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lion de 1 église sur cet hérétique célèbre. On a dit sans preuves sérieuses que , formé ù Técole de Pierre de Bruis, il avait été envoyé par son maître prêcher dans les provinces de Touest ses opinions contre la présence réelle et contre le baptême des enfants. Mais commenl n'est -il pas fait mention de cette doctrine , dans le livre des Actes des évêques du Mans , où se trouve fort au long le récit de toutes les fables qui furent inventées à sa charge par le clergé contemporain? Cest sur le témoignage de saint Bernard que Too a fait ce rapprochement entre Henri et Pierre de Bruis, et que les erreurs de celui-ci ont été imputées à celui-là : or, saint Bernard n'est pas, en ces matières, un témoin digne de toute confiance ; on lui reproche de parler des hommes avec plus de passion que de vérité. Nous croyons assez volontiers qu'Henri se proposa moins de soulever devant le peuple des questions dogmatiques , et de combattre les doctrines enseignées par l'église, que de censurer la hiérarchie sacerdotale, les mœui*s relâchées des clercs séculiers , et lappareil somptueux des cérémonies. Il y eut , de son temps , un certain nombre de ces euihousiasles , qui , sans s'être communiqué le mot d'ordre, apparurent simulianément sur divers points, enseignant dans les mêmes termes la nécessité d'une réforme , et dissuadant les fidèles de suivre les voies de l'église. Ils paraissent tous avoir eu la même fin qu'Henri. L'instinct de conservation prévaut toujours sur la logique des novateurs trop lot venus : le peuple s'enflamme pour eux dès l'abord , parce qu'ils dénoncent avec énergie des abus dont les conséquences pèsent sur lui ; mais il les abandonne bientôt , parce qu'il ne leur est pas donné de
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206 IIILDEUEKT.
ntodiOer Tétat de choses conlre lequel ils s*élèveDt : plus le remède qu'ils proposent est exlréme , plus rapide est leur discrédit , et plus il est facile ù leurs cootradicteurs de les faire passer pocu* de criminels char* laUDS (i).
Après avoir terminé à son avantage l'affaire d^Heori, Hildebert revint au Mans , où il était empressé d'achever l*œuvre de la cathédrale. De graves embarras Tarracbèrent encore à ces travaux. Hélie meurt ie il juillet de Tannée 1110, et le comté du Maine écheoit par héritage à Foulques le jeune , comte d'Anjou. Foulques , qui se plaisait dans les entreprises aventureuses , va prêter le serment de foi et hommage, non pas à Henri T' roi d*Angleterre , mais à Louii4e- Gros. Aussitôt Henri se met en campagne , et annonce qu'il vient châtier fauteur de cette rébellion ; mais Fotilques bat ses troupes et celles de son gendre , Kotrou , comte de Mortagnc, fait celui-ci prisonnier, cl renferme dans le chùieau du Mans. Le comte , estimani sa un prochaine , ou plutôt feignant d'appréhender les
(I) Voici djiis quels lornh*s, rvidomiiuMil iliir.imatoir(>^ , saint Romani |iailo df llciiri. Il lit* faut {lUs oiiuMlro que cotte déobiiuitioo a Ole acceptée cuimuo un jii}:oiiioiil véri<ji<|uo :
« lIoUK» d|K)Ntata ONt, qui, rrlicto roli^^ioiiis hahitu, iiaiii iiiona* clius oxtitit , u(l >|>urciliaN oaïuiN olsoculi , (anqiiaiu caiiis» aU Nuum ^ouiiluii) est roverNUii. l*no confusi(»ne liabitare iuter co|{nato« vi nolus non NUsiintMis, \('l |Kitius non |KMiiiivsu> (»b magiiiiudiiioui criniini!(« sucrinxit Inniluts mios et itor qua iicsciohatarri|iiii(, fjclu^g}Tova^us et i>ruru^ussU|»t*rtorrani. tjiinque uieiuliraro < a^xus^ sot« |Hi.suil in «-unqilu e\au}:oliuni , nain lillriatiiN oral , et \inule diMrabonH vorlHini Dei , o\an}{oli/alKit ut niondicarot. Si quiil mipra \ictuui eli('<Te puterat a sinqilicioiituis {lopuli \ol ab aliqua inatronaniui , in liideiido al<Ms, aut corle m usus tiirpioros offundVbat. Frei|ueiitor siquideiu |k>\1 diuniuiii |»<q)uli |»lausuiii , oocle iiisecuta cuin iiioietricibuN inventus est pra dicatur JUMi;ui.s, et iolerdum otiain cuni coigugaUs. • ncroanlus» Epiti, gyjit. toi» ftd cooiiteai liiUkf*
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approches de la mort , pour exercer conii*e Uildebert une cruelle vengeance, le fait appeler près de lui, le prie d*enieiidre sa confession , et en outre de recevoir 800 testament , et de le transmettre à sa mère. Hildeberl se met en route pour accomplir ce message ; mais à peine est-il entré dans le chàieau de Nogenl, où résidait la mère du comte de Mortagne , qu'il est arrêté , dépouillé de ses vêtements , et jeté dans la prison publique. Vainement Ives , évêque de Chartres , qui se trouvait alors près de la comtesse , et quelques religietix de la ville , protestent contre cet odieux sacrilège : avant de rendre Hildebert à la liberié , on ailcndit pendant quatre ans une lettre du comte Rotrou (1).
