III. fk
570 GUlLLAUMfi LEDOYFN.
Homme de bien et mooU fainft.
Aas«i n^avoit nuls chappelien.
Non a?oit-il de chausselient Mais les haalx bonneli et jacqneltea Poar lors si aboient leurs reqnestes; Pallelols, pourpoini abonrrei, Estoient sar espaulles foarrei :
Chapperoos ronds avoienl les femmes ; HauU coueffées si estoient les dames, GorncUes de deux doit afoient, Large tissu aussi portoient, Grant collet fourré sur i*espaulle Par derrière long qu*une gaulle...*
Voici encore quelques vers sur Toriginc de Ici fubi i que de toiles de Laval :
D^ioellny temps que fajr prédit Je veulx parler, sans contredit.
Touchant les marchans de Laval, Sans d*eulx alléguer aucun mal...
En Laval, que Itoys n'en atoit Qui ensembles faisoieot leur fait.
Et troys lavandiers ils avoleut Qui leurs toilles si blandissoicnt Sur la riptière deters BcU (O, Ou de loilles avoient beaui lois.
Les Espeignols si desomdoL*nt Et leuit toilles si adiatoient, Dont il demcuroit grand argent, Qui sonstenoist beaucoup de gens.
Mais incontinent pour déduyl, Si qne chascnn foîsoit proflit Environ celle toilerie,
(I) Les laiidf 8 de Boit, sur la nvt* gattclie de la Mijcnne, Biles balançaient alors iu^u*à la rive du O^uve.
BBNi CHOPPIN. 571
El oomne ains ilz gtignoient leur île Leurs mestiers Icssèrent en efféct Pour parrenir à plus grvnt dit....
Ledoyeti n^est pas ud poète ; ses vers ne sont que dé la prose riroée : mais c'est un chroniqueur d'autant plus intéressant qu'il s'arrête aux moindres faits, et les met en scène avec un grand luxe de détails. Le récit des grands événements se trouve partout, et nous n'attendions pas le poème de Ledoyen pour les connaître ; mais on ne rencontrera nulle part ailleurs autant dé renseignements sur Thistoire de Laval au xv* siècle, sur les mœurs des habitants de cette ville, leurs usages et leurs coutumes. Il serait bon qu'un de nos doctes et généreux archéologues prit soin de le faire imprimer.
CHOPPIN (rkne).
BENjft CHOPPIN, célèbre jurisconsulte, est né dans les derniers jours du mois de mai de l'année 4537, au Bailleul, commune qui fait aujourd'hui partie du canton de Malicome. Malicorne, qui était de l'Anjou, marquait la limite de cette province fameuse par ses vins, dit un poète, fameuse par ses riches moissons, plus fameuse encore par ses grands esprits :
Nec tanium Baochi Gererisqoe ncc abere fragam Canctorum fœtu, sed fertilis Andia magnis Ingeniia..*
Le père de René Ghoppin,Thomas Ghoppin, et sa mère Renée Gossin, riches bourgeois, vivaient noblement au
5^2 ItBlfÊ CHÔPPll».
bailieul, dans leur domaine petrimonial, une ierme qu*on nommait Chaston (4). Le jeune René, qui, dès son Age le plus tendre, manirestait d'heureuses dispositions pour Télude, fut envoyé ptir ses perenta aux écoles de Paris : il en revint pour soutenir une tMse sur le droit civil et sur le droit canon, en pleine Uni* versité d*Ângers, le 21 mai 4 554. C'était un dodaurde 47 ans. Il fut applaudi, et, retournant peu de temps après à Paris, le théâtre des grands succès, il plaida sa première cause devant la grand* chambre, contre M* Nicolas du Hamel, doyen des avocats au Parlement (i). Bientôt on ne parla plus que de M' Choppin : c elail rinterprète le mieux famé des arcanes de la jurisprudence ecclésiastique et du droit civil, scrinium legum^ canonum sacrarium (3), « Thonneur des avocats du siècle (4). » De toutes perts on venail le consulter :
Quand de nombmx dlatU la trooppe maUueme, Bd Mt procès ardus Choppio, le vcnoii teoir.
Tout OMUDe oo grand prodige honoraicoi ton içavoir. Et tout s*cipoaTaBtojreDi de ta mémoire bcoraoïe.
T« cfloit na offade à la Fraoee donteosc t Paris le ooDSDHolt le matin ci le soir i Le Rosnet la Garonne ei la Seine et le Loir Honoroientle trépied de ta langue bownsc...* (5)
(i) Elogia Papiril Mamonls, p. 857.
(2) Ikù/.
(9) Ce sont les termes dont fait usage, pour célébrer m gUrc, son onnfrère Raonl Boterey« en tête de la traduction fraaçniM ' UTre d* Dommmiû Frmmeim, Avec AmmIm O^f'mmê^ on a AU col gramme : Ku êmptr hmme së^ito!
ik) BniéledamèMoavr^niBpnradédlcaldraamriina nins, éditenn.
(ft) Ba télé d« même OBvragn.
EXIIB CBOPPIH. tm
C'est 06 que nous atteste, eu vers latins, un autre podte du temps :
IHMccre ut t Delphis oraeula nie?eret error
Bthoicof, ad Phfebl fatidiet antra frequeoi, Ad Choppini œdei sic Utigiou roebat
TarlN, labaraoU dam sibi pofdt opem.
Ut qoanCo magis Jianriliir fit parior mida
Et yeoa eximdan* uberiore fiait; Sic niliil immiooit Glioppioo, ast ferios addit
Dam biUt ex liaiat dogmata fonte diens.
Qaos Arar et Ligeris, qoot aUait ooda Garamiia
Agmfaie tea Ikcio eontolaere riram.
Vitro iadoMt fioeas horat muDcrabatama;
PakBtabargenUsBpedleDleeUeiii.«M (1)
Brillant avocat, laborieux jurisconsulte, il employait à composer des livres le temps qu'il pouvait dérober aux afTaires et aux imporlunités de ses clients. Ce n est pas ce qui convenait le mieux à sa famille, à ses amis. Ceu^'Ci, voyant qu'il ne relirait pas grand profit de ses livres, lui conseillaient de n'en pas faire et de se consacrer tout entier aux plaidoiries : mais il n'écoutait pas ces avis. Un succès oratoire, une consultation donnée dans un procès considérable ajoutaient sans doute aux revenus de sa maison et lui permettaient d'en accroître les dépenses; mais, pensait-il, ce qui donne la gloire, ce qui fonde l'autorité d'un nom, ce sont les écrits. Papire Lemasson nous a laissé le portrait de ce jurisconsulte. Il était, dit-il, de stature médiocre, mais établi sur de solides assises; son visage était austère, et son front, d'une dimension olympienne, commandait le
S74 BEKÉ CHOPFIN.
respect. Quant à ses mœurs, elles étaient rigides : charitable envers les pauvres, il n*étaîl pas dur pour lui* même par principes, mais par goût ou par babilude; car ayant Tesprit constamment occupé, il mangeait el dormait peu. Un autre historien ajoute à ces détails que, trouvant un charme particulier à la vie hori%ontde, il travaillait, comme Gujas, couché sur des (apis (t).
