AUBERT (JEAN
On lit dans La Croix du Maine : « Jran AUBERT, sieur de la Morelière» natif du pays el conté du Haine. Ce seigneur de la Morelière, est Tun des plus renommez advocats de tout le siège présidial du Mans; et quand je diray de tout le Maine, Je n advanceray rien en cela pour sa gloire, qu*il n*en mérite encore plus : car, si Ion veut regarder combien il est docte et profond en la jurisprudence, el surtout bien façonné et apris aux consultations , Ion me confessera que mesmes les voisins du Maine, soit d'Anjou, Touraine et autres lieux, s adressent à luy en ce cas , pour recevoir son advis avant qu'entreprendre des procès el autres affaires de semblable conséiiuence. Il n'a encores fait imprimer aucuns de ses œuvres, et, toutefois, j'ay bonne cognoi.^sance qu'il a fait plusieui's doctes et bien curieuses Observa* lions sur le droit et encores sur les Coustumes du Maine. Il florist au Mans, cette année 1 58i, âgé de plus de cin* quante ans. »
Sur la foi de celle indication , Ansart (i) a placé le sieur de la Morelière parmi les écrivains du Maine. Elle nous est suspecte ; il ne nous est pas bien prouvé que Jean Auliert ait jamais écrit quoi que ce soit sur le droit
(1) Bikiloth. Cêrm€tit. U it, pw kU (9) BUntih. UiU •« mot ÂuhêH,
PIEARB GORBEUN. 381
OU les coutumes du Maine. Une note de Ménage, recueillie par Ansart, nous apprend qu'il avait épousé Anne Le Peletier, fille de Victure Lepelelier.
CORBELIN (pierre).
Né dans le Haine, peut-être au Mans, en 4 480, PiERBB CORBELIN fit ses études au collège de Navarre, puis y professa les belles-lettres (4). G*est tout ce que nous apprenons de sa biographie. De ses ouvrages, le premier qui nous soit connu , est un Dictionnaire de proverbes dans le genre de celui d'Erasme ; en voici le titre: Pétri Corbelini, Cenomanensis, AdagtalesFlosculi, Parrhisiis, Ch«vaIIon, 4520, iu-4". En tète de cet ouvrage se trouvent une préface et trois lettres ; la première , qui est Téptere dédicaloire , est à l'adresse de Jérôme de Hangest, vicaire du cardinal Louis de Bourbon, évèque du Mans; la deuxième à Geoffroi Suet, abbé de Beaulieu , dit le Bon- Abbé; la troisième à FranQois Briand, jurisconsulte. Nous ne connaissons que parleurs titres les ouvrages suivants de Pierre Corbelin : De divino misses sacrificio , et De Hœreiicorum confutatis opinionibus libellus^ vana et futilia Hœresiarcharum refellens deliramenta; Tolosae, Maréchal, 4523, in-i*". C'est DuVerdier qui mentionne ces titres : les ouvrages ne se trouvent plus.
(0 Regii NaTame Gymnasii hist. à J. Launolo, t, ii, p. 060| édlt» is-4% *- Bibliogr» du Maine au mot CorMln.
S8i NICOLAS DB RONSAID.
signant quelquefois Ronsart et Rhonsarly cette attribution ne manque pas de vraisemblance.
On peut, il est vrai, faire valoir contre elle, outre le témoignage de La Croix du Maine, celui de Du Verdier qui , sans tenir compte des initiales portées au titre, inscrit le Jugement de Paris parmi* les œuvres de Florent Chrestien, d'Orléans. Mais celte inscription doit être erronée. Si Florent Ghrestien a publié quelques poèmes soubs noms desguisez , ces poèmes sont, comme nous rapprend La Croix du Maine , des invectives contre Pierre de Ronsard, et le Jugement de Paris est une aU légoi'ie mythologique dans laquelle on ne voit figurer aucun dos astres de la pléiade.
Voici quelques vers de ce poème. Ce sont ceux que Vénus adresse à Péris pour le gagner à sa cause :
Ami, le ne te wma an rojaunei proncUrc, Ikt biens ay ds içavoir ; •ntsl ne doll»>ta mettre Là Ion affecUoa, toj qui es jeaiic et beau.
La pdM et le ekagrin mènent rhonne an tembean: La peine cl lecbagrin, dj^Je, qoi les monarqnes Aeoompaigneni tonifonra, el qni ssnrent an Parqnes De oonslean ponr eonper le beau ftl de lenrs ans« ATant qa^ib soyent venus an bout de leor printemps ; Tnans non seulement oeQX*)à qni portent sceptre, Vais les riebes anisi, et les bommcs de lettics; Dont les nw, insolensi arrofants, odleni« Les antres» trop sçaTsns, sont fols on fnrient. Les pranlen ne font cas des aniies; mécbaniqnes Ponr œ nommer les veni : les antres, fantastiqnes,
Rsl nn seigneur nommé te marquis de Ronmrt, Ricbe d'or et de gens.....
Roman, B/>itrf à Bemi iWlssA*
FRAKÇOIS LU I;£E6. 285
Chcrcbtoit la wliludc, et ne trailtcul leurs oorpi
Qu*à rrgrel, et sans cesse entretiennent les morts.
Bref, pour dire en un mot, amy, ce qu'il m*ea semble.
Quand les riches, les rois et les doctes Rassemble,
Je trouTc que les ans pour un poinct seulement
Vont cherchans leurs malheur, et volontairement
Changent leur liberté en une jerTitude*
Et les autres pour moins : quant aux hommes d'e^tude.
Us se rompent la teste, et u*ont aucun soucj
De leur propre santé, ny profit ; par ainsy
Ceux qui vont pourchassons des riches diadesmes.
Du sçavoîr, ou des biens, sont ennemis d^euz-mémès :
CoodoanC que ne dois ft nul d*euz ressembler,
Ny de chose qui soit ton jeune esprit troubler.
Doone-toy du bon temps, avant que la tempcste
De ton hyver chenu face blanchir ta teste :
Fay Tamour 1 Est-il rien qui plus te relide benreuz,
En ce monde, que d*étre un gaillard amoureut ?;..
Ces vers nous ont semblé dignes d*être reproduits.
LE RËES ((François).
Fbançois le Bées, né à Domfront-en-Passais, dans les dernières années du XVI* siècle, d'une famille noble et très considérée dans la province, reçut sa première éducation sous le toit de ses pères. Il fît ensuite un séjour de cinq années au collège de Caen, où il étudia' les humanités et la rhétorique.
H y avait alors à Paris, au collège d Harcourt, un illustre professeur de philosophie, nommé Padet, dont la grande réputation n a pas^ hélas ! été durable, car Técole
286 PftA>œi$ LK KÊES.
a même oublié son nom. Mais il faut entendre un biographe contemporain célébrer les litres de ce Padel. C*e8l, dit-il, le philosophe des philosophes ; la Sagesse est descendue sur ses lèvres et y a fait séjour [sessita' rtt), comme, autrefois, sur celles du divin Platon : si cette fille de TOlympe daignait se faire entendre aux mortels, elle ne s'exprimerait pas autrement que maître Padet, elle n*eknploierait pas d*autres arguments que \\BS siens, et ne saurait les développer avec plus d'abondance ; en6n, de Tune à laulre extrémité de TEurope, on ne s'entretient que du génie de maître Padet et de son immortelle doctrine ( inwwrttdis doctrinœ ei ingeniï ] (4). Descendez donc dans la tombe le cœur satts* fait, le front serein, espérant, sur de telles garanties, une étemelle renommée ! Le Rées vint à Paris assister aux leçons publiques de Padet, qui lui enseigna la physique et la métaphysique. Il suivit ensuite, en Sorbonne, les cours de théologie et obtint le diplôme de bachelier aux applaudissements de ses condisciples, dans lopinion desquels il s*était bien placé.
Nous voyons plus tard François le Rées occuper la chaire de philosophie au collège de la Marche , puis , atteint d'un rhumatisme compliqué d'une affection ca* tarrhale, quitter sa chaire et mourir à la campagne^ vers Tannée t640. J. Jacquet, médecin, professeur delo* quence grecque et latine, a fait en son honneur celte épitaphe :
(0 In viU Fr. Le Héet, Operié, PrcAïa. ~II eiiuc aïoora de ee Padet on coinneataiir mr ta Logitimê et VEthi^fue d*Arisiole, ooûtcrré Manoietit à la bibliotik ds Roû Ce masMcril, de la Mam d» Gabriel Naadé, ett psMé de la bibllolkèqoa de MaoriadaM cette d« rvi (aaeiea fends latin).
PAANÇOIS LE BÉES. 287
Franciscas Le Bées f acet hio, athlela BOphonim ; Fallor ego ; a Sophia raptus ad astra fuit !
Ce qui reciommande la mémoire de Le Rées plus qUe le distique de J. Jacquël, c'est son coUrs de philosophie, tXibliépar tes soins d'uti de ses auditeurs, Halàchias Kelly, sous ce titre : Cursus pMlosophicus^ authore Fr. Le Rées, in ires tomos dislributus ; Parisiis, GuiHemot, 4642, 3 forts volumes ia-S** (4). Ce cours de philosophie n'est autre chose qu'un commentaire des principaux traités d^Aristote, si Ton peut appeler commentaire une série de distinctions et de conclusions posées et développées syllogistiquement, suivant la méthode de saint Thomas. Une analyse rapide des trois volumes de Le Rées fera comprendre quel était alors renseignement philosophique des écoles de Paris.
L'auteur commence par lexamen des plus hautes questions de l'ontologie ; il traite des principes , des causes de Tétre ( entre lesquelles il distingue la cause efficiente, la cause formelle et la cause finale), des espèces, de Dieu et des substances spirituelles. Telle est la première partie de son cours. On doit y trouver toute sa doctrine, puisqu'il s'e;cpliqued*abord sur ce qu'il y a de plus général ; nous voyons, en effet, qu'après avoir traité de la nature des anges, Le Rées termine son exposition dogmatique par invoquer le témoignage d'Aristote à l'appui de ses assertions. Mais le plus grave des problèmes logiques, Valtissimum ne^oftnm de tous les scolastiquesi le problème de la réalité des genres et
0) Autres éditioM, 1648, f 660.
288 l>*RAKtX>lS liB RRKS.
des espèces, n'a clé qu incûlemmcnl trailé |Kir Arislolc : c*csl dans VIsagoge de Porphyre qu*il faal aller rechercher quelle a été la dislinction élablie entre les choses et les noms, par le mattre de la secte péripatéticienne. Aussi, après avoir parlé sommairement des livres divers qui composent Tœuvre aristotélique, Le Rées prend-il en maiu l'Introduction éclectique du philosophe d'Alexandrie.
Leâ docteurs de Técole se divisant encore, dans lei premières années du XVU* siècle, en nominalistes et en réalistes rigides ou relâchés, nous devons faire con* naître ici les conclusions de Le Hées sur la thèse àe% universaux. Les nominalistes, dit-il, considèrent Tuni- Versel comme naturel et comme arbitraire ; comme tut* turel , parce que Vidée de l'objet est connue nécessairement par le sujet, Tintelligence humaine ne pouvant pas se soustraire à la loi de nature qui lui impose telles ou telles notions ; comme arbitraire, parce que les noms communs dont on se sert pour exprimer ces notions sont des signes créés arbitrairement, lesqueb n ont qu'une valeur conventionnelle. Mais, outre l'universel naturel et Tuniversel arbitraire des nominalistes, n'y a-t-il pas, au sein des choses, au-delà du domaine de Tesprit, un universel réel, concret, substantiel Le Rées s adresse celte question, et il y répond en ces termes : ce qui s'affirme de plusieurs est semblable en plusieurs ; ce qui est semblable en plusieurs, comme Tètre humain dans Pierre et l'être humain dans Paul, est vraiment une chose ; or, la collection de ces chosoit, de ces humanités distinctes en acte et en nombre, c'està-dire l'espèce homme, est bien réellement l'universel qui se manifeste sous ta forme du multiple Telle est,
FRANÇOIS LB RècS. 289
suivant Le Rées, ropinion d'Aristote. L^auteur Tadople et la défend contre les nominaltstes, ou Oceamistes, rigides. Il ne veut pas toutefois être compté parmi les réalistes. Ceux-ci prétendent, en effet, que l'universel D*esl pas ce qui se trouve semblable en plusieurs, mais qiié c*èst une nature séparée du multiple, substantiellement adéquate à l'idée même de Tun. On noua épargne la peine de développer ici ces propositions scolastiques. Cependant, pour assigner à Le Rées sa véritable place parmi les philosophes de la vieille école dé Paris, disons encore qu'il appartient au tièrs-parti, c*e^è^lire à la section de ces nominalistes mitigés qui, sans admettre Texistence de l'universel hors du particulier, ont néanmoins soutenu que les genres et les espèces subsisteraient réellement au sein des choses, alors que même que l'esprit serait inhabile à concevoir les espèces et les genres, et aucune des catégories.
