‹ Histoire littéraire du Maine (volume 2)Chapitre 23 sur 39 · MARTIAL · texte numérisé non relu

MARTIAL

MARTIAL , connu sous le nom de Martial du Mans « né dans celte ville , se lit admettre, jeune encore, dans le tiers-ordre de Saint-François. Si nous ignorons la date de sa naissance, celle de sa mort nous est connue : un avertissement placé en tôle de la huitième édition de ses Pratiques de l'anncc Sainte , nous «ipprend (jull mourut en 4680, lors<|u1l surveillait Timprei^Mon de ce livre. Nous lisons encore . dans cet avertissement . qu'après avoir été deux fois élu pro\ incial , et avoir , pendant environ vingt années , enseigné la philosophie et la théologie, il était , en tCbO , détiniteur de la pro-

MAMTIAL. 9^5

vince de Saint-Ives. Dès Tannée 4660, ii prenait le titre d'ancien lecteur en théologie (4).

Le plus important de ses ouvrages a pour titre : Lei Pratiques de l'année Sainte , tirées des pltis belles actions des saints de cliaqtie jour, par le R. P. Martial du Mans; Rouen, 4 641, 2 volum. in-42. Les docteurs de la faculté de Théologie ayant approuvé ce livre dès Tannée 46i4 , nous avons lieu de croire que rédition de 4644 n'est pas la première. Nous pouvons en désigner deux autres de Rouen; 4 654 , iu-1 2, et 4 667 , in-8*: celle que nous a vous déjà mentionnée, la huitième , est de Paris , 6. Josse , 4680 , 2 vol. in-8*. Les quatre auTes nous sont inconnues. CTest ce livre que Luc Wadding a inscrit dans sou Catalogue, sous ce titre latin : Praxes anni sancti in vitam sanctorum (2). Il contient des réflexions morales, ou plutôt ascétiques, sur les actes principaux de la vie des saints.

Sous le titre d*Almanach spirituel pour la ville et faubourgs de Paris t le P. Martial publia, dès le mois de janvier 4645, une série de petits livres contenant le détail des fêtes , des prédications solennelles , des conférences , des assemblées qui devaient avoir lieu dans le diocèse de Paris , pendant le cours de chaque année. Il est fait mention de YAlmanach de 4 645 dans la Bibliothèque de Luc Wadding : nous avons sous les yeux ceux des années 4 650, 4654, 4652, 4653, 4654^ 4667, 4670 ; Paris, G. Josse, in-S^.

En 4 658 , G. Josse donnait au public La Bonne Philo-

(i) Approbatîoo des Pratiifuss par les Ihéologient de Tordre de Saint-Fraoçois.

(S) Seriptortê OréimU Minorum^ t Luca Widdiof» 1650, lo-fol.

246 mcouft cooqukux*

Sophie et VArt de ^alut , comprise en trois préceptes par N. S, P. le pape Alexandi*e VII, et traduite du latin en français par F. Martial ; Paris, ia-24. A cette époque, le P. Martial était provincial de la province de Saint- Ives , et , dans l'exercice de cette fonction , il approuvait lui-même son propre ouvrage. Luc WaddinK, qui publiait sa Bibliothèque, en 4 650 , n a pu parier ni de cet ouvt^ge, ni du suivant : OEuvres spirituelles du séf*aphique P. saini François , traduites en français . Paris, G. Josse, 4667, in-24. Mais nous ne pouvons trouver les notes de Martial sur la Philosophie de r Amour, de Raymond LuUe , ainsi désignées par Wadding : Annotationes in tractatum Raymundi Lulli de Amico et Amato. Aucune édition sé|>arée du livre De Amico et Amato ne nous est connue, et les recueils, udités par Lefebvre d'Ëtaples, où se lit ce traité, sont des années 4 505 et lot 6. Il est donc vraisemblable que les Notes de Martial sont demeurées manuscrites et ont été perdues.

COCQUELIN (nicol\s).

Nicolas COCQCRLIN, né h t'orberie, près Ijissay. en 4640, mort à Paris, en 4693, docteur en Sorbonne, chancelier de TEglise et Université de Paris, a eu , de son temps, quelque célébrité : aujourd'hui Ion ne connaît plus ni son nom, ni ses œuvres ; ii^uste oubli, car Nicolas Cocquelin a bien parlé la langue du grand siècle, et Ton remet chaque jour en lumière d'anciens traités qui ne valent pas les siens

H10QLAS oMDomn. ^7

Il publia d*abord une simple versk» des Psaumes, sous ce litre : Interprétation <Us Piaufntt k Ikinz t: des Cantiques qui se disent tous les jcvri ci !g f^'^'t^n^f dans l'office de l'Eglise : Paris, Frédérir Lêùiard. l ' •^t . iD-42 et in-8*. Outre ces deux êàiûansde la snê^ie année y nous en connaissons fleux autres: Itne ùt Bordeaux, Ghappois, 4731. in-13. eiI*aatredeLiiD'jGE< Barbou, in-8% sans date. L'mterprelzuom dti Ff^:xit¥:s , de Nie. Cocqnelin, a été loiM£-4enips fort csâaiee.

