GUYARD (BERNARD
Bkk.naad 6UYABD, né à Craon en 4 604 . fit professioa de la règle de Saint- Dominique au couvent de Rennes.
(4) Tau leirwiifiale de la paro'iM d^AaUfH.
BIRltAftD GUYABD. t03
Dé Rennes il Tut envoyé à Paris, où nous le voyons passer ses examens pour la licence en 4644, et, docteur à quelque temps de là, professer avec le plus grand snccés au collège du couvent de Saint-Jacques. 11 fut ensuite prédicatear, et se fit entendre à Paris et en d'autres villes. Quétif et Echard nous ont transmis quelques détails sur rhistoire de sa vie (4 ) : mais ces détails ont peu d'intérêt. On Ht ailleurs que, durant les IrouMes de la Fronde, ayant attaqué les chefs du parti, il fut conduit à la Bastille et y demeura quelques mois (2]. Il mourut à Paris, le 49 juillet 4674, ayant les titres de conseiller et de prédicateur du roi, et occupant la charge de premier régent au coll^ de Saint-Jacques. Voici son portrait : c Obesa fuit fade et carpore; tinde, justa licet acprocera corporis mole, stalura tamen vcdde mediocri cemebalur (3). » C*est sans doute à cause de cette obésité qu'on rappelait le docteur Pouf. Parlons maintenant de ses livres.
Il faut d*abord mentionner : La Vie de SaùU Vincent Pertier, religieux de F ordre des frères Prêcheurs; Paris, D. Moreau, 4634, in-S*". Le titre de ce livre nous fait connaître que frère B. Guyard avait pris en religion le nom de Jesus-Maria. C*est un livre mystique, qui contient plus de fables que de récits dignes de foi; mais ces fables ne sont pas racontées dans un style trop vulgaire. Vincent Ferrier, ou plutôt Ferrera, est un saint du diocèse de Valence, en Espagne; cependant, comme il est mort à Vannes, en Bretagne, tous les hagiographes
(1) Seripiare* Ord» PranOe^f t n« p. 653»
(S) Biogr» «iicv. de Michaad*
(S) 5«rt>* Ord. Prœdte^f toco dtitoi
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fraDçais ont célébré sa mémoire. Bernard Guyard a
dédié sa Vie à Sébast ien de Rosmadec, é vèque de V
H n'était encore que bachelier en théologie lorsqu'il prononça, le 4 5 juin 4 643, en Téglise de la Madeidne. à Paris, Téloge funèbre de Louis XIU : Oraison fwutbrt prononcée à Paris, eti l'église de la Magdeleine, au de Louis-k' Juste, roi de France el de Navarre: A. Golinet, 4GI3, in-i^, Ëchard avoue que cette oraison est assez pauvre, bien que Iduteur y ait prodigué les tropes et les métaphores. Nous ne pouvons que souscrire à ce jugement : il est même peu sévère, car 1rs écarts oratoires de frère Guyard dépassent quelquefois la limite connue de l'emphase et du faux goût. Voici, comme spécimen de sa manière, le premier paragra* phe de sou exorde :
Juiius ui ptitma florebit! Quelle rencontre des pilom a?cc In larmes, du Uiomphe arec une perte si aernibie et si générale, q«*clle porte tto coop mortel aa cœar de la Fraooe el de toos les François! Les fredons de la plut douce musique ne sout-ils pas importaas quand ils trenrent en leur chemin des pranellei Uimoyaulct po«r aborder des oreilles qui ne veulent entendre t en uo au^ faocste accident» que dii soupirs d des sanglots? Et qnoy, la paloK qui ne mène hvec soy que des enseignes déployées, des légkms fimdi uja a les, des canons comme des nuées pleines de foudre et de l—icm% des trompettes en signe de réjouissance, et des captlb pov rdcvcr la grandeur du Uiomplie, peut-elle s^adjuiler avec les aoopin ém peuple, les sanglots de la iusticr , les regrets de la noMesae, ks angoisses des M uses et les larmes de l*F.gtlse, qui tous ensemble est perda leur père, leur législateur, leur roy, leur Mécénas, leur proicclear en la mort de Louis-leJuste ? Hélas I la pourpre s*est retirée de des sus les épaules des princes et seigneurs de la cour, les plumes q«i COUT rotent leurs castors ont revoie dsns les désetts, les creipcs oui pris leur place; les chevaux, les caresses, les parois mtsme en porlent le grand deuil : oommept doac k traverser par on dimat» de
BERNARD OUTARD. 40S
palmes qni feulent foir le natare déployée en lei plus grandes allé* gnases? Et quoy, Messieura, ne de? rois-je pas |*lusto8t dépeupler le monde de cyprrz pour porter sur la tombe de ce grand prince, comme fit autrefois Boreas, roy des Celtes^ après avoir perdu sa fille Cyparissa; ce qui fut cause qu*oa nomma son sépulcfare cyprei? Ne devrols-je pas plostost demander au ciil qu*il fist de mes yeux non deox fontaines, mais deux mers, ou quMI me convertis! en rocher, comme Niobé, pour plorer four et nuit ce désastre commun? Ony, Messieurs, je veux m*y opioiatrer, je renonce à tontes les consolations, et le plus grand supplice qui me puisse arriver ce serait de veoir ma donleor diminuée par la longueur du temps qui me serait cniel et non fkvorable en ce point.
