que Tons aye escripf des 8 et 13 de ce mojs , pour faire scavoir que j*ay esié advertj que Michaol Angelo , excellent peintre , TOyaot le danger de Florence , s*est retiré en oeste rille et ne se monstre point , car il n*y veuU pas faire sa demeure. Et croy fermement que si Ton lujr offre quelque bon parti en rostre nom, il seroit pour Taccepter. Vous scarez Texcellence du personnaige en son art. S* il TOUS plaist le retirer (1) , en me faisant scavoir j*en feray mon effort , et ce pendant n*obmettray de chercher le moyen à le praotiquer, estant asseuré que ce faisant tous feray serrioe , qui est la chose du monde que plus désire. Dm 14 oclo^e.

Bayf connaissait bien François I*'; il savait qne rien n'eAt plus flatté ce £rand prince qa'une visite du sculpteur Michel-Ange ! Tel était le respect qu*on avait alors pour le génie » à Fontainebleau , à Rome , à Madrid , à Conttanlinople, car Soliman lui-même, à l'exemple des plus grands rois de la chrétienté, se fit représenter par ambassadeur dans Tatelier de Fillustra Florentin I La négociation conduite par Laxare de Bayf n eut pas le résultat qu'il en avait espéré. Michel-Ange ne se décida pas à quitter l'Italie.

Outre les lettres de Bayf qu'on peut lire au n* S65 de la collection Dupuy et dans les manuscrits provenant delà bibliothèque de Colbert, on en rencontre six autres encore dans les manuscrits de la bibliothèque de Béthune. Ces lettres, adressées au roi, 1 M. de Montmorency et à M. de Villandry , se trouvent dans les recueils 8,510 p. 88, 8,570 p. 19, 8,575 p. 63, 8,60! p. 131 , 8,606 p. 36, el 8,621 p. 68.

(l) I/appeler à tous.

JDLIEN DE BAIF, 17

BAYF (jULiEir de).

Nous lisons dans La Croix du Haine : a julien de BAIF y gentilhomme da Maine ^ prothénotaîre du saint Siège apostolique , chanoine en Téglise du Mans, seigneur d*EspiDeu-Ie-Chevreuil» au Maine , parent de Lazare deBayf, sieur des Pins en Anjou. Ledit Julien de Baïf estoit homme docte et de grand jugement. Je ne sçay si c'est celuy duquel il se voit un discours de son voyage en Hiérusalem ; car cettuy-cy chanta sa première messe au saint Sépulcre dudit lieu : mais pour ce qu'ils ont ètè cinq frères de ce nom de Baïf qui ont voyagé en Hiérusalem , je ne puis asseurer si ç*à esté cettuy-cy qui a composé ledit voyage. Et faut encores noter icy une chose très admirable et bien digne de remarque; c'est qu'il y a eu cinq frères de cette maison de Baïf, lesquels se trouvèrent en Hiérusalem sans que pas un d'eux eust donné advertissèment de partir pour y aller , et tous s'acheminèrent sans le sçeu Tvii de l'autre. J'ai entendu qu'il y avoit en l'abbaye de Saint-Calais et autres lieux vn tableau faisant mention de cette histoire , mais elle ne s'y voit plus, à cause que les troubles et séditions advenues pour la religion ont causé ces ruptures et brisemens d'églises , et par conséquent ce qui estoit de beau et de mémorable en icelles. Or , pour revenir au propos dudit sieur d'Espineu, Julien de Baïf, je n'ay point eognoissance d'autres de ses escrits; toutefois j'ay opinion que ce voyage de Hiérusalem aye esté composé par îceluy. Il se voit escrit à la main chez Mon-

i8 OUYIER DE CUEILLT.

seigneur de Halicorne, messire Jean de Ghourses, son parent , en sa terre de Hengé» au Maine et autres lieux et seigneuries qu'il possède... • Il florissoit en Tan de salut 1519. »

Nous oe saurions rien ajouter à cet article , si ce n*est que le nom de Julien de Baîf se troure parmi ceux des exécuteurs testamentaires du cardinal Philippe de Luxembourg.

