RENAULT DE SABLÉ
RENAULT DE SABUEiL OU DB SABLÉ (^SaboUutn). Rien ne prouve , comme le fait observer Ménage (1), que Renault soil né à Sablé , mais il était de la famille qui a porté le nom de ce domaine. La Croix du Maine a fait de lui cette mention : • Renault de Sabueil , grand seigneur et ancien poète françoîs , viuant en Tan de salut 1260 1 ou enuiron ; il a escrit quelques poèmes Arançois non encores imprimez. » Il est loué dans le Ramant de la Ro$e :
Des bons vers celuy de Saboeil Monseignor Renault luy soauient.
Yolci une chanson que lui attribue Claude Fauchet :
la de cbanter en ma vie Ne quiers mes auoir corage :
Ains voil mfex qu*amors m'occie Por Tere son grant domage.
Car iamais si finement fTert aimée ne seruie.
Por c*en chasti tote geat , Quel ma mort et U trtie«
Las I i*ai dit par ma folie Ce sçal de voir grant outrage ; Mes à mon coer prist enuie D*estre legie# et volage.
Ha dame , si m*en repent ; Mes cil à tart merci crie , Qvi aient tant qn*on le peut Por c*ai la mort diseruie (S).
(i) UiM. étSabU, tomc il , MS. de la DiblioUi. du Mans.
A BtmtU de Vmgim de la langue et poUk fiwçoUe , par CI. FiNdiet. *'
LE PELLETIER (locis).
L0VI8 LE PELLETIER , né au Mans , le 10 jan* vier 1663 , fit profession de la règle de salni BencA , le 10 novembre 1681 1 à fàge de dix-bail ans « daas le monasiëre de Saini-FIorent de Saumur. Il s*y fti remarquer par son zèle pour Téiude des langues. Envoyé par ses supérieurs dans Tabbaye de Saint-Mabé , en Breiagne , il s'appliqua particulièremenl à bien connaître b langue bas-bretonne. On raconte que notre religieux fut aussi très-porté pour Tétude de la marine , et que les maréchaux d*Estrées et de Cbàteau-Regnaull lui donnèrent la qualiic de capiiaine garde-côte , afin de mettre h profit son savoir et ses découvertes. Nous ignorons quels furent les résultats obtenus de ses expériences nautiques, mais nous devons & ses études grammaticales un Dictionnaire de la langue bretonne , pu* blié par les soins de doni Taillandier ; Paris , François Dekiguelle, 1752, in-folio. L'éditetu* fait honneur de . cette publicatiou aux Etats de Bretagne. Il parait que Louis Le Pelletier avait craint de ne pas trouver un imprimeur , qui voulut éditer Sk ses frais un ouvrage aussi peu attrayant pour le public.
On doit encore à Louis Le RHetier des notes critiià «lies sur Tédition de saint Jérôme, du P. Martianay. Il fournit , en outre, beaucoup de documents pour la nouvelle tnlition du Glossaire de Ducange , publiée par les Bénédictins de Saint-Manr.
^ LmIs Le Pelletier , mourut à Laudevencc le 35 no-
^^v Tenibre 1 7.^5 . Nous lisons dans V Histoire littéraire Je ta eêngreffatiof^e Saint-Maur : • Il étoit fort dtt-
LOUIS W PELlSTien. i%\
rliable envers les pauvres qu'il regardolt comme ses frères. Il se rendoit leur avocat , et quand il y enf^Ubit de malades à la campagne, il leur porioit du pain , du vin et des fruits.... Il aimoil la solitude, et, quelques années avant sa mort ^ il évitoit toute conversation , se retirant dans sa cellule pour ne s'entretenir qu'avec Dieu. Sur la fin de sa vie , il fut attaqué de la pierre , de la goutte et des douleurs d'une descente mous* trueuse. Pour tout remède à cette complication de maux , il n'employa que la patience. Lorsque les dou* leurs l'empéchoient de dormir , il passoit la nuit à se promener, et, quand rheiu*e étoit venue , ilalloit sonner matines.... Les dernières années de sa vie, il éprouva plusieurs fois, en célébrant les saints mystères, des événemens qui tenoient du prodige. Il s'en servit pour lever les doutes qui venoient quelquefois à son esprit sur la présence réelle , et pour augmenter son respect et sa foi envers l'auguste sacrement de nos au* tels. Pénétré de reconnoissance pour la miséricorde de Dieu, qui voulut bien l'éclairer par des signes sensibles^ il en fit une relation , que l'on conserve écrite de sa main, et qui est aussi édifiante qu'extraordinaire (1). • Le même historien mentionne un autre opuscule mamanuscrit de Louis Le Pelletier sur quelques questions tbéologiques : cet opuscule , dont nous ignorons le titre, fut composé par l'auteur, en 1701 , à l'occasion d'un oflBcier de marine , qui , après avoir désavoué la croyance calviniste , n'observait pas sans répugnance les pratiques de l'église romaine.
(!) Bittoire lUtéraire de la Congrég. d< Smm^Uaur ,« paire 509 et
fUiniites, — /««/., paçe 53>. • * ** '
SEICHÉPÉE (WEREE.)
piEERE SEICHÉPÉE ou SEicHEESPÉEi cn iatio j/ndienêii (arida ensii), né a Vallon, après avoir fait profession de la règle de saint Dominique dans le couvenl des Jacobins du Mans , alla étudier la ihéologie en Sorbonne.ll suivit le cours des années 1558 et 1559 ; maiSi parce qu'il soulint dans sa ihèse quelques propositions qui ne semblèrent pas orthodoxes aux doctem^ chargés de l'examen , le diplôme de licencié lui fat reftesé. On raconte que ne se considérant pas comme blea jugé , il pariit pour Rome , plaida sa cause devant le collège des cardinaux , fit approuver par le pape luimême les conclusions qui avaient semblé suspectes
1^ V. aux doctcui*s de la Sorbonne , et revint ensuite à PariS}
apportant une missive du souverain pontife, qui coq* tenait Tordre spécial de lui conférer la licence. Nous ne saurions dire si cette relation est exacte. Pierre Seichépée fut, il est vrai, reçu licencié le 1 1 juin 1560, mais , suivant les actes de la Faculté , rapportés par Ecliard, cette réhabilitation ne lui fut pas accordée avant qu'il eût rétracté les propositions censurées. £q voici le texte : • 1" Sans la fui , rbonime , dans louics ses œuvres, travaille pour Tenfer ; 2"* Tous les hommes ^ ne mourroul pas ; y Les cieux sont une substance ani-
mée. • Ce sont là des propositions qui dénoncent un disciple enthousiaste de I école de saint Augustin ; elles
' devaient être condamnées par la Faculté de théologie
^ de Parts , qui a toujours été notée coiniue suspecte de
sémi^-pélagiani^me.
