GOIIXAUHB DE LANGEY DU BELLAY
yastent les églises , égorgent les prêtres et yiolent les femmes. Cependant , le prince d'Orange rappelle les pillards autour de loi , et va mettre le siège devant le ch&tean Saint-Ange. Léon X pense que toute résistance est yaine, et, sommé de se rendre» il accepte les termes de la plus humiliante capitulation. Mais il ne conyient pas à Du Bellay de céder à de telles conditions y et, faisant à Tennemi bonne contenance, il obtient que les troupes confédérées sortiront de la forteresse avec armes et bagages (1). Léon X avait livré son trésor et toutes ses places pour avoir la vie sauve, et il s'éloignait captif de la ville sacrée , abandonnée en proie aux goujats d^une armée luthérienne , tandis que les milices françaises, conduites par Du Bellay, se retiraient en bon ordre avec les honneurs de la guerre , et allaient chercher l'ennemi sur d^autres champs de bataille.
Nous lisons dans Brantôme : a Entre grands points de capitaines qu'avoit M. de Langeay , c'est qu'il dépensoit fort en espions : ce qui est très-requis à un grand capitaine, comme je le tiens de bien grands et l'ai veu pratiquer : et estoit fort curieux de prendre langue et avoir avis de toutes parts ; de sorte qu'ordinairement il en avoit de très-bons et vrais , jusqu'à sçavoir des plus privez secrets de l'empereur et de ses généraux , voire de tous les princes de l'Europe : dont on s'estonnoit fort, et l'on pensoit qu'il eust un esprit familier qui le servist en cela. Mais c'estoit son argent , n'épargnant rien du sien quand il
(1) Mémoires de Martin du Bellay ^ t. ii , p. 47 etsuiv.
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Touloît une fois quelqao chose (1). • Il est, od eiet, bien digne de remarque , que , dans toutes ses négociations 9 c*e8t-à-dire , durant tout le cours de sa vie si laborieusement employée au service du roi , Du Bellay fut toujours instruit des secrets des princes et connut même les instructions des simples chefs de bandes. Nous venons de le voir déjouer ainsi les projets du connétable de Bourbon sur la ville de Florence : Tannée suivante, 1528, il apprit, par une voie également mystérieuse , qu'André Doria , commandant les forces navales de roxpédition, était sur le point d*abandonner la cause de l'indépendance ita* lienne, pour mettre ses galères et celles du roi de France au service de Tempereur. Comme il avait avec André Doria d'anciennes relations , il se rendit à Gènes et s'efforça de prévenir une défection qui pouvait avoir de graves conséquences. Doria lui confia ses griefs : Du Bellay les trouva fondés et se rendit alors auprès du roi, devant lequel il s'empressa de les exposer, n'oubliant pas de dire qu'à son avis il importait d'user de ménagements avec un homme fier et violent comme Tétait André Doria , et que rompre avec Gènes, c'était renoncer A prendre Naples. Cet avis ne fut pas celui du maréchal de Montmorency et du chancelier Duprat, qui exerçaient la plus hante influence dans le conseil du roi : les requêtes des Génois furent mal accueillies , et Tordre fut donné d'arrêter André Doria. Mais il était plus facile de donner cet ordre que de Texécuter : avertis par quelques amis, le chef de notre escadre se déclara pour
• 1] Brantôme, llomma illu$trt$ , vif de M. doLaogcay.
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l'empereur , et courut avec ses galères au secours de la ville de Naples , dont il fallut bientôt lever le siège (1). Celte retraite compromit dune manière irréparable les affaires des confédérés , le parti de l'empereur reprit l'avantage sur tous les points, et, pour n'avoir pas suivi les sages conseils de Du Bellay , François perdit Tltalie presque conquise , et fut contraint d'accepter, au mois de juillet 1529, les clauses de l'humiliant traité de Cambray.