Nous pouvons maintenant achever en peu de mots Tanalyse des trois volumes du CurstiS philosophicus. Après Ylsagoge de Porphyre, Le Rées explique les Catégories d'Aristole, les deux livres sur l'Interprétation, les quatre livres des Analytiques, les traités moraux odressés à Nicomaquc, les quatre livres des Météores et de TAme, et enfin la Physique, les quatre livres sur le Ciel et les deux livres sur la Génération et la Corruption. L'auteur de ces commentaires eut, dans l'école, une réputation égale à celle de son maître^ le docte Padet, et ils furent oubliés aussitôt l'un que l'autre. Au moment où Le Rées quittait le collège de la Marche pour aller chercher le repos exigé par sa santé compromise, Descartes publiait, à Leyde, le Discours sur la Mélhodet et fermait Tère de renseignement scoiastique. Quand finit m. 19
390 PIBKRB DU BdULAY.
lempire d'Arislole, on ne parla plus qu'avec mépris do ses derniers interprètes : (elle est Tingratitude de toutes les révolutions.
BLAISE D'EVRON.
BLÂISE d'EvRON a traduit, au témoignage de Du Verdier et de la Croix du Haine, les Eloges et vies 6rtè/t>e* meiit descrites sous les images des plus illustres et prm • cipaux hommes de guerre , du latin de Paul Jova, et celte traduction fui imprimée à Paris , par Gallioi du Pré, en 4 559, in-4\ Quand La Croix du Haine et Du Verdier se trouvent d*accord pour attester un fait , il faut les croire : cependant, ni le P. Niceron ni les autres bibliographes n'ont connu la traduction attribuée i Biaise d*Evron, et elle manque a la Bibliothèque nationale.
DU BOULAY ( PiKRRb
PiKBBK DU BOULAY, frère du célèbre historien ik* rUniversité de Paris, né sans doute, comme lui, à Saint* Elicr (1), nous est connu comme professeur au collège de Navarre et comme auteur d'un petit volume fort rare, publié sous ce titre : Gemuia poetarum ex OvidiOf Pro* perUoct TibuUo: Parisiis, 1002, in-8*.
(1} uuu iHi. en ir«iw, u mv us.
ÀliOÛ-lIBirB LE PAlGE. ^1
LE PAIGE (Andbé-R£IIÊ).
Andbé-Rbné le PAIGE, né à Id Suze, dans les dernières années du XVII* siècle, fit ses premières éludes chez les Oratoriens du Mans , qui renvoyèrent ensuite à Paris achever son éducation. Entre les diverses carrières qu'il pouvait librement embrasser, car les Pères de rOratoire n'exigeaient aucun vœu dfe leurs élèves et ne leur imposaient aucune condition, Le Paige choisit le modeste emploi de pasteur des âmes , et fui d*abdrd desservant de Téglise d'Alhenai , succursale de la paroisse de Chemiré-le-Gaudin , au diocèse du Mans. La cure de Ghemiré était possédée par Claude Lecomu , doyen de Vallon, oncle maternel de Le Paige, qui se démit bientôt de ce bénéfice en faveur de son neveu» et celui-ci Tadministra pendant environ seize années. En 4743, il fut nommé chanoine de Téglise du Mans.
M. de Miromenil, intendant de la généralité de Tours^ ayant rédigé, pour Tinslruction du duc de Bourgogne, un mémoire statistique sur la province de Touraine» Le Paige forma le projet de donner au public un ouvrage semblable sur le diocèse du Mans. A cet effet, en Tannée 477i , il fit parvenir aux curés et aux seigneurs de toutes les paroisses du Haine une circulaire dans laquelle il leur demandait divers renseignements sur rétat des lieux, le revenu des cures, la production agricole, etc., etc. Quand il eut recueilli toutes ces pièces, il en forma son Dictionnaire topographique, hts-^ torique , généalogique et bibliographique de la province et du diocèse du Maine, publié au Mans, en 4777, en 2 vol. in-H*^. On signale dans ce livre plus d*ime la-
S9â »ÀK{0IS QUBLAilr.
cune («) ; il est néaDiDoins encore estimé. G^était lou vrage le plus oomplei, le plus exact que Ton eût sur le diocèse du Uaus, avant que M. l^uvin eût publié ses Statistiques et sa Géographie afu:ienne.
Le Paige mourut au Mans, le 2 juillet 47S4 .
QUELAIN (FRANÇOIS).
Théodore Pétreius, dans sa Bibliotheca Carthusiana^ parle de ce Faakçois QUELAIN ; mais ignorant en quelle chartreuse il avait passésa vie.Pétreius ù*avait puse procurer sur son compte aucun ren^igoemeni.Nous apprenons qu'il était prieur de la maison de Bonne-Fonts. C^est ce que porte le titre de son principal ou vrage : B a vc t wy pa ^ fta, Min-tisDesmptio.perFrancisctimQuelain^Cimiomanum.religiosissimumjuxlaacdoctissùnum Cartkusianœ damus a Bono-Ponte priorem; Lutetiœ Parisiorum, Nie. Di ves, sans date, in-8*. Possevin, dans son Apparatus,ea désigne une autre édition; Gandavi, Gerardus Salensis, 4554 : nous ne Tavons pas rencontrée. Qu'est-ce que cette Description de la mort ? G*est un poème qui a pour frontispice un archer tendant avec effort son arc homicide, et cherchant la victime qu'il va frapper. Ensuite commence uH monologue dans lequel la mort célèbre sa puissance. Ce monologue Gnit au rccfo du cinquième feuillet, et à la suite se trouve un autre poème qui a pour titre : Po/nia christiana^ ab eodem auciore. La versification do François Quelain est facile,
(1) JnmMtn éê U SmHkt^ iSS9» art es V^tM Ladriu
nSÈMM LKVBiniB.
mais un peu rude : mérile et défaut communs à tous les poètes latins de son temps.
LEVENIER (pierre).
G*esi le bourg de Troo, près de Montoire, réuni au diocèse de Blois par le concordat de 4 804, qui fut la patrie de Pibbrb LEVENIER (4],
YiDdoeloae tellnris hooot laïque •Itéra; fams Qtem niiom penois Phœbat ad astra Tehlt ; Afflola Rouardo décorât qoem laurea.... (S)
La date de sa naissance parait être Tannée 4580. Destiné, dès Tenfance, à la prêtrise, il acheva ses études à Paiis et y obtint le grade de licencié en droit canon (3); mais, ayant plus de goût pour renseignement des lettres que pour le ministère ecclésiastique, il professa pendant trente années la rhétorique; quinze ans en divers lieux, quinze ans au collège de Navarre, à Paris (4). Quand enfin il prit sa retraite^ s*étant acquis la plus grande renommée, il échangea la cure de Saint- Georges-du-Rosay, dont il était titulaire, contre la pénitencerie d*Âuxerre, à laquelle il fut admis le 4 3 sep-
(i) L*ahbé Lebeuf» Mémohessur fBisi, eeei»ei civile t^Juœerref t 1, p. 769.
(S) Yen de Nicolas Leraeider, dans la dédicace de son éditlOD des CMquêi itBratmêm
(S) Ldbenf, (mit. cité.
(4) Note maitiDaledes TersdeLemeiderf
tft4 FiimiB Liviiim.
tembre 4636 (4). Il mourut dans lexercioe de celle charge, le 4 4 décembre 4669, âgé de 83 ans, léguant A réglise qu*tl avait adoptée divers ornements et vases sacrés dont on se servit pendant long-temps pour celé* brcr la messe de son anniversaire. Il fut inhumé dans la nef, devant le crucifix (3). Voilà ce que nous apprenons sur sa vie. Partons maintenant de ses œuvres.
Ce sont de petits poèmes latins d*un assez médiocre intérêt. Le premier qui nous est connu est un éloge de la Fumée, qu*il mil au jour lorsqu'il occupait la chaire de rhétorique au collège de Sezanne : Ftimtii, ad Juris jmtitiasque consultissimumvirum Daminum Lebrel; Parisiis, Blanvileus, .4643, in* 8*. Leveniern*a pas composé moins de 567 hexamètres sur ce sujet burlesque; et il ne Ta pas épuisé, puisque nous avons encore une autre dissertation facétieuse sur la fumée, de Martin S>choock, d*Utrechl, imprimée, en 4677, dans les i4dmiranda rertim admirabilium Encomia. Que dirons- nous du poème de Levenier? il est obscur et sans agrément* Nous n*en citerons que ces vers :
SI te deotit agal raMes, Auno alere» todet; Nam pnncDs medlcui pUpt est tumuê ad omiwt.
LnniiBa leivaiMar famo, lenraiKur oeelli, Sanaolar >lruin«, gibboqnc luiealla colla* SzpdIU fumus psortt, aW oqoc taacntrt Kidodit Tcoloa, loflalaque ? iscera sanal, Bt senel eiectam probibet con cm cf rc pHom (8).
(I) Lcbavf. ou?. cii4 (S) Pagelt.
PIBRRB LBYBNIBll. 295
11 est vraisemblable que Tauteur célèbre ici les merveilleux effets du tabac à fumer : il guérit des maux de dents et des écrouelles. conserve la vue, chasse ces esprits légers qui ont les entrailles pour séjour ordinaire, et corrige enfin les difformités de la région dorsale. Mais qu'est-ce que cela? Si Tusage du tabac eût été plus commun en France du temps de Levenier, il en eût sans doute mieux connu les vertus si diverses, si souverainement efficaces, qui n'apportent pas un moindre allégement aux maux de Tesprit qu*à ceux du corps I
Le poème de la Fumée est louvrage le plus considérable qui nous soit resté de Levenier. 11 faut mentionner ensuite : Ccenomana Alginodia ad iumulum V, P. Malthcei Le Heurt; Cœnoroani, Olivier, 4620, in-4*. Nous avons publié quelques vers de celte complainte, lorsque nous avons parlé de Matthieu Le Heurt (4).
Nicolas Lemercier éditant, en 4 656, sa seconde édi* lion des Erasmi Colloquta, cvoi ne pouvoir la dédier à un admirateur plus compétent de lesprit d'Erasme que notre Pierre Levenier. Il parait, d'ailleurs, que celui-ci l'avait aidé de ses conseils ; c'est ce que nous apprennent les premiers mots de la dédicace : « Quœ plurimum, hortante te, creviteditio... » Nous y remarquons encore que Lemercier s'exprime en ces termes en parlant d'Erasme : « Quem olim, cum rectè dicendi artem tanto cum eruditorum applausu Parisiis doceres, e tenebris in quibus ignotus fere Academiœ nostrœjacebat, in lucem protulisti, cujusque aureum De Utraque copia omnium oculis legendum... proposuisti. » Ce renseignement n'est pas à négliger. Levenier avait-il donc pq«
(1) Hist, nu. du Mainet U ih p. i5t
296 PiBftti LivKiniA.
blié, avant Tannée 4656, une édition da traité De Utru'' que copia verborwn? Mous ne la connaissons pas. A la suite de la vie d*Erasme, en latin et en français, par Lemercier, se trouvent soixante-douze hendécasyUabes à la louange de Tédileur. Us sont de Levenier. C*eai sans doute pour se montrer reconnaissant de ces éloges, que Lemercier a joint aux Colloques d*Erasme un poème de Levenier qu on lit à la fin du volume : lier Parisiis Autissiodurum. Nous lisons bien, il est vrai, dans une note de l'imprimeur, G. Thiboust, qu'ayant k remplir quelques pages blanches, il n*a pu mieux foire que donner au public le très élégant poème du très dode Pierre Levenier ; mais ce n*est le qu'un vain propos : le poème de Levenier se retrouve, en effet, dans deux autres éditions des Colloques données plus tard par Lemercier, en 4G58 et en 4664. Voici le si^el du loyale de Paris à Auxerre : Levenier invite son ami Lemercier à venir lui rendre visite aux fêtes d'automne, et, pour Tencourager à faire ce voyage, il lui raconte ce qu'il y a de remarquable dans les lieux qu1l doit Iravereer. Ces vers sont assez médiocres.
L'abbé Lebeuf nous fait connaître que les nouvellea Hymnes du Bréviaire d'Auxerre, édition de 4670, aoot du pénitencier de la cathédrale (4). Les hymnes en Thonneur de saint Just, de saint Prix, de saint Pèlerin, ei autres saints honorés d*un culte spécial dans le diocèse d'Auxerre, ont été, pour la plupart, supprimées dans rédilion du Bréviaire de 4796.
Nous avons encore, de Levenier, d'autres hendécasyllabes à la louange de Lemercier, qu'on lit en tète des
(i) Lckrai; €»?• cM, I. Ui p, 5S0, fSl.
MABUr CVRXAO BB tX CHAMUIB, MT
livres de ce docteur De Of/icus scolaslicormn ; Parisiis*- 4657, in-IS", el De Conscribendo Epigrammate; l^arisiis^ 4653| in-8<^ (4). Enfin, dans ee dernier ouvrage de Le* mercier , parmi les Epîgrammes qu'il 'recommande comme modèles du genre, nous en trouvons cinq de Levenier : De Horatiorum et Curiatioruin certamine; De Horatiorum pâtre; ad Rosam; De SS, AnuUorum et Uarthm nuptiis; De Eerifridi, episcopi Autissiodurenm, Corvo (9). Si quelques pièces de Levenier se trouvent ailleurs, en d autres recueils, elles nous ont échappé.