Le premier ouvrage qu*il mit entre les mains du pablic est un poème latin : Renati Choppinibellum sacrum Gallicum; Parisiis, Julianus, 4 562, in-i*. Ce poème n*eut pas autant de succès que les plaidoyers de Choppin, mais on ne manqua pas de le lire à cause de la renommée de Tauteur. Deux ans après, en 4 56i, Choppin prit pour femme Marie Baron, fille de Pierre Baron, ancien procureur, descendant en droite ligne d'Eude le Maire, dit Challo Saint-Mas, qui avait accompagné Philippe-Auguste à la croisade, el s*é(ait fait remarquer parmi les plus braves et les plus vertueux chevaliers. Il entrait, par ce mariage, dans une famille qui, sans appartenir à la haute noblesse, avait des privilèges. Quels privilèges? Celui, par exemple, de ne payer aucune des impositions établies dès le temps où Challo- Saint-Mas avait obtenu ses lettres d*e\omption. Mais Choppin, armé de ces litres, manifesta bientôt d autres prétentions : il soutint en justice que, pour èlre de h descendance d*Eude le Maire, tous les siens étaient affranchis du paiement des impositions nouvelles, aides, tailles et le reste. Ce fut la matière d'un gros procès. Il le perdit : le roi déclara que ces priviléf:ics seraient obligés au paiement des tailles, s*ils n'étaient nobles de
(I) llkêroQ, Hommet iHmtreê, t xxxrr, p. I6S.
uifé CHOPPiif. S75
leur estoc (4 ). Mais qaand le roi fit cette déclaralioD, les Gboppin n'avaient déjà plus besoin dinvoquer à leur profit les titres des Baron : ils possédaient alors des lettres de noblesse.
C'est avec ses écrits sur la jurisprudence que Choppin conquit son blason. Après les questions dont Texamen est réservé au droit naturel et ati droit des gens, les plus considérables sont celles qui forment la matière du droit national. Or, qu'était-ce que le droit national au XVI* siècle? Les révolutions, qui sont venues changer tant de choses, n*ont pu respecter les anciennes définitions de la jurisprudence française : le droit national c'était, au xvr siècle, la somme des pri^^iléges royaux, des droits inhérents au domaine de France. La recherche et la légitimation de ces privilèges, tel futTobjetdu premier travail de Choppin, et il publia, sous ce litre, le résultat de ses études : De domanio Frandœ Hbri très; Parisiis, 4574, in-4". Ce livre eut un grand succès, et, dans l'espace de quelques années, il en fut fait de
(1) Commêntaireê tur ta coutume itAngen, liY. I, art. 8. Noos tfoavons dans un des volâmes de la collection Dnpoy le texte da priYilése acconlé par Philippe-Aagnste à Challo-Saint-Mas. Void quelques passages de cette pièce curieuse, que nous avous lieu de croire inédite : « Notum fiert volumu» unîYersis tam prxseotibus quam futuris quod Odo major de Chalo, nutu divino, concessu Phillppi Franci» régis cujos famulus erat ad sepuldirum domini perrexit, qui AnK>lidum filinm snum et quinque filias suas in manu et custodia recepit et reUnuit; concessit quoque Ansolido et qntnqne prcfatis sororibus suis, Odonis filiabus, pro Dei amore et scia caritatis gratia et sancti sepnlchri reïerenta, quod si haeredes mascnlt ei ipsis existentes fœminas jngo senr ituUs rrgiae deteotas matrimonio duxerant Uberabat et a ▼incnlo serTÎtulis absolYebaL Si fero seni régis fœminam de génère hœredum Odonis maritalis lege dnxissenr, ipse cum hœiedibus sois de serrilute régis essent; Rex autem bœre« dibus Odonis et eorum bœredibus marêhlam suam de Chalo et homines suos cuslodiendos in feodo concessir, ita quod pro nuUo fomulomm legis nisi pro solo rege justiliam facerent et quod in tota terre ffgis noUam coosnetodinem daitnt.*.. s Dupu^, toU 76i*
STtt uni GBO»nif.
nombreuses éditions : ParisiiSi 4589, 4605. 46tl, îd-CbI. Il fut réimprimé dans la première partie du reoueil As jurtdomaniali; Francofurti, 4700, io-fol. Enfin en connaissons une traduction française, Cute sous yeux et sous la direction de Ghoppin : Troîi livres du domaine de la couronne de France; Paris, M. SoùoiiM^ 4603, in -fol. En tète de oette édition française, Cboppio plaça quelques mots peu flatteurs à ladresse d*un de ses confrères, J. Bacquet. Celui-ci venait de donner aoo Traité des droUs du domaine r%/yal, qui avait reçu du public le plus favorable accueil. Gboppin laocusa d'à* voir, sans gène et sans scrupules, mis en français, dans ce traité, quatre chapitres et divers autres fragneoU du livre fameux De Domanio Franciœ, Bacquel se défendit d*avoir commis ce délit. Allant un jour à la rencontre de Cboppîn : « — Comment, lui dit-il, vous aurais-je fait cette injure? En effet, j*ai voulu vous lire, mais, je vous lavoue, je n*ai pas entenilu votre latin (4 ). • Ce n*est pas une justification suffisante, mais c*est un mot plaisant et bien placé. Il faut, en effet, reconnattre que le style de Cboppîn est peu clair. Falconnet lui reproche de Tenflare [i] : ce n*est pas là son défaut; mais il est aride, sec et tourmenté.
Après son traité De Domanio, Choppin publia : De prMlegiis Rusticorum libri 1res; Parisits, Cbesneau, 4575, in-4*. Ce traité de jurisprudence à Tusage des gens de la campagne, concernant leurs droits, leurs obligations, les contrats, les fermages, n obtint pas moins de foveur que le précédent. Ou en désigne di-
(ft) Lobd, Dimhgne du Avotûîê.
(S) BUeoth. fimmç, de U Cnh d« Matasb édtt. R%okiae 1^ Tlgiiy, •« MOI Ottppim^
Bunk GBOFrai. S77
verses éditions : Parisiis, 1590, 4606, 4624, in-fol.; Coloniœ- ÂgrippîDœ, 458i, in-S*; il se trouve eacore dans le tome 4 8 du Traclaius univeni juris^ publié à Venise en 4584, in-fol. La Iraduetion française a pour litre : Des Privilèges des personnes vivant aux champs ; Paris, 4 634, in- fol. Cet ouvrage a long-temps passé pour le chef-d'œuvre (4) du très docte et très exact (2) Cboppin. Il a revu, corrigé et augmenté toutes les éditions qui ont paru durant sa vie. On n'a gudres moins estimé : De sacra politia forensi libri très; Parisiis, 4577, in-4*. Autres éditions; Parisiis, 4580, 4603, infol., avec un quatrième livre. Ce traité a été traduit et publié en français, par J. Tournet; Paris, 4647, in-4". Les quatre livres qui le composent ont pour objet Tétat des personnes ecclésiastiques, les fonctions de l'église, les devoirs des prêtres, les élections, les collations, les béné6ces, les droits respectifs des deux puissances dans le gouvernement de TEglise, la juridiction particulière du pape, celle des évèques, les appels, Fadministration des diocèses, et enfin les biens de FEglise. L'auteur aborde el traite de graves questions, dont un assez grand nombre sont encore agitées de nos jours. C'est un zélé gallican. Aux canonistes ultramontalns, qui n'accordent au chef de la puissance civile aucune autorité sur les choses de TEgiise, il répond dans une longue préface, où il prouve, par de notables exemples, que, dès Torigine delà monarchie française, les rois sont Intervenus dans la police de la société ecclésiastique, et
(1) le tikrairû «« teeleur, daot les OEuvret et CboppiD, L 1 4e rédiUdelsei.
(S) Dupincan, LetUv en Itte des Goatnmes d*An|<Ni, de FocqaeC de LifooDièfe.
378 BBNK CBOPPIlf.
onl fait eux-mêmes des règlements disciplinaires qui ont été et devaient être observés. Tout ce traité de Choppin n*esl qu*un docte commentaire des aphorismes gallicans, résumés par lui dans ces vers didactiques :
Caesaris hand etdem, fatcor, qi» maoera Petrii DifltincUque Jotcid dirimunt a Priodpe foices. Hua Dec imperii io clenim popaluoiqne pole&Ui. Sed quia slat geminis fultum dladcma coiumnis, Relligioiie ac jusUlia in toperosquc virosquc. Sacra sacerdoti, curanda poliUca n*gi, UtcaDOOom hic cuslos rit, quorum cundilor ille.
