BOURRÉE (MICHEL
On lit dans la Bibliothèque de La Croix du Maine : a Michel BOURRÉE, sieur delà Porte , avocat au siégo présidial et seneschaussée du Maine, poëte latin et françois. II a escrit plusieurs poëmes en l'honneur de saint Julien , premier evesque du Mans , imprimez à Angers et au Mans. II a escrit plusieurs Nocls ou Cantiques sur l'advènement de Jésus-Christ , imprimez au Mans. Il a davantage composé, en vers françois, le paranymphe du mariage du roy Charles neufiedrae avec Madame Elizabelh d'AusIriche. Ode Panégyrique du Maine, imprimé à Angers; elle contient l'éloge des Manceaux , etc., etc. Elégie sur le trespas de Madame d'Averton au Maine , nommée Françoise de La Chapelle, femme demessire Reoé de Bourré, chevalier de l'ordre du roy , seigneur de Jarzé , Chemiré et Avrillé , etc. , etc. , imprimée au Mans. 11 a escrit plusieurs autres poëmes françois en la louange de MM. de Rambouillet, et entre-autres de M. le révércndissime cardinat de Rambouillet , Charles d'Angennes , evesque du Mans , tant alors qu'il faisoit son ^tréc en la dite ville qu'autrement. Il a escrit plusieurs tragédies et comédies françoises, desquelles je ne sçay pas les tiltres. J*ay autres fois veu celle qu'il feist en latin, sur
(i) Su. partie de l'Bisi. de Sablé, Ic Malis, Monnoyer, 1844, psig. 63.
*'Mlini.„ ""Penl^ °"«'om<, „ ""»
HICHKL POVC0UB. . 22?
outre, celui de Fouques, et Du Verdicr ue la connu que sous les noms encore plus bizarres de Faurque et de Phoque. Plusieurs de ses ouvrages ayant été perdus, nous ne saurions vérifier s*il a pris , en effet , tous ces noms ; ce que nous pouvons toutefois témoigner, c'est qu'il est appelé Phoque dans un manuscrit de La Vallière que possède aujourd'hui la Bibliothèque du Roi, et Foucqué dans le titre d'un de ses poèmes édité, en 4 57i , par J. Bienné.
Suivant La Croix du Maine , a il mourut âgé de soixante ans environ , et florissoit du temps de François i*'. Ne comprenant pas bien celte indication, un bibliographe, d'ailleurs peu scrupuleux, Tabbé Prévost, au tome XV de son Potif* et Contre, suppose que La vie de Jésus, poème de Michel Foucqué, vit le jour fieu de temps après la mort de François I", et cette première erreur lui en fait commettre ensuite plusieurs autres. H est vrai que l'approbation de cet ouvrage , publié , comme nous lavons dit, en 1574 , porte la date du 24 août 4 564 : mais François I" était mort depuis Tannée 4547. Rigoley de Juvigny déclare qu'il tient pour suspect le renseignement d'ailleurs exact fourni par La Croix du Maine ; mais il n'y substitue que des hypothèses. Voici la vérité. C'est Foucqué lui-même qui nous la fait connaître dans une épttre dédicatoire. Tels sont les premiers vers de cette épUre, qui est à l'adresse de Charles IX :
Sacré faTOte & Tostre père, ô Sire^ Ce mien labeur, et ce pendant qu*escrire Je le faisoie en lettre d*eicellence, Pour Iny offrir, la, pleine d^lnsolence, Faute 8«iir, qui à nul ne pardonne^
S26 tttCHKL POVGOUB.
Qaaod ion olBoe à faire die i^aMonif , Par an weret dlramain MBt Mm eoBprii»
SaUir le vint an nartial ponrpri», Ne le lafchanl, tant qa*eL* loy ent la vie A grand déMiIre et frand Uooble raY/e*
Ce néaunoint ne laiaMj passer ooltre.
