‹ Histoire littéraire du Maine (volume 2)Chapitre 6 sur 39 · JACQUES P0US8ET · texte numérisé non relu

JACQUES P0US8ET

qu'en effet il a été conTerti par Indégonde à la croyance des Francs , au christianisme :

C^est la souree où , sans peur des peuples irritez ,

Moo esprit a pnisë ces hautes vëritez ,

Ces mystères du ciel dont mon Ame est certaine «

Adorables escueils de la science humaine.

le sçay que cette foy dont mon cœur a fait choix

Passe pour un grand crime en Tesprit de tos loix ;

Mais sçachez que oe crime , an milieu des supplices ,

A fait de ses bourreaux quelquefois ses complices ,

Sa conquestre autres fois des plus grands conquérants

Et ses adorateurs de ses propres tyrans.

Le trépas pour ce crime est toute mon enrie.

Ceux qui meurent ainsi ne changent que de yie.

Que je serois heureux si j*aTois acheté,

Au prix de tout mon sang , cette immortalité !

Vainement on lai promet la rie et le trAne , s'il veut renoncer à cette coupable croyance ; vainement Récarède, son frère , vient le supplier de prendre ce parti. Il répond par un refus héroïque , et meurt de la main du bourreau. Indégonde lui a dît elle •même de marcher au supplice. Quand elle apprend sa mort , elle ne fait pas entendre les tragiques imprécations de la colère; sa douleur est celle d une épouse chrétienne :

A ce triste récit dont mon Ame est surprise Mon courage se pert • ma constance s*éputse ; Mais il faut résister A de si rudes coups , Et dedans ma douleur rencontrer mon espoux.... Ke versez point , mes yeux , de larmes sur son sang. Mon espoux nasquit prince , il est en plus haut rang il porta la couronne , il en porte une encore Qui ne pèse pas tant et qui bien plus Thonore :

JACQUES POUSSET. o5

Qui ne relèTe point ny des lois , ni du temps >

Et que le ciel enfin garde & ses combattans.

Je sçay que ma douleur est la douleur publique ,

Qu'on ne peut appeler ma perte domestique ,

Qu'elle afflige Testât, qu'elle estonne les loix,

Destruit Tordre du sang et fait craindre les rois.

Mais plaindray-je un vainqueur tombe sous ses trophées?

Croiray- je ses vertus sous le glaive estouffées ?

Penseray-je que , mort, il cesse d'estre roy ?

Et puis- je le pleurer sans douter de ma foy ?

Non, ne trahissons point ny mon cœur, ny sa cendre....

Mais la mort d*llennenigi!de n*e8t pas le seul malheur qui doit éprouver le courage d*Indegonde. Elle a eu de ce prince un fils bien jeune encore ; on lui apprend qu il Tient de mourir. Elle dit :

Le dessein que je prends est d'estre , en ma misère ,

Constante pour le fils ainsi que pour le père.

Cher fils , mon cher appuy, gage do mon amour,

Qui vis en mesme temps et la guerre et le jour. . . .

Je ne te pleure points lorsque je considère

Que la foy t'a donné le repos de ton père ,

Et que tu vis encore , en despit du tombeau ,

Puisque cette lumière esclaira ton berceau.

D'un père généreux chère image perdue ,

Fils de Taigle esprouvé qui le suis dans la nue ,

Qui mesprise la terre , et qui, d'un vol pareil ,

Approches, comme luy, la couche du soleil ,

T<m trépas peu m'estonne , et , bien loin de te plaindre ,

J'attends le jour heureux pour te pouvoir atteindre.

Ce jour sera pour moy de triomphe et de paix ,

Je verray le bonheur pour m'y joindre à jamais ,

Et la mcsmc vertu qui maintenant s'cmploye

S4 JAGQDE8 POOSSET.

A combattre mes pleura , modérera ma joyo.

Adiea sceptre , grandeurs , fortune des humaina ! TaTois pris de la boue et j*en lare mes mains ; Mon esprit est guéry du souhait de Tempire , Après ce que j'aj Teu, ce n*est pas où j'aspire. le ne veux point d'bonneur qui ternisse mon rang ; Celuj qui tient Testât dégoutte de mon sang , Et n*a cren s'assurer en ce droit légitime Que par Tachèrement d'un effroyable chme....

Il y a sans doute de rexagération dans ces sentiments. P. Corneille avait fait représenter PolyeueU en 1640; Indéganie est éyidemment une imitation de Pdyeucte » et , comme le dénouement de cette pièce arait en le plus grand succès , Montauban Ta rerois en scène. Mais le défaut commun des imitateurs est d'aller bien aa-delà de leur modèle » d'ajouter même à la fiction. Nous n'avons pas à dissimuler que notre poète est tombé dans cet excès ; des éloges sont dûs toutefois à ces vers pleins, sonores» vigoureux» que nous venons de reproduire.