Appelé au Mans par révcque Charles d'Angenncs
PIERRE LE BRRT. 183
de RamboiiilIctjPierre Seichdpée raccompagna au concile deTrenic et s'y fil remarquer par son éloculiou élégante et facile. Il revint ensuite à la maison de la roe Saîol-Jacques , à Paris, où il interpréta publiquemenl les lettres sacrées , et obtint , eu 1571 , le titre de premier régent. Ses mœurs, son savoir, ses qualités oratoires lui acquirent bientôt une brillante renommée , et révoque de Saint-Brietic , JVicoIas Langelier I le manda près de lui. Pierre Scicbépéo remplit pendant vingt ans environ , la charge de théologal dans l'église de Saint-Brieuc , et y mourut le 29 août de l'année 1593 , âgé de soixante-quinze ans. Ecliard , qui nous fournit ces notes biographiques , termine ainsi la notice qu'il a consacrée à P. Seichépée : « Il a, dit-on , beaucoup écrit , mais s'il y a de lui quelque ouvrage imprimé , il y en a peu ; pour ma part , je n'en connais point (1). »
BRET (pierre le.)
PIERRE LE BRET est auieur d'une liste des éveques du Mans , insérée par Antoine de Mouchy , dans son traité De divino mU$œ saciificio (2). Ansart signale quelques erreurs dans cette liste. Pierre Le Brci était docteur de la faculté de Paris, et archidiacre de Téglise du Mans, mais on ne dit pas qu'il fut né dans le Maine.
(!) Ecliardus , Scriptores ord. Prœdtcat, l. il. p. 509.
(î) Christianœ religionis msiUuiionisque domini noatri J. C. clc.,ctc. calboiica et liistorica propiignaiio , Antonio Moncliiaceno , Deinocbare Ressonxo , auclorc ; Parisiis, Nie. Fresoeau, 156â , in-fol.
ANGER (JAGQCES.)
JACQUES ANGER, né à Ch&teaa-dii-Lair , en 1605, fil de brillâmes étndes au collège de la Flèciie : il obiHK la core de Cliargé , ou Sargc , près le Mans , anssitAl qu*il eut achevé son séminaire. Nous ne connaissons de lui qu'une épigramnie latine à la louange de Jean Maan et de Victor le Bouthillier , arcbevéqne de Toars, qui se trouve en tète du livre de Maan : Sttncta H Me* iropoliiana eecUsia Turatienêis,
PYRARD (FRANÇOIS.)
Au mois de mai de Tannée 1601 , une compagnie do ninrriiands de Saiut-Malu , de Vitré et de Laval eutivpi'il, dans rinlérét du commerce français, de chercher la rouU'des Indes. Deux vaisseaux furent i^iuipi'^ pour celle course périlleuse : l'un de quatn* cents lonneaux , nommé le Croiuant; lauire , le Corbttt, de deux cents tonneaux. On mit à la voile le 18 mai, et Ton se dirigea vers le cap de Bonn<*-Es|iérance. ihi reconnul , le 21 , neuf gros navires hollandais , qui se minMit dès labord en devoir de fain> lionneur à la flotille fram;ais4* ; ils passèrent sotts le vent et tiriTent chacun un coup de cauun : mais leur vice-amiral ayant lancé luï boufet (|ut poria dans le Corbin au lni\ers des \uil(*s, il lui fut aussitôt vigoureusement n*pondu. l'ne explicaiiun suivit celle (MHarmouclie : lecanounîer
du ylce-amiral hollandais était ivre i des excuses fu« rent données et acceptées. Nos deux navires traversèrent la ligne le 24 août; le 29 , Teau commençant à leur manquer , ils relâchèrent à File d'Ânnobon , occupée par les Portugais. Les Portugais étaient alors les tyrans des mers; ils traitèrent fort mal les gens du Corbin^ en firent quelques-uns prisonniei*s et ne les rendirent qu'après avoir reçu le prix de leur rançon. Ayant quitté cette plage ennemie , la iloiille gagna Sainte -Hélène, passa le cap de Bonne-Espérance , puis le cap des Aiguilles et fut jetée par une affreuse tempête sur la côte de Madagascar : de là , elle gagna , fort endommagée , les lies de Comorre , et , le 2 juillet de Tannée 1602 , durant la nuit , le Corbin heurta contre im des rochers qui bordent les îles Maldives , se renversa sur le flanc et prit eau de toutes parts. Le Croiaani évita 1 ecueil et poursuivit sa roule jusqu'à Sumatra.