CUREAU DE LA CHAMBRE (marin).
Nous aurons bientôt raconté tout ce que nous savons de la vie de Marin CUREAU DE LA CHAMBRE. Né au Mans vers 4594, suivant le P. Kiceron (3) et Tabaraud (i), vers 4643 suivant Condorcet (ô) [la première de ces dates nous semble la plus exacte], il manifesta, dès sa jeunesse, un goût fort vif pour les sciences, el particulièrement pour la médecine. Quand il vint à Paris, le chancelier Seguier, qui recherchait les savants
(1) Saifut le Dictlonnmire de Morerl, Levenier aurait Ihit la neiltearc pari du traité de C0fi«fri6eiii/o Rpigrmnmate: malt,eomiiie le fait olMmer d'Artigny (Nouveam» Mémotre», t Tn, p. M4), cette iijpotlièie est bien invraisemblable, la dédicace de ce traité étant à radrcaw de Levenier, et Levenier félicitant son ami d*avoir doté Tèeole de ee travail cieellent.
(S) Lebcaf, ouv. cité, p. 8, 116, 145, 14«» M7.
(9) Bammêt iltasirtê, tome ovik
(4) Btogr.'Mniverêêilû de Miehaud.
(5) Bhg0ê deê JcûdémichM 4$ PAtadémU rùyuh 4lt M^me^ p. 14.
S98 «AlIN CUUUU DB Lk OUMBÊM.
et les beaux esprits, se laUacha, et la prolecUon de ce Mécène lai ouvrit toules les portes. S*il n abusa pas de celle faveur, il sut, du moÎDS, en profiler et se rendre utile à ses amis. Ses premiers écrits eurent beaucoup de succès et lui ouvrirent les portes de TAcai^mie : admis dans cette docte assemblée, il y parut, pour la première fois, le 2 janvier 4635 (4). L'Académie devait promulguer, dans un dictionnaire et dans une grammaire, les règles, les lois du beau langage; elle devait, en outre, en donner des exemples. Dans cette intention, on dressa, dès le 2 janvier 1635, un tableau de tous les académiciens, et Ion décida que chacun d eux serait successivement appelé par le sort a faire un discours sur tel sujet qu*il lui plairait de choisir. Quand vint le tour de Cureau de la Chambre, il lut une dissertation ayant pour objet de prouver que les Français sont, de tous les peuples, les plus capables d atteindre la perfection de réloquence. On devait applaudir è un discours si flatteur. Cureau de la Chambre recueillit ces applaudissements, qui d'ailleurs étaient dus à un style pur, exact, vraiment académique. Quelques années après, ses collègues lui offrirent une occasion de témoigner jusquoù pouvait 8*élever Téloquence françaue. Richelieu venait de mourir : TÂcadémie cliargea Cure^Mi de la Chambre de faire son éloge (2). Quand fut fondée, en 4666, rAcadémic des sciences, un siège fut offert à Cureau de b Chambre dans cette docte compnsçnie, et il en fut un des membres les plus laborieux, les plu« éclairés.
(i) Nliim, BUt. é$ rjcêé. frm$.^ 1. 1* p. 201. (2) MUnoa, 9wr. eUé. p. 171.
MABIN CUttAt DE LA CHAMBRE. 899
Il avait été dans les bonnes grâces de Richelieu; Il jouit de la même faveur prés du cardinal Mazarin. Ce ministre lui donnait audience une fois par semaine (4), et faisait le plus grand cas de son esprit. Le roi luimême, ayant appris à le coonattre, le pensionna et voulut ravoir pour son médecin ordinaire (2), moins pour lui poser des questions médîccnles que pour prendre son avis sur les affaires de Télat (3]. Aussi, dans le même temps, Tadmit-il dans son conseil privé. Marin Cureau delà Chambre mourut le 29 novembre 4675, laissant deux fils appelés eux-mêmes à quelque célébrité ; François Cureau, premier médecin de la reine, et Pierre Cureau, curé de Saint- Barthélémy, qui fut reçu, en 4C70, membre de TAcadémie française.
Chapelain a porté ce jugement sur Cureau de la Chambre : « C'est un excellent philosophe et du premier ordre, et dont les écrits sont purs dans la langue,
(I) Recueil des BpUrts^ Lettres de U» de ta Chambre^ p. 58.
(S) Celle charge, aux appointcmeots de 4800 llfres, loi fut don« née aTec sorriTance pour son fils. La charge de médecin ordinaire du roi était au-desaon» de celle de premier médecin, maia au-dcaaoa de celle de médecin par quartier. Le premier médecin de Louii Xlll était alors Valot.
(8) GVst ce qu'on assnre \ cependant, il parait a? olr été, de son temps, nn médecin renommé. Dans 1rs Epltree en vert dcBoiirobert (p. 89), il s'en trou? e une dont voici le débat :
La Chambre, Escnlape nonveau, Qui te i^les sur le nîTcau De ce Dieu dont la médecine Tire son illustre origine; Esprit sans bornes et sans prix.
Fameux entre les grands esprits.
De qui i^adresse et la science, Et la force et Texpérience Peut d^entre les bras de Caron, Du fonds de Tobicur Achéron, Rappeler une âme rafle Dans un corps dépouillé de vie...*
zoo MAEIM GOUUU !>■ LA GHAlIBftB.
justes dans le dessein, soutenus par les ornepents, subtils dans les raisonnements (1). » Nous ne pouvons doue nous abstenir d'examiner en détail el avec soin cas écrits que nous recommande le critique le plus re* nommé du XVII* siècle. Le premier qui ait vu le jour a pour titre ; Nouvelles pensées sur les causes de la lu^ mière, du débordement du Nil et de l'amour imdmor lion; Paris, 4631, in-l*. Il est difficile de rassembler sous le même titre des pensées plus disparates. Ce sont des morceaux séparés, que Marin Gureau publiait en mtaie temps, pour bire valoir la variété de ses connaissances. De ces traités si divers, celui qui fit le plus de bruit a pour objet le débordement du Nil. On s'en tient aujourd'hui, sur ce point, à rancienne hypothèse ; on attribue l'exhaussement périodique des eaux du fleuve aux pluies abondantes qui, chaque année, se déversent sur les montagnes de la Nubie, voisines des sources du Nil. Mais cette explication élait trop simple, pour convenir aux contemporains de Cureau de la Chambre et à lui-même ; il préféra donc nier Tinfluence des pluies, pour supposer que les eaux du Nil sont extraordinairement nitreuses, et pour attribuer à la rare- (action du nitre la crue périodique et tous les effets de ce phénomène. Eh bien! cette hypothèse eut le plus grand succès. Elle fut adoptée non seulement par un sieur Burattini, gentilhomme de la chambre du roi de Pologne, voyageur et physicien renommé, mais encore par le docte Campanella, qui en prit la défense dans on mémoire spécial.
tfaraatioudci itèmoiru h UtHndwét M« et Attatic» U n, i
tfAmiN CURBAU OB LA CHAICBHB. 80i
Le second ouvrage de Cureau de la Chambre a poui* litre : Nouvelles conjectures sur la Digestion ; Paris; Rocollet, 4636, ia'i^ Il avait fait une chose inusitée, en dissertant déjà dans Tidiôme vulgaire, plébéien, sur les questions réservées à I aristocratie des intelligences. Si Dupleix et Bodin avaient déjà traité, dans cet idiome, diverses questions de métaphysique et de politique, leur exemple n'avait pas été suivi, et Descartes devait encore, trois ans après le nouvel essai fait par Cureau, s*excuser de publier en français son Discours sur la Méthode^ sa DiopîriquBy ses Météores et sa Géométrie (4). Dand la préface des Conjectures sur la Digestion^ Cnreau ie défend contre les critiques qui ont blâmé le partipris dans lequel il déclare devoir persévérer. Pourquoi veut-on que le latin soit, à Texclusion de toute autre langue, la langue de la science? La vieille Rome a sans doute produit d'éminents orateurs, des poètes incom* parables; mais combien de savants? Les savants, il faut aller les chercher en Grèce, en Arabie. Les détracteurs du langage vulgaire devraient donc, pour être conséquents, demander que toute dissertation scientifique fût faite dans la langue d'Aristote ou celle d'Averrhiies. Cureau ne supporte pas qu'on prétende le contraindre à faire usage du latin ; il dit de cette langue : « A la voir estrangère et vagabonde, comme elle est partout, à la voir, toute morte qu elle est, usurper leropire des sciences et des lettres, je me suis souvent imaginé que ce devoit estre lombre et le phantôme de ces vieux tyrans, qui sortoient de leurs tombeaux pour triompher de la liberté de nos paroles et de nos pen-
(I) DUcQws sur la méthodtt 1. 1» p, MO de Tidit. de !!• Gooiiti*
302 MÀEIK CtTRBAC DB LA OUlliRB.
sées. » It sétait formé, comme on le sait, au XVII' de, deux partis littéraires et scientifiques : celui des modernes et celui des anciens. Gureau éiail Tun des athlètes les plus résolus du parti des modernes. EsIhni curieux de connaître ce qui Tavàit entraîné dans œ camp et lui avait inspiré tant d'animosité contre l'autre? Ce ne sont pas, on va le voir, les plus mauvaises raisons. II s'explique en ces termes : « On ne sçauroit, i mon advis, estre biflmé si l'on cherche de nouvelles routes, si l'on prend d'autres guides, et ^i on laisse aussi hardiment Aristote et Galien, comme ils ont (ait ceux qui les ont précédez. Aussi, quoy que Tod en vettiHe dire, nous sonunes dans la vieillesse du monde et de h philosophie : ce qu'on appelle antiquité, en a esté Tenfaoce et la jeunesse ; et après qu'elle a vieilly par laoi de siècles et tant d'expériences, il pe seroit pas raisonnable de la faire parler comme elle a fait dans ses pre* mières années, et de luy laisser les foiblesses qui se trouvent aux opinions qu'elle a eues en cet Age là. » 11 est difficile de mieux rendre une pensée aussi juste, aussi vraie. Elle a été reproduite, de nos jours, sous la même forme, et avec le plus grand succès, par des gens qui certes n'avaient jamais lu ce passage de Gureau de la Chambre.
Il ne suffit pas, il est vrai, de s'annoncer comme novateur, il faut l'être, l'être à propos, et, en outre, produire dos nouveautés qui méritent créance. Or, il ne parait pas que les hypothèses physiologii|ues de Gureau aient eu, de son temps, beaucoup de crédit, et elles furent bientôt, comme nous latteste Coudorcet, abeolument oubliées. Nous ne saurions, pour notre part, en appeler de cet arrèl, raffoire n'étant pas de notre com-
MARIN GURBAU DB t CHAMBEI. 303
pélcnce. Mais tous ces travaux d*aDalysé l'oecupaient moins que le projet d'un grand ouvrage sur les questions morales. Suivant la définition de Tancienne école, la nature humaine se compose de deux parties bien distinctes, la nature affective et la nature intellectuelle : pour connaître Thomme complet, il faut avoir à la fois étudié ses passions et facultés actives de son entendement. Quelques docteurs se sont rencontrés, auxquels cette double étude n'a pas encore semblé suffisante, et ils y ont joint la recherche des différences physiologiques qui existent entre les individus du même genre, de la même espèce ; ce sont les disciples de Roger Bacon et de Raymond Lulle, que Ton peut appeler les naturalistes enthousiastes du moyen-âge. Gureau de la Chambre adoptera leur méthode : ayant a traiter de la nature humaine, à exposer lart de connattre les hommes, il s occupera tour à tour de Thomme sensible, de Thomme intelligent, et de Thomme physique. Cest un vaste plan : comment Texécutera-t-il?
Le premier ouvrage qu'il ait publié sur cette matière a pour titre: Les Ckiraclères des passions. Il se divise en cinq volumes, dont le premier vit le jour en 4810, àParis, chezRocollet, in-i*.Yoici dansquel ordre se succédèrent les divers volumes qui composent cette édition : le premier parut, dison&-nous, en 4 6 4 ; lesecond en 4 645; mais le libraire ne donna le troisième et le quatrième qu en 4659, et le cinquième qu*en 4662. Cependant» dès Tannée 4 649, louvrage complet c tait mis en vente à Paris, chez Jacques d'Allin, en 5 volumes in- 4 2. Voici les dates de deux autres édilionségalement complètes : Amsterdam , Michel, 4658 et années suivantes, in- 4 2, édition eomiKirable, suivant M. Tabaraud, auxplusbeauxBlzd-
304 ààtm cuEBAO db la atAiiiEB.
viere; Paris, d'Allin, 4663, i vol. infS.EDOuIre, il y ê eu des éditions séparées des Imités spéciaux.
