‹ Histoire littéraire du Maine (volume 2)Chapitre 27 sur 39 · III. as · texte numérisé non relu

III. as

S38 DAVID ItTAVLT.

taîD Marin Bourgeois, mécanicien à Lisieux. 11 ne sérail peut-être pas inutile de rechercher en quoi la découverte de ce mécanicien peut différer ou se rapprocher dé quelques inventions modernes; mais nous reconnaissons notre incompétence en cette matière. Dans ses leçons publiques faites à Cambridge en 1664, et publiées à Londres en 4683 (4), le célèbre Isaac Barrow a plus d*une fois critiqué les Éléments de VartiUerie : ils TodI encore été, en 4685, par François Blondel, dans son^rf de jeter les bombes. Mais quand on prend la peine do réfuter un livre un siècle environ après qu'il a vu lé jour, cela prouve le succès de ce livre.

En Tannée 4605, Rivault accompagna le jeune Guy de Goligny, comie de Laval, qui allait en Hongrie servir l'empereur contre les Turcs (2). Ils quittèrent Paris le

29 août; mais à peine étaient-ils arrivés au camp des Chrétiens, qu il leur advint une grave mésaventure.Dans une retraite près de Komore (3], sur le Danube, le

30 décembre, le comte de Laval fut atteint par un coup d*escopette dans le bas-ventre : pour sa part, Rivault reçut deux coups de cimeterre et un coup de hache au défaut de sesarmes. Les blessures de Rivault ne devaient pas avoir d'autres suites; mais celle du comte fut mortelle. Ses compagnons de voyage rapportèrent son corps

(i) Bo 4 vol. ln-f6K

(1) Void, MiiTiBt Métiife, les antm gentUshoBUMi ^oi putimK avec le conte de LiTtl : les ilenn de IferoUct (père de Tabbé de Marollct), de Touchet, des Anglei, d'Imadet, de Malneiir d*Aobé-

Eij, de Rscqoeville, da Bardes de Marooogiiet« de Tilloy, de La»> rt, de LltooC, de la Lioardièfc de Crcepi, de Kaiomn. Nms a*o«Mierou pas non pins de rappeler le non de Gakhard, naBre d*Mleidttconlc.

(I) Ménage dit au sièfe de Gom0r. !!•• Ouplessis-Vomay, dent Ms kémoireê^ p. 448, dit préê àe Sienne. Kons M connaiisont pas cnlicuu

bAVlD BIVAULT. 339

en France, et il fui enseveli dans Téglise de Saint-Dominique de Laval (4). RivauU fit le récit de leur malheureuse expédition dans un opuscule dont voici le litre : Lettre à Madame la maréchalle de Pervaques, ccnUenant un bref discours du voyage en Hongrie de feu M. le comte de Laval, son fils; Paris, 4 607, in-42.

Après cette malheureuse campagne, Rivault déposa ses armes, pour ne plus les reprendre, et se consacra (oui entier aux. travaux de Tesprit. En 4608, il publia L'Art d'embellir^ tiré du sens de ce sacré paradoxe : Là sagesse de la personne embellit sa face, estendu en toute sorte de beauté j et es moyens de faire que le corps retire en effect son embellissement des belles qualités de l'âme; Paris, Bertbauld, in-42. Le titre de ce livre d^dté à la reine Marie de Médicis, nous apprend ce qu'il contient; voici quelques vers de Malherbe qui le disent mieux encore :

Voyant ma Calisle si belle Que rien ne s^ peat désirer, Je ne me pouvois figurer Que ce fust choie naturelle* JMgnoniis que ce pouvoit estre Qui lui coloroU ce beau teint Où TAurore mesme n^atteint^ Quand elle commence de naittrc* Mais, Flurance, ton docte escrit M^ajrant fait voir qu^un lage esptit Est la cause d*un beau visage, Ce ne m^est plus de nouTeautè

(i) Le ccunte de Lival avait été de la religioo Téfonnèe, mais, dam un voyage qu*il avait fait en Italie, il avait été pressé par le Pape de rentrer dans la communion catholique. Le P. Coton acheva sa conversion. Il y a quelques détails k ce sujet dans les BÊémoiru de M*« Duplcasis-Mornaj, p. M et suit, de redît, de i8l4i

340 DAVID ItVACLT.

PniMpiVir cit pufeitOMDt sa|c •oit parfaHe en beaviè.