Dans le Corbin, se trouvait un certain François Pyrard , de Laval , qui parvint, avec ses compagnons, à gagner la rive sur un radeau construit à la hàle. C'est lui qui a écrit la relation de ce voyage , le premier qui ait été entrepris, sur navire français, aux Indes Orientales. Il fut d'abord conduit à Pandoué, les autres naufragés ayant été dispersés dans les tlots voisins , à Pulodou, à Malé. Durant les premiers mois de son exil dans l'ile de Pandoué , Pyrard fut réduit au plus triste sort. Comme il n avait rien sauvé du naufrage , les habitants de 1 ile n'ayant à faire aucun profit avec lui, lui refusèrent même la subsistance. Il allait chercher sur le sable des limaçons de mer ou les poissons morts que le flot y avait déposés , et les faisait bouillir
480 FRANÇOIS PYKAnD.
avec des herbes inconnues : quand par aventiure il trouvait un ciiron , il en exprimait le jus dans son bronet i et c*en était l'assaisonnement le pins somptueux , le plus délicat. Le premier allégement qu'il eut dans sft malheureuse fortune , fut d*éire employé par les Insulaires aux travaux de la pèche : ceux-ci récompensèrent du moins les seniccs qu*ils reçurent de lui avec des noix de coco, du miel et du millet. Il reposait la nnit« même durant les frimais , sous un toit de bois qui avait été dressé sur le bord du rivage pour y coii»tmire un bateau. Mais telle ne devait pas toujours être |4iux Maldives , la détresse de François Pynird. Il avait Tesprit plein de ressources , et se voyant condamné à faire tm long séjour en ces tics lointaines , il chercha tous les moyens d'améliorer sa condition.
Son premier soin fut d'apprendre la langue des insulaires. Bientôt il put entrer en commerce avec eux , et , conduit à Malé , il se fil bien voir du roi , des rebies et des grands de la cour maldive. Tandis que la condition des autres naufragés était des plus misérables, et quils succombaient les uns après les autres à la faim , à la fièvre , ou aux mauvais traiiemenis , notre Pyrard était accueilli magnifiquement ; le roi, qui faisait grand état de ses connaissances et qui prenait plaisir dans son entretien, lui fournissait tout ce dont il avait besoin pour vivre dans une certaine abondance. Il avait tous les malins , ainsi que les principaux de Ttle , accès auprès de lui. Le cérémonial de celte réception quotidieime rappelle beaucoup les usages romains. Lo palais du roi , suivant le récit de Pyrard , est au milieu d'un enclos assez étendu , renfermant des jardins, des vergers , arrosés par des fontaines qu'alimentent de
FRANÇOIS PYUARD. 487
vastes réservoirs. Il est b&ii de pierres et n*a qu'un seul étage ; mais les bâtiments forment la ceinture de plusieurs cours. A rentrée du palais se trouve un corps-de-garde défendu par quelques pièces de canon. Le portail est une grande tour carrée. On entre d'abord dans la salle des gardes ; dans l'appartement qui vient ensuite , s'arrêtent les courtisans de S. M. maldive ; les chambellans et les autres domestiques peuvent seuls aller au-delà. Le pavé de ces deux salles est élevé de trois pieds au-dessus du sol -y il est couvert de nattes de couleurs diverses ; les murs et les plafonds ont pour ornement d'élégantes tentures encadrées avec des franges de soie. Quand le roi donne audience , il se rend dans la seconde salle et s'asseoit les jambes croisées , à la manière des Orientaux , sur un large tapis ; un dais est au-dessus de sa tête : les gi*ands du royaume prennent ensuite place autour de ce tapis, dans l'ordre que leur assignent leur naissance et leurs titres ; les officiers inférieurs se tiennent debout derrière eux. Les étrangers ne sont reçus que dans la salle des gardes. Il fut fait une infraction aux lois strictes de l'étiquette pour notre voyageur : non-seulement il fut admis dans la seconde salle , avec les autres courtisans > mais le roi lui accorda la liberté de visiter les appartements intérieurs du palais , d'en admirer la magnificence et même de pénétrer dans le gynécée , faveur toui-à-faii exceptionnelle dont nous ne voulons pas dire qu'il abusa. Cependant nous voyons qu'il fut recherché par les femmes du roi : quand on leur eut permis d'entrer en colloque avec l'étranger, elles l'accablèrent de questions ; elles voulurent savoir de lui quelle était la figure, quels étaient les babils,
188 nKSçot^ 9y%kM»,
les mariages et les mœurs des dames françaises. Ct^ lui-cî nous apprend (}u*il leur fit des visites Tréquailes, même à l*insu du roi j el qu'il répondit à toutes ieurt questions le mieux qu'il put. Il fut , après quelque temps de séjour, vu par les habitants de l'Ile coamie un personnage considérable , et ayant obtenu la Cscolté de faire la troque avec les navires étrangers que les vents poussaient à la cùlc , il s'enrichit et n'eot bieoiôc plus rien à regretter que la patrie.
Ce regret lui était bien amer. Il avait assez cowtgeusemcnt supporté sa captivité tant qu'il avait eu près de lui quelques-uns de ses compagnons : mais quand il se vit bientôt le seul sunivant de tout l'équipage da Corhin , il fut vivement affecté de cette solitude, el il faillit lui-même être emporté par une longue mabdie. En recouvi*ant la santé , il ne fut pas guéri de sou ennui. Une occasion s'offrant à lui de quitter lUe de Halé , il en profita. Au mois de février de l'année 1607 , une flotille qui portait les couleurs du roi de Bengale fil une descente dans les états du roi des Maldives, défll ses troupi's et mit la main sur ses trésors. Pyrard obtint des vainqueui*s la |)ermission de fuir siu* leurs vaisseaux et fut conduit par eux dans le Bengale. Il n'y resta qu*un mois environ, encore quon lui fit bon accueil , et partit pour le MalalKir où il espérait rencoa* trer des na\ires hollandais. Mais tel ne devait pas être le terme de ses infortunes : non-seulement il ne trouva pas de navires hollandais dans le Malabar , mais il y fut surpris , avec deux autres de ses compatriotes , par des soldats |)ortugais, qui les jettèrent dafts une barque el les emmenèrent à Cochin.
