‹ Histoire littéraire du Maine (volume 3)Chapitre 27 sur 52 · LOUIS ET JEAN LE BRETON · texte numérisé non relu

LOUIS ET JEAN LE BRETON

LOUIS LE BRETON , qnî éiait Tatiié , fil proressfon à Paris , dans la maison de la rue Saint- Honore , le 20 avril 1638. Il dm à ses niériies personnels , et aussi , couinie il est probable , à la recommandation de sou oncle , un rapide avancement. Élu , en 1653 , vicairegénéral de la congrégation de Saint-Louis , il assista en cette qualité au chapitre général qui se tint à Rome en 1656. An mois d^aoùt de Tannée 1666, il fut nommé prieur du couvent de la rue Saint-Honoré. Nous apprenons , en Outre , que le pape le donna pour confesseur à Françoise de Lorraine, duchesse de Vendôme. Echard , à qui nous empruntons tous ces détails sur Louis Le Breton , fait un grand éloge de sa piété ,'de Taustérité de ses mœurs , et de son zèle pour rinstrnc* tion des novices. Il mourut, en son prieuré, le 15 avril 1694 , âgé de soixante-dix-huit ans environ.

Il a écrit plusieurs traités ascétiques qui sont demeu* rés manuscrits entre les mains de ses confrères. Echard cite des Notes marginales sur les Psaumes et sur tout le Nouveau-Testament. Quelques-unes de ces Notes furent publiés à Paris , en 1671, in-26 , sans nom d'auteur. On avait encore de lui, an couvent de la rue Saint- Honoré, des Pensées chrétiennes pour chaque jour du mais (1).

JEAN LE BRETON vint s*unir en religion à ]son frère Louis, au couvent de Paris, le 27 décembre 1651. U était alors &gé de vingt ans. Il mourut au même Ifeir, le 14 décembre 1684. On ne dit pas qu'il altretnplf quelque charge dans l'institut de Saint-Dommique. Il traduisit du latin en français plusieurs livres ascétiques.

(4) Echardus, Scriptores ordinis PrcetHc, t. Il, p. 737*

4S6 JACOCJES HALLIER.

Une de cm traductions a éié publiée : La Montre de fange Gardien , traduction nouvelle du laiin du R. P. Drexelius de la compagnie de Jésus ; Paris i J. Heoault » 1669 » in-12 (1).

HALLIER (moques).

A rocctsioo de Jacques HALLIER ^ quelque difficsltë se prëseote dans la généalogie des Coëffeleao et des Le Breton. En effet, nous ne nous expliquons pas bien comment Echard foii nattre les deux Le Breton d*une soeur de Nicolas Coéffeteau , après avoir donné à Jacques Hallier la même origine. Nous counaissons deux frères du nom de Coéffeteau : Nicolas , évéqiie de Marseille, dont il a été parié précédemment, etGoillaume, prêtre séculier. Eurent-ils deux sœurs, dont l'une fàl la mère des Le Breton et Tautre celle de Jacques Hallier? ou bien encore , la même eut-elle ces trois ils d'un double mariage? Echard ne répond pas à ces questions.

Jacques Hallier , né à Chàieau-du-Loir, comme les Le Breton , parait avoir été leur atné , car il les précéda Tun et Tautre dans le couvent de la rue Saint- Hoooré : il y At sa profession le 6 Juillet 1633 , et y moamtle 11 décembre 1683.

En 166& , Jacques Hallier publia : AdwU ealuiairee auM pêcheurs , pour les induire à vivre en bons cbré-

(I) U., iM., t. n, p. 70i.

liens , lirez du ialin de Louis Carbo ; Paris , J . Dorange , iii-18. Celle iraduclion n*éuiil qu'un abrégé. Elle parut complète sous cet autre titre : Y Homme juste ^ où Ton void par cent chapitres Theureux état des gens de bien , elc. , etc. Composé premièrement en latin par Louis Carbo , et puis traduit en noslre langue par le R. P. Jacques Hallier ; Paris , Séb. Cramoisy , 1667 ,

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LEROY (toossaint).