LAri d^embdlir esl donc un traité de morale ; mab ce n est pas une de ces dissertations austères et ebagri* nés dont la lecture fatigue lesprit : la manière de Hi* vault est facile, enjouée, comme celle de Montaigne ; quelques chapitres de VAri d*embdlir pourraient paraître détachés des Essais^ s*il y avait, dans la phrase de Ri vault, non plus d^élégance, mais plus de irait.

Dans ses courses en Italie, RivauU avait été séduti par les mœurs faciles et polies de la société romaine. Il visita de nouveau ce beau pays vers l*année 1640. et, se trouvante Rome, il se fit recevoir dans TAcadémie des Humoristes. Le jour de sa réception, il lut devant ses collègues un discours latin, qdi fut publié sous ce litre : Minerva Armala, sive de ampmgaidis Lilteris et Armis orcUio; Romae, 1610, in-B*. trest an discours de vingt-six pages, sur un si^et que RivauU a traité plus d*une fois. De retour en France, eniSM, il fut nommé, par brevet du S8 avril, sous-préceplenr dn jeune roi, et son lecteur, c'est-è-dire son professeur en mathématiques, avec une pension de 3,000 Uvns L'année suivante, il obtint le titre de consetller-d elal, et, è la mort do Nicolas Lefebvre, qui exerçait lâchai^ de précepteur en chef, RivauU fut, le I novembre, pourvu de cet emploi (4). C'était une affaire Importante qui devait occuper tous ses loisirs.

Dès sa présentation a la cour, RivauU avait entrepris de réaliser, sur ce vaste et splendide ibéAire. un grand projet de réforme dont il avait exposé le

(I) OUmf^hni éê Ègàn0$e êf tt* ^^kki '/v Jr«A4r»^ p. S9f .

DAVIB BITAULT. 34i

buie dans sa Minerva Armatu. Il s'agissait d*arracher la noblesse à ses occupations Trivoies et de lui communiquer la passion de Tétude, le goût des lettres Pour atteindre ce désirable résultat, Rîvault proposa d'établir à la cour, sur le plan des académies italiennes, une compagnie savante composée d'un certain nombre de membres élus, d'un directeur, de deux assisianls, d'un secrétaire, d'un trésorier* et de six observateurs: en outre, il rédigea des statuts pour cette assemblée, en régla les attributions, et détermina les limites de sa compétence doctrinale. C'est ce que nous trouvons dans l'opuscule suivant : Le dessein d*une Académie^ et de Tmtroductian d^icMe en la cour; Paris, LeoourI, 1612, in-8*. Ce projet fut favorablement accueilli : l'Académie fut constituée et tint ses séances au Louvre. C'est Ri* vault qui fit le discours d'ouverture. Nous avons ce discours sous ce titre: La leçon faklsen laprenkière ouverture de V Académie royale, le 6 de may, 1642; Paris, P. Lecourt, 1642, in- 8. C'est un morceau de style très précieux, très guindé, dans lequel Rivault déclare naïvement que son Académie doit devenir une pépinière de Platons, d'Arcésilas, qui auront à la fois pour disciples d'autres philosophes aussi bons capitaines que Socrate, d'autres capitaines aussi lettrés que ce grand Scipion qu'on voyait dans les loisirs de la paix, suivant le témoignage de Tite-Uve, « se pourmener dans une classe avec une robbe longue et des pantoufles, et sortir de là plus capable de vaincre Uannibal (4). » Toute la harangue de Rivault étant écrite sur ce ton, elle nous semble peu grave, mais elle ne

(i) OéffTMtf Î0M éê Ménë£$ $9tr Us pokUê de Mêêêtkh 9aS« i7.

S43 DATID BITACLV.

dut pas être mal accueillie par les assistants; c'était le ton ordinaire des beaux- esprits.