Le traité que Descartes composa sur les Passiens parut, pour la première fois, en 4 6i9. On sait que De»cartes se proposa d'établir sur la physique les fondeflaents- certains de la morale, et ce dessein a semblé nouveau (4 ) . Il ne Tétait pasautant qu on Ta voulu croire, (bureau de la Chambre ayant, avant lui, procédé de b mèise manière, suivant le même plan. Ce plan est plus simple, d'ailleurs» qu*il ne paraît Vèlre. Poar bien apprécier dans quel sens la science morale put èlre oon* sidérée par Gureau, par Descartes, comme ayant ses origines dans la science physique, il faut savoir qo*ao xvii* siècle la morale avait pour unique objet Tanalyse des passions, et que la psychologie était considérée par réoole dominante, Técole d*Aris(ote, comme une division de la science naturelle ou physique. Cette explication donnée, il n*y a plus, ce nous semble, rien d*é« trange et de vraiment nouveau dans le plan adopté par l'un et lautre docteur. Ils n'étaient pas théologiens, fls étaient philosophes: la morale des théologiens se fonde sur l'interprétât ion des écritures ; celle d^ philosophes sur l'observation et la critique des faits de conscience: voilà les deux métliodes. On a pu toutefois, nous en convenons, reprocher à Descartes d'avoir exagérét dans son traité des Passions^ rinfluence de ces mystérieux agents, qu'il appelle les esprits ammotix, sur les facultés affectives de la nature htunaine. Gureau de h Chambre a-t-il évité cet écueil de la méthode physiokH
^ (t ) no MM, Ilotw de VEhgê éê ihseniu, la,p.it»ae Tédit es
HARiN CCRBAU t>E tA GH AVÈRE. SOè
gique?On ne le suppose pas: formé dans )*é(ude de Gallien et d'Hippocrate, il devait être porté plus qu'aucun autre moraliste à rechercher dans les mouvemenls de la vie organique les causes des phénomènes passionnels, et, en effet, il a mérité plus que Descartes le réproche qui est iail à ce philosophe. Pour s'en convaincre, il suffit de sa voir quelles sont, suivant Cureau de la Chambre, les régies à suivre pour arriver à la connaissance parfaite des hommes. La première de ces règles se fonde sur le caractère spécial des passions, des vertus et des vices ; la seconde, sur la ressemblance des hommes et des animaux; la troisième, sur la nature particulière de Tun et de l'autre sexe; la quatrième, sur la configuration externe des iodividos, leur physionomie, la différence des races et les similitudes que Ton peut signaler entre les individus de telle race et ceux de telle autre; la cinquième, sur la ooonexité naturelle et, pour maA parier, syllogistique de certaines passions qui ne vont jamais Tune sans Taulre. Nous ne disons pas que ces règles soient fausses; mais, évidemment, la science qui a ces règles pour objet s'appelle aujourd'hui la physiologie, et non pas la morale.
Nous ne voulons pas aborder le détail des thèses si nombreuses et si diverses, développées par Cureau de la Chambre dans les cinq volumes des Charactères. Qu'on nous permette, toutefois, d'insister particulièrement sur une question psychologique qui, de nos jours, semble è jamais résolue, et n'a plus conséquemment une grande importance, mais qui parait avoir occupé beaucoup les philosophes du xvu* siècle. Il s'agit des intermédiaires hypothétiques de la perception et de rinfellection. Les thomistes disaient que toute perception a deux causes ui. 90
S06 MARlfl CUaBAU DE LA CHAUBlt.
partielles, lobjel externe et le siqet, et que le ooncours de ces deux causes suffit pour produire celte connaissance subjective de Tobjet déterminé qu*on appelle la perception de cet objet. Pour ce qui regarde Tînielleotion, ils déclaraient que toute perception laisse dans Tesprit une idée; que cette idée, réalisée par Timagination, devient une forme, une entité mentale, tenant lieu de Totijet absent; et que l'inlellection s'accomplit par le concours effectif de cet objet intellectuel et de Tintellecl proprement dit du sujet intelligent. Ainsiy les thomistes supposaient que les notions propres de rinlellaci, les notions générales des choses, se forment au moyen d'intermédiaires, d'idées- images, d*enlilés représentatives. Les scotistes allaient plus loin. Non seulement, en effet, ils admettaient les espèces mentales de saint Thomas, les intermédiaires de riqtellection; ils soutenaient encore que toute perception réclame trois éléments, l'objet et le sujet, et, en outre, quelque atftme, quelque corpuscule émané de l'objet sensible, et chargé de franchir l'intervalle qui sépare cet objet du sujet sentant Eh bien ! cette dernière thèse est celle de Cureau de la Chambre; et voici comment il la développe, vers la fin du deuxième volume des Charadèrei :
t Ilcst ?ri& 4M les yeta m voyait polott >*ll> ac uv o i i m hs Imafet dnobjcti; Daif« pour les rreeToIr, Ut ne Ift T<^y«at pu pevr cela; ptice que pour Toir il faat ooaooiitreé et ponr eoaaoîAfv il faut que ràmc agÎMCi G*cft poorquoj B<mf eipérineBlOQs en mm^ mêmes, qu*en OQTnnt les jeu, et reoeraiit pwfailemeni rimagc des dMMet qui te pr6iestent ft CQI, ooas ne lei •ppcfoeroof pat qaaod rame est diitraile ainenrt, et qu'elle ne s^appllqne pas ft ùàn et qnl ot n é cea ia ire ponr avoir cette coanoîmance.
« Or« para que la conaoimance ne w peut conoefoir aatn
iiÀl^iir cuBBAO DB La cham^b. 30f
ijoe éomme onecerUiae représentatioD deschôse« qni se foot dtnt rAme, puisque c*cst l*Ame qai agit dans la connoissanœ, il fkat, poar Jés connolslre^ qu'elle en (asse le poortrait et la figaie, car il d*j a pMnt dHiatré moyen pour se les représenter qne celay-14, ny point d'autre «ctioo qu-*OD leur puisse donner qui soit proportionnée I Teicellence et ft la perfection de sa nature. Bt si Ton dit qu'il est inutile qu'elle en ftsse le pourtrait, puisque les objets luy eufoyent leurs images qui peufent les représenter, outre qu'il s'ensul? roit alors qu'elle n'auroit point d'action, parce qu'il n'y en a point d'autre qu'elle puisse faire qne œlle-lè, il est certain que ces images extérieures ne sont pas capables toutes seules de laire cette rqiré^ sentalion, d'autant qu'elles ne peuvent subsister qu'en la présence de leurs otifels» et que Tàme ne laisse pas de se les représenter quoy qu'ils soient absens. En effect, toutes les espèces visibles qui se portent aux yeux se pendent aussitôt que les objets se cachent, de sorte que si l'Ame n'afoit point d'autres images pour se les représenter que celle»-là, il faudroit que sa connoissance se perdist arec elles, et qu'elle cessai de connoistre les objets au moment qu'ils œsseroient éeae présenter aux yeux. Néanmoins il est certain qu'elle les cooooisC, non s e u l ea s enl en lear absence, mais après mesme qu'ils ne Sont plus, et qu'elle en conserre les pourtraits dans sa mémoire long* temps après que les sens les lui ont fiiit apperoeroir. Il faut donc que ces images soient dilTérentcs de celles qui Tiennent de dehors, et que ^imagination se les forme à elle-mcsme, afin qu'elles soient proportionnées & sa natnre, et qu'elle les puisse conserrer dans sa mé'* mirfre.
• De sorte qu'il faut croire qu'après qu'on objet a imprimé son espèce dans l'organe de quelques sens, l'imagination, qui est excitée par file, forme en soy-mcsme une autre image, et comme une noo^ Telle copie de l'original qu'elle a derant soy, ou, pour mieux dire» cette espèce luy sert de modelle sur lequel elle baslit une ûgate qui a bien les mesmes traits, mais qui a encore an estre et une nature plus noUe et plus excellente qu'il n'a pas, et c*est ce qu'on appelle communément phantoMme,
• Bt eettes si l'on considère que l'entendement en fait de mesme quand il veut coocewir les choses que l'imagination luy présente, cC que, sans se ivntent^ de ces phantoimes, il forme soutent de noa-
?0S MARIlî (JuàBAt DB LA CriAMlTM.
telles îdéct qui sont d*aiie autre nature et d^in aatre fest* qm*eQ% parce qu*ib sont malériefs, et qa^ea cette eomidératioo ils m pc«- Tent subsister en ud fo)ct qui est tout à fait spiritad oomme est Vt%^ fendemeot, dj représeoler comme luy des choses aaiTerselles, iMt pequi est matériel estant détermioé et singulier; si, dis-|e, rcot^ndcment produit eo soy d^autres images que celles que rimaglfittioa loy propose, celle-ey un doit faire aussi qui soient différentes de ceHii que les ol^is lui eoToyenU.»*
Que cet eitraii suffise : il coDlieol, en effet, toute la doctrine de Cureau sur le double problème des images extcraes et des images interoes. Quand donc le dode et sage Aroauld prolestait avec tant de vivacité conlre cette fausse idéologie, ce n*esl pas seulement è Malebran* cbe qu*il avait affaire. Malebranctic ne réalisiiil pas d*aaires abstractions que les espèces mentales, ne reconnaissait pas d'autres intermédiaires que ceux de Tinlelleclion, et se maintenait ainsi dans la limite du réaliaoïe thomiste. Cureau de la Chambre, comme on le voit, avait osé bien davantage, et son audace n'avait pas, il parait, causé le moindre scandale. Non seulement il lui fut permis d'exposer et de développer sa théorie des corpuscules sans avoir affaire à aucun contradicteur ; mais à peine eut-il publié les premiers volumes de ses Characttres, que le prince des lettrés le proclama le prince des philosophes.
Dans les Lettres de Balzac, on en lit une, du 1 5 septembre 1615, dont nous reproduirons au moins quelques passages :
■ Après avoir bien ooosUèrè, tsaBiDè, éladlé voire livm q«i«c foorsenUers, fe eoodvs que jamais homme B*a osmra rhomme ft régal de voua» J«m9b le dkv dt Mphes a^a esté plos r^Usmeul, ni
UAIIM CyRBAU m LA G9AlfBBB. SOO
plos poodueHemeia obéi; non pis mcsme par celuj à qui il rendit lesmoigoaged'ttoe parfaite legesse, ni par celui qa*on appda aolrefois V Entendement f ni par cet autre qu*OD appelle encore aufourd*bni le Démon de ta nature. Ce démon est eniré, à la Térité, dans i*ftme de l'homme, mais il s*est arresté à la porte : il n*a fuit que voai ooTrir eC voos Aire le chemin; et si pétois asseï hardi, Je dirois qnMl n*ciiqiiedelahaiae-cour, et que tous estes du cabinet. 11 n*j a coin ni cachette de Tesprlt humain où tous n*ayei pénétré; il ne se passe rien là-dedans de si Tiste ni de si secret, qui eschape à la subtilité de fostre Teuê, et dont ?ous ne nous apportiez des noufeiles très fidèles et très asseorées. Nos plus grands philosophes ne sont que les scholiastes et les grammairiens d^Aristote, comme Bostachius Ta esté d*Homère < t de Virgile t nos meilleurs livres modernes ne sont que lea ndiles et les copies des Urnes anciens, ou, pour le plus, que leurs gloses et leurs paraphrases. Je ferais tort au ToUre, Si j*en parlais de la sorte; flnjurierois la première et la souteraioe rzU son, dont il est rourregc, si je Taltribuois aux leçons que tous avpi prises, et aux lieux<communs que tous aTei faits.... On peut donc dire, sans en dire trop, que tous estes philosophe en chef (1). •
Voilà, certes, de Temphasel Haïs n'esl-il pas permis de tenir ces choses là pour vraies, quand od se les entend dire à soi-même?
Nous avons emprunté le fragment sur les espèces à une dissertation spéciale qui a pour objet la connaissance des testes. Cette dissertation ayant provoqué quelques débats, nous devons nous y arrêter encore. Voici la thèse que soutient notre docteur : II y a deux ordres de connaissances, parce qu'il y a deux ordres de facultés. Au degré subalterne, se place la connaissance des choses individuellement déterminées; au degré supérieur, la notion des formes universelles. Ce sont les dis-
(i) Uiim de BûttM^ 1. 1, p. 688 de Tédit, In-fol,
310 MAIIH CTMAU M LA CHAMBIB.
iinclioDS scolastiques; et tous les philosophes deTécold, saint Thomas à leur tè(e, affirment que le propre de la raison est de percevoir ces universaux. Aussi, disentils que rhomme ayant seul, entre toutes les substances composées, reçu du créateur la faculté d'abstraire les qualités de leurs sujets et de concevoir de cette manière les genres, les espèces, est è t)on droit défini, è cause de ce privilège, un animal raisonnant, raisonnable. C'est (xmtre cette définition que s'élève Cureau de la Cham* bre. Non seulement, dit-il, Tâme raisonne quand die pense; elle raisonne encore quand elle sent, quand elle forme, au moyen de Timagination, ces fantèmes dont, plus tard, l'entendement doit faire usage Or, si le8l)è* tes ne pensent pas, elles sentent, elles imaginent; donc elles raisonnent : donc la raison n*est pas la dernière différence de l'homme. Telle est la thèse de Cureau de la Chambre.
