‹ Histoire littéraire du Maine (volume 2)Chapitre 3 sur 39 · BENJAMIN AUBERY DU MAUBIER. H · texte numérisé non relu

BENJAMIN AUBERY DU MAUBIER. H

A qaeiie époque de sa Tie, Benjamin Aubery, sienr do Maurier, renonça-t-il à la foi catholique pour embrasser la religion de Calvin? Nous Tignorons; mais nous le Toyons, dès Tannée 1593 , fort avant dans les afEiaires des Huguenots , et entretenant avec Duplessis- Mornay une correspondance fort active. II était alors secrétaire de Henri de la Tour, duc de Bouillon, maréchal de France. Sa première lettre est datée de Hantes, 8 mai 1 593 (1 ) . Le duc de Bouillon, F un des chefs calvinistes , s'était rendu dans cette ville pour lutter contre Tinfluence des princes et des gentilshommes du parti contraire, qui travaillaient ardemment à la conversion d'Henri IV. Il y a, dans la lettre d'Aubery, des passages écrits en chiffres ; ce sont vraisemblablement les plus intéressants , mais nous ne les comprenons pas. Cette affaire de l'abjuration intéressait an plus haut point Duplessis-Momay : il écrivait à ce sujet, le 25 mai, au sieur du Maurier : a Je vois ung changement qui en peult attirer d'aukres. Num fastigium putasî gradus est. Certes je suis bien aise de n'avoir poinct esté là (à Mantes) ; car il m'est plus aisé de respondre de mon absence qu'il n'eust esté de ma présence (2). a Mais vainement Duplessis et les siens exhortaient Henri à persévérer dans ses opinions reli. gienses ; la raison d'état parlait plus haut que ces vieux serviteurs. Une lettre d'Aubery, de juin 1593 (3), est pleine d'affligeants détails mystérieusement racontés.

(1) Mémoires et Correspondance de Duplessis-Mornsy ; Paris, Treattel et Wurtz , 1824, in-^*, t. V, p. 410

(2) Ibid., p. 429.

(3) Ibid., p, 469.

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Nous ne cherchons pas à pénétrer dans ce dédale de chiCFres , de périphrases obscures et d'allosions qui ne le sont pas moins. Duplessis répondait plus clairement f le 5 juillet y au sieur du Usurier : « Nous sommes là raincus et ji rendeus... tandis que la guerre avec la Ligue tient encores nos ennemis en bride et facilite nos conditions, advisons queceulx desquels la violence a peu forcer Tame du roy , n*ayent nos vies à leur discrétion (t). a Henri signait l'acte de son abjuration le dimanche 25 juillet , à Saint-Denis.

Cet événement ne dut causer aucune surprise» car il était prévu. Cependant telle était Tagitation des esprits, qu'on s'attendait tous les jours à quelque nouveau tumulte. Le Parlement siégeait alors à Tours ; le jour même où se faisait, à Paris, la cérémonie de l'abju^» ration , on annonçait que le duc de Guise avait été proclamé roi de France par les Parisiens , et du M aurier, consterné par cette nouvelle, s'empressait de la transmettre de Tours à Saumur, à Duplessis-Momay (2). Le 4 aoAt, il était à Saint-Denis , et , ne croyant pas à une longue suspension d'armes , il invitait Duplessis à presser l'achèvement des fortifications de Saumur (3). Duplessis, qui avait la même opinion que lui sur l'état des choses, lui répondait le 10 aoAt : « L'insolence croist d'ung côté et la patience eschappera en quelque endroict de l'autre. Ici non ; où je tiendrai le contrepoids tant que je pourrai, s Cependant les intrigues se

(1) Mémoim et CorrtspimdaMee de Duplessis-lloroay ; Paris Tmttd et Watts, 1824, in-8*, t. V, p. 485.

(2) Ibid., p. 488.

(31 Ibid.^p. 501.