En d*autres termes, la puissance ecclésiastique possède des droits propres, inaliénables; mais ces droits sont limités par ceux du prince. Le prince protège TE* glise, et TEglise, placée sous la tutelle du prince, lui doit le respect et l'obéissance : l'Eglise est l'arbitre su* prème de la foi, mais tout ce qui concerne la hiérarchie, la discipline, la juridiction, ou, pour employer une locution byzantine, l'église du dehors, est soumis au contrôle du prince.
Henri III crut devoir accorder à Choppin, à Toccasioa de ces ouvrages, une marque publique de sa reconnaissance; il lui donna des lettres de noblesse. Ces lettres sont du mois de février 4 578 : vérifiées en la chambre des Comptes, le 2i avril de cette année, elles ne le furent en la cour des Aides que le S mai 45SO [\). Ainsi Teropereur Charles iV avait anobli Bariole. Choppin avait une trop haute et trop juste opinion de lui-même,
UNé GHO^PIK. 579
pour tirer vanité d*uD tilre de noblesse. Il voyait ses livres recherchés, estinn^*s, non seulement en France, mais au-delà des frontières, dans toutes les écoles, dans toutes les académies : c'était là sa principale gloire, son plus beau litre. Cependant il a pris soin de rappeler lui-même, dans un de ses ouvrages, en quelle année, à quelle occasion il avait reçu du roi cet insigne témoignage d'une faveur incontestablement méritée : c*est afin, dit-il, que « mesenfans se souviennent de ne point anéantir par laschelé et paresse un bien que leur père leur a acquis par ses veilles et par son travail ; autrement, je ferois comme Livius Drusus, questeur en Asie, lequel ne vouloit porter aucunes marques de sa magistrature, afin qu il n*y eût rien qui le relevât que luymesmes, ainsi que Pline lescrit (4). » Ce sont là de beaux sentiments, de nobles paroles.
Mais interrompons un instant ce grave discours, pour faire connaître quelques détails presque intimes de la vie de Choppin. Il ne portait pas toujours la tète haute, il ne tratnait pas toujours sur les dalles du palais, avec la majesté d*un père conscrit^les plis de sa robe doctorale : ainsi que la plupart des magistrats de son temps, il avait ses heures de réserve pour les lettres faciles, les lettres mondaines, ou, comme on disait alors, pour le commerce des Muses. Ricbelet n*a pas oublié de nous rapprendre :
Npc tanlum tetricas, nameroM negolia, lites CompODis, Tel jura nQvis opcrosa rcclodis ScDsibus, et memori legum miraeula lingua :
Sed Musas fiiGiles et Pindi Indicra, Tenu
(4) Cammentt sur Ut eoutitme ttJtyou^ Uv. l| cfaap. 81.
RaniliiaBi tcretl liKladii« blaodliqiie Ulorem GondliumnlocHpieiiKMlii.... (4)
Gheppin D*éiaU (las seulement ud avocat, un juris* consulte, et, comme nous le verrons, un politique, on publicisle véhément; c'était encore, nousTavonsdil, un poète. Il Tavait prouvé par ses débuts littéraires; il renouvela celte preuve aux Grands>Joursde Poitiers. Nous n'avons pas besoin de raconter tous les détails de révénemenl qui perpétuera le souvenir de ces Grands* Jours : cependant, pour faire connaître le rAle joué par M* Choppin dans cette grande affaire, nous devons rappeler, du moins, qu'il s*agit de l'injure Cuite a«s blanches épaules de Catherine des Roches, par cet insecte avide du sang des mortels qu'Etienne Pasquier appelle sans périphrase une puce. Pasquier et Loysel, ayant quelque repos h Poitiers avant l'ouverture des Grands-Jours, étaient allés de compagnie rendre vîsile aux dames des Roches, fameuses l'une et l'autre par h délicatesse de leur esprit. C'est durant cette entrevue que la puce commit le crime. Quel crime I II y avait là toute une cour de justice, un parlement tout entier : conseillera, avocats, procureurs, tout le monde réclama l'honneur de formuler la sentence qui devait être juridiquement prononcée contre Tinsecte coupable. H était loin et sautait encore : il fut condamné par contumace en vers français, on vers latins, et même en prose vulgaire. La victime, Catherine des Roches, fit d'abord sur l'aventure un poôme charmant : Pasquier prit ensuite la parole, et puis chacun s'en mêla, Briason, Loysel» Hangot, Tournebu, Binet, de LBscale, Bapin, La Coul*
(ft) Ba Ma de la Hf taita firaactln da AiMla^
RBifB cifomif S8Î
droye, Macefer. Choppin ne fut pas le dernier des paladins qui se présenfèreht dans celte lice (l). Il célébra Taventure en vers latins. Ce petit poémé se lit à la p&ge 4 3 du recueil qui a pour titre : Lapuce de madame des Boches; Paris, A. TAngelier, 4582, in-i*. A la suite de ce recueil on a coutume den placer un autre inti^ tulé : Divers poèmes tant sur les Grands Jours tenus à Poitiers que sur autres sujets. Notons en passant que, parmi ces poèmes, se trouvent déui épttres latines de Choppin à Bartiabé Brisson (2).
Les Grands-Jours de Poitiers eurent lieu en 4 579. Eh quittant cette ville, Choppin revint à Paris et reprit ses af&ires et ses livres. C'est alors qu'il plaida devant la grand'chambre, les 4 4 et 48 février et 3 mars 4680, une cause fort intéressante pour le clergé. Il s'agissait des rachats féodaux sur les terres ecclésiastiques. Le plaidoyer de Choppin a été publié sous ce titre : Orai' son pour le clergé de France; Paris, M. Sonnius, 4590, in*i*. Il travaillait depuis plusieurs années è fonder un monument en Tbonneur de sa province. Il l'eut achevé et le découvrit aux yeux du public en 4584 . C'était un immense volume contenant un commentaire fort étendu des lois et des coutumes angevines : De legilms Andknn municipalibuSj cum tractatu prœoio de sununis GaUica^ rum consueiudinum reyulis; Parisiis, Chesneau, 4584, in- fol. Autres éditions; Parisiis, 4600 et 4644, in-fol. Les* coutumes de Paris et de Bretagne avaient été réformées Tannée précédente. Choppin signale les antinomies introduites par le progrès des mcoors cibles
(1) Païqaier, iMtntt Hvre 6, teUre à IL Plthoa^ (S) Pat» es et 69.
882 RBNB CHOPPIX.
dans le corps des coutumes angevines, et il demande qu'elles soient pareillement révisées. Ce livre, qui est un des meilleurs de Ghoppin, eut un grand succès Après en avoir lu la première partie, Henri 111 envoya mille écus è Tauteur (^)L» ville d'Angers, pour lui témoigner sa reconnaissance, lui décerna, dans une assemblée du 24 novembre 4 584, le titre d*écbevia perpétuel. Nous avons le même ouvrage traduit eo français par Jean Toumet : Commentaires sur la coustume cT^it- ;ott, divisez en trois livres; Paris, Bicher, 4635, in-fol. (t). Ici commence une nouvelle phase dans la vie de Choppin. La France est en proie à la guerre civile, et durant ces jours de (roubles, c est le devoir de chacuo de déclarer son sentimeni, de prendre son parti. Choppin n'hésita pas : tous ses amis du parlement de Paris avaient adopté la cause de la ligue; il fut ligueur. Gré* goire XIV élaot monté sur le siège de saint Pierre, oo do ses premiers actes fut d envoyer en France on immi* veau nonce, Marsile L.andriano, ullramonlain léié, qui, pour précipiler la conversion du roi de Navarre, fui-» mina contre lui les bulles les plus véhémentes, exhorlant les laïques à quitter son parti, lordonnanl aux ecclésiastiques sous la peine de Texcommunicaiion. Ce fui un nouvel aliment à la discorde. Les parlements do Tours et de ChAlons se déclarèrent contre les bulles île
(I) Elogim Paplrii Masionif.