(>uaud ils furent dépose^ stu* le rivage , les gens de
PEANÇOIS PYKAKD. 489
la ville acoounirent en foule autour d*euK. Chacun leur disait qu'ils seraient pendus le lendemain , et, pour jus* tifier cette prophétie , on leur montrait sur une place voisine I un gibet au sommet duquel la brise agitait trois cadavres. Ce spectacle devait assurément leur causer les inquiétudes les plus vives. Conduits chez le gouverneur de Cochin , ils y furent interrogés , et leurs réponses furent mal accueillies : cependant on ne les pendit pas , mais Tordre fut donné de les jeter dans la prison publique comme prisonniers de guerre, jusqu'à ce qu*il s'offrit une occasion de les envoyer à Goa , devant le vice-roi des Indes. Qu'était-ce que la prison publique de Cochin? Les détails que nous donne Pyrard sur le régime de cette prison , nous enseignent que les marchands de Londres ont reçu de ceux de Lisbonne les traditions de brutalité qu'ils ont fidèle* ment suivies jusqu'à ce jour. C'était une vaste tour carrée I sous le toit de laquelle on conduisait d'ubord les prisonniers. Là, on ouvrait une trappe et on les faisait descendre dans une fosse profonde de sept à huit toi* ses , où les malheureux ne recevaient la lumière, l'air et une nourriture insuffisante, que par une fenêtre pratiquée dans la partie supérieure de la tour. Quand Pyrard et ses compagnons eurent été déposés en ce lieu , ils y trouvèrent environ cent-trente individus de tout pays , de toute race , de toute religion. Ou y cnireleuait une lampe, qui souvent s'éteignait par défaut d'air, et l'excès de la chaleur obligeait les hôtes de cet asile infect à se dépouiller de tons vêtements , durant la nuit aussi bien que dufant le joinr. Pyrard tomba dangereusement malade , et fui mis en liberté sous caution. On vit bientôt arriver une escadre de cinquante na**
'■•et-
190 FEA9ÇOI8 raïA&D.
Ylre6 portugais , qui fit une luJte à Cockiii ; ooohm elle retournait à Goa , Pyrard fut embarqué vtrumée ces navires , où il fut fort maltraité. A Goa , il flt beû«» coup dinstances pour obtenir sa liberté : on loi répondit qoll avaii mérité la mort pour avoir entrepris de Tenir aux Indes depuis la conclusion de la paix entre ta France et TEspagne ; mais , par rinterreotion d*i Jésuite français , il fut enfin relâché et incorporé les milices portugaises. Pyrard s'accommoda le qu*il put de cette nouvelle condition , et snivlt Ti dans plusieurs courses aux Iles de Ceyian, de Malacca , de Sumatra , de Java ; il fut aussi conduit à Ormm et à Cambaye. Vers la Bu de l'hiver de Tannée IMf , quatre grandes caraques , chacune d'environ den nilHe tonneaux , entrèrent dans le port de Goa , venant de Lisbonne. Elles apportaient un ordre dn roi d*Espagne , par lequel il était interdit il tout Frtnçtb , Anglais ou Hollandais, de séjourner dans les Indes. Cet ordre était Tacte d'affranchissement de Pyrard. Quand une de ces caraques mit h la voile pour retourner en Europe , au mois de janvier 161 0 , il Ait embarqué.
Après neuf joiu^ de navigation, on aperçut trois vaisseaux que Ton prit d'abord pour une flotille hollandaise. Tandis qu'on se préparait h recevoir l'ennemi , on n'épargna pas les injures à Pyrard ; mais les Unis vaisseaux poursuivirent leur route sans sinquiéter de ta' caraque. Le 15 mars, on découvrit Ttle de Diego-Rodrigtiez. Cette Ile étant inhabitée , rien n'obligeait d*y relâcher; mais on y fut poussé par une tempête qui,pendant cinq jours , secoua violcMument la fragile embarcation. En vue du cap de Boniio-EspcTance, de nouvelles bourrasques % ienucnt l'assaillir : dans le danger, Q est réaota
FRANÇOIS PTRA&D. 191
de jeter tontes les naarcbandises à la mer. Quelques passagers protestent ; des protestations on en vient aux coups d'épée, et le capitaine se voit contraint de domp^ t^ les plus furieux en leur mettant les fers aux pieds. Cette révolte apaisée , on tient conseil : Tavis des gen-* lilsbonimes et des marchands est qu'il faut retourner à Goa ; l'avis des pilotes est qu'il y a moins de péril encore à doubler le cap. Taudis que Ton discute vivement sur Tun et sur Tautre parti , chacun parlant avec effroi des chances de naufrage que présente le retour à Goa, ou le passage du cap , le vent s'apaise , le calme est revenu , et la caraque est entraînée par les courants dans une vaste baie. Mais sur la rive prochaine apparaissent des nuées de sauvages : nouveau sujet d'alarme pour nos navigateurs; quand un vent de terre, rejetant la caraque hors de la baie , enlève aux sauvages la proie qu'ils se préparaient à saisir. Enfin , vers la fin de mai , le cap est doublé. Quand les pilotes donnent cette heuitîuse nouvelle, on se réjouit sur le navire ; toutes les misères passées, toutes les craintes sont oubliées, et les matelots, après avoir rendu grâces a Dieu, se préparent à jouer une comédie qu'ils avaient étudiée , pour ce jour solennel, depuis le départ de Goa.
On aborda le 5 juin à llle Sainte-Hélène , mais on n*y fit pas un long séjour : elle avait été récemment visitée par des Hollandais qui y avaient commis quelques dévastations. Cependant la caraque prenait eau de toutes parts , quoiqfite que l'on eût employé dix jours à en réparer les avaries. l\ fut décidé qu'on irait foire une halte , pour se radouber, sur la c6ie du Brésil : on se dirigea donc vers cette terre , et elle apparat le 8 août , h Thorison j blanche comme la grande voile
192 FRANÇOIS PYKAllD.
d*iiQ navire , on comme ces plaioes du Dord que couvre uue neige éiernelle ; aussi les Portugais lui onl-Us doBsé le nom de Terre des Linceuls. Le 9 , on jeta 1 ancre à quatre lieues de la rive , et bientôt arrivèrent trois caravelles chargées de rafratchisements. Depuis le jour ofe l'on avait quitté Goa , c'est-à-dire depuis six mots eoviron , on avait perdu deux cents cinquante paaugert ou matelots, et les survivants n'étaient goères validée. Pyrard fut mieux (raité ik terre par les Portugaie qnll ne Tavait été sur la caraque : un homme considérabie de San-Salvador lui offrit dans ses domaines la charge de maître des esclaves , mais il la refusa ; le vice-roi Inimùme lui fit bon visage , et le pria de dîner à sa laUe. Le goût de la galanierie était fort développé à San-Silvador. Pyrard y eut toutes sortes d'aventtures , méflM de galanies. Il n y resta cependant que deux mois , UdC il avait hâte de revoir la France. Enfin, après lanl de cotirses, il fut déposé sur les côles d'Espagne. N'enbliaut pas alors que, dans la prison de Goa , il avait pris devant le Sei};ueur rengagement d'aller lui adresser des actions de grùces sur lautel de Saint-Jacques de Composlelle, si jamais il touchait la terre d'Espagne, il s'empressa de remplir ce vœu. Puis il partit pour la Koitlielle , et fut de retour à Laval le 16 février 1611.