Le plus remarquable, sans coolredh . de ses oarraanL est son commentaire sur le Xanoel d~Epk^^ie . fr^iièie sous ce titre : Le Manuel d'Eptc^u. arec <i^s r* ^^j-vn^i tirées de la morale de rEtxmqi-e : Park. BarLôn. 4 « » •. in-42. Cet ouvrage a pour préCace noe dirscr'^'Mk «4ir la morale stoïcienne , que Ton peut totupanT à cielie que Thomas GalaLer a placée devant ]n UEa£\ re« i A&tonin. Viennent ensuite les Ar/Zfxi:<fu deCcKqjelin. zj^ recommande un slyle toujours corrert , lyj --jr* r#cgant. Quelquefois le oommentalear. s«rar'.<fat bean»coup du texte d'Epictétc, cen sur e avec ilf^ne k« mœurs relâchées de i*Egiise et de la tc^r. au iezu^ de Louis XIV. La plupart de ces vives satires sotil ea lers et comme les vers de Nie. Cooqueiîn boqs ae£ri/t«-u£ mériter d'être lus , nous en ciieroos que^ties-'^^^ . ceux-ci entre autres :

Les emplois, kt deroirt, let Les bomoics par l^kabit se le Un kaolieresQ Teno do fead d" Paroist, mteie à la coor, éqoîpé Le doc et pair sorpris voit le petit Briller par le brocard doDt fl afiit Mt

248 HICOLAS COOOVBLIlf.

Da aotre, né laqmlf , formé dam Tciclaf âge, Cacke la tnibbon dont il trame rooTrage, Et loat Talr emprunté d*an conGdent difcrrC Cherche & r»ire profit de quelque grand leerel ; Pub Talet traretty, sans trop cesser de l*esti«. TraTaiUe à s^élever en supplantant son maistre.» •

Ce sont là des vers qu*on pourrait attribuer à Scar ron, à Sarrasin, sans leur faire aucune ii\jure. Les suivants sembleront encore mieux tournés :

Partout jennes gens dégulsri Jeunes abbci, mugodi frises, Renversent toute la droiture Du fond de la cléricature.

Qiacun fait voir sa Tanité An dépens de la TiMlé.

Tout homme qui porte soutane Se dit docteur, fut-ll un asnet Tout peUt clerc se dit abbé; Le moindre pcUt prébende D*un prélat alTecte la miae....

De mille laquais retournes Les équipages cooronnei Font les embarras de la Title.

MlUe marqnii de M asearille.

Mille comtes de Jodeiet.

En quittant lliabît de Tairt, Sous une fortune enivrée Gardent l*esprit delà Uvrée.

Tel, Issu de quatre sabots, Se tiit tirrr à sli cberaut.

Suivi de fourgon de lillète, El* par une Impudenee entièic, Croit qu*U scfiit desboMoié

IflCOLAfi COCQUBUN. 249

Si i*on m le servait eo ton Termeii doré*...

Poar Mratenir ce rang et dire sa figure* Uo autre à oeol moyens sçait ajoater l*asure. » Presler au taoz do roy ce serait estre uo fat.

Ou ne pourrait pas vivre avec asseï d*édar« A dnq sols pour écu l*on preste par semaiue* Et, par lu, loua les {ours on aœroist son domaine; Le tout par charité, pour cinq cens malbeureuz Que ce picoi secours empesche d*estre gueuxi Et qui, pour appaiser l*usurier qui les berce^ Font mille méchants tours dans un ho&leuzcomoieroe....

Ces porlraits sonl tracés avec énergie et vérité. Nous rencontrons à chaque pas quelques-uns de ces parvenus sots et vains , et de ces officieux spoliateurs : ils sont de tous les temps. La race des faux dévots est aussi, paratl-il , de celles qui ne meurent pas ; cependant il faut reconnaître que les courtisans de Madame de Maintenon ont été de grands maîtres dans cet art de la dévotion feinte, et que leurs imitateurs, leurs disci< pies, n'ont encore su parvenir à les égaler :

Urbain nous dit quMl est content du oécetsaire.

Que, par pure dévotion,

U r.nouce à l*ambition

Pour penser à sa conscience :

Mais, par un coup de prévoyance.

Faisant de ses biens cession,

Il met à part un million i Puis, dans la piété dont son lèle se pScqne,

Fait un bAtiment magnifique Pour loger avec lut de semblables dévola

Qui ne Perchent que le repos.

Car, dans Theureui siècle où nous sownes, Qn a bit des dévots de tontes sortes d*horaiiiei,

SSO KIOOLAS GOCQUSUlf.

Qai rar la plélft^ eoniiie sor an pivot, FoQt tourner ragrémcol de leor hiie dévot.

Qe laie è wm eâients donne un tort bon earane. Et parmi lenrt dMvaux ne lonlTre point de roue. Le drap cl > duvet y lont du plus hant prix ; Mnia» pow eslr^ dévoi, le drap doit eslre grii. Cette eooleor en «t : Ton t*y proonène à Taise GoMBecn un eaoapè, ou connie en une chaise.

Et Dieu le vent ainsi i car ce que veut dévot Dieu Ta vonln tonjonn et voulu eomme il IknL...

Nous ne réclamons, pour Nicolas Cocquelln . qu'une place parmi les poêles du second ordre : mais n'y auraiUii pas une injustice vérilable à la lui refuser ?

Nous rapprochons ici, parce qu'ils ont Tun et lautre le même objet . deux opuscules de Gocquelin, publiés, le premier, en 4686 ; le second, en 4690. Il s'agit de la révocation de Fédil de Nantes.

11 était d'usage, dans la faculté de théologie de Paris, que tous les nouveaux licenciés fussent présentés par un docteurau chancelier de Notre-Dame. Le docteur chargé de cette présentation prononçait un discours, auquel répondait le chancelier. En mars 4 686 , quelques mois après la révocation de Tédit de Nantes , Nie. Cocquelin, chancelier de l'Eglise de Paris, prit pour texte de son discours aux licenciés celte mesure cruelle et insensée, et célébra, d'abord en prose latine, ensuite eo vers latins, la sagesse des confesseurs et des ministres du roi qui Tavaient conseillée. Nous trouvons cette déclamation dans le Journal d^sSarantM do Tannée 4 686, sous le litre suivant : Oratio perceUbriê habita \ Calendar. Mariiia CL V. D. Cocquelin ; p. 4 72-479 de l'édition in-4*.