Elle fut vivement attaquée (t). Un médecin de La Rochelle, nommé Pierre Chanet, publia, pour la combattre, un ouvrage sous ce titre : Traité de rnulinct ei de la ccnnoissance des animaux, avec Vexamen de ce que M. de la Chambre a escrit sur cette matièrt ; La Rochelle» 4646, in-8*. Cureau s*empressa de lui répondre. Voici le titre de cette réponse : Traité de la oonnaissance des animaux, oti tout ce qui a esté did pour et
(I) Iftif cBteaéoM BalacMir ce chapitie. Le DinoaiB wêt la <VwMwiMince des AniaMoi ctt« éeril-il, t«o«BO«ff««léq«lc«il bit leele à Albènct et vous eofll donné rang parmi Irt Poadalcvi» en <Mm Pmotophiqnw. Si AHsiole Ivy^BMiBe ravnioll m mob» de, me ti eudlente Boatetaté eidmoil It tatonie dans Maeiprlli elle ae l'UUgeralc pas BMiai fviella llailnilroil— t Lenrm de Bal»
UàMïH CVUAU DB tk CHAMBRE. Sll
contre le raisonnemefU des testes est examiné; Paris. Ho* cdet, 4648, ÎD'-'I* (4 ). Il paratt que notre docfeur supportait mal la coutradiction : les premières pages de son nouvel écrit sur les facultés mentales des bêtes contiens nenl, en erfel, peu d'arguments contre le sieur Chanet^ roais^un assez grand nombre de propos injurieux. £n apprenant que les rives de la Charente lui envoyaient un adversaire, il aimait, dit-il, à se persuader qu*il allait se trouver en face de « quelque héros des escholes,» de quelque thomiste exercé : mais quand il eut entre les mains le livre de Chanel, il le trouva si faible, si dépourvu de raisons sérieuses, qu'il en fut véritablement affligé. Bn effet, ne pourrait-où pas l'accuser d'avoir lui-même suscité ce chétif adversaire, et de lavoir chaîné de combattre ses opinions, afin de leur donner plus d'éclat? Aussi doit-il déclarer, pour écarter ce soupçon, qu'il n'a jamais vu, qu'il ne connaît pas son interlocuteur. A la suite de ce préambule hautain, dédaigneux, vient l'examen des propositions de Chanet. Cureau les combat avec, assez de vivacité, mais sans ajouter un argument de quelque poids à ce qu'il a déjà dit touchant l'imagination, les fantômes, l'entendement et la juridiction de la raison sur les deux ordres de facultés. Sans intervenir dans ce débat, faisons remarquer qu'il s'agit ici plus de mots que de choses. Descartes changea les termes de cette question : il ne se demanda plus si, lorsqu'elles sentent, imaginent, les bêtes raisonnent; mais, allant bien plus loin que M' Chanet, il prétendit qu'elles sont de simples automates
(4) Autres éditkmt : Pirif, 4648, iiMS; Parif,Jac, P'Alllo, i6$9, ls-4% TMacUon uiglalfet tondies, i657» ln-6%
513 MAïuir cintiAU db la cbambw*
dont le moteur est au dehors (4). Celle opinioD ne saocrédita pas. Leibnitz ayant réclamé pour les b^ les l'âme seositive qu*Aristo4e leur avait attribuée, que toute la philosophie du moyeo-flge leur avait recomiue, cette opifiion, looguemenl et vivement discutée, prévalut enfin dans Técole. C*est tout ce que nous dirons à ce styet.
Les études morales de Cureau de la Chambre ne lui faisaient pas négliger ses autres études. Quand sa que* relie avec le sieur Chanel fut apaisée, il s'occupa de mettre sous les yeux des savants quelques nouveaux travaux sur la lumière. Voici le tiire de ce traité : AVm* velles observations ei conjectures sur Viris ; Paris, Booolet, 1650, in- 4*; Paris, J. d*Allin, 466t, in-4*. La même année, il donnait au public un livre bien difle* rent. On sait le bruit qu'avait fait YOptatus GaUus de Ch. Hersent. Zélé partisan des antiques prérogatives du Saint-Siège, Hersent avait osé prétendre que les réserves gallicanes étaient schismatiques. Par un arrêt du 83 mars 4640, le Parlement de Paris avait fait livrer aux flammes, par la main du bourreau, le livre qui oontenait le développement d une proposition aussi mai sonnante. Mais comme brftier n'est pas répondre, le cardinal de Bichelieu pensa que la sentence du Parlement réclamait un commentaire, et ce fut Cureau de la Chambre qu'il pria de le rédiger. Nous ne savons guéres à quel titre celui-ci fut chargé d une semblable commission. Beconnaiasons qu'il s'en acquitta fort mal. C'cal sans doute ce qui fit dire à Chapelain : « Je ne le tiens pas fort dans les politiques, et je doute qu'il fût propre
(i) Ltitms Uttm SS» «a, 41*
à écrire Thisloire, quoique fort judicieux (4). » La réponse de Gureau au livre d'Herseul fui publiée sous le titre de ; Mtervatùms de Philalèthe iur un libelle mit- Mé Optalus Gailus, à la fin des OEuorei posthumes ex^ cdie9its et curieux de M. Guy Coquille; Paris, 4650, in-4P.
Nous ne perlerons pas avec plus de détails de son f)iteourê 9ur les prmcipei de la Chiremaume; Paris, Boooiet, 4653, in* 8*. Dans cet ouvrage, où Ton retrouve plus d*une rêverie de Cardan, de Pierre d*Apono et d'AchUlini, Cureau prétend démontrer que chaque partie noble a un ceHain endroit de la main qui lui est afrect(^, et qu'une inspection attentive de ces endroits de la main peut faire connatire les tempéraments, les caractères divers des individus. €kiy Patid ne s*est pas laisser prendre à ces frivoles hypothèses, et voici comment il les a jugées : « Pour le livre de la Chiromancie de H. de la Chambre, c*est un ouvrage où je ne me oonnois guàres : on n*en fait pas ici (%) grand cas. L'auteur y parle fort bien français ; mais, outre la pureté du style, il n'y a guères que du babil : Vùx prcBlereaque nihil, la voix et rien autre. C'est le caractère du rossignol, liais notre siècle ne laisse pas d'admirer ces bagatelles (3). » C'est un arrêt rendu en très bonne forme, et contre lequel, assurément) nous ne nous inscrirons pas.
On le sait, Cureau n'aimait pas écrire en latin : cependant il se résignait à faire usage de cette langue une
(I) LiêU d9 quttq. gtns de Mnêf nU iopra.
(S) APtrif,
(S) Uitm éê Guy P«ii*ii, lettre 70,
su VAinf dJlKAV Dl LA CIUUU.
fois l'an, comme Balzac (1). Od a de lui Ncwb methodi pro exflicandù Hippocraie et ArUtotele Spedmen ; Pa* risiis, 4666, in-4*; ibid., d*Allin, 4663, in-i-; ibid., E. Martin, 1668, m-42. Il B^affligeail, diWil dans la prélace de ce livre, de voirie jeunesse dédaigner l'éCode des anciens maîtres et ne plus s'occuper que de travaux empiriques .Or, à quelle cause devait-on attriboer ce discrédit des plus beaux monuments de la sciaoœ T A nulle autre, sans doute, qu'à l'obscurité des texies. Bippoorate procède par apborismes ; Aristote, ayant composé sa Physique plutôt pour ses auditeurs que pour le vulgaire, a fait un livre dans lequel on peut signaler plos d*une lacune, et où la plupart des phrases aemblent inachevées. Cureau se propose donc de rendre clair ce qu*il trouve obscur. Il commente les Aphoriâ^ meSt et il traduit le premier livre de la Physique en latin et en français, ajoutant au texte grec ce qu'il imagine avoir été omis soit par négligence, soit par calcul. Bien que ce travail sur Hippocrate et Aristote ait été publié, pour la première fois, en 4665, c*esl un ouvrage de la jeunesse de Cureau. Il avait traduit suivant la mèoie méthode les sept autres livres de la Physique, mais il n*a pas cru devoir les donner au public.
Nous avons ensuite un traité qui a pour titre la Lu^ miière; Paris, Rocolet, 4667, in-4* ; réimprimé, cbes d'Allin, en 4 663 , in-4*. C'est è Toccasion de ce traité que Sorbiére écrivait d'Avignonà Cureau de la Chambre, le 8 août 4 667 : c C'est une chose étrange. Monsieur, qu*il n*y ait rien de plus commun que la lumière, et qu*ii n*y ait rien de plus caché ; qu'elle nous découvre Ions
(i) lilCrw 4p #ilMr» Isttn 87.
VABDf G»KAV DB LA CMJJÊ9MM. 316
lesjourslanl d*objets diflérents et que nous ne puis-, nous pas déeouvrir pleineiuent aux yeux de tout le monde quelle est sa nature. Que deviendrions-nous, en cette perplexité, sans la savante ignorance du scepticisme? La France vous sera éternellement obligée
de Tomement de sa langue et de remploi que vous en avez fait, en des. sujets philosophiques qu*on n'i^vait pas estimés capables de recevoir ce tour et cette polittes8e(4). » 11 nous semble difficile de mieux accommoder une critique et delà rendre plus acceptable. Sorbiére se garde bien de souscrire aux opinions de lauteur : la nature de la lumière est un problème si difficile^ si obs^ cur I Cureau prétend Tavoir résolu ; soit ! mais ce qui est moins contestable, moins contesté, c est que personne, entre les savants, n'écrit en français avec autant d*élégance, autaut de correction, que l'auteur de la Lwniére, Nous nous garderons bien de défendre contre Sorbiére les assertions de notre docteur. Obstiné dans sa théorie des espèces sensibles, des corpuscules intermédiaires, il ne supportait pas qu'un M esprit de son temps, nommé Descartes, eût refusé de définir la lumière soit un corps, soit une qualité : et que prétendait^ il démontrer? Que tous les phénomènes de la lumière sont produits, ainsi que le déclarent Epicure et Aver* rboës, par des atomes lucides répandus dans l'espace. C'est une doctrine dont nous laissons à d'autres l'examen et la réfutation.
Le plus singulier, le moins estimable de tous les ouvrages de Cureau, est celui qu'il jugeait vraisemblablement le meilleur, celui sur le succès duquel il comptait
(I) LêttHM et Sorbiérê9 p. 900»
S16 VAim COËMàXJ SB LA CBAIIBUL
le plus. Nous avons dit dans quel dessein il avait entre* pris ses éludes sur les passions ; il prétendaH créer on ^rt nouveau, Tari de connatlre les hommes, ei afin de ne rien négliger de ce qui pouvait eontribner à cette oonnaiasance, il avait foit des observations suivies inr les diversités physiologiques des individus, recoeillant, comparant tous les signes corporels qui pouvaient loi servir d'indices pour deviner les tempéraments, las caractères. Tous les éléments de ce vaste travail étant enfin rassemblés, il publia : L'Art de ccnnoftre Us hom^ mes ; première partie, cù s(mi amtemu les diseçmrs pré» liminaires qui servent à cette science; Paris, Booo* let,4669, in- 4* (4)* Cette première partie a poor otijel principal Thomme physique, et Ton y trouve reproduites toutes les hypothèses de Cureau sur la nature des signes externes et sur les inOuenoes des astres. Poor faire comprendre le degré d*estime que méritent ces hypothèses. Il suffit d*en rappeler quelques- unes : ainsi, pour ce qui concerne les sympathies, il affirme que le foie sympathise avec Tindex, le cœur avec Tannulaire, la rate avec le grand doigt; quant à la théorie des influences métoposcopiques, la lune domine le cerveno, le soleil gouverne le coeur, Vénus exerce son empire sor le nez, Jupiter sur les joues. Mercure sur lee oreilles ei Mars sur leslèvres. Voilà les contes bleus que notre docteur récite avec le plus mqeslueux sang-froid. Mais Tétude la plus intéressante, la plus profitable è oehii qui veut promptement acquérir l'exacte conaaissanne des hommes, est l'étude de la physionomie. Il n'en esl
(1) Aaneédilloi s àmnaÛÊm. tSSe, te-ISi Parti, 1660. Mn Psfiib J, d'AMtot i66ft iM*> P»»fci 9. Li|ian^ 1666^ ^m^S.
kAkîH CUUAU DB LA CBAMBtl. SlV
aucune que l*au(eur recommande davantage. Louis XIV s'était lëllement épris de celte doctrine que s'il availà remplacer un ministre, un grand officier de sa maison, il commençait, dit -on, par demandera Cureau delà Chambre son opinion sur les personnes désignées pour occuper ces emplois, et les appelait ou les écartait suivant les conseils de son oracle. La Place raconte qu'il existait à Paris, de son temps, dans un cabinet qu'il ne nomme pas, un gros et ancien recueil oontenaiH une correspondance secrète et long • temps suivie entre Louis XIV et Cureau de la Chambre. Celte correspondanco n'aurait été, suivant La Place, qu'une série de consultations sur des problèmes physiognomoniques (4). Nous regrettons d'ignorer où se trouve aujourd'hui ce recueil, si, toutefois, ce n'est pas là quelque bistoire faite à plaisir (2).