Nous ne connaissons pas d'autres tragédies de Poosset de Montauban qalniégande et Zénobie; on lui attribue encore Tkyesîe , tragédie qui n*a pas sans doute obtenu beaucoup d'applaudissements , car elle n'a pas été imprimée. Il a fait» en outre» représenter plusieurs pièces moitié comiques» moitié tragiques» qui paraissent avoir été plus goûtées » et qui » de nos jours» le seraient peu. Nous en avons trois sous les yeux : les CKarwus de FélicU » Sehueuê et le CamU de Hottande, imprimées chez G. de Luine» en 1654. Il est » de plus , l'auteur supposé de Paniagrud » comédie imprimée en 1674» et des Aventurée de Panurge,

JACQUES fOOSSET. $5

«Vire eomédie en cinq actes, représentée en cette année i€74> mais qui ne fut pas Traiseniblableoient jugée digne de Timpression.

Les Charmes de FUicie, tel est le titre d'une pastorale plus galante que dramatique , dont le sujet est pris de la Diane de Monlemaior. Il y a dans cette pièce quelque esprit et des vers faciles. Sdeueus est un imbroglio qui n*a rien de comique ; au lieu de grandes passions, on y trouve de grandes périodes, de ridicules ^Euifaronnades , et des esquisses de caractères faux; c*est, en somme, une pièce fort médiocre. Le Comte de HoUande est de même fid>rique : presque tous les personnages sont supposés , et si « dès le début de la pièce , quelques monologues ou quelques ▼ers récités à voix basse ne donnaient pas au publie le dernier mot de toutes les énigmes, la curiosilé pourrait être fort excitée jusqu'au dénouement ; mais peut'^tre aussi l'attention du spectateur se lasserait-elle avant la fin du premier acte.

Pousset de Montaoban par^ avoir aflhctionné ces tours de force dramatiques : fl n'y a rien de simple dans sa manière , rien de vrai ; dans l'ensemble et dans le détail , il exagère tout; d'une fiction qui pourrait être la matière d*une scène pathétique , fl fait un drame en cinq actes , durant lesqueb les mêmes personnages ne font que répéter les mêmes propos. H a surtout abusé des suppositions de personnes. Mais ce n'est pas un écrivain vulgaire : ses périodes ont de l'ampleur, son vers est ferme, il parle bien une belle langue , la langue de P. Corneille.

On ne connaît pas la vie de Pousset de Montauban ; on sait seulement qu'A vivait dans l'intimité de Racine,

56 lEAN DE SriNA.

de Boileaa et de] Capelle. Il éuit aussi des amis de Costar : dans les Lettres de Costar, on en tronYe six qui lui sont adressées (1).

SPINA (JEAH de).

JBAll DB SPINA , on plutôt JEAN DB L^ESPINB y né à

Daon I en Anjou , à rextrémo limite du département de la Mayenne , fut d'abord religieux Augustin » puis ministre protestant. Il mourut à Saumur en 1594. La Croix du Maine a connu ce Jean de rEspine» mais, sans indiquer le titre de ses ouvrages , il nous renvoie au catalogue des livres censurés par la Sorbonne. Du Yerdier nous fournit d*autres renseignements. Les traités de Jean de VEspine sont , pour la plupart » des pamphlets théologiques de médiocre valeur. Le premier qu'il publia » suivant Du Verdier» a pour titre : Traita pour ester la crainte ds la mort et la faire désirer à Vhomsne fidèle; Lyon» Lertout, 1558, in-8. Vient ensuite : Discours du vray Sacrifice et du pray Sacrificateur, cmwre monstrant à Tctil^par les testMi^ gnages de Saincte Escripture , les resveries et les abus de la messe; 1563, in-8, sans autre indic. ; et Lyon, Ravot, 1564, in-8. C'est un manifeste de vingt-trois pages contre la liturgie romaine. Le plus remarquable des écrits de Jean de l*E8pine que nous ayons pu nous procurer, est le suivant : Traitté consdatoire et fort

V Ce sont les lettres 10, 11, 12. 177, 235. 875. ^ : \

lEill DE l'espiiœ. 57

uiUe eonire UnUe$ afflictions qui odtAewiuni ordtnatnairemeni aux fidèles chresiiens: Lyon, Saugraio, 1565, iii-8. Ce discours est à l'adresse des protestants : Tanteur les encourage à se raidir contre la persécution , à opposer le glaive an glaive, et à ne jamais désespérer de la cause des saints : la péroraison de celte harangue séditieuse est en faveur de la liberté de conscience. Jean de TEspine publia Tannée suivante : Traité des tentations et moyen ty résister; Lyon, Saugrain, 1566, in-8. On a encore de lui : Défense et confirmation du traité du vray Sacrifice et Sacrificateur: Genève, Bezart, 1567. Cet opuscule est une réplique aux objections faites contre le Discours du vray Sacrt/îce , par René Benoist, Angevin, curé de Saint-Eustache, à Paris. La Croix du Maine se trompe vraisemblablement, quand il nous dit que l'ouvrage de René Benoist, auquel répond Jean de l'Espine, fut publié dès Tannée 1562.

ESPINE (jEAU del').

JEAH BE L*ESPINE , Hanceau , qu'il ne faut pas confondre avec le précédent, exerçait auprès de la reine de Navarre les fonctions d'astrologue et de médecin. Suivant La Croix du Haine, c il a traduit du latin en françois plusieurs prophéties des Sibylles et révélations de madame saincte Brigide, Cassandre et autres , etc. » Cet ouvrage n'était pas imprimé en 1584, et ne Ta pas été depuis cette époque.