(S) Voici comoml, dint ooe dot pré'acfs tlt cet ouvrocr, riMp> pin lêiKind ou reproche qo*on loi a%ait fjit d*aToir un sivlc obscur cl loorincnté : « Afia qu*à Tadvcnir penoane ne blmme i*ob«r«riié de mon M>lo, qu^il prenne garde que mon ioleniicm a c»lé d'ècnre pour Ici lerlenrt sçavants et attcnlifs, cl non pour dc^ »:mplr« prai»ciiMis de peu d^enudc, qui pusienl léfèn*miiit par de^^ut lesauievn H ne le» font que foustcr, à la façon des cblemdei en y irons du .^tl qui ne lapent qu*en cottraoi» •
BÈNB CHOPPlIf. 383
LaDdriano e( pour le roi ; le parlement de Paris se pro* Donça pour le pape et son légat. Cela fui la matière d une multitude de pamphlets. Choppin publia le sien : De ponlificio Gregorii ad Gallos Diplomate congrattUa- /ortaora/to; Parisiis. G. Bichonius, 4691, in-i". Non seulement Choppin désavoua, dans ce pamphlet, les sages maximes qu*il avait précédemment développées dans son traité De sacra Politia Porensi, mais encore, entraîné par lespril de faction, il prodigua lesépithètes les plus outrageantes à tous les adhérents de la cause royale, ne ménageant pas plus le prince que ses serviteurs. On compte ce libelle parmi les manifestes les plus véhéments de la sainte ligue : la France y est traitée comme un territoire du domaine papal. On ne manqua pas de répondre à Choppin. La réputation qu*il s'était faite comme jurisconsulte donnait a son écrit une grande autorité, et Ton pouvait craindre que ses raisons, bonnes ou mauvaises, fussent favorablement accueillies par le public. Ce fut J. Holman qui se chargea de la réponse. Cette réponse anonyme a pour titre : Anti'ChùppinuSy seu Epislola congratulatoria if. Nicodemi Turlupini ad M. Renatum Choppinum S. Unùmis hispanitalO'gallicœ advocaiwn incomparabilissimum ; 4592, in* 4*. C*est une satire quelquefois ingénieuse, souvent grossière. En voici quelques traits. On se demande ce que c'est que laroca^ Choppin : c'est, répond l'auteur, Vavocat des Chopines, adtx>catufn de Choppinis^ un gai compère, né dans TAnjou, qui ne prend jamais la plume sans s'être copieusement abreuvé de l'enivrant clairet recueilli sur les coteaux fameux de Saumur et de Cérans : « A bil)cudo, sivc choppinando istud nomen habetis, quia si choppinificentissimus magisler
884 UNB CHOPPIÀ.
Choppiotis cboppinando non choppinarct cboppioaliler dëchoppina choppinabili, profeclo diclus CboppinusDoo inéreretur cboppinificiim noroen choppinaloris, quocf ei iodiium est ex choppinalione. Nam cerlunl est quod dictus Cboppinus bene et pectoraliler diligît bonnm vinum et sine eo nunquam scribit vel coroponit (I). » — Bb quoi? reprend un autre interlocuteur, le tenant da pape, le détracteur forcené du roi, c^esi ce célèbre docteur qu'on appelait Chappinus de Domanio, lorsqu'il était bon cibyen et publiait de bons livres ! Maintenant donc qu'il est de la ligue et qu'il écrit en Thonneur de Id rébdlion maniaque, rebellianîs maniacœ, il faut loi donner te nom de Chappinus de Dummdo (S), et quand, après sa mort, le diable emportera dans les enfers son flroe perverse, il sera Chappinus de Dœmania (3). Toul le lil>elle d'Hotman est composé de ces facéties (I}. On le voit, elles ne sont pas toutes du nieilleur goAl. Le parlement de Paris eut à cœur de venger l'avocat de la ligue, et un arrêt du conseil ordonna de livrer aux flammes l'outrageux Anli-Chappinus. MaisbientAl les affaires de la ligue devinrent mauvaises, et le roi de Na* varre fut sous les portes de Paris. Le jour où il fil son entrée dans cette ville, on crut prudent d'en faire sortir les plus compromis des ligueurs, etCboppin fat
(ft) AfOM-aovs bctoln de rappeler le dieoiNn célèbre ée JaMtoa de Bragmerdo qu'imite ki le ponpliléltlre? (Gmrgmniuû, ck lH.)
(S) Je ae comprends gaèrei ce ieo de amMi»
(S) Pesé le.
(4) Bavokitiieeaires tDioetalqiiidaaialtealifMdaoaopM^ Mat se mirari quod stylos M. Cluppinl m adeo darus ri nMlb, q«M •liqnl dicoat qnod pilrla svo ia Aodettfo cM qo«dem fila qwt foealar Dwolelis, GalUcè DmHmt^ qoasi ptiria illa debcfct imhê ém* r«tnitoctaaralcibcMiu..« > ngesa»
RBNB CHOPPIN. S8ft
oomtne devant fdire partie de cette légion d'exilés. Mais il avait des amis puissants qui plaidèrent sa cause, et finsnt révoquer Tordre qui le concernait (4).
La femme de Choppin fut loin de prendre son parti sur cet événement. On Tavait comptée parmi ces matrones fanatiques qui, durant les troubles, avaient pabliquement encouragé la rébellion. Au moment où Paria ouvrit ses portes pour recevoir le Béarnais, elle devint folle, et mourut bientôt de cette folie. Choppin ne tarda pas à s'accommoder aux circonstances: on l'entendit même désavouer ses anciennes opinions et chanter la palinodie avec une assurance qui ressemblait fort à du cynisme. Cet épisode de sa vie lui fait peu d'honneur. Après avoir été Tune des enseignes du parti vaincu, Tun des plus fougueux orateurs de la Sainte-Union, après avoir injurié sur tous les modes, en vers comme en prose, Théritier légitime de la couronne, l'appelant tour à tour roitekt du Béam, Beamensis regtUus, suppôt de Satan, monstre d'impiété, etc., etc., il se montra le plus empressé des courtisans, le plus ardent des royalistes; et, pour témoigner avec plus d'éclat la véhémence de son zèle, il publia l'écrit suivant: Panegyricus HenricoIVdicalm; Lutetiœ,Fr.Morellus, 4594,in-8« (2). 11 n'y a de curieux, dans ce panégyrique, que la préface . Je confesse, dit-il au roi, que votre solennel retour à Torthodoxie m'a fait votre plus zélé partisan... 11 y a deux ans, entratné par l'inéluctable force des circonstances, j'ai fait une apologie de la missive adressée par le pape au peuple français; mais j'ai bien désiré suppri-
(1) De Thoa, HUt. Univers. U xu, p. 151 de Tédit. de Londres.
(S) Rèiniprimé dans les OratioMt CongniuUiUirWf Banofw» 1018, iii-8*.
3â6 KBRi cftomn.
mer cet écrit, et aujourd*huî je ne sais plus qu'appbodir de toutes mes forces à cette résolutioo diviuemeni inspirée qui vous a fait embrasser les dogmes chrétiens... (4). » Tout le reste est sur ce ton. Nous avens lieu de croire que, dans un temps si fécond en apostasies, celle de Ghoppin ne fût pour personne une oco»sien de scandale.