Entrons maintenant dans les appartements les plus retirés du Louvre et assistons aux leçons données aa roi par son docte professeur. Nous avons deux cahiers de ces leçons: le premier contenant six discours publié en 4643, lU'S*, sans titre; le second, qui se composa d*un certain nombre de leçons, publié en 4641, in-8*, par Ant. Bstienne, sous ce titre : Discours fakts on roy en forme de catéchèses. Ajoutons qu*au témoignage de D. Liron (4), un arrière petit-neveu de Rivauh deFla«rance, M. RivauH, avocat au Mans, possédait, en deux volumes in-S*, un recueil manuscrit de sdxante-seîBe autres discours adressés au roi, du 4*' janvier 4643 aa 2 mars 464 4. Ceux que nous connaissons nous penneU tent d apprécier ce que pouvaient être les autres. Ce sont les plus singuliers des discours. Prenant tour k tour pour matière le symbole des apôtres et les commandements de Dieu, Rivault discute sur les questions théologiques dans le langage le plus mondain. Pour démon* trer tel article de foi, il va chercher ses arguments non seulement dans les écrits des philosophes proCuwe» mais dans ceux des historiens : il assimile les choses les plus disparates, il compare les faits rapportés dans la légende biblique aux événements contemporains, et il étonne, il confond Tesprit par la bizarrerie de ces rapprochements. C'est de la théologie appliquée k b politique, mais non pas avec la gravité sereine de Finélon, non pas avec Tftpre autorité de Bossuet : Hivaolt est toiyours un discoureur vulgaire, et, quand il veut

DATID BIVAVLT. Zk5

prendre le ton soIeQDel, on croirait qull traduit qael* que passage des Taineux Set^nons de Henot.

Mais il ne se contentait pasde commentera sa manière, devant son auguste écolier, le symbole et les commandements; il lui faisait lire encore les plus élémentaires des écrits que lantiquité nous a laissés sur la politique. G*est ainsi qu'il traduisit pour son enseignement les Rémmtrances de Bazile^ empereur des RomainSt à Lion son fils; Paris, Lecourt, 4642, in-S*" (4). 11 l'aidait encore à traduire lui-même soit de latin en français, soit de français en latin, divers opuscules, divers fragments d'anciens auteurs, et, pour l'encourager dans ce travail, il en communiquait à toute la cour, à toute la France, par le moyen de la presse, les merveilleux résultats. Ainsi nous avons : les Préceptes d'Agapetus à Justinian, mis en français par le roy très chrestien Louis <ret* ziesmeenses leçons ordinaires; Paris, Lecourt, 4642, in-S*: Quœdamex lectionilmschristianissimiFrancorum régis Ludovici XIir.Luielisd,?, Curtius, 4 64 9, in-S«; cahier de dix-sept pages, ne contenant que des versions et des thèmes faits par Louis XIII sous les aus^ pices de Rivault; et enfin : Parva christianœ pietatis officia per christianissimum Ludovicum XIJI ordinatai Parisiis, 4642, in-42.

Rivault jouissait d'une grande faveur près de son jeune élève et près de la Reine-régente, quand il se perdit par un écart de conduite. Louis XIII avait un chien qu'il aimait fort. Rivault connaissait toute la vivacité de cette affection, et comme cet animal assistait avec son

(I) Imprimé par A. Estieime. En 1646, rèdilioo étant épniiéi^ A. Bstienne en iU one noQTdle, à la demande du mar^a de VII-

lCfQ7a

344 DAVID lITAOUr.

niattre aux leçons et aux discours catéchétiques de Rivaull, celui-ci le faisait quelquefois ioterTOnir dans ses démonstrations, en manière d^argument. Si, par exemple, il dissertait sur les facultés sensHives de TAroe, ces facultés qui, suivant Aristote et St-Thomas, sont communes aux hommes et aux bêtes, il disait pour conclure: « V. M. recognoist ioul cela en son chien, car il court, il sent; si on le pique, il s'aigrit de choidre et de désir quelquefois devons suivre; il voit, Use nourrit, il s'imagine même en dormant d'aller à la chasse, et sait choisir son maistre entre nous tous (I). » Bh bien! dans un jour néfaste, Rivault oublia les ^cds qull devait à cet animal bien-aimé : troublé par ses ébats, importuné par ses bruyantes caresses dans nn moment où sans doute il s'élevait aux plus hautes régions de l'éloquence, il chassa loin de lui ce tuiiralent, et... quelle inconvenance I il le frappa. Le diien piqoé s'a»* grit de colère : l'écolier, doué, comme il a été dil, de bcultés sensi tives analogues à cel les de son chien, s'emporta comme lui, et, pour le venger, s'élança sur le malbea* reux docteur et lui rendit coup pour coup (i). Un lel événement ne pouvait manquer de causer un grand scandale. Prévoyant sa diagrftoe, Hivault fit ses adieux à la cour.