PIBRRB OL1VIBB. 2.1|

C*es( encore contre Tédit de Nantes qu*a été composé cet autre ouvrage de Nie. Gocquelin :' Traité de ce qui est deu aux puissances et de la manière de s'acquitter de ce devoir , pour servir de réponse générale aux égarements du minisire Jurieu ; Paris, Coustelier, 4690, iD-42. Ce pamphlet est écrit avec plus de véhémence que de bon goût ; on y trouve ce portrait de Jurieu : c Un vilain sac, que le démon a rempli de toutes sortes d*iDJureS) d'invectives , de calomnies et d*ordures, pour les répandre à son gré sur tout ce qu'il y a de plus saint , de plus sacré et de plus vénérable parmi les hommes. » Au plus fort de sa controverse avec le docte exilé de Rotterdam , Bossuet lui-même le traitait avec plus d*égard6.

Les continuateurs de Moréri attribuent à Nie. Gocque* lin , d*après les Mercures^ un Recueil de pièces sur la dignité et les droits du chancelier de l'Université de Paris. Nous ne connaissons pas ce Recueil^ qui vraisemblablement a été publié sans nom d'auteur.

OLIVIER (pierre).

Je lis dans La Croix du Haine :

« PiBRBB OLIVIER , sieur du Bouchet , aduocat au siège présidial du Mans , natif de la Suze , au Maine. Il a escrit une Oraison funèbre sur la mort de messire Chrestofle Pérot , seneschal du Maine , baron de Vernie , etc. , etc. , non encores imprimée ; un Recueil de ce qui s*est passé au Maine touchant les derniers troubles, non encores imprimé ; Histoire Tragique d un gen-

SBS rUEEB BBLOH.

lilhorome d'Auvergne , non encores imprimée ; Traicté de la dignité el excellence de Mariage , non imprimé ; Mémoires et Recueils touchant Tanliquilé et noblesse de MM. les contes de la Suze , au Maine , surnommez de Cliampagne . lesquels il a présentés à messirc Loys de Champagne, oonte de la Suze, chevalier de Tordre du Roy , etc. Ils ne sont encores imprimez. Il a fait imprimer plusieurs Cantiques et Noels et autres menues poësies chez Hiérosme Olivier el autres imprimeurs du Mans. 11 flonst en cette année 4 58i Je ferois plus ample mention de luy , si ce n estoit qu*il sçait assez que ie luy suis amy par autre-part. » Les Cantiques d*OIivier du Boucbet ne nous sont pas plus connus que ses œuvres manuscrites, el, comme nous avons lieu do tenir pour suspect le témoignage de La Croix du Maine, nous hésitons à croire qu'ils nient été imprimés.

BELON (pierre).

Un des hameaux les plus humbles du Maine, le ha* meau de la Soullière, dépendant du bourg d*Oizé, a éié» par un jeu bizarre du sort, la patrie de deux hommes également célèbres, mais à divers litres, de Piubb BELON et du P. Mersenne (<}. L année 4547 parait être la date de la naissance de Delon ; un portrait qui se trouve en tète d*un de sc*s livres, publié |K>ur la pre** mière fois en 4553, nous le représente Agé de trentesix ans. Son premier protecteur fut René du Bellay.

(t) nUU liîUt. ém Mmm$^ Uu^ 811,

PIBRRB BKLdN. ioi

prélat de belle hameur et de mœurs douces, dont nous avons fait connaître la passion pour les jardins (4). Les goûts de cet évèque étaient ceux du jeune Belon, qui commençait alors, dans les campagnes du Maine, les recherches d'histoire naturelle qil*il devait conduire si loin.

Du Mans, Belon se rendit à Paris, où il étudia la mé* decine, et fut reçu docteur : il partit euduite pour Wittemberg, appelé dans cette ville par les succès d'un jeune professeur de botanique et de pharmacie, Valerius Cordus, fils du docte Euricius. Comme ils étaient du même âge et avaient le môme zèle pour Tétude, ils s'attachèrent bientôt Tun à Tautrc, et entreprirent ensemble une excursion scientifique dans les différentes parties de 1* Allemagne. C'est au retour de ces voyagea que Belon fut arrêté dans les murs de Thionville, qui, faisant alors partie du duché de Luxembourg» était aux mains des Espagnols : jeté dans un cachot, comme pri-^ sonnier d'état, Belon en fut tiré par un gentilhomme nommé Duhamme ou Dehamme, qui lui prêta la somme réclamée comme prix de sa rançon. Qui lui avait envoyé ce libérateur? On raconte, et ce récit mérite créance, que Duhamme, partisan enthousiaste de là jeune école française, ayant appris qu*un des compatriotes, un des amis de Ronsard çt du comte d'Alsinois, venait d'être incarcéré, s'empressa de lui aller offrir sa bourse, jaloux de se recommander par ce service à l'estime des réformateurs. « Ainsi, dit un biographe, après la désastreuse expédition de Sicile, plusieurs Athéniens durent leur liberté aux pièces d'Euripide^

(0 HUi, littcr, du Maine^ t. iii* p« 160^

â5i Ht»EB ULOS.

dont ils récitaienl les plus beaux morceaux à leurs m«it- (res («]. » Ce D*est pas lout-à-fait ainsi que Beloo sortit des prisons de Thionville, et ce rapprochement n*esi pas moins inexact que précieux : cependant il faut ici ienir compte, avec M. de Mussey-Patbay, de cet hommage rendu \^r un étranger, dans les premières annéet^ du XVr siècle, à la science et aux lettres françaises ^2). Rendu à la liberté, Belon revint i Paris, où les cardinaux de Toumon et de Lorraine, ainsi que Tévèque de Clermontt Guill. Duprat, lui firent un excellent accueil. Mais c*eSt le cardinal de Toumon qui lui témoigna le plus dlntérèt. Belon était pauvre ; il lui fit donner un logement à Tabbayc de Saint^Germain-des-Prés, et le traita comme un client distingué dont il avait a cœur d'être appelé le Mécène (3). Quand Belon eut formé le projet de ce long et périlleux voyage aux nves orien* taies, dont il se promettait et qui devait avoir de si grands résultats, les frais de cette entreprise scientifique lurent couverts par le généreux cardinal [i;. H partit en Tannée 4546.