La seconde partie de VArt de amnoitre les hommes parut en 4 664, sous ce titre : Le système de l'âme; Paris, J. d'Allin, in-i"" (3). Nous l'avons dit, une des prétentions de Cureau était de ne rien devoir à autrui, de n'avoir fait aucun etnprunt aux livres en usage dans l'école. Cependant, nous ne rencontrons dans son Système de rame que des propositions vieillies, que des thèses rebattues. Voici, par exemple, comment il s'efforce de
(1} La Place» P«doM inUr$$$» el pêm€9mum^ U nr, p. 8,S a 10*
(3) S«r Ici eaaicetttiti phyalognoiMNiiiiMt de Garean de le Cluabre oa pcot ooasaUer : La Pkytiognamanic et ta Phrénotojfie^ OR connaiuamet de Ckommt dtafftéê te$ iraitê dm vieage ei tes reiUfk du eràne, par Mdore Bourdon; Paris» Gosselio, iii-i2.
(a) Attires édiUoos : Paria, J. d'AUin» i665t iii-4\ CVst TralaeiB* Mableaient la m^me que la précédente» arec un litre nou? etu; Paris» 1609» io-iS.
&i6 HAAm GtJlCAV DB LA CHAMtfRt.
justifier sa doclrine si peu nouvelle sur les oorpuscaktt iotermédiaires :
• Let olifcU qn VeaUnàtoeol doit oomioittre Mmt k pi» n»» ?ent hon de Iny, et oomme laciine aelioii ne w peat fUre tv «se dioae etioifiiée, il faofott qoe reotendcmettC f*tppradbe d'eu, os qii*llt s'approchent de loy. Le prendcr ett lapwiihie, parae qmt renteadeiBcnl oe pcnt sortir da corps pour les aller tUNUcr; cf'cit donc nne néc e ssi té qne ce soient les objets. Mais perce qna Ions las obiflls n'ont pu le mouTement néecssalfe povr s'approcher et e'nnir aoi pnissances de réme, la nalnre a ponrni à oeb par les laa f es qui sortent de œs obiel»-là et qnl les représentent; leMiadles, passant dnas les organes des sens» s*nniiaent à rimaginatlon, et aleri cette faculté agit snr dk et les connoisti et après qu'elles sont alasi connnesi elles s'appellent phantosaics Ges les obiets snr lesqwls PenlendcaMnt doit traralUer, cl par ( ildok s'unir cts'appllqner àens, car toaU unie an sabiect snr leqad eHa agit •
Amauld avait sans doute sous les yeux ce passage do Système de Vàme, lorsqu'il exposait le faux raisonnement qui avait conduit cerfains philosophes à mécoonaître le principe de la perception immédiate. Hab il n*y a là rien de nouveau : c'est ce qui se lit dans tous les manuels de philosophie scotisle. Quand Tauteur dit que toutes les choses subissent la loi de leur nature, et que cette loi leur est intrinsèque, et non pas extrinsèque; que l'Ame est étendue, mais non pas à la maniera du corps, Tettension spirituelle difTéranl, selon k nature, de l'extension matérielle; que l'âmea, comme éten» due, des parties, etc. etc. il parait, il est vrai, s'exprimer en des termes étranges; mais ces termes se retrouvant dans le plus grand nombre des traités scolastiques, et
SAAiN GORBAU DB La CHAlIftRB. 31$
saint Augustin lui-même en avait fait usage. Tabaraud trouve que cette métaphysique est subtile et embrouillée: elle Test, en effet; cependant il suffit de connaître ridiômederécole,pour comprendre toutes ces subtilités.
Bien ne coûtait plus à Curean de la Chambre que d*entretenir avec ses amis un commerce de lettres. II aimait mieuY, disaii-il, faire huit lieues pour voir un ami, que lui écrire huit lignes. Cependant, il suivit la coutume, et, comme tous les hommes recherchés de sùù temps, il publia sa correspondance : Recueil des Epltres^ Lettres et Préfaces de M, de la Chambre; Paris, Barbin, 466i, ia-42. Cette correspondance n'est pas étendue; et elle n a guère d'intérêt. On y voit que Cureau de la Chambre comptait au nombre de ses amis Vautier, Fermat et Balzac. La lettre à M. Févèque de Cahors, qui se trouve manuscrite sous le n^ 4 696 de la Bibliothèque Nationale, est la dernière de ce recueil.
Nous n'avons à rendre qu'un compte très sommaire des derniers volumes publiés par Cureau de la Chambre. En 4665, il donnait : Disamrs sur les causes du débor^ demefU du Nil^ avec un discours sur la nature divine selon la philosophie platonique ; Paris, Edme Martin, in-4*. Ce qui, dans ce volume, concerne les eaux du Nil, est le traité de l'année 4634 avec des additions. Le Discours de la nature divine ne manque pas de méthode et mérite d'être lu. Nous voyons, dans la préface de ce Discours^ que le chancelier Séguier avait désiré voir exposer didactiquement toute la philosophie de Platon, ainsi qu'on avait coutume d'exposer celle d'Aristote. et qu*il avait chargé Cureau de ce travail. « Je taschay, nous dit Cureau, de le satisfaire sur ce point là, et de
SiO MAMiN GDBBAU DB L4 CÉAIliftIS.
former un corps eolier et complet de toutes les malieiM qui peuvent servir à ce dessein, et qui sont esparsesçà et là dans les Dialoguis de Platon, et dans les escrits de ses plus savants interprètes...» Hais, avant de le remel- Ire a Timprimeur, il eut Timprudence de confier son manuscrit A Tévèque de Lavaur, M. deRaconis; odui-ci régara, et Gureau ne put sauver de ce naufrage qne le Discours sur la nature dtràie. Nous mentionnerons simplement : LAri de connaître les hommes; troisième par* lie qui contient la défense de Vexlension et des f&rlks lAresde l'âme; Paris, 4667, in- 4*, ei: Discours sur Tamitié et la haine qui se trouvent entre les animaux; Paris, 4667, in-S* : Il n*y a rien dans ees traités qui ne se trouve dans ceux que Tauteur avait dëjà publiés sur les mêmes sujets.
L'un de ses fils, Pierre Cnreau de la Chambre (4 ), avait formé le projet de réunir tous ses écrits en on seul corps d'ouvrage; mais c^est un projet qu'il n'a pas réalisé. De toutes les œuvres inédiles de son père, Pierre Cureau n'a publié que son Discours académique, ou il est prouvé que les François sont les pim capables dé tous les peuples de la perfection de rélaquenee ; Paris, 4686, in- 4. Si nous ne donnons pas plus de détails sur ce Discours, c'est que nous n'avons pu retrouver la volume qui le contient.
Ici finit la nomenclature des œuvres delhrinCureau de la Cbamlire. Nous n'avons pas è réclamer pour lui une haule place dans l'estime des philosophes et des physiciens, mais nous louerons sans réserves ses mérites littéraires. « C'est l'homme du royaume , dit
(Omi
Coslar, quia le mieux écrit des sciences en françoi§ (4 ). » On ne saurait sans doute répéter aujourd'hui cet éloge; mais, au temps de Costar, il D*était guère emphatique. C'est incontestablement Cureau de la Chambre et Descartes qui ont créé cette langue si correcte, si précise, si claire, qui est devenue Tidiome préféré des savante non seulement en France, mais encore en Europe. Si personne ne conteste cette gloire à Descaries, dans qtielle histoire de notre littérature admet^on Cureau de la Chambre à la f^rtager ?
MAGISTRI (tv£5).
L^histoire que nous allons raconter est celle d'un homme bizarre, peu sain d'esprit, qui, dans un temps fort agité, conduisit lui-même sa frêle barque sur les écueils, et prétendit ensuite mettre au compte des deslins envieux la responsabilité de ses désastres. Né à Laval, vers le milieu du xvi* siècle, Ivbs MAGISTRI se destina, dès sa jeunesse, à la vie régulière, et fit profession de suivre la règle de saint François au couvent de sa ville natale. Il vînt ensuite à Paris. Il y était en 4579, quand François de Gonzague fut élu général de son ordre (2) ; en 4680, il résidait au couvent de l'Ave-Maria (3). C'est vers ce temps qu'il publia ses premiers ouvrages. Nous n'en connaissons que les titres.
(4) Mimùiféu gmu de UOns téUkruéê Frtmcê^ dns le t» n en ÊÊémoirei et auér» de H. de Stlcogrc
(5) Oemiârim él mampulmâp dut la dWicacee (S) Wmnên êi Cmidiêt ch. S.
m. SI
3f2 ivBS MAGISTRt.
L'un est inlitulé: Guide des Professeurs ecclésiastiques, où est contenu ce qu'un religieux ou religieuse mititmu soubs le brevière romain et ordre minorique sont obligés d'ensuivre; Paris, Est. Petit, 4580, io- 4 6* (4). Laolre, édité par le mAme libraire, à la même date, dans le même format, est le Mirouer Chrestien, ou Seconde parité de la Gmde Ecclésiastique (2). Ces opuscules asoé* tiques ne se trouvent plus aiûourd*hui : mais quand La Croix du Maine et Du Verdiernous attestent Tun at an* tre qu'ils ont existé , nous pouvons les croire. Ces ouvrages publiés et n*ayant eu vraisemblablement qu*an suc^ équivoque, Ives Magistri s*en alla sous d'aatraa cieux exercer sa verve bouffonne.
Il alla d*abord en Espagne, et fit quelque s^our an couvent de Sainte-Marguerite, près Xérès de Badajos. Personne n'était plus mal noté dans Tordre de Saiot- ^rançois que le frère Magistri Peu réglé dans ses moeurs, s'occupant de ses devoirs religieux après le reste, il avait, pour tout dire en un mot, plutôt les mœurs d'un gendarme que celles d'un religieux. Il en convient luimême (3). Mais, au couvent de Sainte-Marguerite, il eut devant les yeux un salutaire exemple. Le père gardien de cette maison était un vieillard austère qui, malgré ses cheveux blancs, portail le plus rude cilice, couchait sur la dure, allait pieds nus en toute saison, employait è prier ses jours et ses nuits. Quand on est sévère pour soi-même, on a le droit de ne pas tolérer les écarts de ses inférieurs. Au couvent de Sainte-Marguerite, Ivc^
(4) BmiÊthéqm fmpmm de D« Twdicr.
(5) ikié.
(8) •AêaoMiflicruidiMilvtiit.panimKlisioMttiBoribos Mites poUof q«tm aMnacIni ippanbiai • Ùemiârm c« mcii^ir/af .
tVB8 MAGI^TRI. ZVi
Magisiri fui obKgé d apprendre ce qù^il avait eu la pré- (enlion d*eoseigDei* aux autres : on le soumit à la règle, on le dompta. Quand il eut enfin pris quelque goût A, la discipline, on le plaça dans une autre maison de Tordre, près d*Albuquerque, dans TEstramadure. 11 fut ensuite envoyé dans six ou sept couvents où Ton observait les mêmes pratiques avec la même régularité : puis il quitta TEspagne pour parcourir Tltalie et visiter Rome, Sienne, Âncône^ Bologne, Aa venue, la Toscane, Tétat de Gènes. II était toujours sur les grandes routes, allant à pied, mendiant, vivant de peu, rédigeant dans un latin barbare des facéties mystiques qu'il débitait ensuite «u titré d'homélies, dans les églises, dans les couvents qui se trouvaient sur son passage. Apràs avoir mené cette existence vagabonde pendant environ deux années, il revint à Paris, et s'empressa de faire le récit de son voyage. Mais les hommes de ce tem péraroent ne font rien comme les autres. Au lieu de j*aconler simplement ce qu*il avait vu de plus remarquable dans les maisons de Tordre, dans les villes où l'avait conduit son humeur inquiète, il se mit à lire divers ouvrages ascétiques et en copia les passages qu'il trouva le plus à son goût; puis il disposa ses extraits par chapitres, y mêlant des réflexions, des observations personnelles, et intercalant ici et là la narration de ses visites aux couvents d'Espagne et d'Italie. C'est cette compilation qui porte le titre de: Ocularia et ifaniptilu8 frairum minorum; Parisiis, Sonnius, 4582, in-8*(4].
(!) Void le iagement qae !*aotcor porte Jol-mène sar son oo* mfe : • Lifccliiis noster, lal>oie non modioo, ex non paucorum dootMinoniin ac sapienlitaiiDoniffl ▼irorum icriptis exœrptus est, ut fidere fas crit.. • Scias aiitem Telim me non hu)iis tractalus avtho^
%ik VVfiS liAtilSTIII.
La licence du goocral de Tordre, François deGonxaguc, donne à Hagîstri les tilres de confesseur et de prédica* tëur.