François Pyrard est conipté au nombre des voyageurs irançais dont les récits mentent le plus de foi. C'est le président Jeanniu ((ui le décida a publier la relation de ses aventures Elle parut sous ce titre : I/is^ cours du voyage des Fraptçois aux Indes Orientales, ensemble des divers accidents,aduentun's et dangers de l'autheur en plitbieurs royaumes des Indes , etc , etc. \ Parie itill , In-b*. Au récit de sou voyage, l'auteur
PYRARD (pierre).
Dans la Bibliothèque du P. Soiuel, je lis que
Tannée même où François Pyrard quittait , sur le
Corbin , le port de Saint-Malo , en 1602 , un ceruia
PIERRE PYRÂRD. 4^3
a joint un Traite* ieu animaux , urbrei et fruité de$ Indes. Ce livre , dès qu'il fut mis en lumière i eut un grand succès : Tavocat- général Jérôme Bignon appela Pyrard près de sa personne , le pressa de questions et obtint de lui des détails encore plus circonstanciés que ceux dont il avait entretenu le public dans son JDiêcoun. Ces nouveaux renseignements furent confiés à fiergeron , qui les mit en ordre et les publia. Cette nouvelle édition est enricliie d*un Foeabulaire ^«
de la langue des Maldivee. Nous connaissons en- ^^-^
core deux autres éditions du même ouvrage : Tune , de 1615 I sous ce titre : Voyage de François Pyrard de Laval ^ contenant sa navigation aux Indes Orientales , etc , etc. ; Paris , Remy Dallin , in-S"* » en deux parties : Tautre, de 1679 , éditée par Pierre Duval, in-&^, sous le même litre, mais en trois parties , et avec quelques additions. Divers abrégés de la relation de Pyrard ont été publiés dans des recueils français et étrangers : on en lit un au tome viii de Y Histoire générale des Voyages , publiée , en 1750 , pa r Didot.
Un Mémoire sur François Pyrard a élé présenté dans un concours , à la Société royale d'Agriculture , Sciences et Arts, du Mans. Nous pensons qu'il est resté manuscrit.
1 U4 UILDEUEHT.
R PYRAUD , de Laval , ftgë de vingi-ua aus , entrait dans la société de Jésus. On peut supposer qu'entre François et Pierre Pyrard il existait un lien de parenté assez intime : peut-être quelque mtibeur domestique vint-il les affliger Tud et Tauire en néne temps , et les inviter à prendre une résolution exiréne. Pierre Pyrard eut quelque réputation parmi les jésnites y comme professeur de philosophie et de théologie morale ; il dirigea à diverses époques les collèges de Pau et de Limoges , et fut chargé par les frères de sa province d'aller les représenter à Rome, à lanenvitaie assemblée générale. Le P. Sotuel , qui loue son bimeur affable et ses mœurs régulières, lui attribue an livre de controverse écrit en français, mais dont tl ne donne le titre qu*en latin (i). Pierre Pyrard monmt à Pau, le 3 avril 1667, Agé de quatre-vingt-sept ans (S).
MM
HILDEBKKT.
HILULBEKT lut , à Iteuucmip de litres , un des lioiu- Jies les plus considcTables de l'église , durant les dernières années du XI* sie(*li\ On peut ;ippréf*ier dans les '*crits de ses conlemporains quelle vêuênuion ils ont vue |K)ur lui , et quel lut réclul de nh ivnoniniee. Saint iSernurd la désigné pai* ces qualilicatifs : • le grand
(1) R€*pon$nm a i JarHociHiem mùwtrum caliinioMum, Boniisalx*, Jac. Merc»n, lUKî.io-».
S} Bibliuih. Mrriiit. socict. Jcsu , Pbil. Alcffanibe , recoanlU Itoluello.
HILUEDLRT. 1 95
prélre , la giunde colonne de TEglisc » ; saiov Anselme deCantorbéry s'est applaudi d avoir obleuu son suffrage ; Geoffroi de Vendôme la appelé l'ami de sou cœur et de ses entrailles, visceralem et prœcordialem amieum (1); les historiens modernes se sont tous accordés à célébrer son aptitude aux affaires , son zèle pour les graves intérêts dont la tutelle lui fut confiée , et ses mérites variés comme écrivain.
Hildebert n'est pas né dans la province du Maine , mais dans le diocèse du Mans , à Lavardin , près Monloire y en Tannée 1055. Nous lisons , dans les Actes publiés par Mabillon (2) , qu'il était de modeste condition ; œpendamune charte produite par Baluze (5) établit que son père était gentilhomme. Les avis sont partagés sur une question plus grave : Guillaume deMalmesbury prétend qu'Hildeberl suivit, à Técolede Tours,les leçons de Tbérétique Bérenger (6) , et cette opinion, qui n'est pas fondée sur des témoignages bien précis , a été néanmoins adoptée par le plus grand nombre des his* toriens ; elle a été combattue par les auteurs de YBùtoire littéraire de la France (5). Ce qui nous paraît incontestable , c'est qu'il étudia sous un maître fort habile , dans une des écoles les plus agitées par la controverse théologique , et qu'il connut toutes les thèses discutées de son temps. On suppose encore qu'il passa les premières années de sa vie à l'abbaye de Cluny , mais
(i) TesUmonia de Hildeberlo , dans Tédilion des œuvres d*Hildebert de Dom Beaugcudre.