Il alla d'abord à Candie, où il séjourna quelque temps ; il se fil ensuite transporter à Conslanlinople, où la France était représentée par un ambassadeur, depuis

;i) Bhsfêkhtm^. paru. Polé, 1810.

(S) BUfg^. mmiv, •■ MOI Mm*

(S) Ccil ee que Beloo Mwt ap^reml Ivl-ateM dams plotlear» 4e •rt aédicao-s aorcMéef sa cardinal de Tooreon. Nooa liiooa daat celle do IraUé Ue ûémirmkîii ùmtrmm mmli^mormm prteâîmnî%m : • Ego In tua» fjmiliaoi acwrsitos ab Ineontc adoleioDlia, lia fom apod te educatas, qoo potiMimam leoipore in aula Francitci, non mino» npientia quaai mag naninii refit, vertabaria, ul non looge a le di ericnti allqoeoi «go ri tais îllia pcoe diviuis leroMoilMs froctn fefeffe poatooi»

(4) Dédfeaee dis Oherimiimê,

que Soliman II avail accepté raîliancë de François I". Reçu dans celle ville avec Vaccueil que Ton devait au protégé des principaux seigneurs de là cour, Belon n'y demeura pas long-temps : il était impatient d aller visiter Lemnos. Tlle des volcans, Ib mont Athos« qui projette jusqu*à cette tie, au déclin du jour, Tombre de seè cimes glacées, et les nobles ruines de l'aiitîque Saloné. De là il se rendit en Egypte, visita la cité d*AIéxdDdre; et le Caire, où il se trouva dans la compagnie de gedtilshommes et de savants français ; puis il parcourut la Terre-Sainte, la Syrie, et revint a Constabtinople par TApatolte. 11 était de retour en France en l'année 1549(4).

C'est à l'occasion de ce voyage, que Belon reçut de Ronsard une épUre en vers, dont nous devons citer quelques strophes :

Htrdy qui premier le sapin Vid es monlaignps et le pîii Inutiles sor leur racine. Et qui, les traocbant en maint tronc, Les laissa seicber de Icar long Dessus le bord de la marine ;

Pnts secs des rayons de Testé, lies scia d*nn fier bien denté.

Les transformant in une hune.

En masl, en tillac, en carreaux, El les envoya sur les eaux Servir de charrette à Neptune.**.

Sous la conduite de Tipbys L'entreprise, 6 Jason ! tu Ils

(1) Dédicace des Ohurvatlonté

28B PIERRR BfcLoU.

D'acqtiêHr la laioe dorée»

Avec qaaraote ehe? aliert En force et Tertas In premieri De toote la Grèce hooorte.

Lft Triions qal s*etb«hb9oieiit De Tolr la navire, pounolent Hors de la mer leurs lestes Mondes t Bt les Plibrcydes, d*nn loog tonr; En enrôlant loat à rentoor, Condnisoleni la nef sus les ondes.

Orphé dessus la pnme esloît.

Qui des doigts son luth pineetôtt El respottdoU à la navire.

Laissant des aiguillons ardans Aui eftois de ces preus, aeoordans L*aTlroo au son de la lyre.

Or si JasoB à tant reeen* De gloire» pour avoir decen ^ Une ienne Infante amoureuse, Ponr avoir d*nn dragon veHlaut Chamè le regard lommeillant Par nne cbansoo monstmenseï

Bt pour n^avolr passé sinon Qn'nn fleuve de petit renom»

Qa^uM mer qui vt de Thessale Juiqn*ani rivages MédéeoSi A mérité des anelens Un hooMvr q«l les dieux égale i

Gombica Bekw» an prix de luy, Doit avoir en France anjouriThoy, D*honnenr, de bvenr et de gloire.

Qui a ven ce grand univers Bt de longueur et de travers, Ella gentbIaMbeat U gwt noire {

PlERRB BBLON. ^57

Qui de près a veo le soleil Aux iDdcs faire ton réfeil.

Quand de ton char il prend les brides; Et Vb Yen de près sommeiller Dessous rOccident, et bailler Son cbar en garde aux Kéréides ?

Qui lui a ven faire son tour En Egypte, an plus haut du jour; .

Puis Ta rcTen deaions la terre Aux Antipodes esdairer, Quand nous voyons sa sœur errer Dedans le ciel qui nous enserre ?... (i)

Benouard prétend que Belon, ayant traduit en français les traités de Dioscoride, reconnut alors Tinsuffisance des livres anciens, et partit pour i*Orient, dans le dessein d*étudier, de comparer et de recueillir les plantes décrites par cet auteur (2). Nous apprenons de Belon, qu*en Tani^ 4 553 il se préparait à publier une traduction de Dioscoride qui n*a jamais vu le jour, et dont la perte est regrettable (3); cependant rien ne prouve qu'il ait fait cette traduction avant son voyage. II n*est pas d*ailleurs exact de dire que i*étude des plantes de TEgypte, de la Grèce et de l'Arabie ait été Tobjet spécial du voyage entrepris par Belon. Jaloux de pénétrer bien plus avant dans les secrets de la nature, il ne devait négliger, dans ses laborieuses recherches, aucune des branches do l'histoire naturelle. Aussf,

(1) OEuvrei de Ronsard, p. 564 de Tédit. de i6S8» in^fol.