H reprit bientôt ses occupations et ses études. Jeaa Seguier, conseillerau parlement, Tavait plus d*une fois invité à composer, sur la coutume de Paris, un travail analogue a celui qu'il avait donné sur la coutume d'Angers. Il s*en était occupé, mais les troubles civils élaienl venus interrompre ses recherches. Au retour de la paix, il se remit à Tœuvre et publia bientôt: De dvili" bus Parisiomm moribus, institutis libri très; Parisiis, 4596, in-fol. La seconde et la troisième édition parurent chez les Sonnius, en 1643 et en 4 634, in*fol. (2). La dédicace de cet ouvrage est a Tadresse d*Henri IV : oa y trouve cette profession de foi*. « Gallicam monarchiam libi, rex augustissime, divinitus dataro agnosdmus, et stirpe delatam in ruinis afflictœ eversasque propemodum factionibus roipublicœ. » Ghoppin déclamam contre les factions et gémissant sur les ruines faites par la guerre civile, ne fait-il pas une étrange 6gure? Mais
(I) • Fateor me lolemiii lua id ortliodoxiam coivertloM lotan te le oiNif emm prapeotteinit Hvdiii» lugiuUMiae tMi oebitaMab (Mi iiMie nocUstioia patrii rml lefe devinctoiii. Code, qwa bieante anlea De FoodScio ad GbIIin diplonate tcripCan a noms gralaUilo» nca emrtmrat vn indoeubUii tcmporvin btonuBt •«pariai na percnpitnas, sralalentci obiiiie iospiralo coelitiit rrgiit anlnit cltfit> lianonnD dogmatum oompleioi et pertuatiooi. •
(t) Rooi troavooi, ao catalo^e de rabèé BeCn, Pindicalioa d*oae Iradoctioa fniiçalie de cet cooMMiilairca, publiée te-4*, imw Mtre iodk. Noat ne la coanainons pas.
tiBNS CHOPPIN. 38t
il faut passer à côté de ces ioconvenaûces, et, sans y prendre garde, aller tout de suite au commentaire sur leà coutumes parisiennes. L'auteur se propose de faire partout connaître les pratiques judiciaires du Parlement ée Paris, voulant ainsi travailler à simplifier la jurisprudence. 11 lui semble que, dans un étal régi par une steule volonté, la volonté du prince, dans un état où la loi politique est universelle, lex cBCumenicaj c* est de Tanarchie que la multiplicité des coutumes, que la diversité des institutions civiles. Opinion très juste, développée dans un traité plein de science, que nos docteurs pourraient consulter encore avec fruit. Le premier livre du traité a pour matière les biens; le deuxième, les moyens d acquérir et de conserver; le troisième, les formules du droit. A la fin se trouvent un opuscule de Cboppin, dont le titre indique assez loljjet : De senatoria auctoritcUe eloginm^ et le texte latin de la loi municipale de Paris, réformée en 4590.
Choppin avait acheté aux portes de Paris, à Cachant, près Arcueil, avec les profits de sa charge et de ses livres, une maison retirée, qu'il appelait son Lalium. Cette maison était située près de l'H&tel d' Anjou ^ donné par Jean, duc de Bretagne, au connétable Bertrand Duguesclin, et cédé par celui-ci à Louis 4*% duc d'Anjou (4). C'est là que Cboppin allait chercher le silence, et se reposer des fatigues du palais. En l'année 4595, il dit aux affaires un dernier et solennel adieu, et vint se confiner dans cette retraite (i). Il y composa ses derniers ouvrages et corrigea les nou-
(i) Cammtnlaires sur la eoutioM ttAiyou^ à U fia do lif re L
(S) Eptire aux amateurs eu éroU eivii^ en lAle de le woonde édit» (idOO) da traité D€ Ugibat antiium.
588 RSHÊ CHOPPIK.
velles éditions des premiers. Après les commentaires la coutume de Paris, il publia encore : Monasiiœn de jure ccmobiorum libriduo; Parisiis, 4604 et I64 0, in- fol. J. Toumel a traduit ce traité de jurisprudence canonique, sous le titre de : Deux livres des droits des religieux et des Monastères; Paris, 4649, in-i*. Cet ouvrage plein de renseignements utiles, mais, toutefois, itioins estimé que les autres grands traités de Choppin, est le dernier produit de ses veilles laborieuses. 11 mourut, le 2 février 4606, tandis qu'on Toperait de la pierre (4), et fut enseveli dans l'église de Saint-Benoit. Tous les avocats au parlement assistèrent, en habit de deuil, au service funèbre de leur plus illustre confrère, « Tauteur de la plus rare érudition qui eût encore écrit sur le droit français (S). » Choppin laissait, entre autres enfants, un fils qui hérita de sa robe, mais non pas de sa renommée (3).
Les œuvres de René Choppin ont été recueillies, après
(4) G*ett œ que noot lisons dans uoe de scj épitaphes :
Ahl maie sit fobis, tudti o larba secaodi, Crinc oiidttctos qai ferro apcrire iDeali», Qui lumbos artusqne noo baod moerooe soUtii Rinaiif iDgenitos scopnlos natîYaqae saia Qui cced dubio per Ttilnera quxriiii ausu, Qaam maie Choppinos vesUa traclalas ab atte?
Femun inter saevasqoe maoos et dira cnienU Tela ministerii Tato meliore necator DifOttS»...
Soif anl le Joumml du régne dé Btnri IF^ U serait aort d*atte ga»* Irène à la fcsaie.
(5) Boisriev, TrmlU dé ruMLgé du fiêft «fi Daupkiné^ eh. 50.
(8) Il s*appelalt AugoaUn Cboppin. C*egt à lui sans dovie ««'il faut altribner une traductlcMi improptenent inscrite par Qéacnt (Catalog. ns. de la bibâiotb. naUonale) parmi les œuvres de Rcn« Cboppin. Voici le titre de cet onTrage : Lé êeitnee dm momd$ m U $Mgum€ivik d$ CmrdMftnà* par k Menr Cboppini PariSi QidMlt iO»S, iB*4*.
iBAH oAunn. 389
sa mort, en un seul corps d ouvrage: Renati Ghoppini Opéra; Parisiis, 4609, i vol. în-fol. Traduit en français par Jean Tournel, ce recueil eut deux éditions : la première, de Paris, 4635, en 3 vol. in-fol.; la seconde^ du même lieu, 4662, en 5 vol. in-fol.
BOUCLIER (Julien).
Julien BOUCLIER (4), né au Mans dans la première moitié du xvi* siècle, embrassa Tinstilut des Jésuites. Nous apprenons de Philippe Alegambe qu*il enseigna d'abord les humanités à Billons, puis la philosophie à Toumon, et fut le premier principal du collège de Nevers [î). 11 mourut à Chambéry, le 4 4 juillet 4586. 11 a, dit-on, beaucoup écrit, en prose et en vers, mais le P. Alegambe n'a connu de lui qu'un traité contre Pierre Agar, ministre protestant à Grenoble : Disputatio cum Petro Agar ministro Delphinate. Cet ouvrage est sans doute resté manuscrit. Du Verdier n'en parle pas.
GAUTIER (Jean).
On lit dans La Croix du Maine : « Jean GAUTIER, sieur de Brusion, gentilhomme Angevin, maistre des comptes eh Bretagne. Il a escrit un livre de rOrt^tne» Excellence et Progrez de Vestat et office de Maistre dea comptes, lequel n'est encores imprimé. 11 florist cette
(0 tf* Desportes TappcUe, par erreur, Jolien Boucher (Bibliogr» eu mmaiû,)
(S) StrtpU MMSl* /«#•
880 mcsasi Birnn»
année 4581. » Nous n*avons pas d'antres renseignements sur ce Jean Gautier. Ni La Monnoye, ni Mercier
de Saint-Léger ne noos apprennent que son livre ait été «
mis sous presse.
BESNARD (Hilaire).