(2) Analecta, tome III.
(3) Miscellanca , tome vu.
(4) De Ceêtis Reg, Angl, lib. III , page 118.
(5) Hiuoirt Uuércùre , tome XI , {Mge i5i»
1 9G UILDEUEUT.
on uc \o. prouve pas suflisamnient (i). Il ne scrnti certes pas impossible (voici une aulrc hypoihese) que ces diverses iradiiions sur les commencements d'flildebert n'eussent pas d*autre origine que Tattribution & une seule personne de certains faits concernant plusieurs individus du même nom , et que noire Hildebert n'eût Jamais quitté Técole de la cathédrale du Mans , qui était alors une des plus célèbres , lorsque! fut chargé par révéque Hoël , du gouvernement de cette école. C*est là le premier fait constant dans la biographie de notre illustre évéque : il professait à lecole du Mans , avant Tannée 1092, dans la chaire précédemment occopée par Arnauld et par Robert le grammairien. £n 109S| il fut promu à la dignité d archidiacre , et en 1097 , à la mort de Hoël, il fut choisi pour lui succéder sur le siège épiscopal. Il y avait des opposants à son élection : ils intriguèrent auprès d^IIélie, comte du Maine, et auprès d*Ive$, évéque de Chartres ; ils leur représentèrent notre prélat sous les traits d*uu archidiacre libertin , vivant au milieu d'un troupeau de femmelettes, et ayant eu |)lusieurs enfants d*un commerce illc^^itime (2). Nous ne pouvons dire si ce portrait était de pure fan(ai.>ie; mais nous voulons croire qu*il y avait au inoins de Tcxa* gcration dans le dire des driracteurs d'IllKlcbtTt. A toutes les |)rcuves que Ion fournit de ses dên'\î;lemciils, il y a des ohjeelious du (iu(»l(|uc valeur, cl du reste, ce qui iuipoMe dans ce débat sur la moralité de l'arriti-
(I) Nous n>nvo\oii« , pour tonies n's iliMMivsioii'i, ù ht vu* «l'Ilil- (l<UH*rl , t>iiliiii«* |i;ir Ri'tfii^riidrf* , vu 1<*U' «IfS (itNirt\ «li» vvi #•%!»- <|M(* , u Vilt>luire burrnirc «V la yrance d ù VlUticiia luronnut de 3laait.
-S; Ivoiiisi K/Ms/ote» EpiU. S77.
nilDEBERT, 1 97
diacre , c*est que , malgré les médisances ou les calom* nies de ses adversaires , il fut confirmé par son métropolitain , Tarchevéque Raoul , sur le siège du Mans , où l'avaient appelé les suffrages du peuple et de la majorité du clergé, cleri plebisque assensu,
Hildebert était âgé d'environ quarante ans lorsqu'il reçut la consécration. L'auteur anonyme qui a écrit les actes de notre prélat dans le Pontifical des évéques du Mans (1), nous entretient avec quelques détails du plan de conduite qu*il suivit durant les premiers temps de son épiscopat. Habitué ù Tétudc , il consacra tout le loisir que lui laissait ladministraiion diocésaine à la lecture publique ou privée des saintes écritures , et à des compilations laborieuses qu'il distribuait avec méthode pour en faire usage dans ses scimons, dans ses traités, et même dans ses poèmes. Il prêchait souvent : en français , devant les laïcs ; en latin, devant les clercs , et Ton remarque qu'il s'exprimait plus facilement dans cette dernière langue. Le même biographe nous apprend encore qu'un des premiers soins d'Hildeberi, après sa promotion, fut de restaurer quelques édifices délabrés, et de faire construire, pour le chapitre du diocèse, une maison de belle apparence.
Mais il ne lui fut pas permis de se consacrer longtemps à ces utiles et pacifiques occupations : il gouvernait depuis quelques mois à peine l'église du Mans , quand le roi d'Angleterre, Guillaume le Roux, s'avise de prétendre que le comie llélie a outrepassé ses pouvoirs en autorisant l'élection d'un évêque sans le consulter, et entreprend de chî\iier, les armes à la main ,
(I) MS.dc la Bibl. du Mans.— MabilK Amlccta^ l. m.
1 98 mLDEBERT.
cet acte de rébellion. Hélic se présente à sa rencontre , mais il est battu , fait prisonnier et conduit à Rouen , chargé de fers. Ces événements se passaient au mois de juin de Tannée 1098. A la nouvelle de la défaite des troupes d*Hélie , Foulques Réchin , comte d*Aujou , et Geoffroi, son fils, qui avait été récemment uni devant les auieb à Eremberge , fille du comte du Maine , rassemblent une armée et viennent en toute hâte prendre position dans les murs du Mans. Guillaume , désespérant de prendre une ville si bien gardée , en ravage les alentours et brûle le domaine épiscopal de Coulaines (1). Alors le comte Hélie, qui redoutait plus encore intervention intéressée des comtes d*Anjou que les rancunes du roi d'Angleterre, lui fait proposer une transaction, et le prix de sa liberté fut Icntrée des troupes anglaises dans la ville du Mans.