58 »AN M TAFILAT.

ALTON (cERVAis),

Ansart inscrit aa nombre des écrivains nés dans le Haine geryais ALTON , doyen d'Oise , curé de Conlongé. Geryais Alton est auteur d'un petit livre fran« çais , publié sous ce titre latin : f ncAtrùitofi, $eu Manuale ad usutn parochorum pro visitatione ei cura infirmorum: Cenomanis , H. Olivier» 1654, in-16. Ce livre est un commentaire du rituel d'Emeric de la Ferté ; il est dédié par Tauteur à Philbert^Emmanuel de Beaomanoir.

TANLAY (JEAW db).

• Au témoignage d*Ecliard (1) et de Dom Rousseau {%

la bibliothèque de la Sorbonne possédait un manuscrit contenant divers sermons du XIII* siècle recueillis par Pierre de Limoges , et dans ce recueil se trouvaient trois sermons d'un frère mineur nommé Jean do Mans , Joannes de Cenonuinii, D'autre part » an manuscrit sur vélin de la bibliothèque Colbert, inscrit aujourd'hui sous le n* 3,70S parmi les manoscriu de la bibliothèque du roi , sous ce titre singulier : Le livn du Ckanire , Liber Cantorii , nons est donné comme

(1) Script. Ord. Pr»dic., t. ; , p. S69.

[2J MSS. de U bibl. do roi , carions do Dom Hoossotu , rorloo XXX.

JEAM DE TANLAT. 59

renfermant nn abrégé des leçons de Théologie morale faîtes par Jean , évéque du Mans , a ex dictis Joannis , Cenomanensîs episcopi. » Ce manuscrit étant du Xni« siècle , l*évéque du Mans ici désigné ne peut être que le premier des pasteurs de cette église qui ait porté le nom de Jean , c*estrà-dire , le successeur de Geoffiroi d'Assé , jean de TANLAY, qui occupa le siège épiscopal du Mans de Tannée 1277 à Tannée 1294 (i). Or, on suppose que Jean le frère Mineur et Jean Tévéque , ayant yécu vers le même temps , sont le même personnage, auquel on attribue les Sermons recueillis par Pierre de Limoges et le cours de théologie morale dont le Liber Cantoris nous oflFre le résumé. On ajoute qu'avant d*étre pourvu de Tévêché du Mans y Jean de Tanlay avait sans doute , ainsi que son prédécesseur Geoffiroi d*Assé , exercé Temploî de scholastîqne et de chantre dans Téglise cathédrale de Saint- Julien ; ce qui donnerait l'explication de ces mots : Liber CatUorit. Nous ne savons rien opposer à ces diverses hypothèses, mais comme elles nous semblent fort aventureuses , nous ne voulons pas les prendre sous notre responsabilité. Il faut lire, sur Jean de Tanlay, Tarticle plein de réserve publié par M. Lajard d^rns le tome XX de XHiitoirt littéraire de la France,

Mais peut-être s*est-on déjà demandé pour quel motif nous plaçons Jean de Tanlay au nombre des

(1) SnÎTant Le Corraisier, Bondonnet et Dom Colomb. La date de sa promotion à J'épiscopat est^ suiraot CI. Robert, Tannée 1274. M. Lajard ( Hist. litt. de la France , t. xx, p. 103) adopte Topinion de quelques annalistes qui le font mourir en 1291. Il est difficile de faire un choix entre ces dates arbitraires.

60 JEAN DE TANLAT.

écrivains nés dans le Haine. Cest nne question à laquelle nous deyons répondre. Dans les archiyes do l'église du Mans , le successeur de GeoSiroi d'Assé porte ces noms divers : Joannes de Tanlayo , Joannes de Chanliaco , Joannes, de Ckalleio. En adoptant le premier de ces noms , on trouve qu'une branche de rîllustre maison de Gourtenay possédait le fief de Tanlay» et que les seigneurs de cette branche , issus de Guillaume de Gourtenay, quatrième fils de Pierre de France , se faisaient appeler sieurs de Tanlay dès la fin du XII« siècle. Ce renseignement pouvant servir de matière à plus d*une conjecture , on donne pour père à Jean , évèque du Mans , Jean II de Tanlay, mort le 15 juillet 1281, qui, de son mariage avec Marguerite de Plancy, dame de Saint-Winemer, eut cinq enfants désignés par les généalogistes. Nous lisons, en effet , que le quatrième do ces enfants portait le nom de Jean et qo*il mourut dans les dernières années du XIII* siècle ; mais on nous dit qu'il mourut doyen de Tabbaye d*Ouincy (1) et non pas évèque du Mans , ce qui nous porterait à croire que Le Gorvaisier et Bondonnet ont introduit par fraude l'évéque Jean dans la maison royale de Gourtenay. Un religieux bénédictin , dont les notes manuscrites ont été consultées par M. Lajard, Dom Henri, propose de lire Joannes de Chanliaeo , et traduit ces mots par ceux-ci : Jean de Chanlay. Mais ce lieu de Ckanlay ne se rencontre sur aucune carte et dans aucun livre de géographie. Il semble plus sage à H. Lajard de supposer que le uom