Lepaige attribue à un certain Otlaibb BESNARD, né, dit-il, au Mans, et mort à Paris, en 4687, un Voffage dans le Levant^ édité à Paris, in-folio, avec Bgures. Nous avons vainement recherché cet ouvrage, qu*il ne Tant pas confondre avec le Voyage de Hiémsalem et on* ires lieux de la Terre Saincte^ publié en 4624, in-8*, par Nicolas Bénard, Parisien.
RIPPIER (Michel).
MicHBL RIPPIBR, né au Mans dans la seconde OKMlié du xvn* siècle, fut avocat au parlement de Paris. 11 avait formé le projet de donner au public quelque grand ouvrage sur les coutumes du Maine, mais il ne nous a laissé que les premières pages de ce travail : Préface historique pour servir à la conférence de la coutume du Maine avec la coutume de Paris; Paris, Josse, 4701, in-4*. Cette préface est, comme Tindique le titre, une histoire sommaire de la province dont Rtppier s'était proposé de commenter les usages et les lois. Après avoir adopté Topinion de Le Corvaisier en ce qui regarde Tépoque de la mission de saint Julien, Tauteur rapporte les principaux événements qui sont venus changer la condition politique des habitants du Maine : il dit
lAOQCW âCBBIT. 891
suile dans quel temps les coutumes de oetle province furail pour la première fois recueillies en un corps d*inslitulions civiles, et apprécie la valeur des commentaires d^ mis aux mains des apprentis jurisconsultes par Bodréau,Louis des Malicoteset quelques autres. Rippier avait déclaré, dans le titre même de cette préface, que silon s'en montrait satisfait, il donnerait la suite de son travail. Ou le public n'a pas témoigné cette satisfaction, ou Rippier n*a pas tenu sa promesse.
AUBERT (Jacques).
On Ut dans la Bibliothèque françoise de la Croix du Maine, h la leUre A : a AUBERT, natif du pays du Maine, médecin à Lausanne, Tan 4570. 11 a escril quelques Iraictez de médecine, imprimez à Lausanne, chez François Le Preux. « Plus loin, à la lettre J, La Croix du Maine publie la notice suivante : a Jacques Aubert, mé* decin vendomois. 11 a escrit des Natures et Gomplexions des hommes et d*une chacune partie d*iceux et aussi des signes par lesquels on peult discerner la diversité d'ioelles, imprimé h Paris, chez la veufve de Pierre du Pré, Tan 4572. » La Croix du Maine n*a-t-il pas consacré deux articles au mftme auteur ? On le suppose dés Tabord. A Tappul de cette supposition vient ce qu*on lit dans la Bibliothèque de Du Verdier : « Jacques Aubert, Vendosmois, a escrit en S4 chapitres un livre Des Natures et Gomplexions des hommes et de chacune partie d'iceux, et aussi des signes par lesquels, etc., etc., imprimé à Lausanne, in -s*, pgir François Le Preux, 4574, et h Paris, in-4C, par. la veuve Pierre Du Pré, 4572. » Voici ce que nous avons dit ailleurs a ce sm'et :
8M JAOQUIS AUIIIT.
c C'est à Lausanne que, suivant La Croix du Maine, furent imprimés les traités d'Aubert, médecin nianceau; c*est à Lausanne que, suivant Du Verdier, eut lieu la première impression du traité Des Satures et Cornpleanons de Jacques Aubert, médecin vendômois. Bq outre, ce traité Des Natures et CcmfUxùms, imprimé, suivant La Croix du Maine, à Paris, chez la veuve Pierre Du Pré, avait été déjà publié, suivant Du Verdier, chez Le Preux, à Lausanne, et ce Le Preux est désigné par La Croix du Maine comme Téditeur des œuvres médicales du médecin manceau. Il est donc évident qu'il sV gît ici d*un seul auteur que La Croix du Maine a porté d*abord à la lettre A de sa Bibliothèque, ignorant son prénom, et qu'ensuite il a, mieux informé, inscrit à h lettre J. Cependant toute difficulté n*est pas résolue. L'un des deux auteurs est dit a natif du pays du Maine, > et Tautre vendémois. La Monnoye ayant rencontré sur on traité latin du médecin de Lausanne cette désignation : /aco6t Auberti Vindonis, a traduit le mot Fiiictomf par de Laval au Maine (t ). La Croix du Maine et Du Vcr« dier auraient donc lu Vindocinensis, de Vendôme, pour Vindonis, et à ce compte le Vendômois Aubert serait Aubert natif du Maine. Maïs celte explication ne peut être reçue. En effet, la ville de Laval a été désignée en latin sous les noms divers de Lavallum, LacaUeum^ LavalliSy Fo//is, Vallis Guidants (S), mais jamais sous celui de Vindonis. C*esl une grosse erreur de La Monnoye. Vindonis, Vindonensis^ Vindocinensis pagus, c'est le Vendômois. Et, d'ailleurs, il existe plus d'un traité
(i) Notes rar JuUH, à !• leUre A. «dit de La Ooii d« MiJm^ par Rigolcy de JoTlgoy.
(S) U,C»n^Géogr.mi^
IA0QVI8 AVBIRT. 89S
latin de J. Aubert ; nous en connaissons plusieurs dont les uns portent au (ilre Vindonis, les autres Ftiidocàiensis medid. Jacques Aubert, médecin h Lausanne, était donc incontestablement originaire du Venddmois. Mais tout le Bas-Vendômois, où se trouvaient les bourgs, les villes considérables de Lavardin, Montoire, Roches^ Lévesque, Savigny, Troo, etc., etc., appartenait alors au diocèse du Mans. D'où il suit que Jacques Aubert pouvait être à la fois du Vendômois et du Haine : du Venddmois au temporel ; du Maine au spirituel. C'est là ce qui nous paratt démontrer l'identité des deux auteurs. Il n'en faut donc reconnaître qu'un : Vendômois, selon Du Verdier; Venddmois et Manceau, selon La Croix du Maine, né sans doute h Montoire, patrie de Bouvard et de Chartier (1). MM. Chaussier et Adelon (2) ne désignent, il est vrai, qu'un seul Jacques Aubert, médecin à Lausanne, aiiteur du livre Des Natures et Cornpïexions et du traité de Metaltorum Ortu, mentionné par La Monnoye ; mais ils le font nattre à Vendôme et mourir à Lausanne en 4586. Il est né dans le Bas-Vendômois et non pas à Vendôme, Vendôme étant, comme
(1) Noos tionteroDt à ces deux noms eelui de Philippe de Vontoire, médecin célèbre do xiv* siècle, sur lequel Simon de Phares nous a transmis quelques renseignements. Voici le passage de cet aotenr qni concerne notre docteur :
• M aistre Philippe de Montoire, docteur à Paris en médecine, et souverain astrologien, fnst en ce temps à Paris prooosticant chascun an : et, en d*aucunes siennes pronosUcaUons, pronostica les subsides que le pappe Innocent vouloit mettre sus; car il créa trente cardi* naulx et s^esTorça asses tost ap^^s de lever sur la moistié de TEglite : à quoi résista es France Tescolle de Paris, et envoya l'Université devers le roy Charles, pour celte cause, aucuns notables desqoeulx est chef iceluy M* Philippe de Montoire, et dient aucuns que depuis il fut Tun des 80 cardinaux. • Simon de Phares» ReeutUdeêpluêtilè' brtt astrologues. Ms. de Tanc fonds franc n* 7487* (Blblioth* naU)
(S) Biographie univcrselk de MJcbaiid.
capitale du Haut - Vendômois , du diocèse de Chartres (4 )• »
Ces explications données, nous allons faire connaître les ouvrages de Jacques Aubert, dont la liste n*esl oooh pléte ni chez La Croix du Maine, ni chez Du Yerdîer.