Et an second roy Fraoçoys, frère Tostre, Le consacray : qai, de seralne faoct Aiani ovy le tilte ei la préface»
Le cardinal de Lorraine y llianl« Et de rovTrafe avec loy derisaoti Snr ce rcqnb donna permission De rimprimer» avec condilioD, Que recogncu il fusl, et aresté Par Icidoctenrs» ce qol fklct a esté Par deni saerct en la taiate 8orlMmne«M*
Le père de Charles IX, étant non pas François l", Diaîs Henri II, c'est donc sous Henri 11 que Foucqué mit au net le poème auquel cette épttre sert de préface : ce poème fut soumis à Tapprobation des docteurs sous le régne de François II , c'est-à-dire avant le 5 décembre 1560 , date de la mort de ce prince ; il ne fut approuvé qu*au mois d'août de Tannée suivante , et enfin , pour des causes de nous ignorées , il ne fut édité quen l'année 4574.
En voici le titre : La Vie , Faù% , Passion , iforf , Résurrection et Ascension de notre Seigneur Jésus-Christ selon les quatre samtz euangelistes , sans quelconque omission de tous les motz y contenui, en sens ou en lettre, mys en vers françois héroïques » par Michel Foucqué , prcslre et vicaire perpétuel de Saint-Martin à Tours; Paris t J. Bienné , 4574 , in-8. Du Verdicr a connu cet ouvrage. La Croix du Maine iguorait qu'il eût été ihi-
biié, et D*en désigne qu'un manuscrit. Gomme La Croiic du Maine livrait sa Bibliothèque Françoise aux presses d'Abel Langelier dix années seulement après la publication du poème de Foucqué , on doit croire qiie ce poème, ayant eu peu de succès, avait fait peu de bruit. Cependant il ne contient pas moins de seize mille vers de dix syllabes, et ces vers sont, pour la plupart , corrects et faciles. C'est vraisemblablement le parli-pris de laufeur qui ne fut pas approuvé ; car, ainsi que le titre Tannonce , le poème de Foucqué est une traduction littérale , sans quelconque omission , des quatre évangiles. Labeur ingrat et puéril ! Pour exécuter une telle entreprise , il fallait assurément avoir les gras loisirs d'un chanoine ou d'un vicaire perpétuel : mais qu'avait'On affaire de celte verbeuse paraphrase.?
Et ce n'est pas seulement fur les évangiles que s'était exercé ce bel-esprit. La Croix du Maine attribue à Michel Foucqué d'autres versions poétiques des Actes des Apôtres , de la Vie de Notre-Dame , de la Vie de Sfùnt Martin. Elles nous sont inconnues ; mais nous avons entre les mains un élégant manuscrit sur vélin^ porté sous le n" 3,093 dans le Catalogue de La Vallière, inscrit aujourd'hui sous le n^ 4 59 parmi les manuscrits de ce fonds acquis par lé roi , dont le titre est ainsi conçu : Les Cantiques de Salomon translatez en rithme françoyse quant à nostre lettre ecclésiastique , par Michel Phoque, martinopolitain. Il est vraisemblable que c'est le volume écrit en lettre d'excellence , et adressé par l'auteur à Madame Catherine , dauphine de France et duchesse de Bretagne , à laquelle il dédia ce poème , ' achevé au mois d'avril de Tannée 1 641 . Le renseignement fourni par LarCroix du Maine est donc çonfirpoé ;
S30 MiamL tonoQui.
Michel Poucqué, àéik connu comme poète du temps de François 1", a vu rapidement passer sur le irdne Henri II, puis François 11, et est mort dans les premières années du règne do Charles IX.
Ou esl curieux sans doute de connaître quelques vers de cette traduction inédite du Cantique des Cantiques. Voici d*abord le quatrième chapitre :
L'nvooi.
O f«e t« et bdle, sa bieo aynéet
O 4M Ui et es bcanllé eitlaèc !
CoInahiBt Mat tes beau et rians yealf .
Sans ce qui est caché èt-secreU lirai.
Tet bcsttti cher raU a«i ckrarreUea rcasembUnt
Qoi tur le mont de Galaad s^asKmblcnt.
Tclies tes deoU lont cooinie Ict tondnci
Da tavoner noaTeUcinent Tenaes.