(S) Jnnuuire de la SûHh^, 18Q9, pag. 30.

(3) Dédicace des Ohmrvaîimu \\ avait aussi fait une Virtion de VHiêU dêê Plmtu de Tbéophraste» qui a été également perdue.

258 PIBBftB BKLOM.

dès qu'il fui de retour en Frauce, cruUil devoir d'abord donner au public un mémoire sur les poissons : VHistoire naturelle des estranges poissons marins, avec la vraie peinture et description du Daulphin et de plusieurs autres de son espèce; Paris, R. Chaudière, 4551, in-i*, fig. Ce mémoire, si curieux qu*il soit, n'es! pas le plus estimé des ouvrages de P. Selon ; il le considéra luimême comme très incomplet.

Deux années après, il publia: Les Observations deplth sieurs singidaritez et choses mémorables trouvées en Grèce, Asie, Judée, Egypte, Arabie et autres pays estranges, rédigées en trois livres; Paris, G. Cavellat, 4553, in-i*., fig. Le privilège, au nom de G. Corrozet, est à la date du 45 mars 4 552. Il n*y a pas, même de nos jours, un naturaliste qui ne parle avec estime des Observations de Beloh ; il n*y a pas un géographe, pas un historien, qui n*y puisse trouver d'utiles renseignements sur la topographie, les usages, les moeurs des |)ays divers explorés et décrits par notre célèbre voyageur. Cet ouvrage a été souvent réimprimé; Paris, 4554, 4555 et 4588, in-i*; Anvers, Plantin, 4555, in-S". Le scrupuleux abbé de Saint-Léger ne croit pas, il est vrai, à lexistence des éditions de Paris 4554 et 4555, quelque crédit que méritent le témoignage du P. Niceron et celui de David Clément ; il suppose que G. Corrozet ou G. Cavellat ont, en 4554 et 4555, au lieu de donner deux éditions nouvelles, changé le titre ci la date de Tédition de 4553 (4). N ayant sous les yeux qu'un exemplaire des Observations, noua ne pouvons

(4) llaitt ■MMoilQi Mr 11 GraU ém Mstee» à la «Uolk ém M.

PIBliRB BELON. 2^9

îhterveDir dans ce débat entre bibliographes égaiémcDl estimables. Les Observerions ont été traduites en latin par Cb. de TEcluse {CltisitÂs)y et cette traduction, publiée d abord à Anvers, cbezPlantin, en 4589, in-4î, a été insérée dans le volume des (Kuvres de Ch. TEcIuse qui parut à Anvers, en 4605, in-fel. On en trouve encore une traduction allemande dans le Recueil de Paulus qui porte ce titre : Sammlung der merkwurdigsten Beisen in der Orknt {Recueil des plus célèbres voyages en Ori&fii,) Un extrait des ObservcUions concernant les mi*nés de Siderocapsa, en Macédoine, a été publié par Gobet, dans ses Anciens minéralogistes du royaume de France^ t. 1, p. 63.

Un des ouvrages les plus curieux de Beioû est son Traité sur les monuments funéraires des anciens, sur les Usages observés dans les s!&pultures et sur les substances employées en Egypte pour conserver les cadavres. En voici le titre : Pétri Bellonii^ Cenomani^ de admirabili Operum antiquorum et rerum suspidendarum prœstantia liber; Parisiis, G. Cavellat, 4553, in-4*. Le privilège, au nom de G. Corrozet, est du 24 juin 4553. Gronovius a réimprimé ce Traité dans le tome VIU de ses Antiquités grecques. Belon raconte qu'il forma le dessein d'écrire ce livre, quand il entendit un jour le cardinal de Toumon, allant assister aux obsèques de Paul III, recommander à son apothicaire de lai procurer au plus vite de la momie. On appelait ainsi certaine composition de poix et d'asphalte, qui avait, disait-on, la propriété de rendre les chairs incorruptibles. Ayant déjà lu, dans Pline et dans Pomponius Mêla, que les Arabes désignaient par ce terme de momie ou mtimmie, non pas un onguent, mais un cadavre desséché,

260 PIBBRE BSLOIf.

conservé, Belon n oublia pas, lorsqu'il Ait en E(^i>l«. de recueillir tous les renseignements que les gens du pays purent lui fournir à ce sujet ; è ces renseignements il ajouta, lorsqu'il parcourut la Grèce et TKalie, d^autres observations non moins intéressantes, à Taide desquelles il put redresser beaucoup d erreurs accré* ditées par les interprètes des anciens auteurs. Voilà la matière de son ouvrage. On le lit encore, et avec fruit.

On consulte moins souvent son traité sur les arbres conifères : De arboribus ccniferis, resinifèHs, aliisqtêe nommllis sempitema fronde virenlibus ; Parisiis, G. Caveliat, 4553, in-i*, fig. — Belon a dédié cet ouvrage au chancelier François Olivier, sieur de Leuville, Tun de ses bienfaiteurs.