C'est durant cetle retraile qu'il s'occupa de rassembler les divers écrits d'Archiméde, et d*en donner une édition. Elle parut en 4615, sous ce titre: Arehimeiii wimaquœ êxtarU novis demonttraiknAus oommenlarH$que tUusîrata^ per Davidum Hivaltum à Phirentia;

(I) Piddff cibler. Seeoad dii€o«% p. as.

(S) OkmvëiimuéêitimÊg9$arlmpêiiiêêéêMêikêr^f.UÊ»

AmBOISB L16AVPPU. 3i5

Pariais, Morellus, 4645, in-fol. Le texte grec est accom* pegné d'une traduction, de notes, et, comme Ttaidique le titre, de démonstrations nouvelles. Rivaulty a joint les commentaires d'Eulocius d'Ascalon, quelques fragments d'anciens géomètres , une vie d'Archiméde et un discours adressé aux gentilshommes français poqr les encourager è l'étude des mathématiques. Naudé goûta fort la traduction de Rivault : Jean Wallis vint ensuite prétendre qu'elle ne valait pas celle de Jacques de Crémone. Cette opinion ne fut pas partagée par le ?. Richard, professeur royal à l'Académie de Madrid, lequel en fit une édition nouvelle en 4646. Suivant Ca« saubon, Rivault aurait traduit Archiroède en latin et en français: mais cette traduction française n'est pas autrement connue.

Si graves qu'eussent été les motifs et les suites de la querelle survenue entre Louis XIII, son chien et son précepteur, il y eut bientôt une réconciliation générale 2 pour témoigner à Rivault la sincérité de son retour, le roi donna 600 livres de pension à l'un de ses neveux, lui promit un évèché, elle dbargea d'aller accompagner à Rayonne Madame Elisabeth de France, mariée au roi d'Espagne. C'est en revenant de ce voyage que Rivault mourut à Tours, au mois de janvier 4646, Agé dequarante*cinq ans (4).

LB6AUFFRB (ambroisb).

Ambrowb LEGAUFFRB, né au Grand-Lucé, en 466S, fit ses premières études ches les PP. jésuites du collée

(i) OkmnaiiaM dp UànÊgêf an lien dtét

su AimOISB tIGAUmB.

d^Cleniiont. A dix-huit ans, on le désignait comme on excellent humaniste, et il quittait la classe du P. Sîrmoi|d» pour aller faire un voyage dans les Flandres. C'est dans ce voyage qu*il vit Juste-Lipse, et devint son ami (4 ) . U était de retour en France et passait par Caeo, lorsque la bculté de droit de cette ville Jalouse desat» tacher un jeune homme de si grande espérance, lui oN frit une chaire et le sollicita vivement de vouloir bien Toccuper. Il y consentit, mais le nouvel évèqoe de Bayeux, Jacques d'Aogennes, s empressa de lui oifrir, dans son diocèse, les titres de chanoine et de grandvicaire. Legauffre accepta ces titres et les réunit plus tard à ceux de trésorier de Téglise de Bayeux (1609), et de vice-chancelier de TUniversilé de Caen. U parait qu'il s'acquitta très convenablement de ces hauts emplois : c'était un homme petit de taille, actif, intelligent, plein de zèle pour les affaires dont il avait la chai^ et la responsabilité, d'une intégrité à toute épreuve, très sévère en ce qui regarde la discipline et s'occopant des pauvres comme de sa famille (2). Il s'était acquis une si bonne renommée, que la pfbvince de Normandie le choisit comme un de ses représentants aux BtatS'Géné* rauxde 46U. Ambroise Legauffre mourut le 23 novembre 4 635, à l'âge de soixante-sept ans : son corps fut inhumé dans la chapelle de la Sainte-Vierge de l'é* glise cathédrale de Bayeux . U eut pour successeur, dans sa charge de grand- vicaire, Michel Durocher, fils d'un marchand de Lucé, compagnon de son enfance et de ses

(i) BoH, O^MM ir# CWmh dL 14. — HcnBait, H itMfa ^ (I) BM| Omcw^ m lle« €il«.