Tovtca oat froid dooMe, opine et fiertile,
El a*ca aueoae d*calre elica iaalile.
O jllre plof est à tea lebrrea lemblable
UiUrc de poarprr, et too laofage affable.
Tet jooet toot ainti que la fraelure
D*aBe greoade, en premlèfe onTertare.
Toa eol reawaible à toar Dafidiqne,
Battie a?ae ta defleote belllqoe.
Mille boodtrt loal pendant en kellci
Btd*boaiaet fiKtt ar aeu r e bnifefaellc»
Toal ainii tant In drai lelins |ollit
Qne drai dainncaoU paitMnt entre let Ijrt.
Jmqnet à tant qne le beau ioor atpire,
Et qne la nokt t^incUne et te rctirei
Dioiet an srand aont de alrflM Bi*ea Iraj
Et an pcttt d*caetat cbeMiaeraj»
Tonla belle c^ taaa eorrapHna aallc^ Ma bkn ajnéa» en lay a*/ a nacnky
MIGBBL FOUCQUB. 231
Yieofl da Liban, rnoo espoiue ordoonée I Viens da Liban, ta seras coronnte Dn cbef du mont qui Amana a nom^ Et du sommet de Sanir et d*Heniion, Des hanltains lienx et d*hablUtlons Où hobitans sont lespardset Ijons !
Ta m*as navré (A mon espouseetsœar), Ta m*as navré an parfons de mon eœnr. En contemplant nng leul de tes denx yeolx Bt de Ion col nng crin solaUeux.
O qn*ils lont beanlz tes tetins, et plus belles Qae n*est le Tin sont tes rondes mammelles !
De tes nngnens Todeur est si très doulx Qa*odoremens anltres excède tons.
Tes lebTres sont distillant bresche (esponse) $ Soubx ta langue est laict, et miel y réponse» De tes babils Todenr sent et redole Ainsy qu*encens, quant an temple on Tadole*
Jardin clos es (0 ma sœur espoosée) Jardin clos es et footelne scellée ; Un paradis est ce que tu produis De grenadiers et plusieurs antres fruieti, Cypre avec nard, nard> saffran et cannelle^ Casse, et toute autre espèce nui? erselle Des boys do mont Liban, aloe, mirrbe»
Et tous unguens, les meilleurs qu*on peut dire I Des beaulx Jardins es fonleioe excellente.
Le pnyï parfond de tItc eau, déconllante Du mont Liban impétueusement.
Nous citerons encore la première partie du chapitre huitième :
l'upovsi.
Qui me fera ce grant bien (6 mon frère Qnl les leHns seul so^as de ma mère)
9Si mcHBL rouooui.
QtM leollet hors fête Ironfe et te baise, Et qu*à aokoD désormais ne despialse.
Appréhender te reolx et i^introdayra En la maiiOD de na mère» où m*ittitni7re Te eoofiendra, et je te doneeraj De Tia eoadit, daqoel t*abl)reaT^ray, Et de boa monst de met pommi-s grcoadesi Lesquelles soot fraoches meures et sa-fcs.
Sa gauche main soobi ma teste sera Et de sa nain deitre m'embrassera.
L^mroai.
Or entcndei. de Jérusalem Blies, Je foas adiarr, et tous tontes, ancilles.
De psr les dains et cerfs qni sont aux champs. Ne saseilei par paroUcs on cbanti La mienne amye, afin quVr ne s*csTeille Jnsqoes à tant que plus dormir ne feiUe 1
LBS num.
Oquipeoltestrelorile Qui les iullres eftelle Par le désert montant.
Abondante en délices S^appayant sur les lices De œlloy qa'ayme tant ?
li*liNIIX.
Je, des toyaolx «a amitié premier, Tay esveltlée estant soohs le pommier.,,.
Dessus Ion e«ar mets moy comme signacle.