Les critiques au long nés {nastUuli (0 ) >^ manquèrent pas de signaler les lacunes qui se trouvaient dans le traité de Belon sur les Poissons. Il Ipur fit la phn modeste et la plus sage des réponses ; il reprit ce traité, pour le rendre au public complet et corrigé, sous ce titre : D$ Aquatilibus libri duo, atm iconibus ad vivam ipsorum effigiem quoad ejus fuerit potuit ; fari% Ch. Bstienne, 4553, in-8*, oblong. Réimprimé k Zurich, chei Proschover, en 4 658, in-fol., et à Francfort, en 4604, avec le livre IV de YHistoria animalium de Conrad Gesner (2). 11 y a trois éditions de cet ouvrage traduit en français, et ces trois éditions sont de la même

(t) Daat la ëAdicacc do liTre D* •éminéUi ifirmn mti^mttmm

fl) Coartdl GctDeri BUîtrkt mnimmlUm Bber IV, qol ctl di piadMi ci aqMUUui Miara... Golidail RoodricUi fsoqw cl Mri BdloaU, GcMMil, Bcdid koc tcaporc Lnlctic aiaii, éê Jfmmii^ imf «fil lerlfla i PrancoftirU, A. Cattbicnit» IM4, HML

mUtB BBLOII. 961

année : il ne faut pas les confondre, car, entre les unes elles autres, il y a des différenoes notables. En voici les titres : La naiurt et diversité des Poissons, avec leurs pourtraicts représentez au plus près du naiwrely en % livres; Paris, Ch. Estienne, 4555,in-S*, oblong: Delà nature et diversité des Poissons, avec leurs descHpUons et naifs pourtraicts, en 7 livres ; Paris» 4 555, in-fol. : Lllistoire des Poissons, traitant de leur nature ei pro^ priétez, avec les pourtraicts d^iceux; Paris, 1555, in-4*, en français et en latin.

Après avoir suffisamment traité des poissons, Belon s*occupa des oiseaux : V Histoire de la nature des Oyseaux, avec leurs descriptions et wafs pourtraicts retirez du naturel, escrite en sept livres ; Paris, 6. Corrozet. 4555, in-fol. (4). Dans la dédicace de ce livre, adressée par Fauteur à Henri II, nous lisons la phrase suivante : c Et maintenant, Sire, que par vostre grâce m*octroyez que soye nombre entre voz escoliers, désirant m'acquitter de mon devoir envers vous... ay entreprins vous faire voir à part, en sept livres, ce qu*ay trouvé es oyseaux digne de récit, Tayant rendu en nostre langue presque en mesme ordre ei sentence de ce que (Dieu aidant) vous présènteray en latin. » II y a deux notes à faire sur cette phrase. Belon nous dit ici qu'il était au nombre des écoliers de Henri II ; ailleurs, il s'applaudit d*ètre, en outre, compté parmi les écoliers du garde-des-sceaux, François Olivier (2) : cela signifie qu'il était pensionnaire de la chancellerie de France et de la cassette du roi. Il recevait du roi

(i) UyadesciemplairesaaDomdeBenoIttPiéfOil, (S) Dédkaee da Um De admlraêilit CU^ eU,

an FIBEtl BBIXm.

deux cents écus de gages («). L*autre note est relative au texte latin de Y Histoire de la nature des oyseaux : il n*a jamais été imprimé et parait être perdu. BufTon faisait le plus grand cas de cette Histoire, et il Ta sou* vent citée.

Vient ensuite le livre intitulé : Pourtraicts d^oyseaux, animaux, serpens, herbes, arbres, hommes et femmes d Arabie et d Egypte ; Paris, G. Cavellat, 1557, et I6«8, in*4*. C'est Tabrégé du précédent. On a lieu de croire que cet abrogé n'est pas l'œuvre de Belon, mais d'un de ses éditeurs, Cavellat ou Corrozet. Cavellat semble se Tattribuer dans une épttre dédicatoire qu'il a signée de son nom : s'adressant au roi Henri 11, il s'exprime en ces termes : « Et combien que les oyseaux soient assez amplement descripts es sept livres qu'avons jà imprimiez, toutesfois, en si grande variété de volontez et esprits, il s'en trouve une partie qui aime brièveté ; auxquels voulant donner occasion de se oontenler, avons rédigé cest abrégé en moindre volume. ... Et en attendant le retour de leur autheur, maintenant enserré an procbats de son instauration de Tagricultiire, par les plaines et montagnes d'estrange paYs où l'avez envoyé, avons escript aucuns quatrains françois.... » Quelquefois, il est vrai, les éditeurs prenaient sur leur compte ces sortes de compilations, afin que l'auteur ne parût pas avoir lui-même mutilé son livre pour le mieux vendre. Tels étaient les scrupules du vieux tampa.

Le dernier, mais non pas le moins célèbre des ou« vrages de Belon qui aient vu le jour, est son traité sur

(I) La CrolidQ IWiie, ao mot P. Mtm,

PIERBB MijOlf. S63

l'agriculture : Les Remonstrances sur le défauH du la-bour ei culture des plantes, et de la cormoissance d' (celles, contenant la manière d'affranchir et apprivoiser les ar-bres sauvages ; Paris, 4558, îd-S*. Ch. de TEcluse 1 a traduit en latin, pour le publier à la suite des Observations, G*est dans ce livre que Belon donne la liste des arbres étrangers qu*il était curieux de voir acclimater en France, et invite le collège des médecins de Paris à fonder un établissement pour l'éducation des plantés. L'évéque du Mans, René du Bellay, avait déjà réalisé, dans ses jardins deTouvoye, sous la direction de Belon. quelque, chose de ces grands projets (4) ; mais c'était à Paris, dans la métropole des sciences, qu'il importait surtout de donner au public des leçons de culture, et de faire connaître les produits des plages lointaines, dont la naturalisation devait procurer tant d'avantages au prix des moindres efforts. Le cardinal de Lorraine recommanda le plan de Belon à Henri H, et peut-être eût-il été dès lors exécuté, si les finances de l'étal s'étaient trouvées dans une situation meilleure. C'est Richer de Belleval qui ouvrit, à Montpellier, le premier établissement public consacré à la culture des plantes. A la mort de Henri H, Charles IX, appréciant l'intelligence et le savoir de Belon, l'avait accueilli dans son château de Madrid, ou, comme on disait alors, de Maldric, au bois de Boulogne. C'était un somptueux édifice, bâti par François 1" sur le plan du palais habité par les rois d'Espagne. Belon était donc un des

(4) ■ C*nt aux bienfaîu de Bcloo et de ëo Bellay que les proTineet do Maine, de PAnioa et de la Tooralne oot dû le bonhear d'être les premières en France qui aient culU? é atec luecès les arbres à fmiH de tonte espèce* » Renonard, Annwiirê dû 4809.