du successeur do Geoffroi d'Assé fut Joannes de Chai-

'T Difftonn. de Mop'ri , à l'article Couricnay

JEAN DE TANLAT. 61

leio, Jean de ChaUe. Lo bourg de Ghalle, de l*archidiaconé et da doyenné de Montfort y an Haine , étant désigné dans les anciens cartulaires sous les noms de Cattùf de Chalay de Chalœ, de Challa et de Chatteium (1), l'opinion de M. Lajard n'est pas assurément dépour* Tue de vraisemblance. C*est pourquoi» ne sachant trop à quelle conjecture nous arrêter, nous ayons cru devoir prudemment inscrire au catalogue des écrivains originaires du Maine le nom problématique du quarante-huitième évéque du Mans , auteur supposé des Sermons recueillis par Pierre de Limoges et des leçons de Théologie morale conservées dans le Livre du Chantre.

Les annales ecclésiastiques du diocèse contiennent peu de renseignements sur les actes de son épiscopat. Les chanoines assemblés avaient désigné pour succès-» seur à Geoffiroi d'Assé , Guillaume Roii , leur doyen , ff homme d*une grande capacité et d'une rare vertu ; n maïs ce modeste vieillard refusa le glorieux pallinm de Saint- Julien y et le pape Nicolas ni appela sur le siège du Mans le présomptueux , hautain et violent Jean de Challe ou de Tanlay, a an grand dommage de la cathé* drale et de tout le diocèse (2) b. Offensée par ses mauvais procédés , la noblesse du Maine se souleva bientôt contre lui , ravagea ses terres , incendia ses domaines y ses granges, ses blés , saisit ses métayers , et les mit aux fers. Dans tout le diocèse on courut aux armes, les uns prenant le parti des nobles, les autres celui de Tévéque : le siège fut mis devant les forte-

(1) H. Cauvin, Géographie ancienne du dioeè$e du Mans.

(2) Le Corraisicr, Eitt. des Et. du Mans.

62 RENÉ CHiRTlER.

resses épiscopales de Geanlcé» d'Yrré, de TooToye» et Ton vit Jean de Taolay sortir de son palais pour se rendre à la cathédrale, ayant pour escorte quarante oa cinquante cavaliers. Il ne fut pas seulement en guerre avec la noblesse du Maine ; il eut aussi avec ses chanoines diverses querelles dont on ignore l'issue. Voili tout ce c|ue nous apprenons sur la vie de cet évéque. Nous n'avons que peu de mots à dire sur les deux manuscrits à l'occasion desquels M. Lajard a parlé de Jean de Tanlay. Le recueil de Pierre de Limoges , vu dans la bibliothèque de la Sorbonne par Echard et par Dom Rousseau» n'a pas été retrouvé par M. Lajard parmi les manuscrits de cette maison transférés k la bibliothèque du roi. Il s'y trouve cependant. Inscrit an catalogue de la Sorbonne, sous le n« 900, il porte aujourd'hui le n* 786, et il contient en effet un grand nombre de sermons prononcés , dans diverses églises de Paris , durant les années 1272 et 1273. Les trois sermons de JeaA du Mans doivent être le huitième , le dix-huitième et le cent-quatre-vingt-treiiième de ce recueil. Quant aux dissertations morales qui ont pour titre : Liber Canioris , elles ont été lues par H. Lajard qui les a jugées peu dignes d'estime.

CHÀRTIER (RKRrf).

Suirant les registres de la facollé de médecine de Paris, coasalHs par l'abbé Goujet, et la BiUiothiqtu CUrtrain» de Dom Liron, ibitb CHARTIER aérait

aSNÉ CHIRTIEB* 65

de VendAme; mais suivant Craill. Daval, dans son CoUége de France » le lieu natal de ce médecin célèbre serait la ville de Hontoire» en VendAroois, au diocèse du Mans. Entre ces deux assertions, nous ne savons pour laquelle nous prononcer : cependant, pour éviter le reproche d*avoir commis une omission grave , admettons sous toutes réserves que René Chartîer ait pris naissance dans le même lieu que son ami Cb. Bouvard, à Montoire, en Tannée 1572.

II étudia tour à tour les lettres , la philosophie, les mathématiques, la jurisprudence, la théologie et la médecine. Déjà connu par diverses productions poétiques, au nombre desquelles on compte plusieurs tragédies latines , il fut appelé dans la ville d'Angers pour y professer les belles-lettres. C'est alors qu*il composa et fit réciter à ses écoliers une pastorale latine de seize cents vers sur la conversion de Henri IV à la religion catholique. D*Angers, René Chartîer se rendit à Bordeaux, où il enseigna les mathématiques ; puis à Bayonne, où il fit un cours do rhétorique* Etant dans cette dernière ville , il prit le parti de renoncer aux lettres , pour consacrer tous ses loisirs à rétude des sciences naturelles, et, quittant les murs de Bayonne , il s* en alla parcourir les Pyrénées , observer et recueillir les plantes agrestes de ces montagnes déjà tant de fois explorées. Après avoir achevé ce pèlerinage scientifique , Chariier vint à Paris assister aux cours de TÉcole de Médecine, et fit avec éclat, le 9 mai 1606, les paranymphes de cinq licenciés , au nombre desquels se trouvait Ch« Bouvard (I).