Dessus too bras, signe de propngnacle...t
CHARLES CURRB. 333
Ces vers en valent beaucoup d'aulres envers lesquels on s est montré , dans ces derniers temps , prodigue d*épilhè(es louangeuses. Si M. Richelet avait connu le précieux manuscrit du poète roanceau , il nous aurait sans doute donné sa traduction du Cantique des Contiques avec ^lle du trouvère Landry.
Du Yerdier nous désigne encore d*aulres traductions de Michel Foucqué. Dans un volume imprimé à Tours, en 4550 , in-8 , par Matthieu Chercelé, se trouvent, au témoignage de ce bibliographe, traduits a en rime françoise , les opuscules suivants : De Prière Divine , auteur saint Jean Ghrysostôme ; De la Passion de Jésus , par Lactance Firmian , avec une Complainte de Jésus aux pécheurs périssons par leurs propres fautes. » Nous n avons pu nous procurer ce volume.
CURRE (CHARLES).
Charles CURRE, né à Mamers, Carolus Currus Mamertinus, doifrètre compté parmi les poètes latins les plus recommandables du XVI* siècle. En Tannée 4 508, Guillaume Eustace publiait : Les triumphesde France, translaté de latin en françois, par maistre Jean d'Yvry, bachelier en médecine , selon le texte de Charles Curre, Mamertin ; in-4*, gothique, avec fig. sur bois. A la marge de la traduction de Jean d'Yvry se trouvent les vers latins de Charles Curre; mais nous n*apprenons pas qu'ils aient été publiés antérieurement et à part. La Croi^^du Maine mentionne les Triumphes de France ^ à Tarticle Jean d^Yvry : Dii
SS4 GHAILIS GURIB.
Yerdier D*a pas connu ce poème. En lisant TarUcle de La Croix du Maine, on pourrait être induit en erreur, et attribuer à Ch. Gurre « les autres poésies sur le mesme subjelet de pareil argument, » imprimées par Guillaume Eustace à la suite des Trmmphes : ces autres poésies sont YEocU de Gènes la superbe, de Jeand*Auton (4), et quelques chants héroïques du lauréat Faustus Andrelinus, traduits par Jean d*Yvry.
Le poème de Charles Curre a pour introduction des distiques osgez Lien tournés. Voici les premiers :
targiU VktïàÊêf properel faciuidas ApoUo ;
UoquUc PiTBBMi fot inga et win Dec :
CalUope Utoot ioticni camlDe scribe s
Bnlerpe ealamot pertale docU taoi I Te nlUi« deoelBOitrofqiie doeere poelat,
Altlfloatos Bratiio, qnm toa pleelra gcriti MdponwM valMtv icd ccelert tarfaa fcolte s
IflMot adeil cobIo gtllicnt ccee Deai!
Noue liogQB, iinne on Mncnt» ■nnc earmtaa dictent
Garmim qnm pomDt dlipia Mirone loqQL Soif ilr, fcriptoreti sa? ci, date carbasa ? entin,
laplebU totot aura Mconda iiDiis.....|
Vient ensuite une lettre en prose, adressée par Charles Curre à Messire Berault*Stuart , sieur à*Aubigny, Tun des plus vaillants chefs de cette armée qui franchit la frontière française , en 4 499, marchant à la conquête de l'Italie. Ch. Curre se reconnaît l'obligé du sire d*Aubigny , et annonce qu'il va chanter ses prou*
(0 MBprlaa dans lataran^ai de Jean d*Aales, |p«blléiMr M. P« LacroiXt aat« if»p. IA4.
esses pour lui lémoigaer sa reconnaissance. En effet, ses TrwmfJies sont un poème en vers hexamètres, dont ce capitaine est le héros. L'exemplaire de la Biblio* Ihèque du Roi, que nous avons sous les yeux, n'est pas complet : il finit avec le chant onze , à la conquête du royaume de Naples, et nous ignorons combien d'autres chants manquent à cet exemplaire. La date de la naissance de Qb. Curre est incertaine , aussi bien que la date de sa mort ; mais il ^*a pu mourir, comme le suppose M. Desportes, en Tannée 4500 (4], puisque la plupart des faits relatés dans son poème ont eu lieu les années suivantes.