Il est à croire qu Hélie n'acceptait pas de très-bonne foi cette honteuse condition , car , à peine déli%'re de
(i) Bien que nous n*ayons pas h nous occuper ici d'origiiies historiques , nous croyons devoir publior au sujet de Couùines quelques noies qui pouiTont servir à réformer une opinion pea K)nd(*e. Biun des gensesliuienl que le nom de Coulaine* (»rouve saffisamment Inexistence d'une cotonie romaine au\ lieoi où ce bour^ est situé. Celle preuve nVn est |»as une. On ap|>elail coio^ mia , au nioyeu-â},(e , une Ternie, un bordaije : • Domuncula . cuni tgri tanto quantum colonus unus cum svt\\s suis cokre ftoles»!. • Ce mol a ««lé employé «bus ce m'US par Odon de Cluny , dans la Vie tit saint Ctrami^ pajçe 79 : • Alitpiando non paucos e\ ruricolis obvios liabehal, qui dereliclis cohmn Miis in aliam profinciam Iransmigrabanl ; » par Flmluard , lib. \\ de son lUu Hnn. c. iï) : « Coloniaâ nonnullas Erriesia* , descriplis |M*r sln*nuos «iros coio* nis , eorumque serviiiis ordinavii ; • |)ar Cjlaber Kodulfus , dam son l/ii/. frotte.^ lib. m, c 1 : • (juod eliam cœnobium in primo non amplius quam quindecim terne colomat diciiur in dotem aeccpisse : • Dans le ch. ix des acii's du synode de Valence, suu» IVmperHur Lothaire , on lit:* Unam toUmicam veMitani cum iribuN mancipiis dolis ^ralia eis confcraiit. » Je trouve ces divertes citations dans les noies de b BtifUiMhajuc de Ctunti de Dom Marrier» ptgcSU.
ses fers , il saisit le premier prétexte y lève une armée dans les environs de Chà(eau-du-Loir, et accourt sous les murs du Mans. Mais tandis qu'il tenait la place assiégée , occupant les faubourgs ravagés par les flammes que les Anglais lançaient du château , le roi d'Angleterre , averti par Robert de Bellême , arrive au secours des siens, et force le comte à la retraite. Hildebert, prêt à subir la loi du vainqueur , va lui offrir sa soumission. Celui-ci exige la démolition des tours de Téglise cathédrale dont on s'était servi , disait-il , contre ses intérêts. L'évêque refuse, et le roi, n'espérant le fléchir que par Hutimidation, l'emmène à sa suite au-delà de l'Océan.
Le navire qui portait Hildcbcrt fut battu par une violente tempête. Notre évéque raconte dans les vers suivants sa périlleuse traversée :
Ille pudor patriac me non impunc tucntcra
JustilisB leges expulit a patria.
Inde ratem scando , vitam committo proceUis ;
Unda tumet, gemina cymbajuvalurope.
Portus erat longe, cum ventus forlior xstum
Movit , et in tumulos Austcr aravit aqiias. Crcscil byems , agit aura ralem , furit unda debiscens ;
Imbre madet vclum , nox tegit atra diem. Desperarc jubent vcnli , marc turbine , fluctu ,
Occursu rupcs , ignibus ipsc polus.
In fragilem pinum totus propc congeril iras
Orbis et est hoslis quicquid obesse potcst. Duni sic sxvit hycms, dum pallet et ipsc magister
Dum slupet et iieri piscibus csca timet , Ecce rapax turbo lollens ad sidéra fluctus»
Impulit ad iitlus jam sine puppe ratem (t).
(4) Hildeberti Carmina miscellanea , dans rédition de Beangendre , page 1344.
SOO UILDECERT. ^
Hildeberi obtint son relour Tannée suivante, avoir rien accordé ni à la sédnclion , ni à la violence. Ce D*était pas une médiocre affaire pour notre prélat, que de réparer les désordres de son diocèse. Invité par les cardinaux Jean et Benott , légats du pape Pascal II, à venir siéger au concile de Poitiers , il s*excusa de ne pas se rendre à cette invitation, dans une lettre ou il ail le plus triste tableau des afflictions de son église :
c Dans Tespace de trois années , écrivit-il , notre vUle a tabi six maîtres... qui , les uns et les autres , se sont arrogé par le fer et b flamme une courte puissance. La dé? astalion ne 8*ett pas arrêtée devant le sanctuaire du Seigneur ; tout ce que je possédais hors des murs de la ville a été réduit en cendres et livré au pillage. Des maisons appartenant à Tévèque • ce n'est pas le pins petit nombre qui a été ruiné par ces violences ; dans celles que la flamme a épargnées , on n*a respecté ni le denier do paovre , al les objets consacrés. Tout a été brisé , volé , souillé. Rien B*a échappé il ces brigands qui courent au crime même sans Paîtrait du gain , et qui ne feraient le bien à aucun prix. Nos clercs , qui ont éprouvé les mêmes outrages , estiment aujourd'hui qa*ib possèdent beaucoup , s*il leur reste de quoi subvenir aux besoins de la nature. Manquant do tout , ils bornent leurs vomx au nécessaire. L(*ur mist're a augmenté la douleur que nous causent nos propres blessures... Vonillez donc accepter favorablement notre excuse , considérant que nos ressources ne sufllraient pas aux frais du voyage et du concile ; tout ce que nous avons sauvé des ruines faites par riuccudie nous laisserait au dépourvu au milieu du chemin. •
l'ii événement imprévu , la mort de Guillaimie-li^ Roux , tué à la chasse, le 3 août 1100, pnr la main do Wallrr-Tyrel , pcTmit à notre prélat d'espcn^r la fui île ses disgrùces. Le comte llélie , mettant ù profit les cm-
0ILDEBEHT. SOI
barraa d*un nouveau règne , renire au Mans les armes à la main , en chasse les Anglais , et rétablit en peu de temps les affaires de l'évéché. Hildebert, qui désirait vivement, depuis quelques années, faire le voyage de Rome, se dirige vers la ville sainte aussitôt qu'il voit dans son épargne ce qui lui avait manqué jusqu'alors pour entreprendre cette course lointaine. Non*seulement , au témoignage des Actes, le pape lui Ot une gracieuse réception , mais , ayant passé le détroit de Messine, il fut accueilli par Roger, comte de Sicile, avec les marques du respect le plus profond. Parmi les dons que lui fit ce prince pour contribuer a la restauration de Téglise cathédrale du Mans, on mentionne trois cents livres d encens préparé de ses mains , cinq riches palliums, des burettes d'argent doré, et un encensoir d'argent travaillé avec la plus grande perfection ; à ces objets^ le comte Roger ajouta cent onces d'or pour achever l'œuvre de Saint-Julien , et une rente de dix livres, monnaie du Mans , pour Tenirelien des chanoines. Les jiciei parlent en outre d'une sainte et noble dame de Sicile, qui, visitée souvent par un ange du Seigneur, avait , par ses conseils , élevé un monastère en l'honneur du bienheureux Julien. Les compagnons d'Hildebert s'étant égarés durant la nuit en ces terres inconnues , furent reçus par elle avec les égards les plus affectueux, et elle leur fit aussi présent d'un pallium pour notre église. Chargé de ce riche butin , que plusieurs évéques augmentèrent encore , Hildebert repassa lea Alpes, et vint distribuer ces pieuses largesses entre les églises les plus dévastées de son diocèse : il en réserva une bonne pariie pour relever les ruines de Saint- Julien, et construire un nouveau palais épiscopalj
soc HILDEBCRT.
quelques deniers furent aussi employés à l^agrandissement du domaine d*Ivré.