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croisent, et do Haurier écrit de Toars à Duplessis» pour rinformer des motifs divers qui ajournent une noQTelIe crise (1). Le roi sait que Duplessis n'approuve pas son abjuration , et veut se justifier devant lui. Pressé de se rendre à la cour, Duplessis se décide enfin i quitter Saumur ; mais , pour se mettre d'accord avec le duc de Bouillon , mandé dans le même temps près du roi, il charge Âubery de lui communiquer une longue lettre qui contient un plan de conduite (2). Au mois de février 1594, Duplessis était de retour à Saumur, et il faisait parvenir an sieur du Haurier deux lettres très pressantes, à la date du 27 février et du 4 mars (3), désirant avoir des nouvelles du duc de Bouillon , qui, après avoir quitté la cour, s'était remis en campagne pour guerroyer contre les figueurs insoumis.

Ters ce temps , la correspondance de Duplessis et d'Aubery se trouve tout-à-coup interrompue : le 4 février 1595, c'est-à-dire près d'un an après avoir reçu la dernière lettre de Duplessis^ Aubery lui donne quelques détails sur le mauvais accueil fait à la cour au duc de Bouillon (4). Nous n'avons aucune lettre de Tannée 1596. Vers la fin de l'année 1597, Duplessis et Aubery s'adressent de fréquentes missives , mais nous n'en possédons qu'un petit nombre. Duplessis s'étant rendu dans la ville d'Angers , pour prendre part, avec

(1) JT^motres et Correspondance de Duplessis-Momay ; Paris» Tzeottel et Wurtx , 1824, in-^, t. v, p. 526.

(2) Ibid., p. 500. 18 septembre 1593.

(3) lbid.,t.vi,p. 13 et 17.

(4) Ibid.,t.vil,p.l69.

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HH. de Schomberg , de Brissac et de Rochepot» à une conférence qui devait avoir lieu sur les affaires de Bretagne » a été attaqué , en pleine me , en plein jour , par une bande d'assassins , à la tête de laquelle se trouvait un sieur Saint-Phal, parent du duc de Brissac. C'est au sujet de cette aifaireque, le 6 décembre , Duplessis charge Aubery, qui était alors à la cour, de voir leurs amis communs, de parler au roi, et de réclamer prompte et bonne justice (1). Nous avons une lettre d'Aubery à Duplessis qui porte la même date que la précédente (2) .11 a fait toutes les démarches sur le résultat desquelles Duplessis l'interroge : le roi et tous les courtisans sont indignés; le duc de Brissac est suspect d'avoir armé le bras de l'assassin. Mais comment Duplessis obtiendra-t*il une réparation suffisante? Son avis est que l'affaire doit être portée devant le grand conseil , et il prie du Haurier de consulter à ce sujet le célèbre Antoine Arnauld (3). Dans une autre lettre, du 25 décembre, Duplessis annonce à son ami qu'il est prêt à employer la force, s'il le faut, pour atteindre le meurtrier, que H. de Brissac a, dit-on, mis en liberté (4). Du Maurier écrit, le 7 janvier 1598» de Paris, qu'il a visité do nouveau les personnes avec lesquelles il importait de s'entendre ; qu'elles sont toutes fort animées contre Saint-Phal et ses complices ; que les conseillers à la cour se prononcent énergi*

(1) Mémoires et Corretp<mdeme€ de Duplessis-Mornay ; Paris • 18 septembre 1583, t. vi , p. 445.

(2) Ibid., p.450.

(3) Ibid., p. 460.

(t) Ibid., 1592. t vu ^ p. 473

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quement (1). Cependant Dnplessis renonce à cette poursuite criminelle; il ne demande pins qu'une réparation en présence du roi et des maréchaux de France (2). Du Haurier préférerait que cette réparation fût refusée, et que Saint-Phal, absent ou présent, fût condamné par le grand conseil (3). Il pense, d^ailleurs, que Duplessis à le droit de faire arrêter Saînt-Phal partout où Ton pourra le rencontrer (4). Mais les amis du duc de Brissac sont puissants à la cour ; s'ils condamnent la conduite de Saint-Pbal , ils s'efforcent d'atténuer la gravité de Tofiense commise, en donnant Fauteur pour un étourdi, pour un jeune homme sans expérience, qu il ne faut pas flétrir , mais simplement admonester. Du Maurier écrit à Duplessis que le roi ne parait plus si courroucé contre le coupable (5). Il lui adresse encore une lettre, le 1 1 février, mais elle ne contient aucun détail important (6). Du mois de février au mois de juin, la correspondance d'Aubery et de Duplessis est interrompue. Le roi étant à Angers et Duplessis se trouvant prés de lui, du Maurier n'avait aucune démarche à faire pour son ami , soit prés du roi, soit prés des courtisans. Les Mémoires de Madame Ihtpless%S''Momay nous apprennent que pendant son séjour à Angers, le roi donna aux maréchaux de France

(1) Mémùireset Correspondance de Duplessis-Mornay ; Pans, 18 septembre 1592, t. vu , p. 496.