En 1584, nous le trouvons remplissant ces fonctioDS au couvent des Annonciades de Bourfçes, et publiant dans cetle ville : Verger et jardin des âmes désolées et esgarées pour la consolation des MM. les citoyens de la ciléde Bourges ; Bourges, Pierre Bouchier, 468i,in'4*. Cet ouvrage nous manque; nous avons entre les mains le suivant : Mirouers et guides fort propres pour lesia^ mes eê damoisdles de France qui seront de bonne volonté envers Dieu et leur salut, etc , etc. ; Bourges, Bouchier, 4 585, in-i*. Ces Mirouers nous sont donnés par Hagîstri comme la suite du Verger, et ils contiennent les vies de Jeanne de France et de Marguerite de Lorraine. Noas avons donc lieu de croire que le Verger est Touvrage désigné par Magistri, dans Tépitne dédicatoire du second Mirouer, comme étant une chronique française, c'est-à-dire une hagiographie de Tordre des Minimes. Quoi qu'il en soit, il paratt que le Verger contient les choses les plus burlesques et les plus inconvenantes, car Tarchevèque de Bourges en interdit la leclure aux fidèles de son diocèse, dans Tintérèl bien entendu de la religion ((]. Ce serait une drôlerie mystique q:ii se placerait au même rang que les sermons de Menot, XAlco^ ran des Cordeliers et les Conformitez de saint François,
rem, led Uoton eompllalorcm, fd poUiu plagiarium praCteri^. NI» hil enim neaa in rax qaod si qnidpltiii Uteiil, sdeo aigaui crt ni QihiJ pronot diecadan tiU •
(1) Cmtfmêm emikoCùmê étt tuur éc S^ney^ dant le teaie treoad do BêcuêU d^ éwtrêu pléem ëtnmni à eBêttoin 4$ Mmn Ul\ p. f 9 del'tdItdeGeloKBCtIfSfb
YVES MAQUTAI. 828
Quelque lemps après Magistri publia : Boston de défense et Mirauer des professeurs de la vie régulière de l'abbaye et ordre de Pontevrauld, ou Chronique de l'or^ dre dePontevrauld ; Angers, i 586, 10-4*". Ces tilres bizarres, énigmaliques et facétieux étaient fort goûtés dans récole franciscaine. Mais, au fait, que contient ce voluose de Magistri? Nullement ce que semblent indiq^ier ses deux titres, puisque on y trouve simplement une biographie de Robert d'Arbrissel, extraite de la légende de Baldric de Dol, quelques fragments de prose française rimée, loraison funèbre du bienheureux Robert, par Léger, archevêque de Bourges, et deux petits traités assez insignifiants, dont voici les titres : De ExemptUme ordinis Pontis Ebraldi, et Admoni- Uo 5cthi digna ac valde necessaria omnibus venerandis patrUms^ visitatoribus, etc., etc., monicUium ordms PonUsAraldensis. Rien ne prouve, d'ailleurs, que ces opuscules latins soient Touvrage de Magistri.
Racontons maintenant ses tragiques infortunes. Comme le plus grand nombre de ses freines en religion, il avait cru devoir prendre parti dans les troubles civils et adopter pour sa bannière celle de la Ligue. Ligueur, et ligueur très exalté (4), car il ne savait en rien garder la mesure, notre cordelier avait été rappelé du couvent de TAnnonciade et habitait alors la maison franciscaine de Laval. En tous lieux les partisans du roi et ceux de
(1) L^Ettdlle raconte dans ses Siémoiret^ qu'ayant été Dommé prédicatriir li chafielaio des Eapagnols résidant à Parit,M»gislri kur aîMit chjiqoe matin des ^ermuns en espagnol, dans la chapelle deia reine, mais qu*il quitta cet emploi, parce qu*on ne lui payait pat set gages. Cest pent-^re une anecdote inf entée à plaisir. Eo quoi temps, d*aillears, Magistri faisait-il ces prédications clandestines? L*Esloil|e ne ledit pu.
3S6 Tna m agistmi.
la Ligue s'armaient avec une égale ardeur,el appelaient l'heure des combats. Nous devons croire qu'en de telles circonstances, Magistri supportait mal Teiistence oisive à laquelle, sans doute, on Tavait condamné. Aussi, quand l'occasion vint s'offrir è lui de rompre un trop long repos, s'empressa t-îl de la saisir.
Depuis quelque temps déjà la ville du Lude était en proie è la plus tumultueuse anarchie. Il y avait A trois partis; des protestants, qui ne se trahissaient guéres que par une indifférence affectée; des ligueurs pleins de zèle, véhéments et intolérants déclamateurs; et troisièmement, des politiques, gens pour la plupart aussi peu soucieux d'aller au prêche qu'à la messe, mais très las de voir leur repos incessamment troublé, et les affaires de la France à jamais peut-être compromises par les violences effrénées de la Ligue et ses pactes criminels avec l'ennemi du dehors. Les politiques dn Ludeavaient un instant obtenu l'avantage sur leurs adversaires et avaient fait prononcer un décret d'exil contre le curé du lieu, nommé André Courtois, personnage vertueux, dit-on, mais peu modéré. Après André Courtois, la paroisse avait eu pour pasteur Ambroys Emaut. Hais celui-ci s'était fait encore plus d*ennemis; et jeté, nous ne savons pour quel délit et par quel parti,dans lechâ* teau de la ville, il y était mort. C'est alors que le comte du Lude pria les PP. Cordeliers de Laval de vouloir bien lui donner un de leurs frères, homme résolu, capable d'affronter les péri s, et de mettre les mutins k la raison. Ceux-ci eurent l'imprudence de oonBer cette délicate mission à notre Magistri.
Quand Magistri fut insUllé dans la cure do Lode, il eut hâte démonter en chaire et prêcha, la première an*
VYIS MAGISTRI. 3ST
née, sur le symbole des ApAtres ; la seconde, sur les Commandenients de Dieu; la troisième, sur le Pater Noster ei VAve Maria. Hais il n'eut pas le plus grand suceés. Il tonnait contre Tinteropérance, et ses paroissiens mangeaient effrontément de la viande en carême; il recooàmandait la charité, et Ton prêtait à usure; la chasteté, et si les hommes avaient « des femmes à la réserve, » les femmes « sedonnoient du bon temps sans estre mariées : » ce n'étaient que désordres, indiscipline, tumultes, rixes et procès. Voyant cela, le prédicateur tonnait plus fort, accusant de tous les maux les gens de peu de foi, les politiques, et les appelant «catholiques frelatez, chappeaux, bonnets è simple semelle et par bénéfice d'inventaire, voire à vingt et sept pour le quarteron (4). » Bref, insultant, menaçant tour è tour et les uns et les autres, il eut bientôt soulevé contre lui toute sa paroisse.
Or, un soir qu'il revenait de Champchevrier (2], résidence ordinaire de la comtesse du Lude, il fit, à l'extrémité de la forêt detlhasteaux, la rencontre de deux hommes à cheval «ayant lapistoleet coustelats,» qui lui parurent avoir formé de très mauvais desseins sur sa personne. Il se mit aussitôt en défense, et s'étant armé, nous dit-il,.... de son bréviaire, il se défendit si bien qu'il intimida l'un et l'autre de ces coquins et les contraignit à prendre la fuite. A quelque temps de là, une attaque plus audacieuse fut tentée contre le presbytère : maîs.tout cordelier qu'il était, Hagistri soutint vigoureu-
(1) BêVêti^Matin êi m«f «« guei des boni Cathoiiques.
(S) Terre relevant de Sablé, et do ressort de Bangé. CaoTîn, Géo^ graphie
528 YVn 1IA6I8TKI.
semeni le siège, et repoussa les assaillauU. Ensoile, on alla chercher quelques hérétiques, auxquels oo doont commission de délivrer les gens du Lude de leur iosopportable curé. Ce fut encore une vaine enirepriae ; Magistri se tenait sur ses gardes. Mais il devait enfin soe^ comber dans cette lutte inégale. Le i juillet 4569, vers sept heures du soir, il rentrait à son logis, quand un coup de feu retentit à ses oreilles. L'assassin n*élatt-ii pas un des chapelains de Téglise? On pouvait le soup-» çonner, car le coup était parti de sa maison. Magistri voulut faire rechercher le coupable ; mais intervinreDt te bailU du Lude et les principaux habitants dn lien» qui, réclamant une information oontradiotoire, dénoncàreni leur curé comme un turbulent, un iactieux, ua prédicant de guerre civile, qu» avait mis en feu toute la paroisse par ses déclamations et ses intrigues. CtUe plainte portée devant Tofficialité d*Angers, on oommença le procès de Magistri, sans plus sHnquiéter de Tattenlatdu i juillet. Alors parurent devant TolBeial vingt- cinq témoins, tous gens du Lude et des mieux famés, qui vinrent d'une seule voit déposer oontre lui, et le présenter comme le plus échauffé des ligueurs de la province. C'était une affaire grave, pleine de périb pour notre cordelier, car voici dans quelles circonstances on commençait contre lui cette information :
Si, le i juillet, la main d'un politique avaH dirigé contre sa poitrine le canon d'une arquebuse inoftmsi ve, le 4" août, un ligueur avait tué le roi; et, la nouvelle da cet exécrable forbit s'étant répandue dans les provinces, on parlait de courir sur tous les complices préau* mes de Jacques Clément et de les massacrer en manière de représailles. A l'approche de cet orage, Magistri i|e
YTKft KAGISni. 3i9
pouvait mieux faire que courber la tète : il se rendit donc en toute bâte devant l'ofBcial d'Angers. Celui-ci le fit aussitôt jeter dans un des cachots de la conciergerie et ne l'en mit hors que deux mois après. Mais là ne devaient pas finir les épreuves de Magislri. Gomme il sortait d*Angers, la prudence lui disait de passer sur la rive droite du fleuve et d*aller chercher une retraite au couvent de Laval ; il écouta d'autres conseils, ceux de l'orgueil, et se rendit au Lude pour défier encore une fois ses ennemis. Or, à peine fut-il de retour au presbytère, que le bailli du Lude lui fit intenter un procès par un prêtre des environs qui vint réclamer son béné* fice. En même temps, ledit bailli sollicita du parlement de Tours que l'informalion fftt recommencée, s'engageant à faire prouver, par des témoignages nombreux et concordants, tous les délits déjà mis au compte de ce forcené ligueur. Sur cette nouvelle plainte, le parlement de Tours décréta, le S février 4 590, que Taffaire de Ifagistri serait reprise, et, par un arrêté du M mai, l'official d'Angers somma les habitants du Lude de venir déposer, devant le bailli, sur tous les délits imputés à leur curé (1). Cette sommation fut entendue; «tous^les athées, épicuriens, libertins, hérétiques et « politiques de la ville du Lude et des environs (2), » s'empressèrent de venir attester les faits suivants: — Il avait fait, disaient-ils, chanter vigiles à neuf leçons et trois grand' messes, en son église paroissiale, pour le repos des flmes damnées des sieurs de Gufse, et, en ou-
(i) L2 texte de cet arrêté de roffidal d'Angen se irwft dans le wm-Jfaftii,
(S) JUvmAIAKiji et moê^m^guêt.
TTIg KAftUTlI.
tre,afln de mettre le comble au scandalejl avait pronoooéf en grande solennité, loraison funèbre de ces cheGs de la r^llion; il avait injurieusement déclamé contre Tévèque d^Angers, et Tavaii accusé d'avoir trahi Dieu luimême en favorisant la cause impie de Henri de Bourbon, et en faisant rechercher dans son diocèse les complices de Clément, les fauteurs de TUnion catholique; il avait qualifié dans les termes les plus outrageants le roi d^ funt et son légitime successeur, et voué publiquement aux peines infernales les serviteurs les plus zélés de la couronne; il avait fait des processions avec le clergé de sa paroisse, pour demander au ciel le triomphe de rUnion et la confusion de ses ennemis ; il avait enfin, du haut de sa chaire, excité le peuple à prendre les armes pour la cause de la Ligue. Voilà ce que rapporté^ rent les témoins entendus. Leurs témoignages, recueillis par le bailli du Lude, furent transmis par ses soins au parlement de Touraine : c'est alors qu'aux termes d'un arrêt rendu sur les conclusions de Servin, avocat du roi, et du procureur Duret, Magistri fui dépossédé de sa cure et que ses meubles, ses livres, « qui valoyent bien, dit-il, plus de trois cens escus, » furent vendus à l'encan. Assigné lui-même i comparattre dans le délai de trois jours, il fut condamné à venir, tèle nue, en che* mise, la corde au cou, faire amende honorable à Dieu, au roi, au seigneur du Lude ; puis à être pendu.