S6( nOUIB RBLON.

hôtes privilégiés de celle royale demeure, lorsqu'au mois d*avnl de Tannée 4 564, revenant de Paris, où il avait été rendre visite à son ami Jacques du Breul, religieux de Sainl'Germain. et traversant, vers le soir, les hautes futaies du bois de Boulogne, il fut assassiné par une main inconnue.

Georges Abraham Mereklin, dans son Lindenius Renovatus, attribue à notre P. Belon. d après Vander Linden, deux volumes in-fol. de ConstUtalùms médicales^ Cùnsiliorum medicmalium^ qui sont d*un autre Pierre Belon, médecin, lequel n'était pas inconnu à Dom Liron (4). Corrigeons une aulre erreur bibliographique. M. Quérard met au compte de P. Belon, du Mans, des OEuvres de chiromancie dont il désigne une édition nouvelle, publiée à Liège, chez Streel, 4705, in-42. Cette attribution est une erreur. Nous avons lieu de croire que Touvrage indiqué est une réimpression de VJnstructi(mpour apprendre les sciences de Chiromande, etc., etc., ouvrage de Jean Belot, publié pour la première fois à Paris, en 4649, in-S*.

Pierre Belon, Tami de Ronsard et de César Scaliger (2), le protégé des personnages les plus considéra-

(I) SmgmlûriUê kUi. et liti. Uup. kM*

(1) Don Liron n|iporte les ten suItidU de Céur Scaliger, adrv*. •éi à Pierre Nod :

Est mattt dtgniis oonneodaUonp, qai Din nallo Ubore perfoncto», modom Noauw eipeelatiooi ttaluH, ac »pd CoDierUs eonamiUriis, puro st jlo, CrnspendioMi mole, tincera fide, VelQt fecil Mlooiofi qui dsm wv ViUi, Miaqaecomaodii tM comoMda MMiie aotepooic, leoioai dcCraudans anoB, Band parctM aumpini, haod aMtaens peHoiH, Vvrrtii maria, HTodil arMmSyftra,

PIBREB BBLON. &Q5

bles du royaume, le client, le pensionnaire du roi, fut accusé, quelque temps après sa mort, de n*avoir été qu*un misérable plagiaire, et d'avoir acquis, par un larcin, des titres frauduleux à la célébrité. Après ce qu'ont dit à ce sujet, pour justifier sa mémoire, Dom Liron et le P. Niceron, nous pouvons nous abstenir de développer les preuves qui confondent la calomnie. Dans sa préface de VHisto&e des animaux d*Elien, Gesner avait raconté que Pierre Gilles, d'Âlby, célèbre voyageur, mourant à Rome en 4 555, passait pour avoir laissé dlntéressants manuscrits : et qu'étaient-ils devenus i on disait qu'ils avaient été dérobés par des gens curieux de se faire valoir sous les plumes d'autrui : « Âb bominibus ambiliosis substractœ sunt, quos aliéna pro suis usurpare, dum gloriam sibi aucupentur, non pudet. » Yoilà le texte : voici maintenant le commentaire. DeThou (4), prêtant une oreille trop facile à de méchants propos, dit qu'étant valet de Gilles, et l'ayant accompagné dans ses voyages en cette qualité, Belon avait été l'auteur du vol dénoncé par Gesner. Scévole de Sainte-Marthe, dans son éloge de Pierre Gilles (2), ajouta quelque chose encore aux méchants caquets recueillis par de Thou. De là cette calomnie passa dans le livre de Thomasius De Plagio lilterariOy dans l'Appendice de Corneille Tollius à Touvrage de Pierius Yalerianus De Infelicitaie litteratorumj et dans divers autres traités bibliographiques. Pour

AnbicmomlrapiQiit, el rcram nofu EiBgieft Dobis, Teteres qam fueraot, fadt :

Dignuscni magntm debeamas gritian.

(1) HUU nmV, liv. iO.

(«) Efogia.

966 FMANÇOB LORYOT.

eiriever tout crédit à cette fable, il suffit de rappeler que Pierre Gilles était mort en 4555, et qu*è cette époque Belon avait déjà publié le plus grand nombre des ouvrages qui ont immortalisé son nom.

LORYOT (frakçois).

Fbamçois LORYOT, né à Laval, en rannée 4 674 , se fit recevoir en 4592 dans Tinatitut des Jésuites , et prêta les quatre vœux. Appelé par ses supérieurs à occuper les chaires de philosophie, de théologie et de morale en diverses maisons de l'ordre , il s y fit remarquer. Il se rendait à Rennes, en 4642. quand il fut pris, à Angers, d'un mal subit qui l'emporta, le 40 juin de cette année. Suivant Alegambe , il a laissé un asseï grand nombre d'ouvrages. Nous n'en connaissons qu'un, mais il nous foit peu regretter les autres. Cet ouvrage, dédié au roi, a pour titre : Les Secretz moraux concenuaUs k$ positons du cœur humain, divisez en cinq livrtSy par Françoys Loryot, de Laval; Paris, CoUereau, 4643, in-i*, et Paris, Chappelet, 464 4, in-4* (4). C'est, vraisemblablement , la même édition avec des frontispices différents. Une introduction étendue nous apprend que ce titre Secretz correspond à celui de Problèmes , ou questions ; et les questions que l'auteur se propose sont au nombre de cinquante. Elles nous sont données conune appartenant à la théologie morale ; mais cette

(I) Soiraat Ategiabe» U y t aot aatic édition oi ai abrité ée cet Ottmge MH» ce tiU« s fUar été $€€r§iê hmtmu»; Parif. GuyoL wiaainlAdioattoii.