(2) Ibid., p. 514.

(3) Ibid., p. 518.

(4) Ibid., p. 521.

(5] Ibid., p. 524 et 558.

(6) Ibid., t. viii,p. 50.

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l'ordre de commencer la procédure contre Saint-Phal^ et de décider dans quelle forme une réparation sérail accordée à rhonnear de son vieux camarade (1)* Le 13jain, Âubery fait connaître à Duplessis queSaint- Phal a juré de se rendre à l'assignation des maréchaux (2) : deux antres lettres de du Haurier, da S et du 22 aoât (3) , ont pour objet d'inviter Duplessis à se rendre an château de Buhy , suivant les ordres du roi, et d'attendre en ce lieu le jour de l'audience solennelle dans laquelle Saint-Phal doit demander son pardon. Duplessis consent à faire ce voyage et en informe le roi et le duc de Bouillon (4). Nous avons encore huit lettres d'Aubery et une de Duplessis sur l'affaire de Saint-Phal , mais elles sont d'un intérêt médiocre (5). Nous ne pouvons toutefois omettre de citer ce passage d'une lettre d'Aubery» du 2t novembre 1598: a L'affiiire que j'avais tenté demeure tousjours indécis. M. de Loménie voudroit bien y demeurer seul ; mais vous jugés. Monsieur, s'il le peust, estant âgé et marié. Le roy, comme j'estime, s'arreste plustostà une occasion qu'à une cause, et le Monsieur que je sers aime peusl* estre mieux ses affaires que mon advancement. Si crois-je, Monsieur, que je lui pourrois estre plus utile , au roy non moins fidelle , qu'à mes aultres maistres, et à M. de Loménie quelquefois en soula-

(1) Mémoirei et Corretpimdanee ds Dnplessis-lloriiav, p. 333 de redit, de 1824.

(2) T. IX. p. 30.

(3) Ibid., p.l26etl37.

(4) Ibid., p. 140 ei 141.

(5) Ibid., p. 146, 152, 155,161, 164, 169, 172, 180, 181, 204.

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geoient. M. de Bouillon » a qui j'ai dict ce qui s'y est passé, ne s*est poinct oflert de s*y employer, s D y a beaocoap d'obscurité dans les phrases que nous Tenons de citer, et comme elles contiennent des renseignements sur la Tie d'Aubery , nous derons en donner l'explication. Le duc de Bouillon est le Monsieur que servait alors Aubery, et la charge de secrétaire du cabinet du roi est celle dans laquelle Antoine de Loménie Youlait demeurer seul. Le sieur de Clerrille, son collègue, tenait de mourir (I), et du Maurier, sollicitant cette place, prie Duplessis d'intervenir en sa foveur près du roi. Il ne tarda pas à l'obtenir , car , au mois de décembre, il était envoyé par le roi, dans la ville de Heulan, avec le titre de secrétaire du cabinet (2), an devant de Duplessis qui se rendait à Saint-Germain. Yoîci quelle fut la fin de cette longue négociation relative à l'attentat d'Angers. Saint-Pbal fut conduit à la Bastille le lâjanvier 1599 :1e lendemain, il fut amené devant le roi , sans armes , par le capitaine des gardes. Les maréchaux ayant déclaré que a la qualité de l'offense avait rendu Saint-Phal incapable de venir en xombat avec le sieur Duplessis , s celui-ci ne refusa pas d'accorder le pardon qui lui était demandé dans les termes les plus respectueux. Le roi fit ensuite au coupable la plus sévère remontrance (3).

Quand, en Tannée 1602, arriva la disgrâce du duc de Biron , qui s'était laissé compromettre en de criminelles intrigues avec l'Espagne , le duc de Bouillon

(1) Lettre de M. Du Maurier, da 14dov. 1596, t. n , p. 180.

(2) Mémoirei de Mad. Duplestis, p. 334.

(3) Mémoirei de Mad, Dupletsig , p. 340.

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