C'en est assez : cel échantillon du style de Guyard témoigne qu'il appartient à l'école des panégyristes grotesques. C'est vingt ans après que Bossuet changea le Ion de l'oraison funèbre.
B. Guyard intervint dcins la querelle du jansénisme. Voici le titre du manifeste qu'il publia pour défendre saint Thomas, accusé de complicité dans les prétendues erreurs^del'évèqued'Ypres: Discrimina interdoclrinam thomisticam et jansenianam; Parisiis, D.Thierry, 1655, in-l*. C'est une première apologie de saint Thomas. Il eut bietitôt occasion d'en composer quelques autres. Le chanoine Jean de Launoy avait osé prétendre que le maître de l'école dominicaine avait été fort ignorant dans la langue grecque. Une telle assertion devait causer quelque scandale au couvent de Saint-Jacques : Bernard Guyard, comme professeur du lieu, s'empressa de la démentir dans l'écrit suivant : Dissertatio uh^m S.Thomas ccdluerit linguam grœcam; Parisiis, Lecointe, 4667, in-S"". 11 n'y a plus aujourd'hui de débat sur celle question intéressante. S. Thomas ne savait pas le grec, ou, du moins, il n'avait de cette langue qu'une con-
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naissance ioul-à*rail élémentaire; et quand il élailearieux de consulter certains livres grecs dont il n'existait pas de version latine, il les faisait traduire pour son usage par son confrère et ami le docte Guillaume de Moerbeka. Il en a fait lui-même Taveu. On sait, d'ailleurs, que la connaissance du grec était peu répandue au commencement du xui* siècle. Nous nous rangeoiit donc sur ce point à lopinion de Jean de Launoy. Le vo> lume où se trouve la dissertation dont nous venons de rendre un compte sommaire, contient encore trois opuscules deB. Guyard contrôle même critique. Ayant admis comme un article de foi que le pape est infaillible, S. Thomas avait recherché dans les anciens auleon les passages qu'il pouvait invoquer à Tappui de celle doctrine. Jean de L^unoy, gallican déclaré, n'avait pas trouvé fort exactes les citations faites par TAnge de récole, et les avait censurées avec une entière liberté d*esprit et de langage. Cela devait déplaire aux domî* nicains. B. Guyard répondit en leur nom i Tintraita • ble dénicheur de saints. Voici les titres de ses réponses * In prinuxm magistri Launoii Epistolam ad Antanium Pavrum; In secundam Launoiiquœ est ad Ant. Pacrvm Epistolam; Fr. Bem. Guyard Joanni Laxmoio il s a|;il principalement, dans ces opuscules, de Tunité de Téglise, de Tautonté du Saint-Siège et de la puissance des rois.