CUEILLY (olivier db).

OLIVIER DE CUEILLY ou DE CUILLY , né » suivant Echard , dans le diocèse du Mans » vers le milieu du XVI* siècle « fit profession de la règle de saint Dominique au couvent de Laval. Admis ensuite au collège delà rue Saint- Jacques , à Paris, il y suivit les cours de la Sorbonne. Les registres de la Faculté portent qu*Olivier de Cueilly fut, en Tannée i60S, chargé de mettre d'accord les élèves du collège de Navarre et le prieur de la Sorbonne y qui prétendait confisquer leurs privilèges (1). Notre Jacobin parut dans un grand nombre de chaires 9 et passa pour un sermonaire éloquent. Echard croit qu'il mourut vers Tannée I6â0.

On connaît de lui deux ouvrages. L un a pour titre : Morale inierpriiaiian sur les premiers chapitrée du prophète Exechiel; Paris , Huby, 1611, in-S. Olivier

l) Echsrdus, Snipi. ord. Prttdifat., t. il, p. 420.

JACQUES-CASIMia GUERIMOIS. i9

de Cneilly était prieur da couvent de Ljira) , lorsqu'il publia cette verbeuse paraphrase ; il en adressa la dédicace à Lancelot de Yassé , dont la foroille lui avait rendu des services. L'autre ouvrage d*OIivier de Cueilly mentionné par Echard » est composé d*une série de discours , rassemblés par Fauteur sous ce titre précieux : Lt$ fléaux de Dieu sur les hommes , avec les remèdes quony doit apporter; Paris, Hoby, 1613, in-8.

GUERINOIS (jacques-casimir).

lACQUES-CASiMm GUERINOIS, né à Laval en 1640 fut admis au couvent des Dominicains de cette ville , le 16 novembre 1561. II n*avait encore acquis aucune connaissance littéraire , mais il manifestait d'heureuses dispositions. Il eut bientôt appris les âéments de la langue latine y et, à peine âgé de quinze ans, il vint faire son noviciat à la maison de la rue Saint-Jacques, à Paris. A seize ans, Guérinois fit profession de la règle de saint Dominique, et fut envoyé dans la province de Toulouse, pour y achever ses études. Nous le voyons ensuite, en 168!, reçu professeur de théologie i Bordeaux , occuper une chaire dans cette ville et parvenir enfin au grade de docteur, le 18 juin 1683. Il professa pendant vingt années, et mourut, à Bordeaux, le 24 septembre 1703.

On a de lui quatre gros volumes de philosophie scolastique , dans lesquels il ne ménage pas les cartésiens.

20 BEMJAMlIf ADIIEBT DO MiCBlER.

Ib portent ce titre : Cl^peui fkHoiCfphiœ Thomiêîicm canira veieres et notn»» e/tit impugnaiofu; Bordigal» , 1703,m-8«(l).

mtm

LEMAIGNAN (louis).

LOUIS LEMAIGNAN, né aa Mans en 1626 et mort en 1711 dans celte ville » avec la renommée d'un très habile professeur, a donné an public : Grammaiicœ Despauierianœ prima part vemacula lingua édita, cum interpretatione lineari per D. £.effuitj^fi. Nous ignorons la date de la première édition de cet ouvrage; la seconde fut publiée au Mans, en 1692, in-8, par Louis Peguineau. Parmi les vers adressés à Trouillart, en 1643 , sur ses Mémoires des camies du Maine ^ il y en a qui sont signés par un sieur N. Lemaignan. Est-ce le père de notre grammairien?

AUBERY DU MAURIER (sEiriAMiiff).

Jacques Aubery, sieur de Hontcreau, avait un frère atné, Pierre Aubery, sieur du Maurier, lequel fut père de Jean Aubery, mort en sa terre du Maurier, près la Fontaine-Saint-Martin , en Tannée 1 585. De ce Jean Aubery et de Madeleine Froger, naquit bb5Jaiiin AUBERY, qui fut célèbre dans les ambassades.

(1) Erfatrdtts, Sfttpt. crd. Ptad^t., t. il , p. Kiit,

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