Hildebert assistait aux conciles d*Angoulême et de Reims, enlllS. £nll20, il présidait, au Mans, à une grande solennité. Aous parlons de la dédicace de la cathédrale , consacrée le jour de Toctave de Pâques , sottsTinvocation de la vierge^ des martyrs Gervais et Protais, et du bienheureux confesseur Julien. Deux archevêques, Guilbert de Tours et Geoffroi de Rouen, deux évêques , Marbodc de Rennes et Reginald d'Angers , honorèrent de leur piésence cette mémoi*able dédicace. Foulques le jeune cl la comtesse £remberge, sa femme ^ y assistèrent. Quelques jours après la cérémonie , ils revinrent à 1 église , accompagnés par une foule de barons leurs vassaux, ciolTrirent àlevêque, devant Tautel de Saint Julien , plusieurs chaînes contenant
(I) Opéra llddehcrii. EpiM, lib. Il , Epist. 17. Hildebert ne nous apprend pas combien de temps dura sa captivité : en supposant qu'elle eut lieu de ranuéclllOà Tannée 1114, nous suivons âom Beaugcndre ( renerabilis Uiidtb, vUa ) et les auteurs de VHiê» min Uuérairê de la ffance.
de pieo8C8 donaiions ; puis le comie , élevant son fils Geoffroi dans ses bras i le plaça sur Tauiel i el fil i haute voix cette prière : • Saint Julien , Je te coaAa mon fils et mon domaine ; sois le tuteur de Tun et de l'autre ! » Et quittant Téglise , baigné de larmes i U ne songea plus qu'à mettre ordre à ses affaires pour aller combattre en Terre-Sainte.
En 113&, Guilbert, archevêque de Tours, étant mort à Rome , où l'avaient appelé les affaires de son diocèse , HUdebert , son premier suffragant , fut chargé du gouvernement de la province de Tours , Jusqu'à ce qu'il lui eût été désigné un successeur. Quand Hildebert entra dans la ville métropolitaine , le peuple et le clergé le proclamèrent d'une voix unanime le plus digne d'occuper le siège laissé vacant par la mort de Guilbert : cette élection fut confirmée par Louis-le- Gros et le pape Honorius II , dans les premiers mois de l'année 1125. L'administration d'une province ecclésiastique était à cette époque une charge fort laborieuse. Le domaine du pouvoir spirituel et celui du pouvoir temporel n'étant pas encore rigoureusement délimités , le chef ecclésiastique était contraint d*intervenir dans presque toutes les causes : on déférait au tribunal de sa conscience les plus graves (fuestions litigieuses , et toutes les fois que la paix publique était troublée , c'était à lui que les parties adverses adressaient leur premier appel. Nous devons reconnaître que cet empiétement de raulorilé spirituelle sur la juridiction du pouvoir civil était alors plutôt un bienfait qu*un abus. Dés son avènement à l'arclicvèché de Tours, Hildebert eut à remplir , dans la région occidentale de sa provinoe i un ministère qui , de nos jours , est toui-à-fait
en dehors des atiribuiîons épiscopales. De graves dissentions avaient agile TÂrmorique; Olivier de Pont- Chasteau , révoiic conii^e son seigneur , le duc de Bretagne, et vaincu les armes a lu main, s*éiail re* tranclié dans IV^lise dti monastère de Béion ; le sang avait coulé s ir le pavé du lieu sainte et Tabbé du monastère demanùtiit une nouvelle consécration de ses autels profanés par [>ussd*un sacrilège. Le pape avait écrit à ce sujet à son iegat Girard et à Tarchevéque de Tours , les invitant à purifier Téglise de Redon et à convoquer un concile provincial, pour statuer sur diverses réformes proposées par les évéques de la Bretagne. Nantes fut indiqué comme le lieu de rassemblée. Les actes de ce concile sont rapportés dans une lettre écrite par Hildebert au souverain pontife; nous ne pouvons mieux faire que de traduire les passages importants de cette lettre; on y appréciera quelles étaient les mœurs du temps :
« Nous avons résolu de retracer à votre sainteté, très-révérend Père , comment , à la demande du vénérable comte des Bretons * et par le conseil des évéques de ma province , nous nous sommes rendu en Bretagne, où, parmi de nombreux et abominables scandales , on nous signalait la souillure du mariage par Tinccste » cl celle du sauctuaire consacré au Seigneur par des transmissions liérédilaires. Ccsl pourquoi , ayant convoque nos évéques et nos al>bés et un grand nombre d'honorables religieux, nous sommes demeuré trois jours à Nantes, y tenant un concile qui, avec la grâce du Seigneur , a purifié Téglise , et a été d'un grand profit pour le peuple. En effet, telles étaient, jusqu*au jour de notre réunion , certaines coutumes eu vigueur dans la terre du comte de Bretagne : à la mort d'un mari ou d'une Temme , tous les meubles de la personne défunte devenaient la propriété du seigneur ;
le fisc s'attribuait, au nom de la loi, tous les débris d'an naufrage*
210 niLDEHCRT.