POEREB n JAO$0B8 TAIIUUAU. S47

études, qu'il avait donné pour aumAnier à TévAque Jac» ques d- Angennes (l).

Ambroise Legauffre laissait, en mourant, un abrégé des Décrétales, qui fut publié par son neveu Hubert- François Legauffre, mettre des comptes à Paris, sous oe titre : Ambrosn Legauffre Synopsis DecreUdium^ seu ad smgulas Decreialium tùtUos tnethodica juris tUriusquê mukUionum disiinctio ; Parisiis, Clousier, 4666, in-fol. Huet nous apprend que cet ouvrage fut très estimé. On le rencontre difBcilement aujourd'hui.

TAHUREAU (pieere et jagquks) •

De son mariage avec demoiselle Marie Tiercelin, de la noble famille des sieurs Tiercelin de la Rocbe-du- M^ine, en Poitou» Jacques Tabureau, sieur de la Gbevallerie et du Ghesnay, juge du Haine, eut deux fils qui, dès leur jeunesse, donnèrent les plus belles espé* rances. L'un et Tautre ils furent destinés à la profession des armes, dans laquelle s'était rendu si célèbre un de leurs ancêtres, la grande gloire de la France chevaleresque, Bertrand du Guesclin ; mais, après avoir fait quelques campagnes, ils manifestèrent l'un et l'autre des inclinations toutes pacifiques.

L'atné, Pibebb TAHUREAU, nous est représenté par La Croix du Maine comme « l'un des plus sages et ad* visez gentilshommes et des plus doctes et lettrez ; » il était, ajoute ce bibliographe, très versé dans la jurisprudence, mais dédaignant sans doute la robe longue,

(i) Hennaoti an liea dté.

548 JACQUES TAHUABAO.

il ne faiaaii pas métier d*uD savoir laborieusemeot quis, et quand on lui demandait son avis sur une question judiciaire, il conseillait toujours non de plaider, mais de transiger. Nous n*a vons pas d'autre renaeigii»* ment sur ses travaux littéraires que celui-ci : « Ledit Pierre Tabureau a escrit plusieurs for beaui et doctes livres, lesquels il n'a encores mis en lumière ; s$avoir est : un livre de la Police et République françoise, oon« tenant un discours des Estais et Offices, tant des nobles que de ceux de la robbe longue, et de leur première institution. II n'est encores imprimé. — L'Histoire de nostre temps, soubs les règnes des rois de France, François premier, Henry second, François second, Charles neufiesme et Henry troisième à présent régnant. Elle n'est encores en lumière. — Plusieurs Poésies françoises, non encores imprimées, sinon quelques-unes qui sont avec les œuvres de son frère (4). » Tous ces ouvrages, s'ils ont existé, sont perdus. On ne trouve pas même, dans les Poésies de Jacques Tabureau, les vers que La Croix du Maine prétend y avoir lus.

Parlons maintenant de Jagocxs TAHUREAU. Celui-d n*est pas un écrivain problématique ; c'est un prosateur distingué, c'est un poète excellent, c'est une des gloires du Maine I Voici d'abord le catalogue des éditions de ses œuvres. Poésies de /. Tahureau ; Poitiers, Mamef, 4 551, in-S^ Sonnets, Odes et Mignardises amoureuses de V Admirée; chez le même, à la même date. Les Poésies de J.Tahureau, mises toutes ensemble; Paris, Mc.Chesneau, 4574, in*d* : il y a des exemplaires de cette édition au