Bernard Guyard eut ensuite une querelle fort animée avec un de nos docteurs manceaux, Levayer de Boutigny. Considérant, d*nne part, les désordres des mo-> nastéresy les vœux si souvent rompus, les pactes simo* niaques, loisiveté crapuleuse de quelques ordres, et, d'autre part, les nécessités de lEtat qui réclamait dn
BBBNAftD 6UYARD, 40T
bras valides pour continuer les enlrq>rises du graod r<M, Levayer de Bouligny avait demandé l'ajournement des vœux, la révision des régies, la suppression des dois et la réduction du nombre des maisons conventuelles. Aussil6t grand (umulle au camp d'Israël I Ber^ nard Guyard entreprit de répondre à ce réformateur téméraire. Voici le texte de sa réponse : Contre la notivelle apparition de Luther et de C(Uvin, sous les refleoHons faites sur tédit touchant la réfomuUion des monastères; Paris, 4669, in-42. Ce titre indique assez quel doit être le contenu de Topuscule. Prétendre réformer les monastères, c'est remettre en honneur le programme fameux de Luther et de Calvin, c'est renouveler d'exécrables calomnies, et pousser les princes dans la voie du sacrilège. B. Guyard ne fait pas toujours emploi d'arguments irrésistibles, mais il parle avec vivacité le langage des opinions reçues et des intérêts constitués.
Aux opuscules publiés par notre dominicain pour la défense de S. Thomas, le P. Jean de Nicolaï répliqua très vivement sous le pseudonyme d'Honoré de saùU Grégoire(i).Ge9i ce qui provoqua l'écrit suivant : Adversus métamorphoses Honorati à sancto Gregorio^ authore P. P. Bem. Guyard; Parisiis, F. Lecointe, 4670, in-S"". Cet ouvrage est un long plaidoyer pour S.Thoroas, et une longue invective contre son détracteur.
Le dernier et le plus curieux des ouvrages de B. Guyard a pour titre : La Fatalité de Saint- Cloud près Paris. Lorsqu'il commença Timpression de cet ouvrage.
(i) In éigierUUkmmn éê fittiîio S» Jliomœ grœàtmo iummaria
tfMCMÎo. Tel Cil le lili^p a« libelle de Jkwi 4e NkoH
408 BERNARD QUTAlft.
il était au Mans, exerçant la charge de prieur dans le couvent de celte ville; mais il n'y fit pas un long séjour, et, rappelé bienlôt à Paris, e*est là qu'il fit mettre sous la presse les dernières feuilles de son manuscrit. Nous avons sous les yeux un exemplaire très rare, unique peut-être, de cette édition, qui passe pour la première, donné par l'auteur à l'historien de son ordre, le P. Quetif : cet exemplaire sans titre, et par conséquent sans date, est passé de la bibliothèque de la Yallière dans la réserve de la Bibliothèque Nationale. Jusqu'à la page S, l'impression est belle, nette, le caractère est presque neuf, mais l'orthographe est ancienne : dès la page 9, le caractère et l'orthographe changent d'une manière notable. Celte édition in-folio fut, dit-on, commencée en Tannée 4672, et achevée en 4674. Hais ces dates pourraient bien n'être pas exactes. On possède, en effet, une édition in-42 qui porte, sans autre indication, la date de 4673. Nous lisons bien chez le P. Niceron que cette date est frauduleuse; mais il l'affirme sans le prouver. Or, celle édition in-8* est du même caractère que rédition in-folio, et présente les mêmes variations. Ainsi, dans l'édition in-folio, c'est, avons-nous dit, a la page 9 que le texte vieillit; dans l'édition in-8*, c'est à la page 33. Il ne serait donc pas impossible que ces deux éditions fussent la même sous un format diiïêrent. Dans cette hypothèse, elles auraient été Tune H l'autre coromeocéos en 4 672, et achevées en 4674. On nous désigne une édition de Lille, 4 673, in-4 1, que nous ne connaissons pas. Cette Fatalité de Saint^Cicud, qui se retrouve encore parmi les pièces justificatives do la Satire Ménippèe, n'est qu'un audacieux paradoxe. Malgré le témoignage de tous les historiens, B. Guyard
PtBiftB AMYS. 4M
Ireprendcle démontrer que Tassassiiiat de Henri III n*a pas été le crime d'un jacobin, de J. Clément, mais de quelque autre individu dont le nom sera toujours ignoré. Cette démonstration n*eul pas un grand succès. Jean Godefroy crut cependant devoir la réfuter dans récrit suivant : La véritable Fatalité deSaint-Cloud; Lille^ 4745, in-8*. Cet opuscule de Godefroy a été souvent publié à la suite des Mémoires de TEstoile.