TOUSSAINT LEROY , chanoine du Mans, • sorti d'une bonne et ancienne famille de celte ville, » au témoignage de l'abbé de la Crochardière (2) , est auteur d un volume de NoëU , imprimé au Mans, chez Jérôme Olivier en 1605 (3). Ces Noêls eurent un grand succès : au temps de l'abbé de la Crochardière , c'est-à-dire dans le siècle dernier, on les chantait • par toute la France. » On s'explique mal aujourd'hui un engoûment aussi universel pour de vulgaires chansonnettes, qui n'ont pas même le mérite de la naïveté. Nous avons parcouru avec quelque soin le recueil de Toussaint Leroy , et nous y avons découvert trois on quatre pièces assez heureusement tournées ; le reste nous a semblé fort médiocre. Comme elles sont toutes notées , il est possible que l'on ait

(I) Echardas , Script ard. Prcedic, I. il , p. 699.

(9) MS. de la Bîbliolb. du Mans.

(5) Il y en a une autre éditiou, du même imprimeuryl664, in-S^.

pliMCsUmé le clianl que les paroles : mais ces airs, ces refrains aux cadences lauguissanies , que nous eniendonseocore psalmodier annuellenienl par celle cohorte de jeune roondîaols qui vient errer dans nos villes aux apyroebes de Noël , rien ne nous engage à croire qu'ils soieoi de l*iuveniiou de Toussaint Leroy.

Nous voulons cependant faire connaître, par quelques citations , la manière de noire poêle. Voici une Ga^eêJ Bergerique^ que nous estimons une des plus remarquables de son recueil :

Qitand Gabriel prit la voltSo Sur les plaines de Galilée, Pour dire qoc Dieu était né , L*air braioit telle mélodie , Que jamais si dooce annonie , 8ar flajolet ne Ait sonné.

Hilc et mile légions d*anges Notts sonnoient dis mile mélanges ; Jamais Je n*ooIs chans si beaus :

Mon eœiir éloit rempli do joye , 81 ftwt, que plus Je ne songcoyo ▲ mener paistre mes troupcaos.

Quand Je revins en la prairie , M esmes Je vy ma bergerie Tome raTio d*écooter : Mes BKNiioiis concbés sur Itierbetle Entendoient A la chansonnette Sans daigner de rberbe goûter...

Entr*aotres J'oûy la nouvelle Qa*en Bethléem une pucellc Btoit en conebe d*un enranl.

Quand jcntendy ce haut mistèrei

Je n*avois point ma peine chère »

Dieu sait comment j'aliois sautant !

Déchiquetant mile gambades , Je m'en vins donner des aubades A Thuis de tous mes compagnons.

Sus ! i*œil au bois ! qu'on se réveille ! Il n'est plus temps que Ton sommeille ! Dormez- vous encore, garsons?

Sus bout ! sus bout , gaye brigade !

Tenez danger à mon aubade.

N*enteDdez-vous pas mon tambour ?

G*est trop foulé la chencvière , Déroulez un peu la paupière , Réveillez- vous , car il est jour !

Robin tout le premier s'éveille ; Secouant le bout de Toreille , Me vint répondre en son lourdaut :

— Qui es-tu , qui me rons la teste Y Panse-lu qu'il soit demain feste , Que tu carillonnes si haut ?

— Yiens-ça , viens , Robin , je t'apelle , Pour te raconter la nouvelle ,

La meilleure qu'on puisse o&ir :

C'est que le désiré messie Vient de naître dans Béthanie.

Ne vcus-lu pas t'en réjoiiir ?

Robin adonc de sa flajole ,

Et moy bouffant en ma pibole »

GringolAmes une chanson.

Tous les pasteurs et pastoureltes

Sortirent de leurs maizonneUes

Et vinrent tous danser an son* )

160 Touss^vun* leroy.

Qui Toil cette bande griante , Qui danse, qui saute et qui chante, Il pense voir des étourneaus... etc., etc.