Il s*agit d'abord d'un Libellus de Peste ; Lausonii, 4674, in-8*. Nous ne trouvons que le titre de cei ou* vrage : il paraît que les exemplaires en sont rares. Il faut citer ensuite : Des Nahires et Cùmplexùrns des hommes et de chacune partie d'iceux, etc., etc.; Laa* sanne. Le Preux, 4574, petit in-S* de 20Spag^, ei Paris, veuve Du Pré, 4572, in-46. Dans la dédicace de ce livre, adressée à lavoyer de Berne, J. Aubert dit qu*n Ta traduit en français d'un ouvrage latin.
Le traité de J. Aubert qui fit le plus de bruit, a pour titre : De UetaUorum Ortu et Cousis amjtra chemistas brevis et dilucida Explicatio; Lugduni, J. Berion, 457S, in-8* de 70 pages. C*est un pamphlet véhément coolre les alchimistes. Ils s'empressèrent de répondre à cette provocation. Un d'entre eux, Joseph Du Chesoe, sieur de la Violette, publia contre Aubert : AdJacobiAuberti^ Vindonis, de Ortu et causis Metallorum. . . Josephi Quercetani, Anneniaci, Responsio; Lugduni, Lertot, 4575, in-8*. En tète de ce volume se trouvent diverses épi-
(1) BiitiûgrêpkU tmivermilê, publiée ptr M, JtOMi, pw SS de la promère partie. (Tmw i.)
AfontoM qoe Le G>nraitier ctl loat-à-litt de aoUc afii. Nom publieront id DD ptnafe de Le Conrtiiier qvi B*éUil pas cneore tombé tous DOS yeni an nomeDl où novs a?oos conmwlf né la noie qae roQ fient de Ure à rèdileur de la Bihliogr. mmivwrs.
Ba parlant d^AMbrobe Paré, Le Corraislcr sVipriase ainsi : « Il afolt pour eonlnnporains et eùmptirioim pKisteart aeeUcnts médn* eina, tels qn*élolent iacfvci Aobert, qmi êatm^t awêe f4^mMim Sm
grammes latines et françaises contre le médecin vendômois. Nous citerons celle-ci :
SONNET AU. h éL
Askotdeoe tien petit Hvfc^ De œ tien nalD, ton BonrriiMMi, Gtrdé dix ins en ti naifoii, La presse ne ftat si tost litee^
Qa*il vooiat les géans ensolne EsdieUant les eieax sans raison.
Et faisant du mauTais ganoa :
— Là haut, dil-il, il me faut fifre,
Poor moy seul est eette Ambroisie I — Lors Jupin, qui fit la folie De ce salant, lui dit : — Tout beau !
A tort )*empio|erois mon foudre ; tf lis f ons seres dans nn tombeau En un moment rftdnict en pondre.
J. Aubert répondit aux chimistes représentés par Du Chesne : Jacobi Auberti, Vindonis medici, duœ Apoïogeticœ Responsiones ad Josephum Quercetanum; Lugduni, Ausultus, 4 576, in-8«. Celte réponse est précédée de quelques vers adressés par un anonyme aux détracteurs d*Aubert :
Atqui non pndnit {uv enes, implomibos alis, Aspersisse senem probris et pure maligne.
Qoc tamen in tenues f anescnnt band secos auras Quam chemyenm toties ex Ibllibus efolat aurum
Un certain Jean- Antoine Fenot, de Bâie, prit aussi la défense d' Aubert dans le pamphlet suivant : Aleanpftormactim, 9we Àf^idotus Apolegetioa ad virulmUas
806 ucQcn AivutT.
Josephi cujuidam QuerceUmi evomUas in librum J. Auberîi de Ortu, etc., etc.; Basile», in-8*. Les chimisles répliquèrent : Prisciani, CœsariensiSy adversus Juc. Aûbertiitn, pseudo-medicum, Grammaiica expostulatto: Lugduni, in-8*, sans autre Indication. On suppose que Priscien s'adresse au public pour lui dénoncer quelques incorrections grammaticales, commises par Jac. Âubert. Au préambule se trouvent encore des épigrammes. Celles-ci ne sont pas du meilleur goût. On lappréciera par le sonnet suivant :
Priscian à ses compagnons tes gratumairiens.
Tout, Valle et Ctlepio, Donat et DespauUlre, Vous» dy-ie, qvi haDin avee moy In régcots Qui se peinent d*apprendre aux pins petits cnlknts Da collège, les lolz qni sont en la graouBalre^
Donnei oomomn secours à on eommnn affaire; Aceoam, mes amis, on tons ?ot radlmcnls Sont dn tont renTetsés par Jaqoet coarbé d*ans, Qoi se mooitre à ce conp notre grand adfcrsalitw
To j, Valle, garde bien. Je te pry*, d*nne part
Que le galant n*eschappe. — Or snsl brajH à part !
Puisque nous le tenons, nous te ferons dctdirel
laqnet criolt mercy ; Il mlsselolt de sang.
Quand le bon Calepin, qui fessoit en son rang. Le las€ba« Mais ponrquoy ? Fy ! fe no Pose dire*
Ce gros mot acheva le débat. Aubert ne voulut p«H sans doute répondre sur ce ton. Il publia dans la suite : Progynmasmata in Joan. Femelii, med., librum de ofrditis rerum naturaliwn et medicamentorum causis ; Basileœ, Seb. Henricpetrus, 4579, in-S*. A cette date, J. Aubert habitait la ville de Berne. On a encore du même auteur : Jacobi Auberti. Vindocinami
JBÀN-LOUIS DB F&OHBNTlitRBS. 597
Insttiutiones physicœ in quatuor partes dtstributœ, quœ adeo perspicuœ sunt ut m libros Aristôtelts qui Ilepl (pu<nx9iç axpoacreoiç inscribufUur^ instar commentartorum ûiscribi possinl ; Lugduni, AdI. de Harsy, 4584, in-8«. C*esl Du Verdier qui nous signale ce volume, dans son supplément à la Bibliothèque de Gesner. Nous connaissons encore, de Jacques Aubert, un opuscule de 72 pages, sous ce litre : Semeiotice, sive ratio dignoscendarum sedium mole affectarum et affecluum prœter fuituram; Lausanne, 4 587, et Lyon, J. Chouet, 4596, in-8".
FROMENTIÊRES (jean-louis de).
Jkan-Louis FROUENTIÈRES, sieur des Etangs (4), né à Saint-Denis-de-Gastines, au Bas-Haine, en Tannée 4632, fut un des prédicateurs les mieux famés<)u xvu* siécie.Gomme fils de noble maison, il était destiné par sa famille à servir dans Tordre de Malte ; service devenu facile et peu périlleux, depuis que les anciens statuts de cet ordre étaient tombés en désuétude, et que la plupart des chevaliers étaient autorisés à demeurer sur le continent. Cependant on put bientôt apprécier que le jeune Fromentiéres avait une tout autre vocation. Placé chez les PP. de TOratoire, au Mans, il fit, sous leur discipline, de bonnes études, et manifesta dés lors un goût fort vif pour les exercices parénétiques auxquels ils prenaient soin de former leurs élèves : il lisait constam-
(4) Les EtaDg8*rArclieTéqiie, terre silnée près de 8tiot*VioceDt« du-Lorouer. Les armes de cette famille étaient d*argeot à deax ftsces degueuies.
UMsni les oeuvres classiques des mallres de b chabe, les retenait de D(kéifioire et se plaisait à les déclamer s«r le loD, avec les gestes convenus. Lui voyant celle disposition d'esprit, ses parents Tabandonnèrent ahvs à h conduite de ses supérieurs, et ceux-ci renvoyèrent es 1648 a Paris, au séminaire de Saint-Magloire, dirigé par ub prédicateur renommé, le P. Séoault.