Le coûte reoooç» lut-iuèone eaire nos maius» soos les jeu de tout le coocilc, à Tuo et ià l*autre de ces droiu, et demaodi que le gbiTe de reicoininuDicatioo frappât quiconque oserail refsair sur celte rcDonciatioii , ou en altéouer la pléuUMde... QimU aux mariages incestueux, Tavis de tons les asaiatants a été que les éfèqaet , dans toutes leurs assemblées, et les prètrMy dans égUsei, ioterdiroBt publiquement de tels mariages, al root de la communauté des fidèles quiconque , au mépris do oslU ioterdiction , contractera sciemment une alliance incestaeait. 11 fut aussi unanimement adopté, afin d*inspirer une crainte ahi* taire , que , dans la suite, les enfants nés de ces coupables accosK plemenis seront considérés comme impurs , illégitimes , et incapables de succéder à leurs pères... Le concile résolm encore d*une seule voix , que les fils d*un prêtre ne seraient pas ordosnés STant d*avoir été chanoines régulien on moines ; quant à cou qui anraient d^ reçu les ordres , nous leur avons défeMhi • daM le dessein d'abolir Thérédité, d'exercer le ministère ptstoral dans les églises où leors pères avaient rempli cette charge. 0 a été Interdit, avec la rigueur convenable, de saccédor aox prébendes et à tontes les dignités ecclésiastiques..... > (i)
Oo ne conteste plus à Tégltse rhonneor d*avoir effidcement contribué à la réfonne des mœurs , on ne lui fait plus même un crime d*avoir francbî , pour opérer cette réforme , la liiuiie de sa juridiction : la lettre que nous vcuons de transcrire est un des titres nombreux q«i attestent les services émiuents rendus à la société OBOdeme par Téglise du moyeu-àge » et si Ton reuou- Yelail une querelle épuisée à la confusion de quelques historiens du dernier siècle , les actes du concile de Mantes pourraient être invoqués par les défenseurs de la cause épîscopale. Mais tous lc*s pouvoirs ont leurs
(I] OpmHUdeb. £>mi« lib.u. Bp. 30.
commeocemcnts , leur période glorieuse , et leur déclin. Il ne serait pas moins insensé de réclamer aigour« d'bui pour Tégiise les prérogatives qui lui ont appartenu dans le moyen-àge,qn'il ne serait inique de lui disputer ses droits à la reconnaissance des peuples. Bien que la puissance de I*église fût grande encore au XI r siède, déjà le pouvoir civil tendait à s'émanciper de sa tntelle, et comme cet affranchissement n'était pas libre- ■lent accepté par Tépiscopal , il s'élevait plus d^un conflit entre ses représentants et ceux de l'autorité séculière. Hildebert eut un de ces différends avec Louis-le- Gros. En montant sur le siège méiropolitain de l'église de Tours, il avait trouvé deux charges vacantes; mie d'archidiacre et celle de doyen , et il y avait pourvu. Après une année , le roi lui écrivit pour l'avertir qu'il avait disposé de ces deux charges , et pour lui ordonner d'installer sans délai les élus de sa volonté. Hildebert crut devoir résister. Il alla trouver le prince , et lui représenta modestement qu'il n'était pas dans les attributions du chef temporel de promouvoir aux dignités ecclésiastiques : celui-ci n'approuva pas cette maxime d'étai,et,pour faire entendre à son contradicteur qu'il le tenait pour un sujet révolté , il confisqua les revenus de l'archevêché de Tours. Il ne fallut pas moins que l'intervention du roi d'Angleterre et du légal du pape pour apaiser ce différend : l'archevêque fit quelques concessions afin de rentrer en grâce près du roi (^1); le roi, pour sa part , n'inquiéta pas davantage dans la posses- SH>n de leurs charges le doyen et l'archidiacre élus par l'archevêque.