Il y a certes de reotrain dans ces couplets ! Ils sont • mal rimes , • comme l'avoae l'aulear sans trop de modestie, mais le tour en est gai. Toussaint Leroy s'excuse d'ailleurs d'avoir osé , lui chanoine , éditer ce tra- Tesiisscmént badin des plus graves récils des Evangiles; il l'a fait, dit-il , pour l'agrément du • chatoUlleax po« polaire. • Après on noêl i nous citerons on cantiqoe en llionnear de Marie :

Pocelette, tn eAces D^nne escessiYe beauté Tontes les plus belles ftces Et les plus célestes grftces Qv*eDtoiire le ciel voûté.

Ponrtant que ta sois noirelte»

Pour la force da soleH • Jamais novYelle fleurette ITécloait pins vermeillctte Que to as le teint vermeil.

Ta flottante cbeYelnre Aux soupirs léphirieos , Te donne telle parare Que le tronpean qui pâtnre Ans monts Galaadieas.

8or ta joOe un peu pourprine , 8*épand , de chaque côté , La Uqneur écariatine D*Mie grenade snerine ; Le comble de ta beauté.

Ces deas voûtes ébénines , Ces petils yeux colombins , Ces deas lèvres coraliDes , Ces deus rangs de perles fines Te sont ornements divins.

Ta boocbe mignardelette Donne si suave odeur, Que la rose nouvellette , On de mars la violette Ne le donnent pas meilleur..»

Dé ta mole levreletie On voit distiller le miel s Si doux , que la blonde avclle Par la montagne d'Hymelle Onques n*en forma de tel.

Gomme la lune argentine Parmi Tétoileuse nuit.

Belle et dispose , chemine Par la voûte cristalline ; Ainsi ta beauté reluit .».

Si cette description précieuse des charmes dé Marié halte peu notre goût , elle a dû plaire aux coniempo*l^ins de Toussaint Leroy. Nous avons cité ce cantique, pour montrer que notre chanoine connaissait les pro*cédés de l'école de Ronsard , et qu'il n'en usait pas plus mal que beaucoup d'autres. Il est du reste à croire qu^ si nous possédions toutes ses œuvres poétiques j nou& parlerions de lui plus avantageusement. La Croix du Maine nous apprend qu'outre ses Noéls « lia escrit plusieurs autres poésies ; » mais elles n*ont pas été im-** primées.

COURTECUISSE (iEA!<DE)ET LA PORTE (raocl de).

JEAN DE COURTECUISSE ou de qovrbecuissb , que les annalisies latins du XVI* siècle appellent soit Joannes de Brevicoxa , soit Joannes de CurtorCoxa, soit Joannes a Cortokosa (1) , mérite une des places les plus honorables dans le catalogue des écrivains du Maine. Il importe d*abord d'établir son pays natal. La Normandie le réclame j et ses prétentions sont appuyées par Monstrelet (2) , ainsi que par du Boulay , dans plusieurs passages de son Histoire de tUniversiie(i). Mais elles sont combattues par des autorités non moins considérables : par EUies du Pin , qui édita le seul traité de Jean de Courtecuisse que nous ayons entre les mains, par Oudin, par de Launoy, par les frères Sainte-Martbe, qui s'accordent à le faire naître dans le Maine , m agro Cenomanensi,

Kous allons résoudre celte difficulté , en donnant raison aux uns et aux autres. En effet , voici dans quels termes le docte de Launoy s efforce d'établir que le Maine est la véritable patrie de Jean de Courtecuisse : • Ilabuit ortum iu pago nomiue Ilalena, vd certe in altéra buic contemiino , ut ipsemet significai in j4ciu Feeperiarum Budolfi Partœ^ quem Ilaleme natum,

(I) Jacob. M(>jenis, Amn. Flandrim^ ad ano. f 406. Nooi H* MHiA dtfif de Launoy , au sujet de ce sariioin : ■ Cortobosa foraitao l»c!gica tel aliqita pi*n*gHDa toi est , qinc noflnp gaUicc rcs- |iondel- •

(S) Ckroniquet^ à laDD 1406.

(ô) St-ptimâm Mrrii/icm, p t5f et S87.

(1) Regii Navarrœ gymnasU hisi, Paris 3 , Ub. 1. c. 3é ' ' ^^

(1) Nicolas de Glameoge.

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