Bientôt on le mit à Tépreuve : il n avait que dix-hoit ans. U parait qu*il se lira bien de ce pas redoutable. 11 joignait à de fortes études une assurance précoce, et prémuni par les conseils du P. en ault contre les écarts ordinaires, el, si Ton peut ainsi parler, les excès oratoires de la jeunesse, il se fit applaudir. A da* ter de cette époque, il parut successivement dans pha» sieurs cbaires, à Notre-^Dame, è Saint-André» à SainI* Gervais; partout on se montrait curieux d entendre le jeune prédâealeor.
Il avaitacquisdéjè la plusbrillante renommée, quand, le 6 mars I66S, il fut chargé de prononcer Téloge Ai* nèbro d*Anne d'Autriche, dans Téglise des Martyrs â Montmarlra.Nous avons cette oraison funèbre.On peut h comparer è celles que d'autres orateurs du temps firent en Thonneur de la même princesse; on ne trouvera pas que Fabbé de Fromentières se soit exprimé dans un langage moins élevé que son maître, le P. Senaultet son il* lustre condisciple, Hascaron. Il (ut, dans la suite, chargé de prononcer, en diverses églises du diocèse de Paris et de Reims, les éloges de rarchevcV]ue de Paris, Hardouin de Péréfixc, du cardinal Antoine Barborin, archevAque de Reims, premier pair et grand-aumonier de France, du ministre Hugues de Lionne, de la princesse de Gonti, du P. Senault. Ses succès oratoires lui valurent le titre
J£AN-tOIJI8 ra VlOMBNTISRn. 999
de prédicateur ordinaire du roi, et ce fut en celte qualité qu'il prêcha devant Iacourraventdel672. L'année suivante, i'évèché d*Aire, en Gascogne, ayant perdu son chef spirituel, le roi pourvût de cet emploi Tabbé de Promentiéres.
L'administration diocésaine n'était pas le principal Souci des évèques; ils abandonnaient volontiers à des clercs inférieurs la gestion de leurs intérêts épîScopaux pour exercer eux-mêmes le ministère de la parole. G*est un usage auquel Promentiéres ne manqua pas de se conformer. On raconte que plus d'une fois, dans son église cathédrale, il interrompit tout h coup le service divin pour adresser au peuple assemblé des instructions familières. Ses voyages fréquents à Paris nous sont attestés par sa présence dans quelque chaire. En 4674, aux Carmélites, il adresse de solennelles admonitions è la duchessede la Vallière prenant le voile des pénitentes; en 4 680, il prêche le carême devant le roi. On attribue à l'évêqoe d'Aire plusieurs conversions éclatantes : on ajoute que, par ses remontrances, il fit cesser, dans son diocèse, les combats de taureaux. Jean Louis de Promentiéres mourut en 4684, dans sa ville épiscopale, après avoir désigné pour lieu de sa sépulture l'endroit où Ton avait coutume d'enterrer les plus pauvres des fidèles.
Nous parlerons maintenant de ses œuvres. Elles se composent de deux recueils, contenant l'un ses sermons, l'autre ses oraisons funèbres. En mourant, il avait demandé qu'on mit au feu tous ses discours: requête diversement qualifiée. Ce fut, suivant Moreri, l'acte d'une modestie vraiment exemplaire; dédaignant la louange, il voulait ne laisser après lui aucun titre à la renommée.
400 JRAN-LODU DE FEOHDITimBS.
Ce fut, suivant Tabbé Ledru (4), un calcul d amourpropre; n*ayant pas eu le loisir de mettre la dernière main à ses compositions parénétiques, il craignait d*d(re mal jugé sur des ouvrages imparfoits. Quoi qu'il eo soii« il ne fut pas tenu compte de ce vœu, car les œuvres de Fromentières furent publiées Tannée même de sa mort. Nous n'avons pu nous procurer cette édition qui se compose de six volumes, au témoignage de Tabbé Ledm et de M. Peignot. Les oraisons funèbres furent eosoile réimprimés sous ce titre : OEuvres méléesde Hess*. J. L. de Fromentières; Paris, Couterot, 4690, in-8*; Lyoo, Briasson, 474 0, in-42. Les éloges d'Anne d'Autriche, d'Hardouin de Péréfixe et de M. de Lionne avaient été déjà publiés séparément en 4666 et en 4674 . On trouve encore, dans ce volume, un discours sur la réparatioo d'un sacrilège commis, le 3 août 4670, dans l'élise de Paris, déjà publié en 4670, in-4<>, et le sermon sur une véture de religieuse, inséré par l'abbé Le Quenlx dans sa Vie de Madame de la VcUlière. Une édition partielle des sermons parut en 4 696, sous le titre de : Carême de Hess*. Jean-Louis de Fromentières ; Paris, Couterot, 3 vol. in-8* (2). Nous préférons ces sermons aux oraisons funèbres. Ils se font remarquer par la noblesse, Télévalion, la vigueur constante du langage. Fromentières appartenait à la grande école de Bossuet, de Fléchier, de Bourdaloue; il s'exprimait dans cette langue fièro, vi* rile, dont Fénélon a prétendu corriger la rudesse, dont Massillon a corrompu raiislérité. C est, d'ailleurs, une
(4) BiogrtphU mmivmmUê 4e llidnad. — Àmmuëir* éê Im SmrH^ âSSO.
(5) Un de en sermont m retrouve manotcrit dtM un rccucU ée la BibUolb. MUootle. ^«^^(» f^mu, n* 1667.
LOUIS HOBLLBT. 401
ekrour commune que d'attribuer à Bossuet rinvention de ce haut style dans lequel il a excellé. L'emploi fréquent des images saisissantes et de ces locutions hardies, qui tour à tour élèvent et terrassent lespril de lauditeur, appartient à la manière oratoire du xvr siècle : Bossuet doit au P. Senault ce que Pierre Corneille doit à Rotrou; il n a pas inventé, il a perfectionné les procédés dont il a fait usage. Formé sous la discipliné du P. Senault, Fromentières a connu ces procédéis, et quelques-uns de ses sermons ne sont pas inférieurs a ceux des grands orateurs du temps.
LAMY (elie).
ËLiE LAMY, né à Mayenne, fut un des élèves de Placé au petit collège de la Couture. Il n'est coilnu que par une épigramme latine qui se voit en tète de la seconde partie du Catéchisme latin de René Placé (4).
HOELLET (louis).
Louis HOELLET ou Houalbt, sieur du Bourg, avocat au siège présidial du Mans, écheviu de cette ville en 4 583 (2), bailli de la Suze, « a escril, suivant La Croix du Maine, quelquesobservalions et annotations sur le Cousiumier du Maine » et divers autres opuscules de juris-
(I) Voir Uitl. Lin. du Main», U i, p. i.
(S) M. CaofiD, Dû CJdmin. Muidclp,^ p. 47.
ion BfcRÀAiD Gùrimii.
prudence. Aucune de ses œuvres n'est venue jusqu a bous.
BbUVET (rené).
René toUVET, èieur de Bossé (4), oonMIIer au siège présîdial du Mans, est auteur d'une relation insérée presque intégralement dans la Bibliùthèqùô lUlérairt d'Ansart. Cetlo relation a pour objet un voyage fait à Sauges, paroisse du doyenné de Brûlon, au pays des Ai* viens. Elle nous semble d*un médiocre intérêt. René bouvet fit son voyage en 4706, et mourut Tannée soi* vante.
GARNIER (jeam).
On lit dans la Bibliothèque Françoise de La Croix du Haine: a Jean GAENIëR, sieur de la Guiardière, naiirde Laval au Maine, poêle françois et historien . Il a escrit plusieurs poësies françoises, et entre autres un poëme qu'il intitula La mer rouge. Ce livre n est encores imprime. J*ay appris cecy de M. de Loriére, frère du susdit, a Nous n'avons pas d autres renseignements sur ce Jean Gamier. Son poème de la Mer rouge est sans doule demeuré maDuscril.