(1) fftH. LiU. du Maim, t. ii , p. 411.

64 n»i cHAaTiEE*

Ce discoars a été imprimé. Dans la même année» il fut reçu bachelier. Uabbé Goujet nous fail connaître le titre des deux thèses qu'il soutint devant ses examinateurs» présidés par Gh. Bouvard et par Duret : l'une est vraiment médicale; Tautre, qui est une facétie dans le goût du temps» a pour argument cet étrange problème : La femme est«-elle une aberration de la nature» un animal imparfait» an monstre? Sa thèse pour la licence» qu'il développa» dans trois séances consécutives» nous le montre très-zélé partisan de la phlébotomie. II obtint le grade de licencié le 19 ma^ 1608» et, peu de temps après» les insignes du doctorat.

Après avoir occupé » pendant trois ans » les chaires de chirurgie et de pharmacie » il fut nommé » en 1613» médecin des dames de France» filles de Henri IV » et» en 1613» médecin ordinaire du roi Louis XIII. En 1617» Etienne de La Font » professeur de chirurgie au Collège Royal » ayant été contraint par son Age et par ses infirmités de résigner la chaire qu'il occupait avec honneur» elle fut donnée à René Chartier. D y professa pendant six ou sept ans devant un auditoire nombreux» et ne l'abandonna que pour aller en Espagne auprès d'une des dames de France » Elisabeth » mariée i Philippe IV. Après quelque temps de séjour en Espagne » 9 fut curieux de connaître l'Italie» et se rendit auprès de madame Christine» mariée» dès l'année 1619 » à Victor Amédée» duc de Savoie ; quitunt ensuite l'Italie » il partit pour l'Angleterre et fut honorablement reçu par Charles I'^» qui venait d'épouser une de ses augustes clientes» madame Henriette-Marie. Il mourut le 29 octobre 1654» à

RENÉ GHARTIER. 65

rftge do 82 ans , d'une attaque d'apoplexie qoi le surprit à cheval.

On ne connaît de René Chartier aucun ouvrage original, mais il en fit paraître un grand nombre comme éditeur. C*est à lui qu*on doit la première édition des Scholies de L. Duret , sut le Traité des Maladies Internes de Jacques Houllier : Ludovici Dureti Scholia ad Jacobi HoUerii librum de Morbis ItUemis; Lutetiœ, 1611 , in-4<*. 11 a publié pour la première fois les Œuvres médicales de Barthélémy Pardoux : Barthohmœi Perdulcis Universa Medieina ex medicorum principum ienieniiis cansUiisque coUeeta: Parisiis, 1630 » in-4^. On lui doit encore , suivant l'abbé Goujety une édition de la Chirurgie d*Etienne Gourmelan, et une traduction latine du traité de Palladius sur les Fièvres : PaUadii de Febribtis eoncisa Synopsis; ParisiiSy 1646 » in-4<>. S'il faut en croire M. Peignot (1), cette traduction est de Jean Chartier , fils de René. Le plus important de ses travaux philologiques est son édition d*Hippocrate et de Galien : Hifpoeratis Cùi et Clmudii Galeni Pergameni arckiatron Opéra 9 en treize volumes in-fol. Les six premiers volumes de cette collection y ainsi que le huitième et le treizième parurent en 1639 ; le septième et le douzième , en 1649; le neuvième y le dixième et le onzièmo ne furent publiés qu'en 1679, c'est-à-dire vingt-cinq ans après la mort de Chartier , par les soins de Blondel et de Lemoine, docteurs de la faculté. Cette édition nouvelle d*Hippocrat8 n'eut pas autant de succès que celle d'Anutius Foes : elle ruina l'auteur et

(1) Diet. Eût.

66 preaBE de clinchamp.

sa fomille. L'appréciateur le plus compétent et le plus équitable de tous les travaux entrepris jusqu'à ce jour sur Hippocrate, H. £• Littré » s'exprime ainsi sur rœuvre do notre VendAmois : « L'édition de Chartier est trés-incomroode à cause du nombre des volumes et du mélange des livres d'Hippocrate avec ceux de Galion; mais» du reste» elle m*a semblé mériter plus de faveur qu^on ne lui en accorde ordinairement (I). »

CUNCHÂMP (pierre de).

La Croix du Maine parle de lui en ces termes : « Messire Pierre de Clincbamp , chevalier de Tordre du roy, seigneur de la Buissardière au Maine, etc.» etc. Ce seigneur a esté fort amateur des lettres et avoit beaucoup d'érudition» comme j'ay entendu par quelques-uns de mes amis qui m'ont assuré qu'il avoit traduit quelques Décades de l'Histoire Romaine de Tite-Live et autres autheurs. Elles ne sont en lumière. Je ne scay si la mort qui l'a prévenu en a esté cause» car il trespassa en sa terre et seigneurie de la Quintinière près Sainct-Galais » au Maine » Tan 1 576 » le jeudy 16 jour d'aoust. s

Ce Pierre de Clinchamp était frère de Mathurin et de François II de Clinchamp » et fils de Jean III de Clinchamp » sieur de la Rongère » ainsi que nous rapprennent les archives de sa maison.