Par ce traité , François avait contracté l'engagement de payer, pour sa rançon , deux millions d'écus d'or au roi d'Espagne. Sur cette somme, neuf cent cinquante mille écus devaient être comptés à Henri d'Angleterre. Comme il était difficile au roi de France de trouver dans son trésor épuisé de quoi satisfaire à ces onéreuses obligations, il voulut essayer d'entrer en arrangement avec Henri VHI. Du Bellay fut chargé de cette importante négociation. Quand il aborda le roi d'Angleterre , celui-ci , tout occupé de sa passion pour Anne de Boleyn, ne l'entretint que des motifs plus ou moins frivoles , sur lesquels il s*appuyait pour demander la rupture de son mariage avec Catherine d'Aragon. Du Bellay comprit que cet homme , exalté jusqu'au délire par ses instincts pervers , se montrerait accommodant sur tout le reste , aussitôt qu'on aurait approuvé son projet de divorce. Pouvait^on toutefois, sans se rendre complice d'une faute honteuse, accorder une telle approbation? Ce fut sans doute avec douleur que Du Bellay transigea sur ce point; mais la nécessité conseillait à la France de sa-
(1) Mémoireidê Martin du Bellay y t. Il, p. 1^ et suit
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crifier Galherine, et les conseils de la nécessité furent écoutés. Non seulement rambassadeur de François P' à la cour de Henri VIU se prononça pour le divorce, mais encore il sollicita des Universités de France et d'Italie un avis conforme au sien, et, tel était son crédit dans ces doctes assemblées, qu'il obtint d'elles ce qu'il leur avait demandé. Un tel service méritait assurément une récompense. Henri témoigna toute sa gratitude, en donnant décharge au roi de France des neuf cent mille écus ; en outre , il lui préu , pour cinq ans , quatre cent mille autres écus qui servirent à payer Charles V (1).
Quand, en l'année 1531 , les princes d'Allemagne, soulevés contre la domination espagnole , vinrent prier le roi de France d'accepter la tutelle de leur confédération , Guillaume Du Bellay fut envoyé par le roi vers ces princes, dont il n'avait pas recherché , mais dont assurément il ne dédaignait pas l'alliance. Les conférences qu'e&t avec eux Guillaume Du Bellay ne devaient pas avoir, toutefois, de résultat immédiat : le roi de France ne pouvait, sans des motifs suflisants, et il n'en avait pas de tels, manquer aux engagements pacifiques contractés à Cambray ; d'autre part, les princes allemands , jaloux de maintenir leur indépendance religieuse , ne voulaient pas néanmoins se séparer de l'Empire, et Charles V éuit empereur.
(1) Mémoires de Martin du Bellay, i. il, p. 165. — Thercl, êu lieu cité. — Langey cUit do retour en France araot le 18 septembre 1529, comme nous le voyons dans une lettre de Jean du Bellay qui porte cette date - < Depuis le partement de mon frère . la perte s est mise parmy nos gens. *«
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Da Bellay quitta rAIIemagne pour retourner en Angleterre. François et Henri devaient se rencontrer sur le continent, et former une nouvelle alliance ; ils avaient, d'ailleurs , à s'entretenir de leurs griefs contre le pape, et à prendre un parti sur les prétentions fiscales de la cour romaine. Du Bellay se rendit à Londres pour préparer cette entrevue, qui eut lieu, dans la ville de Calais, au mois d*octobre de Tannée 1532 (1). Quand Henri YUI eut prit le parti de rompre ouvertement avec la cour de Rome, qui refusait de transiger sur Taffaire du divorce, il voulut avoir encore un entretien avec Du Bellay , lui faire la confidence de son mariage secret avec Anne de Bo^ leyn, et connaître Topinion de cet habile homme sur les conséquences éventuelles de la rupture qu'il préparait. Du Bellay passa de nouveau le détroit, oii quelques vaisseaux écossais , armés en guerre, lui donnèrent la chasse et l'avertirent que le roi d'Ecosse profitait des circonstances pour se déclarer, avec le pape et l'empereur, contre le roi d'Angleterre (2). Hais , du moins , Henri pouvait-il compter sur la France. Du Bellay lui promit encore une fois que si les hostilités étalent ouvertes par le parti du pape , François se hâterait de prendre les armes et de marcher au secours du roi son allié. La sentence d'excommunication ayant été prononcée par la cour de Rome ,
(1) Mém. de Mari, du Bellay, t. ii , p. 207. — Uoe lettre mamiscntede Guill. da Bellay au siear Pomponio deTréyouIt , gouverneur de Lyon , datée de Windsor, 10 sept. 1532, contient le détail de ce qui ayait été réglé par cette entrevue. Cette lettre so trouTedans le recueil 1,832 de la biblioth. du Roi (St.-Germain).
(2) JWa., p. 261.