(i) U Croli de Mtine, Biêliêtk. fim^t^iêê, ai mot Piênt Têkm*

lAOQUn TAHimBAU. 849

nom des libraires Ruelle (l) et Rob. Le Magnier {i) ; le même recoeil Tul publié h Lyon la même année, chez Rigaud, in--46, sous le titre de Odes, Smmeis et mtrei Poétie$ffeniilesei facétieuses de J. Tahureau(Z). OraisoH au Rot, de la grandeur de son règne et de V excellence de la langue française; Paris, V* Maurice de la Porte, 4665, in-4*. Ce discours, assez insignifiant, est en prose : à la suite se trouvent quelques poèmes reproduits dans les éditions des Poésies de Tannée 4574 (4). Les Dialogues de feu J. Tahureau^ gentilhomme du Mans ; Paris, Biion, 4562, in-8" (6), publiés par les soins de Maurice de la Porte : quatre autres éditions de 4665, 4666, 456S, 4 670, portent le nom du même libraire; Du Verdier nous en désigne une autre de Lyon, 4568, in-46, et nous trouvons dans la Bibliographie de M. Desportes ces autres indications: Paris, 4574, 4576, 4580; Rouen, 4583, 4589, et Anvers, 4674, in-46. L'éditeur Maurice de la Porte raconte, dans ses EpithèteSy que J. Tahureau laissa cet ouvrage inachevé, et qu*il devait se composer de quatre dialogues. La Croix du Maine avait annoncé, d^autre part, que, possédant une copie des deux dialogués imprimés bien plus ample que celle de Maurice de la Porte, il en donnerait une autre édition; mais c'est un dessein que La Croix du Haine n a pas exécuté.

(1) CaL de La Vallière, deux. part. t. nr, p. 79*

(S) Blhiioîh. franc, àt Da Verdier.

(8) Od irotiTe encore des fragments des poésies de Taharean dans le Pamatf des Pcéltt françoU modtm€$f de Gilles Corroiel, aat pages Si, 63, 64t 69, 103, 137.

(4) Si ce n*e8t, toaterois, une Epitre aux Mases sar la mort da leone comte de Tonnerre* Henri du Bellay. Celle Epitre él^aqae ne se ?olt pas dans le recueil de 1574.

(3) Biklioiht franpoiw de La Croix da Maine.

SSO 1A0QU18 TAHUEBAtl.

comme beaucoup d'autres du même genre. EofiOf ce bibliographe attribue à J. Tahureau une traductioa eo vers français de VEccUsiaste^ et divers autres poàmes el discours qui sont restés manuscrits ainsi que cette traduction.

Né dans la ville du Mans en 4527, J. Tahureau suivit d*abord la carrière à laquelle il avait été destiné par la volonté paternelle; il prit Tépée, et alla se ranger au nombre des gentilshommes français dont Charies-Qultat éprouva» dans les plaines d*llalie, la fière vertu, Tin* domptable courage. Mais avant de partir pour cette expédition lointaine, Tahureau avait fait la rencontre d'une jeune Bile de Tours dont le souvenir occupait beaucoup trop son esprit :

L*u ^utonlMM à pHm tff M itiifirft A BM pouMT horf de PeiUkBee tndrcb Qoaod ton «ilUde odiTe me fiai rcadie De ee bel ail qalle nkn cueHolt (I).

Amour 1res précoce et qui parait d ailleurs avoir été très vif et très durable. Aussitôt qu'il fut permis i J. Tahureau de revenir en France, il se hâta de profiler de cette permission, et d*accourir aux lieux habiles par son Admirée. Mais n'est-ce pas alors que la trop tendre demoiselle fut unie par le lien du mariage à quelque infortuné tourangeau? On peut le croire. Plu* sieurs fois, dans ses poèmeSi Tahureau maudit le toi Vtdcan (2] qui lui a ravi sa maîtresse :

(0 PoéêUê, p. s?.

(S) Poèê'm, p, 89 90mt

JACQUES TAHtmSÀU. SSl

J'estob no loir sot rarénease grève (Commun plaisir aux oimphettei de Tours) ^ Me promenanl par maiots folftlres toars* Poor ceillader ce l)d œil qui me grefre :

Mais œ cruel, dootfe n^ay poinl de tretrè, Soudain, soudain par un de ses destoors Me Tint pri? er du bien de mes amours Par un . Ynlcan qui lors me les enlève. •• (i)

Cfi qui Dous fait supposer que les disgrâces de Tabureau eurent lieu à son retour des guerres, c'est que nous le voyons, vers ce temps, s'établir à Paris, et commen* cer è gémir en vers sur Tinconstance et les rigueurs du sort. Tous les poètes sont-ils amoureux? on en doute ; mais on s'accorde à dire que . tous les amoureux sont poètes : c'est, ajoute-t-on, un des symplAmes de leur folie. Tabureau laissa donc Tépée pour suspendre à son côté la guitare aux galants accords. Ronsard fut son maître : il adopta résolument la cause do la nouvelle école et traita l'ancienne avec beaucoup de mépris (2].. Ses condisciples, ses amis furent P. Pascbal, Denisot', Jodelle, Mellin de Saiul-Gelais , Jean de la Péruse, Joacbim du Bellay, Antoine de Baïf. Il eut avec celui-ci les plus intimes rapports : la conformité de leur âge, de leurs goûts et de leur manière poétique les avait rapprochés. Us vivaient ensemble, s'enlretenant de leurs amours sans aucune discrétion, et s'adressant des conseils réciproques sur lescboses de leur métier. Tahuréau dit à Baïf :

Combien de fois éloogné De ce rude populaire,

(i) POiiet, p. 87.

