JACQUES P0CS8ET
POUSSET (JACQUES).
JAG0ITB8 POUSSET , sienr de M ontauban , né ao Mans dans les premières années du XVII« siècle , fat avocat an parlement , écheyin de Paris , et mouror dans cette fille en 1685. Il jouit d'une grande réputation comme orateur et comme poète tragique. Un quatrain f dont nous regrettons de ne pas connaître Tauleur, est ainsi conçu :
Faire des Tera comme un Homère Et comme un Cicëron régner par le discours ,
C*est ce que Montauban sait faire Et dont OD D*a point yeu d'exemple de nos jours.
Rien de plus» mais rien de moins. — Si Ton use, si Ton abuse encore trop souvent de cette figure de rhétorique qui s'appelle l'hyperbole , on ne tombe plus en d'aussi graves écarts. Uais laissons de cAié ces dires frivoles , et apprécions équitablement les mentes littéraires de Pousset de Hontauban.
n parut comme avocat dans plusieurs causes célèbres ; dans celles du gueux de Vernon , des Daubriot de Courfaut, de Bernard de la Guiche , etc., etc.et nous avons quelques fragments de ses plaidoyers. Rien n'est plus bouffon : ce sont des centons d'oraisons latines très-librement traduits et cousus les uns aux autres avec assez peu d'art , des anecdotes racontées avec emphase, et des divagations grotesques : nous ne saurions rien en louer.
Nous nous arrêterons plus long-temps sur ses pièces de thé&tre : on en connaît à peine les titres , et nous
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ne croyons pas qu'elles aient été jamais analysées. La grande renommée de Racine a fait oublier tous les contemporains de P. Corneille. Quand les oreilles du public eurent entendu les vers d'Andromaque ou de Britannicw^ quand elles en eurent goûté le tour éléganty harmonieux 9 elles ne purent supporter davantage la manière moins correcte et plus rude des disciples ou des rivaux de Corneille , et ceux-ci tombèrent aussitôt en discrédit. Nous ne prétendons pas qu'on ait commis à leur égard une très-grande injustice , et nous ne blâmons pas , même dans son intolérance et dans ses excès, la révolution qui porta Racine au sommet du Parnasse. Ayant toutefois à parler du théâtre de Pousset de Hautauban » nous devons faire valoir ses titres inconnus. La première en date de ses com[>ositions dramatiques est une tragédie dont voici le titre : Zenobie, reyne d'Arménie; Paris, G. de Luine, 1653, in-12.
Zénobie , fille du roi d'Arménie , a été donnée pour femme à Rbadamiste, roi d'Iberie. Durant le repas nuptial, Rhadamiste a fait empoisonner le père et le frère de Zénobie pour se rendre maître de leurs domaines. Mais , à la nouvelle de ce double crime , les Arméniens se sont révoltés , et Rhadamiste , vaincu par leurs milices, errant sur la plage étrangère, a voulu tuer Zénobie avant de tomber lui-même aux mains des insurgés. Celle-ci , frappée de trois coups de poignard, s'est réfugiée mourante dans la cabane d'un pécheur, et, dans cette obscure retraite , elle a mis au jour une fille. Cependant Tyridate, roi des Parthes, instruit de la naissance et des malheurs de Zénobie , Fa fait venir à sa cour, et Ta persuadée de partager sa couche.
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Zénobie s*eflt engagée dans ce nouvel hymen , croyani à la mon de fthadamiste. Une aotre fille est née de cette union. Mais, pendant une longue absence de Tyndate , cette fille est morte , et Zénobie, qui a eu déji beaucoup à se plaindre de son nouveau maître , a cru devoir substituer à la fille née de Tyridate, mystérieusement ensevelie, la fille née de Rhadamisie, laissée pendant quelques années i la garde du pécheur. ^ Telle est la première partie de rexposition : elle n'est pas fort claire. Ce qui suit l*est moins encore. — Rhadamiste, ayant eu des nouvelles de Zénobie» réclame sa femme et veut prendre possession de l'Arménie ; Tyridate s'obstine à garder Zénobie , et Mi aussi de grands eCForts pour s'emparer des états de sa famille. Repoussant i la fois Rhadamiste et Tyridate , les Arméniens appellent les Romains à leur secours. Les Romains envahissent le territoire contesté; Tyridate et Rhadamiste sont vaincus, et le consul de Rome, Helvidius, vient, au nom du sénat, dire à Zénobie que le sort des deux rois est entre ses mains , qu'elle peut leur donner ou la mort ou la liberté.
HBLVIDIU8.