(1) OEuvmd'Bippoar., trad. de M. E. Littrë , 1. 1 , p. M9

CIIlRLEa BODRÉAU. 67

COSSET (jEijr).

I^ Croix da Maine parle ainsi de jean COSSET : e Frère Jean Cossel , gardien du couvent des Cordeliers an Mans, docteur en théologie à Paris, natif do la paroisse d'£spineu-1e-Chevreul , au conté du Maine. n a escrit un livre intitulé : La Bataille de Dieu et de Gédéon contre Madiatif soubs la description de la bonne et mauvaise conscience; imprimé au Mans , l'an 1553, par Hiérosme Olivier, auquel temps ledit frère Jean Cosset florissoit. b Nous n'avons pu nous procurer aucun autre renseignement sur ce Jean Cosset : récrit que lui attribue La Croix du Maine ne 86 trouve dans aucune des bibliothèques où nous Tavons recherché.

BODRÉAU (CHAALES).

CHABLES BODRÉAU, fils de Julien (i), a fait en l'honneur de son père les distiques suivants , que nous lisons en tète des Illustrations et Remarques sur les Coustumes du Maine :

Plus prœceptori quam se debere Philippo

Magnus Alexander dixit Aristoteli.

Si genitor prœstat vitales luminis auras ,

Prœceptor mores format et ingenium.

(1) Hiit. Litt, du Maine, t. il , p. 229.

68 ft. FODILLOT.

Astpator obttriettis gemino pro mniiere nune sam , Nam tibi quod tîto debeo , qaod que seio :

DocUs Cenomanam commeolia jura resolTia E tenebris loges eruia arte nora.

Ergo municipee et filiua omnia debenC , Ihim simili et nato eonsalis et pefra.

LE TEISSIÉR (kathurir).

Le nom de MATHUEDf LE TEISSIER se lit ao catalogue des auteurs du Maioe , publié par l'abbé Ledni dans Y Annuaire de Van IX , et » à la suite de ce nom » se trouve Tindication suivanie : c Né à Mamers» théologien » mort en 1549. a Suif ant une note manuscrite 'aissée par Dom Housseau (1), ce Math. Le Teissier ou Teissier aurait encore vécu en Tannée 1590. Simier lui attribue un sermon dont nous regrettons de ne connaître que le titre : Mathurini Teztoris, Mamertiniy Oratio exkartaiaria ^ in Cenomanemi iynodo f de DignUate el Officio iacerdoium.

POUILLOT (b ).

E. POUILLOT , curé de Sainte-Sabine » est auteur de Cantiques on NoHe nouveaux , publiés au Mans cbei G. Olivier, en Tannée 1624 , in*8«. Ce recueil se

(1) Cartoos de Dom Dousseau , aui MSS do la biUiolh. du Roi , carton 30.

B. POQILLOT* 69

compose de sept pièces. Voici celle dont le tour est le plos original :

Ayons tous le cœur jojenx

En ce lien ,

Puisque Dieu A pris humaine naissance.

Aujourd'huj tous nos péchez

Et meschetz Seront mis en oubliance.

Marie nous Ta produit

Geste nuict ; Démenons resjouissance fterj.

Ayant chassé le sommeil

De mon œil ,

Au rereil , Il ffl'estoit pris tu' envie Du tourment des amoureux

Malheureux Composer chanson jolie ; Car, le précédent matin

Ma catin M'aTOit mis en fantaisie fierj.

Je gardois soubs deux ormeaux

Mes trouppeaux ;

Mes aigoeaux Se paissoient d'herbe nouvelle ; Lorsque j'aj ouy une yoix

Sur ces boys.

Pareille du Philomèle.

Qui m'a le plus emporté ,

Transporté , 11 est né d'une pucelle ! fterj .

70 B. rOOILLOT.

Pois soudain ayant repris

Mes esprits ,

Je m'escrj Aax bergers en la prairie :

< Pasteurs faisons tous bon bniict .

Geste nuict , Et allons yoir le Messie.

Un ange m'a estonné ;

Dieu est né De la pucelle Marie fterj.

€ Prenei tous rostre attirail .

Le bergeail

Et besliail Laissez paistre en la prairie.

Mais prenez de Toe aigneauz

Les plus beanz Pour présenter k Marie , Puisqu'elle nons a produict.

Geste nuict , JésQS, le Tra/ Cniict de vie furj.

c Viença , dy moy, garsonnet

Robinet ,

Gollinet T*a-il rendtt ta musette .

Qu*il emprunta Tautre jour

Pour Tamour De son amie Perrette ; Gar il nous faut entonner

Fredonner Quelque belle chansonnette ^ia> .