La vie d'Hildeberl n a ëlé qu'une série de cmelles épreuves ; nous sommes loin d'en avoir encora exposé le détail. Tandis qu'il parcourait Tllalie et la Sicile , accueilli partout avec respect , recevant de tous les prélats, de tous les princes, les témoignages les plus solennels d'une glorieuse considération , IVglise du Mans était en proie à la discorde. Un clerc , du nom de Henri, qui s'était acquis quelque renommée par son élocution brillante et ses mœurs austères , avait éié autorisé par Hildebert ù prêcher dans la ville , et la foule entoura bientôt cet homme , dont les dehors inspiraient au* tant de confiance que sa parole enthousiaste excitait d'applaudissements. Il y a diverses traditions sur le lieu de sa naissance: Bernard LiitzenburgCi)etrautenr du Ceftomania (2) le supposent originaire de Lausanne ; suivant Dtipréau (3), il était de Toulouse. Voici sous quels traits nous le représentent se« ennemis. Jenne, dune taille élevrc, il portait les cheveux noués et la barbe lon<;u(* ; quand il prêchait , sa voix avait un accent terrible, et ranimation de ses yeux , de son visage , lui donnait TaspcM'i d'une mer orageusi». Simple dans ses vêlements , arreptant un asile dans toutes les maisons dont le seuil s'oiivniit pour le recevoir, il marchait pieils nus sur la terre chargée d«» frimats. Autour (fnn tel honime, le peuple ne manqua pas d'accourir. A'ous ik? savons trop cpiel était la matière
(I) Calalugui Hureùcorum omtdum, (i) MS. de la BiblioUuM|ue du Mans, p) Praloolus , KUmhu IhfeiUvrum.
de ses discours , mais il est à croire qu^il parla plusieurs fois contre les mœurs des clercs, c^r il souleva contre eux une telle lcnipêle,que, sans rintervention des magistrats , de graves excès eussent été commis. Cependant trois clercs de la ville , Hugues d^Oisseau , Guillaume Qui nari bibit aquam , et Payen Aldric , ayant formé l'entreprise de renverser l'idole populaire , se présentèrent un jour pour discuter avec ce formidable orateur ; mais saisis par le peuple , ils furent indignement traînés dans la boue, et ils durent leur salut moins à une fuite rapide qu'à la protection des gens du comte Hélie. 'Le clergé répondit à ces violences par une lettre contenant des menaces d'excommunication. Henri n'en tint compte. A toutes les accusations énoncées contre lui dans la lettre qui lui fut adressée , il ne répondit que par ce terme fort dédaigneux : « Vous meniez, m^/i^mV/ » et il continua ses prédications publiques, à Saint-Germain et à Saint-Vincent. Il fut, pendant quelque temps, farbitre souverain des consciences ; le peuple , qui n'écoutait que lui , le vénéi^ait comme un prophète, et ne voyait plus dans les membres du clergé séculier que des publicains : « Que de maux l'hérétique a faits et fait encore chaque jour dans l'église de Dieu, s'écrie saint Bernard... les temples n*ont plus de fidèles, les peuples n'ont plus de prêtres, les prêtres n'obtiennent plus le respect qui leur est dû ; pour tout dire , les chrétiens n'ont plus de Christ... (1) »
Après avoir catéchisé la cité principale du diocèse, Henri se dirigea vers Saint-Calais. Il commençait à
(1) Bcrnardi Epistqlœ , Epist. 253 , ad corn. Ililder.
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gagner les esprits dans celte \ille, quand Hildebert arriva d*Italie , et fit son entrée dans les murs du Mans. Un nombreux cortège de clercs de tout grade marchait à sa suite. Lorsque , suivant l*usage , il étendit sa main sur le peuple pour lui donner la bénédiction pastorale, des imprécations se firent entendre contre les calomniateurs du céleste envoyé , et contre I évoque lui-même : « Nous ne voulons pas, lui disait le peuple , de ta bénédiction; bénis, s*il te plaii, siuictifi^ cette vile poussière ; pour nous , nous avons notre père , notre pontife , notre avocat , (]ui est au-dessus de toi par s:i puiss;uice , par ses mœurs , par son savoir ! • La chroni(|tic, à laquelle nous empruntons ce récit, ajoute que ieSei^'neur châtia celte insol(*nte populace, en permettant qu*un incendie dévastai soudainement la plus grande partie des faubour<;s. Mais cette ten'ible leçon ne pouvait suflire; d'ailleurs, il se trouva sans doute plus d'un esprit fort, même dans les fauliourgs du Mans, qui attribua cet événement à toute autre cause qu*à la vengeante divine, lliklrhert partit donc pour Saint-Calais à la nmcontre de ra<;italour , curieux dVntrer en colloque avec lui, et de le confondre. 1! y n^ussit fort ingénieusement^ au dire iU* ses biograi»ht*s , et le chassa du diocèse, (le qui fut , il parait , plus dillicile encore que de trionq)lier de riit^niique par un heureux Stratagème , ce fut de le comprouK^lirt* prt*s du |»euple : après IVxil dMIcnri, un siècle même après sa mort, on comptait encore au .Mans plus d'un d<*fensi'ur de ses opinions et de s;i i>ersonne. On leur donna le nom d*Henriciens.
Il y a évidemment beaucoup de liclion dans les renseignements fort incomplets que nous fournit la tradi-