Enfin T08 ennemis sont en vostre puissance»
Madame , et les Romains tous Tengent par mon bras
Et de leurs cruautez et de leurs attentats.
Ces deux roya tous sont joints par le même hy menée .
Au gré de yos souhaita faites leur destinée.
Par eux sensiblement le sénat offensé ,
Comme tous dans leur mort se voit intéressé ;
N'onl-ils pas des consuls fail abatre Timagc?
A tous ses alliex n*ont*ils pas fait outrage?
Cependant il tous fait l'arbitre de leur sort....
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Perside , fille de Khadamiste » qai se croit fille de Tyridate , veut sauver celui qu'elle appelle son père , et, dans ce dessein, elle a feint d^aimer HeWidius. Celui-ci, cédant à ses prières, intercède auprès de Zénobie en fovenr des deux captifs. La cause de Tyridate est encore plaidée par son fils Pbraarte , lequel , né d*une autre mère que Zénobie , sait que Perside n*est pas sa sœur et Taime sincèrement. Mais c'est en yain qu'on sollicite la reine d'Arménie : elle veut la mort de fihadamiste et la mort de Tyridate. Elle dit à Helvidius :
Poar recevoir mes loix Rome vous a commis ; N'examinez donc rien et suivez ma colère :
Vous sçavez mon arrêt ; que rien ne le diffère. De ce plaisir si doux à mon ressentiment l'aUendrai le succès en mon appartement.
Ainsi finit le premier acte. Au début du second, Pbraarte vient ouvrir son cœur à Zénobie. Il aime Perside, mais avant de lui déclarer cet amour, il faut qu'il lui révèle le secret de sa naissance : or, s'il lui fait cette déclaration , elle ne prendra plus aucun intérêt au sort de Tyridate , et, s'il ne la fait pas, il verra Perside devenir l'épouse d'Helvidius. Dans cette alternative, il sacrifie son amour, il se dévoue pour son père • il ne dira rien. Après lui , Helvidius et Perside Tiennent supplier la reine d'épargner Tyridate. Enfin Tyridate et Rhadamisie sont amenés devant Zénobie par les ordres du consul. C'est une scène de cruels reproches : Zénobie reste inflexible.
Mais il est à craindre qu'Helvidins, disposé par Perside à la clémence , n'agisse contre les volontés de
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Zénobie. Elle a donc fait parvenir des plaintes aa steat contre la mollesse dn général , et » attendant Corbalon » qui a été désigné comme successeur i Helvidius , elle veut paraître revenue à d*autres sentiments i Fégard des rois. Elle s*adresse d'abord en ces termes à Phraarte :
le ne résiste plus , prince , et yotre prière
K sur mes senti ments une puissance entière ;
le me souviens toujours , que tous mes déplaisirs ,
Qui me coAtoient des pleurs vous coûtoient des soupira :
Et comme ces deux roys, par le mesme hymënée ,
Se treuvjsnt engagez en mesme destinée ,
le veux qu'également ils partagent le fruit
Que la pitié pour eux dans mon cœur a produit ;
le ne demande plus leur mort , ny ma rengeance ,
C'est assez d'en aroir témoigné la puissance,
Que Rome s'intéresse , et que , par son secours ,
le me voye aujourd'huy mais tresse de leurs jours :
Je veux, quand mon courroux ne treuve plus d'obstacle ,
Dompter ma propre haine...
A cette nouvelle , Phraarte est plein de Joie , et il s'empresse d*aller tout redire à Perside. Celle-ci hit confesse qu*elle n'a pour le consul qu'une affectioa feinte. Il lui raconte alors qu'il n'est pas son frère , et la conjure de l'accepter pour amant. Elle accueille bien cette prière, et quand Helvidius vient lui dire qu'il est prêt, pour lui plaire, i enfreindre les ordres qu'il a reçus du sénat, elle lui répond qu'elle n*a plot ailsire de lui, puisque la reine a changé de résolution. Irrité par ses dédains , Helvidius jure do se venger dans le sang des deux rois. Zénobie parle aussitôt on antre langage : ellb ne veut plus pardonner, et , poor
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sauver Tyridate , niraarte se voit contraint de dire à Perside qii*il Ta trompée , et qu'il est son frère. Rliadamiste et Tyridate sont introduits de nouveau sur la scène. Ils commencent par faire l'un et Tautre une déclamation solennelle sur le r61e humiliant qu'on fait jouer à deux rois :
BHADàWSTB.