Puis nous pri*rons k genous L*enfant douz ,

R. POCILLOT. 7\

Qu'en coarroaz De nous ne face justice ; Au jugement général ,

L*infernal Ne nous attente du yice ; Prions-le à joinctes mains

Qu^aux humains Il yeuille estre propice (terj.

Nous De donnons pas ces couplets pour excellents » mais il y ea a beaucoup qui valent moins dans les autres Recueils du même temps. Nous citerons encore quelques strophes de R. Pouillot : le poète ayant eu la burlesque fantaisie de mettre en scène , dans un noêl , les habitants les plus connus de Sainte-Sabine et des bourgs voisins , les fait accourir en toute hâte, sous la conduite de M. de Sévillé, seigneur du lieu, près de la crèche où repose le fils de Marie :

Premier Monsieur de SoTillé CbisJ En gajeté a reyeillé Madamoiselle, Et sa mandorre attelé Au son de sa vielle.

Après faict battre le tambour (bisj Et envoyé Guybert au bourg

Sonner la cloche ; Là où si vistement il court Qu'il y rompt sa galloche. . .

Messir' Mathurin et Bedeau fbisj S^auoient desjà ce faict nouveau ,

Car, sans feintise , Estoient arec Guy Cosnuau Ensemble à Téglisc.

72 B. poonxot.

Ambrojt Foochart et Le Tessier (IfisJ Ont esTettlé Le Cbappelier,

Boon encore ; Le BouIIanger et les Ouziers Commeocoient h esclore.

Les deni Gipteanx ne pensoient pas Qu*il nous sunrinst un si grand cas En ce mystère....

Le Cormier s*j en est yenn fbisj^ Un pied chaussé et Tautre nud ,

Tant aToit baste ; En passant Inj a convenu Faire lever la Chatte.

Puis le tabellion Courtin fbiâj Ne vent attendre au matin :

Luy et lleljo Sont venus avec Prëmartin ,

Menans joyeuse vie ... .

Ce mystère n*est point cache CbisJ Car tous les bourgeois de Poché En veulent estre... etc., etc.

Ces Nodi de R. Poaillot soot fort rares. Aucun bi« bliographe n*a mentionné mâroe le nom de ce poète Manceau«

fiVItLÀiniE DE LANGET DO BELLAT. 73

LANGEY DU BELLAY (gcili-aumb).

Le bourg de Glaligny , sitaé aux confins du Maine et distrait da diocèse du Mans eh l'année 1791 , a été le lien natal des six Du Bellay , illustres frères , qui exercèrent les plus hauts emplois à la cour de François l" y et eurent un grand renom de courage , de savoir et d'expérience (1). Leur famille était originaire de l'Anjou ; on connaît et on désigne encore

(1) De ees six frères , il j en a quatre desquels nous devons nous occuper ici : les deux autres furent Jacques , colonel de deux mille hommes , tué en Sicile , et Nicolas , chevalier de Malte. Nous B*avons d'autres renseignements sur celui-ci que ceux que nous trouvons dans une lettre de Jean du Bellay, imprimée dans les Preuves de l'Histoire du divorce de Henri YIII, par Le Grand:

« M. de la Roche du Maine m*a escript que ayant sceu la mort du frère Bernardin , et que le roy vous avoit donné toute sa despoûille, il avoit parlé pour mon frère, commandeur de fieffés, affin qu'il vous pleust luv laisser la charge des galères , et que vous lùy en aviez fait très-nonne response , dont humblement vous mercye et vous supplie • Monsieur, ainsi le vouloir faire , vous asseurant sur mon nonoeur que ne la sçauriez bailler à homme qui feust pour plus mettre peine à vous y faire service. De longtemps luy désirons tel avancement, voyant toute sa fantaisie à la mer : è cette heure mieux luy aimerois au double , estant soubs vostre main comme sont ses aultres frères. 11 ne me desplaist que d*une chose , c'est qu'il n'a esté si heureux d'estre de vous cogneu et vous avoir fait service, car je suis seur que l'eussiez bien trouvé à vostre goust ; mais il n'a guores peu se trouver à la eourt , pour avoir esté continuellement sur mer depuis l'aage de dix ans jusques à présent , où j'ose dire , après les rapports de eeulxqui se y cognoissent mieux que moy, qu'il n'aobmis une seule chose ie ce qu'il fault faire pour entendre le mestior ; de sorte que je pense qu'il l'entend aussi bien quo nul de son aaçe , et de cette heure sont avec luy, oultre les mariniers qu'il a retirés de sa cognoissanco , une douzaine de gentilshommes , partie chevaliers de Rhodes , qui cstans de bonne maison et expérimentés de longtemps , ne Tauroycnt suivy s'ils n'avoyent bonne créanco à luy.

74 GOILLACIIE DE LANGET DU BELLAY.

qaelqaes-ons de leurs aieax par les belles actions qui ont recommandé leur mémoire (I).