(S) Poèiiat AdTcrtiss. au lecteur.

Tes p» in*oot ieoQ«ptigBé Par mahrt boiq«cl nUi lire ?

Combien «tODi-iMaf puié De dnleiift mmIm la naiiée« Bl In beau tenoonpaiié AflMfnSlerreaiiiaiiée? (4)

Enfin, après avoir pris une pari active aux iutles de la jeune école contre ses détracteurs aUardés, après avoir obtenu les applaudissements les plus flatteurs dans la brillante compagnie des nouveaux poètes, il se retira dans une campagne qu'il possédait au Haine. Il nous a donné la description de ce lieu : « Tu peus voir là au-dessus, en ce petit lieu montueus, une maison quarrée faicte en terrasse, appuyée de deus tourelles d'un costé, et de ce costé mesme une belle vetie de pnirie en bas couppée et entrelassée de ces petits misseaus qui ont ainsi le cours vague et tortu : de Tautre ooslé, ceste touche de bois fort haute et ombrageuse, dont iun des deux bouts prend fin à ces rochers bocageos que ta vois à un des détours de ceste prée, et Tautre au Qommencement de ceste grande plaine qui est un peu au-dessous de ceste maison que je t'ai monstrée... Or, tu vois une maison qui est mienne, et si tu me veos faire tant de bien que d'y venir prendre le disner, je te montrerai plus amplement les commodités et situation du lieu qui est possible telle que tu y prendras quelque plaisir (2]. • On pourra rechercher où se trouvait cette retraite. Tahureau y fut k peine établi, que, pour mettre fin aux agitations d'une vie légère, il se maria. Il

(i) Poiikê, AdTVtln. an leclc«r, p. SS Pérêo*

(S) DiêhgMu 4e Taharean, à la Aa da fnaàtr^ p, iéli

JAGQitBfl TABUEBAÙ. 3S3

avait célébré, dans ses Poésies, les amours faciles ; il avait déclamé dans ses D<a/o</tie£ contre la corruption cynique et les ruses traîtresses des femmes de la ville et de la cour : mais oubliant h la fois et ses vers galants, et sa prose renfrognée, il demandait à des noces légitimes le calme et les douces satisfactions du foyer do« mestique. Il ne lui fut pas donné de faire une longue épreuve de cette nouvelle existence, car peu de temps après son mariage, il mourut, étant encore à la fleur de Tâge : il n avait que vingt- huit ans.

Pasquier, comme le fait observer la Monnoye (I}, a mal à propos raillé Tauteur des Dialogues. Ce livre, écrit avec beaucoup de verve et d*esprit, doit être compté parmi les meilleures productions de lesprit satirique. <]e D*est pas la fine raillerie de Montaigne, ce n'est pas le franc parler de Rabelais; c est le genre intermédiaire. Si toutes les prescriptions da goût ne sont pas observées dans ces libres discours, ils se recommandent par la vivacité du lai^go, la vigueur du trait, la précision hardie de 1 epithétc, Tabondance toujours pittoresquede la période *. nous n'hésitons pas a dire que les Dialogues de Tahureau méritent une place distillée dansjoules les bibliothèques littéraires.

Cet écrivain est, toutefois, moins connu et moins recommandé comme prosateur que comme poète.

II. Sainte-Beuve Ta nommé le Parny du xvi* siècle [2], et à bon droit. 11 s*est quelquefois esssiyé dans le grand vers, et n*y a pas mal réussi ; il y a des périodes bien

(I) Notes de redit, de U Croix da Vaine, donnée par Rigoley de ivfigny.

(S) Tcé^M hUU 9i eritiQ, de Ui Ncitc frmifaiêêi m 97 de PédiU delS4a.

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