Seigneur, c'est mal user du pouvoir qu'on vous donne, Et blesser un peu trop l'honneur de la couronne , Que de nous appeler, loin de nous écouter, Pour plaire à yotre haine et pour nous insulter. Pour Toir deux souverains pleurer votre victoire , Pour faire dans leur honte éclater votre gloire , Pour fouler èi vos pieds la majesté des roys Qui sont indépendants de vous et de vos lois , Et pour nous voir, au gré des eaprices d'un homme , Les divertissements d'une femme et de Rome.
HELYIBIUS.
Ne le présumez pas , et je suis plus humain.
TYRIDATE.
Vous maltraitez les roys et vous estes Romain ! à quelques grands effets que votre haine aspire , Itous ne sçaurions ny voir ny souffrir rien de pire - Mous mourrons sans paslir, notre cœur est trop haut. Mais cachez ceste femme et montrez l'échaffaut! Allons au lieu fatal d'où tombent les couronnes ; Mais de plus d'un supplice^espargnez nos personnes!
Gela dit, Rhadamiste et Tyridate, apprennent que le consul , touché par les larmes de Perside, lui a promis de sauver du moins la vie de son père ; ils demandent III 4
SO JACQUES rousttT.
donc i Zénobie de résoudre le plas cruel des doutas » de déclarer duquel d*entre eux Perside est la fille. Mais Zéaobie refuse obstinément de 8'expliquer.
rtasiDi.
Qui de TOUS est mon père?
Me renseignerez-Toas , mère , prince , et tous rois? Me TÎendrez-YOïis tirer de la peine du choix? M*en ëcUircirez-Yons , Seigneur, amour, nature? Voix du cœur, roix du sang , estes-TOUs sans murmure ?
Sur ces entrefaites , Corbulon arrive. Il censure no* Uement les faiblesses d*Helvidius; mais, ce devoir rempli , il réclame , au nom de l'humanité» la grice de Rhadamiste et deTyridate. Zénobie va céder, quand on vient annoncer que les deux rois se sont frappés au milieu du camp romain et qu'ils expirent. Telle est Tanalyse de cette tragédie.
Les infortunes de Zénobie ont inspiré bien des poètes : l'abbé Boyer et Crébillon ont tour à tour traité le même sujet que Pousset de Montauban (1); mais comme ils ont, les uns et les autres , fort peu respecté les témoignages de l'hiatoire y il se trouve que » sous le même titre , ils ont mis en scène des situations bien différentes. Aucune comparaison n'est donc possible entre ces diverses tragédies. On a pu remarquer que la fable imaginée par Pousset de Montauban est un tissu d'incidents fort bixarres > et que l'auteur a plu«
(1) Dans sa tragédie en prose qui porte le titre de ZénolU, VMA d'Aubignac a mis en scène une reine de Psimyro qui n*a de commun que le nom avec la triste femme de Rhadîamiste. La tragédie de Magnon qui porte aussi le titre de Zénobii , est celle de l'abbé d'Aubignac mise sa rare.
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sieurs fois recours aux mêmes moyens pour produire les mêmes effets. Nous ne saurions louer dans sa pièce que la haute tenue des personnages el des discours qu'ils récitent : ce sont des héros parents de ceux de Corneille; ils ont le langage fier, tranchant , sentencieux de tous les membres de cette illustre famille. Il y a des vers énergiques et yraiment beaux dans la Zénobie de Montauban ; nous en avons cité quelquesuns de tels : mais on en rencontre beaucoup trop qui ne flattent que roreille, et n'expriment ni des sentiments vrais ni des idées justes.
Il y a des scènes plus éloquentes dans la tragédie de Pousset de Montauban qui porte le titre d*/nd^gofide y publiée par G. de Luine , en 1654» un an après Zénobie, Hermenigiide , fils de Levilgilde , roi d*£spagne, a épousé Indégonde, fille de France. Goi-« sinthe , femme en secondes noces de Levilgilde , a fait subir la persécution la plus cruelle au prince Hermenigiide. Pour protéger ses jours contre les fureurs de cette marâtre , celui-ci s'est retiré dans les murs de Se ville , et 9 depuis deux ans , cette ville est assiégée par les armées du roi. Enfin on propose la paix, le roi pardonne à son fils, le fils accepte avec dignité le pardon de son père , et revient à la cour. Alors Goisinthe invente le plus odieux complot : au moyen d'une lettre supposée , elle accuse Hermenigiide d'avoir conspiré contre son père avec les Romains ( nous sommes au temps de Tibère ] , et d'avoir (voilà certes d*étranges anachronismes) abandonné la croyance des rois ses ayeux , Tarianisme^ pour embrasser la foi chrétienne. Le priace repousse avec horreur la première de ces accusations ; mais il avou«