FKAHÇOI» LOITOT. SMT

classification est ambitieuse : si elles appartiennent vé* ritablemenl à un genre quelconque, c'est à la théologie burlesque. Au nombre de ces ciuquante questions, dites morales, se trouvent, par exemple, celles-ci : Pour* quoi le sexe féminin est-il honoré, recherché par Tautre sexe? Pourquoi a-t-on pris Tétrange habitude d*inviter ses amis à dtner? Pourquoi, la nappe mise, boit-on aux bonnes grâces les uns des autres? Pourquoi les femmes sont-elles si curieuses de toujours passer pour jeunes? Pourquoi les domestiques sont-ils si difficiles a contenter, etc., etc.? Voilà quant aux objets traités. Voici maintenant quant à la méthode. L'auteur déclare qu'il s'est fait un système du désordre , un plan de \a confusion : a Un œuvre à la Mosaïque n'a ses pièces plus industrieusement rapportées, quand l'industrie s'y descouvre le moins... C'est donc pourquoy j'ai tellement ordonné toutes ces matières que je leur ay esté tout ordre, pour les faire trouver beaucoup plus agréables au lecteur; puisque à la quelle d'une question, il trouvera la teste de l'autre du tout différente, qui luy fera un nouveau goust, pour luy r'aîguiser son appétit, peut-estre jà émoussé de l'ennuy, que la précédente lecture luy auroit causé. Et pour en venir plus heureusement à bout, j'ay tissu ces discours de force poésie françoise, qui leur servira de saulpoudrure et comme de saupicquet de haut goust, puisqu'elle n'est que pour

resveiller les esprits les plus endormis etc., etc. »

C'est la méthode de Montaigne ; mais nous doutons qu'en l'année 4 643, trente-trois ans après la publication des premiers Essais , on ait beaucoup goûté ce pastiche sans esprit, ^ns originalité, sans style, d'un des plus beaux ouvrages de notre langue.

966 FRANÇOIS LOEYOT.

Le chapitre le plus curieux des Secretz moraux est le preibier. Les Jésuites étaient, ou le sait trop, plus que soupçonnés de professer les maximes les plus séditieuses en matière de droit public. François Loryot croit donc devoir commencer par faire une déclaration très explicite touchant le temporel des rois. L.es suyets sont tenus de servir et de respecter leurs princes : co n*est pas, il est vrai, ce que disent les auteurs de la Société ; mais Loryot en connaît , en cite d*autre8 qui , dit-il , plaident énergiquement la cause de Tautorité royale : ce sont Hippocrate , Platon , Aristote » Xéno» phon, Gicéron, et les Pères grecs et les Pères latins : il n'est pas d^ailleurs embarrassé de prouver que toutes les sciences politiques, la métaphysique, la physique et la psychologie, recommandent également le pouvoir d*un seul. En logique, la démonstration est d'une saisissante clarté : qu'est-ce en effet, que ce principe? — Chaque partie du composé tient son être du tout et périt avec lui ? — Gela confond évidemment tous les méchants systèmes, toutes les fausses maximes des monarchoma- \

ques. D'ailleurs, pour ce qui regarde les rois de France, Jean Lemoine, en son commentaire des Décrétalei, chap. 2, de PrcebendU; Antoine Gorcet, en son traité ds Regia potestaie; Jean Tagault, au livre 4 de ses Imlùulions chirurgicales, chap. 4 %; Jacques Bonard, dans son Panégyrique de François 1*'; Papire Lemasson, au livre 3 de ses Gesta francorum ; Vincent Sigonius , dans ses ÀUegaiiones de Mlo Itdico; Guillaume de Nangb, en sa Vie de Louis IX , et une foule d'autres docteurs, non moins véridiques, attestent d*une commune voix que les rois de France sont donc doués du pouvoir d*opérer des miracles, puisqu'ils guérissent par Timpositico des

FRANÇOIS tiOAYOt. 969

mains, les gens affectés des écrouelles. Or, s'Hs font des miracles, c'est qu*ils sont fort bien vus du Seigneur : et si le Seigneur a pour eux celte considération spéciale, c'est, a n*en pas douter On nous dispense de conclure. Ainsi argumente François Loryot. Veut-on maintenant savoir comment il versifié? Les vers suivants, contre la parure des femmes, traduits, dit-il. de Naumachius, donneront lexacte mesure de son talent poétique :

Qai teat d*an boa conKÎl sage se prévaloir, Il doit «Toir tOQsjours au fonds de sa pensée Ce propos résolu de mettre à nonchaloir Une JollTeté par trop d*ait amassée.

L^Hyadnthe empourpré, ou bien le |aspe Tert, Ne rendront point ton ool captif de leur enoeinle; Le fol tant seulement le tient ainsi couTert, Ayant TAme d*orgueii cruellement atteinte.

Quant & toy qui emmusque et la terre et Ivs deui Dn doux bausme exhalé de ta fleur virginale^ Ne tiens point de surplus ton esprit soucieux, Te Toilà bien parée, ô vierge, ft la royale I Ne te peine donc point de fsller crayonnant.

En Rapprochant de près sur le fonds d*one glace : Ton lustre ira tousjoors de tant plus rayonnant Que de moins d'appareil tu chargeras ta face. Ponrquoy tous ces cheveux sont-ils ainsi géhennes Dans les plis figures de ceste Taine tresse?

' Pourquoy ce front, ces yeux sont-ils si mal menés Que le fart emprunté les ose mettre en presse? Qui volt, sans que Teffroy son cœur Tienne ravir Ton corps ainsi chargé d^un ornement si riche ? C'est un autre et non toy ; tu ne peux plus servir Et qu'an piastre et qu'au fart d'une puante niche.

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