GUILLAUME DU BELLAY, né en 1491, fut l'atné des fils de Louis du Bellay , seigneur de Langey, d*Ambrières et de Lavenay, et de Marguerite de La Tour-Landry. Bien que destiné , dès Fenfance » à la profession des armes , « comme est la coutume et ordinaire vacation de la noblesse françoise (2), s Guillaume reçut une éducation libérale : aussi» dès qu'il parût à la cour, il s*y fit remarquer malgré sa

(1) c Jam inde a Capeti régis leroporibus,.... Bcllaionini gens et genero illustris et rerum gestanim magoitudioe Dobiliseoiluit.» ScffTole de Ste-Martbe , Elogia GallorMm, p. lô.

Salmon Maigret, ou Macrin , a célébré dans ces vers asdépiadas la gloire de la famille du Bellay :

Vatis deiter ades carminibus tui, Nec caotus cithare despice Lesbi»

Bellai, préavis édite Martiis , Quorum gloria erit dara perenoiter Per fastoa memorcs « atque diaria Fraocorum , a Capeto tempus ad hoc Duœ ; Qui ductum série continua gcnus Augcntcs titulis splendidioribus , Rem scmper patriam militis ac doni Provexcre , boni consilio , manu , Fido rcgibus et poctore Gallicis.

Si quando inridcrent dura nogotia ; Si turbata nigro tcmpora oubilo, Hostili!K|uo mctus incutcret furor, Adversum opposite tela liritaonis, Funestisque levem s<*ditionibu8 Et raplo sohtam vivcre Flandriam, Bellaii fucrant munis ahcncus.

A DfHo inde tuit» durta rorabula Preclaris animis conTcnicutia.:...

Ces vers &o trouvent en ti^tc du liv. 1" de» IfyMinrs de bal mon Macrin.

["2) Thevet , Butoirc dn Snirunli homma , en la %ic du Guill du Bellav.

GUILLÂCaiE DE LANGET DO BELLAY. 75

jeuDesse. L'ignorance n'était pas encore très-mal notée dans le palais de nos rois, mais, du moins, commençait-on à y faire état des lettres et des lettrés; Louis XII venait de descendre dans la tombe, et de laisser la couronne au fils du comte d'Angouléme, le farorides poètes, Tami des philosophes, au brillant François I«'. Guillaume Du Bellay, qui était i peu près du même âge que ce prince, et qui avait ses goûts et son humeur, fut bientôt admis dans sa familiarité. Quand , à peine monté sur le tr6ne , François !«' courut conquérir le Milanais, Guillaume Du Bellay fut un des gentilshommes qui raccompagnèrent dans cette aventureuse expédition ; il fut aussi du nombre de ceux qui furent , avec lui , faits prisonniers à la bataille de Pavie (1).

Guillaume Du Bellay revint en France dès qu'il eut payé le prix de sa rançon. Bien que Charles-Quint fit faire bonne garde autour de son royal prisonnier , et ne lui permit d'entretenir aucune correspondance avec la régente , celle-ci avait reçu d*Espagne de fâcheuses nouvelles ; on lui disait que les ennuis de la captivité avaient altéré la santé de son fils , et l'avaient peut-être sérieusement compromise. Ayant été le confident de ses inquiétudes, Du Bellay partit pour l'Espagne , parvint jusqu'à Madrid par des chemins détournés, vit le roi pendant quelques instants, et revint à la bâte annoncer que sa maladie ne devait pas avoir de suites graves (2).

(1) Mémoires de Martin du Bellay^ édit. de l'abbé Lambert 1. 1 , p. 406.

(2) f6td.,t. ii,p. 19.

76 GCILLAUBIB DE LÂNGET DU BELLAY.

Quand, à la faveor da traité de Madrid » dont les articles forent si proroptement contredits par ceux da traité de Cognac, François P^ rentra dans son royaume, et s'empressa d*en?oyer une armée en Italie pour chasser les Impériaux du Milanais , Guillaume Du Bellay fut chargé d*aller Yeiller sur les intérêts de la ligue conclue entre le pape , les Vénitiens, les Suisses, les rois de France et d'Angleterre. H s'acquittait de ce devoir, quand il apprit que le connétable de Bourbon avait formé le projet de surprendre Florence, de livrer cette ville au pillage, et d'aller ensuite occuper la capitale des Etats-Romains : il se bâta d'avertir le marquis de Saluées , lequel , s'étant porté sur la route de Florence avec le duc d'Urbin, arrêta le connétable dans sa marche. Du Bellay se rendit ensuite à Rome. Mais tel était l'aveuglement des conseillers de la cour romaine , qu'ils ne tinrent pas compte de ses prudents avis. L'ennemi se présenta, s^empara des faubourgs de la ville, et contraignit le pape à chercher un refuge dans le chAteau Saint-Ange. Le connétable allait franchir les portes de Rome, à la tête des bandes impériales, quand Du Bellay, ne prenant alors conseil que de lui-même , rassemble deux mille hommes qu'il fait placer sur les remparts. Le combat s'engage. Le connétable , atteint d'un coup de feu, tombe mourant aux pieds du prince d'Orange ; mais bientôt les assiégés , accablés par la nombre , quittent en désordre leurs murs envahis* Du Bellay ne sait pas tourner le dos A Tennemi ; entouré de quelques braves, il gagne en combatunt le château Saint-Ange, s'y enferme et s'y maintient, tandis que les lansquenets , maîtres do la ville , dé*<

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