Au lieu d'aller présenter sa tête à des gens qui se montraient si curieux de la prendre pour en décorer les ponts du Lude, Magistri quitta son logis et courut à travers les champs, allant quêter un asile chez les gens de son parti. Bn d'autres temps, il avait été bien traité par le comte du Lude ; mais ce seigneur, ayant pris
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oonaeti des événements, s'était enfin rangé sous les enseignes des Bourinmistes, Sa mère, la comtesse du Lude, aurait peut -être néanmoins pris en pitié le pauvre cordelier, et l'aurait caché dans quelque lieu de ses domaines; mais il vint alors vers la comtesse du Lude une fille bien ou mal notée, qui lui raconta Thistoire la moins édifiante : cet intolérant censeur des mœurs d*autrui ne s'était pas, disait-elle, contenté de lui tenir de galants propos ; il avait encore prétendu lui faire vio* lence, et tous les détails de cette criminelle entreprise setrouvaient consignés dans un acte authentique, revêtu de la griflë du notaire royal. La comtesse du Lude ne pouvait plus protéger un homme chargé de tels méfaits. En 1 591 , nous voyons Yves Magistri publier, a Douai, le plus véhément des pamphlets, ce RéveU-Matin auquel nous avons emprunté tous les détails qui précédent. 11 ne faut pas confondre les deux ouvrages suivants : Le Réml'Matin des catholiques, dédié à M. le duc du Maine; Paris, Dubreuil, 4 5S9, in-42; et celui-ci : Le Réveil^ Matin et Mot- du- guet des bons catholiques enfans de V Eglise apostolique et r(maine, etc., etc ; le tout recfseilli fidèlement et mis en lumière par Jean de la Mothe, écuyer^jurisconsulte et officier du roi; Douay , J.Bourcier, 4 594 , in-S' (4).C*est ce dernier ouvrage qui est, sous un faux nom, le libelle de Magistri > On y trouve Thisloire d6.s troubles du Maine, et les plus impertinentes inventions contre tous les personnages considérables de cette province, outre les tragiques aventures du curé du Lude. Gela nous apprend assez que l'écuyer Jean de la
(i ] Suivant Fèrret de Fontcttei il y a des ciemplaires qui portent s Pmit^ 1591, io-a».
SSt DAVID UVAULf .
Mothe D*est qu'uD auteur imagiDaire. Voici sur oe point un renseignement nouveau. A la page S4 du Réoeil^ apràs avoir raconté les malheurs du curé du Lude, U le nomme : « le pauvre frère Yves Hagistri, cordelier de Laval. » Or, en marge de Texemplaire que nous avons sous les yeux, une main contemporaine de Timpressioo a écrit : « Curé du Lude, auiheur du prêtent Uore (4). » C'est une attribution qui, d'ailleors, n'a jamais été contestée.
Que devint dans la suite cet acharné ligueur? on Ti* gnore. Tant d'autres étonnèrent le public par le cynisme de leurs palinodies 1 Hagistri fut^ii de ce nombre? nous ne voulons pas Taffirmer.
RIVÂULT (DAVID).
David RIVAULT, ou mieux peut-être David di Ri« vAULT (S), sieur de Flurance, ou Pleurance-en-Saini- Léger (3), et d'autres lieux, né à Laval ou près de Laval vers Tannée t67t , avait pour aïeux de nobles bretons exilés de leurs terres par le duc François H, comme ayant pris part à la conspiration fomentée par la noblesse contre le plébéien Landais. Le père de David RivauU commandait le château de la Crote, près de Laval ; sa mère se nommait Madeleine Gautier (i). David
(I) Cet eumpltlfe ait ediil de la BibUothèque
(I) Cammû t^nomméàMm le prifWiede VAH^êmMli^.
(3) itÛHMft, éê Hhmult^ éê fUmMmu^ é$ Flmrmmeê^ Ftmrmmm il»- M«a. Cet Dont ëifcrt, entre k^oetoU cet diflteU«d*Ofler,ectfe«* ftat aa m i« de eee oaf refee.
(4) MmnMifimu d$ iUmigê êm' l$$ ppéêiêê é$ Heâiréi^ p^tSA,
0AViD miTAUtT. 33S
fui élevé près de Guy de Laval, viDglième du nom, fils de Paul de Coligny et d^Aone d*All^re. A peine âgé de vingi-quatre ans, il fil un voyage en Italie. A Texempie de son père, il avait pris Tép^'e, mais avec moins de goût pour les armes que pour les sciences et les lettres. Nous avons lieu de croire qu'avant de passer en Italie, il séjourna quelque temps a Lyon : c'est, du moins, dans cette ville qu'il publia le premier de ses écrits, sous ce titre : Les Estais esqimls il est discouru du Prince^ du Noble ei du Tiers-Etai^ amfbrmémeiU duofire temps ; Lyon, Rigaud, 4 59B, in-l 2. 11 y a beanoonp de lieux- communs dans ce traité : c'est Toeavre d*nn jeune homme qui a peu réfléchi sur les principes, qui n'a pas encore acquis une notion claire de l'ordre, mais auquel le souvenir des maux causés par Tanarehie inspire une vive terreur. Le traité des Estais, dédié à Henri IV, se compose de trois parties : la première, divisée en trois discours, a pour olget les droits da prince et ses devoirs ; dans la seconde, Tauteor parle des nobles qu'il faut» dit-il, considérer comme les principaux serviteurs du prince, ses ministres, et nullemeni comme les censeurs de sa conduite; dans la troisième, il s'occupe du tiers-état, qu'il ne définit pas en des termes acceptables, mais dont, toutefois, il fient compte. Voici une de ses formules : « Le cours humain a retenu le paysan attaché aux nécessilez, le marchant à l'utilité, le noble à l'honneur et à la gloire en ceste vie. » Cette phrase n'eut pas été sans doute écrite par Sieyés, mais die serait i sa place dans V Esprit des lois. C'est loot œ que nous remarquons dans les Estais. Noos n'avons donc pas en grande estime ce premier ouvrage de Bivault. « Les Frantoii» ditril qaalqiie part^ sont aea à
38i DAVID ftlTADtY.
cela de donner prompteroeot leur avis de lout; quelque* fois bien, quelquefois asses légàremeui (4). » G*est um observation qui ne manque pas de vérité. Bh bien ! Rivauit avail Thumeur française, et, trop prompt i don* ner son avis sur des questions qu*il n avait pas encore pu sufSsamn>ent étudier, il a bit, pour ses débuts littéraires, un Kvre fort léger.
La noblesse française était, en général, assez peu lettrée : après Texercioe des armes, elle plaçait les plafr» sirs, les galantes équipées, les chasses, les jeux frivoles et bruyants. Rivauit vit, en Italie, une antre jeunesse, « se délectant fort, » dans ses loisirs, « au passe-temps des Académies, » et la fréquentation de ces gentilshommes « fort civilisez, gentils, verset es lettres (1), s Tencouragea plus encore dans ses projets d*étude. BlanI à Rome, il prit un maître de langues orientales. C'est là qu*il fit la découverte de deux manuscrits précieux : Tabrégé d*un dictionnaire arabe, et les Proverbes d*Abou-Obaid. Les savants n*avaient sur ce poète que de vagues renseignements : Rivauit, possesseur de ses œuvres, les fit traduire par un chrétien maronite, et en communiqua dans la suite le texte et la traduction à Casaubon, à Joseph Scaliger, à Brpenius. Brpenius les publia (a).
Rivauit était de retour k Paris en 1 599, puisqu'on
(i) Desmn ^mm Àernéémùê^ f, I4« «irM,
(3) Vo ot ce que dèdare Erpénina, daot Mm édition da P rêtai ke d*AiMniOb«fJ : • Nactas cH kwnt ProverWoram ttbelloai f Ir darM* Boa docttaiiiaia»qae, Domiona de Florenee« ckristlaalailai ll«gla Lvdetld XIII pfswplor, qui ettadem, at ttl liagMnia m\m tallttoi taldè atadloaa*, «b Arabe quodam Marooiu la laliaooi arr* iBOoem tramCt-rradani aiU eura?it, et, la peUiaoïrefema» caa vire difteiaio iaasc CaissboBO cManuiciviu •
bÀviD AivaùLt. 35S
ceite année, il publiait : Discours du point (Thérmeûr louchant les moyens de bien connaUre et pratiquer; Paris, 4599, iD-12. Nous ne connaissons que le titre de cet ouvrage. En l*année 4602, il parcourait la Hollande et rencontrait, à Leyde, Joseph Scaliger, avec lequel il avait divers entretiens sur Tastronomie. De retotir en France, il élait nommé par Henri IV, le i novembre 4603, gentilhomme de la chambre du roi, et prêtait serment, en cette qualité, le 6 février 4604. Il importe sans doule que nous fassions connattre ces diverses circonstances; mais è ces détails biographiques nous devons eu ajouter d*autres qui sont moins connus, et qui sont peut-être plus intéressants.
Depuis qu*il avait quitté la maison paternelle, D. Rivault avait eu surtout è cœur de fréquenter les savants et les beaux esprits. A Paris, il voyait Isaac de Gasaubon, professeur de belles-lettres et bibliothécaire du roi : il étudiait d'ailleurs avec zèle Thébreu, rarat)e, le grec et toutes les parties des sciences mathématiques. On le comptait au nombre des éru* dits. Au mois d'avril 4604, il fut curieux de se rappeler au souvenir de Joseph Scaliger, et lui écrivit une lettre à laquelle celui-ci répondit dans les termes les plus honorables (4). La lettre de Rivault fut transmise à Scaliger par Gasaution, avec cette note: « Je vous fais parvenir aussilêt après Tavoir reçue, une épttre d*un de mes amis à laquelle je joins quelques mots. Vous connaissez de visage Tauteur de cette épttre; il était dans votre ville peu de temps, si j*ai l)on souvenir, avant le
(4) EpUtola Jo§. Stùtigtri, tib. H. Sous celte date : Leyde, 10 Ktl. Mûi Jnliuii i004.
^ë DAVID BlTAtJÏT.
commenceiuenl de I année. Si vous le connaissiez da* vanlage, vous 1 aimeriez, j*en sais certain, aatant qo'il vous respecte et vous admire. Il a cultivé toutes les branches de la littérature; il a étudié même Tarabe* à Paris et à Rome, lorsqu'il était dans celte ville. G'eal de lui que je liens le livre des Proverbes Arabes. Hais il s*est principalement occupé des mathématiques, el je sais perlinemment.qu*il a beaucoup écrit sur cette nu* tière. Il a traduit Ârchiméde en latin et en français, pour le mettre entre les mains de nos gentilshommes. Ayant trouvé chez moi votre lettre sur la DmonstnUim de racier, il a cru devoir saisir cette occasion pour vous provoquer. Je pense que cela ne vous sera pas désagréable. Je puis vous garantir que c'est un homme modeste et digne, à mon jugement, de tousvoségards(4). » Or, ce n'est pas un adulateur vulgaire, c'est le dode Isaac Casaubon qui s'exprime en ces termes sur la personne de David Rivault : dans une autre de ses lettres, il lui donnera le titre de « vir erudissimus ; » ailleurs il le désignera comme également habile dans les ma* thématiques et dans les langues, « eximius malhematicus el linguarum etiam exoticaram apprimé péri* tus (2). » Rivault fui jaloux de mériter ces témoignages d*eslime. 11 avait fait de curieuses recherches sur les machines de guerre, sur l'emploi des armes a fea» la forme et la portée des projectiles ; en 4605, il publia sur cette matière un petit traité qui fut loué par les experts : Les Élément de rartillerie, ecncerwmi iani la première mrenliofi el théorie que la pratique du
(i) Csmboai BpUiotm. T. i ^ Me de VéôSL de i7S4. (I) BfUt. T. IJ* 9b »4.
DAlrlD riVault. 859
Paris, &ey6, 4605, in- 8. Ce livre esl dédié à Haximilien de Bélhuoe, marquis de Rosny.
11 ne nous appartient pas de le juger ; nous ràppèlletODS simplement, d'après les dires à» Rivaùlt, quelle était de don temps l'opinion accréditée sur l'origine des arroesà feu. On racontait que, dès la plus haute antiquité, les populations indiennes avaient connu les efleis de la poudre et s*en étaient servi pour lancer au loin des projectiles meurtriers. Non seulement, disait-on, les Chinois ont anciennement fait usage de l'artilterie pour repousser Tinvasion des Tartares, mais quand Alexandre vint attaquer ie9 Oxidraques, il fut contraint de renoncer è son entreprise par la résistance vigoureuse que ceux-ci lui opposèrent, en lançant la foudre et lés éclairs du haut de leurs murailles. On ajoutait qu*un Allemand, Berthotd Sw^artz, ayant pénétré dans les rndes, en avait rapporté l'art de fabriquer la poudre. Telles étaient les hypothèses accréditées encore au xvii' siècle : mais on ignorait la découverte faite, vers l'année 1 205,par Roger Bacon; il paraU mèmequ*on avait publié l'heureuse expérience tentée par les Anglais, en 4316, à la bataille de Crécy, car, suivant David Rivault, le vénitien Giovani Barberigo avait le premier employé iei^anon, en f 379, pour défendre Ghioggia contre les Génois. Cet ouvrage de Rivault paratt avoir été fort goûté par le public : il en donna une seconde édition en 4608, « enrichie de Tinvention, description et démonstration d'une nouvelle artillerie qui ne se charge que d'air ou d'eau pure, et a néantmoins une incroyable force; plus d'une nouvelle façon de pouldreà canon très violente, qui se faicl d'or. » L'inventeur de cette nouvelle artillerie n'est pas notre Rivault, mais unoer-