(i) c Gerium et taxatum obsequium nobis rei benlgaam exbi<« bok. t Op^ni Hildtb. !^. lib. il. Bplst. 46.
212 lULDEDEaT.
Cet accommodement entre LoQift-le*Gro& et UUdebert parait avoir eu lien vers Tannée 1129 , car noaa Toyons , en cette année , Hildebert asaiater i sur IIutItation du roi , an sacre de Philippe , 8on fils. Un des derniers actes de la vie de notre prélat fut TassentUnent qu'il accorda, non sans quelques hésitations, à Télectioa d'Innocent II. Pierre de Léon, qui lui disputait ses titres à la succession d*Honorius, avait été reconnu pape par un certain nombre de cardinaux ; la question était grave , elle agitait beaucoup la chrétienté. Hildd)eri était pressé par Girard , évéque d*Angouléme , de reconnaître la légitimité de Pierre de Léon , et par saint Bernard de proclamer celle dlnnoceut. Il prit parti pour le client de saint Bernard.
On ne s'accorde pas sur Tannée de sa mort. Entre Topiniondu P.Pagi, qui le fait mourir en ll2i, et celle des frères Sainte*Marthe qui prolongent sa vie jusqu'en i 1 2^6, Dom Beaugendre et après lui les auteurs de VNisioire liiteraire de la France se décident pour Tannée 1154.
Quelques écrivains ecclésiastiques , et entre autres Barouius , ont rois Hildebert au nombre des saints : il est plus fréquemment qualiûé le Bienheureux^ ou le héfiérable Hildebert. Son nom est resté dans la mémoire des fidèles, et dans ce temps même où, sans égard pour la tradition , la criiique a discuté toutes les gloires , on Teslime eiirorc un des honunes les plus considérables du moyen-âge. aXous avons raconté u>ec quelques détails Thisloire de sa vie, |>onr faiix' appré cicr, d*une part , la propension de son esprit aux grandes entreprises, et, de Tautre, sa courageuse résignation dans Tadversiié ; la fermeté de son caractère et la prudence de SCS négociations I son zèle pour les intérêts
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temporels de Tëglise, aussi bien que sa vigilance à faire observer les lois strictes de la discipline canonique. Il nous reste à parcourir les écrits d'Hildebert , pour rendre compte de ses opinions philosophiques et de ses mérites littéraires.
Les Œuvres d'Hildebert ont élé publiées pour la première rois,en 1708,par les soins de Dom Beangendre, de la congrégation de Saint-Maur (1). Ce recueil contient les lettres d'Hildebert, ses sermons, quelques vies de saints, une philosophie morale, un traité de théologie, une dissertation sur le sacrement de Tautel, une exposition de la messe , des poèmes , des odes et des épîgrammes. L'éditeur a exposé dans de savantes notes les motifs qui font engagé à insérer parmi les œuvres de notre prélat diverses pièces manuscrites d'auteurs incertains. S'il ne prouve pas toujours suffisamment la légitimité de ses attributions , où trouverait-on aujourd'hui les preuves contradictoires? Ce n'est donc pas pour nous épargner une critique fastidieuse et sans profit assuré , que nous accepterons comme bien fondées celles des hypothèses de Beaugendre qui n'ont pas été combattues par les auteurs de YHUtoire littéraire de la France. Ils les ont toutes analysées fort scrupuleusement, et, on doit le dire , avec assez peu de bienveillance à l'égard de l'éditeur d'Hildebert , bien
(1) Venerahilis Hildeberti , opéra lam édita quam inedita; Parisiis, Laureotius Leconte; in-fol. Dans le même volume se trouvent quelques opuscules de Marbode , évêque de Rennes.
Nous ne mentionnons pas les éditions incomplètes ou parUelles des ouvrages d'Hildebert , et les pièces diverses publiées dans les recueils de Muratori, des Bollandistes, de d'Acbery, etc., etc. La plupart de ces publications sont antérieures à Tédition de Beaugendre. Les auteurs de VHisioire littéraire ont exactement indiqué les sources auxquelles Beaugendre a puisé.
t1 4 HILKBEKT.
qall Itt de leiir ordre. Ils ont encore &igntlé écriu en prose oo en vers qui ne se trouvent pis daas rédition de Beaugendre , et qui sont attribués à HBde* bert par les catalogues, on par les historiens. Ce soet Ik des détails pleins d*tntérét , mais dont la dispersion des manuscrits ne permet pas de vérifier Texactitude. Si nous n^avons pas sous les yeux les documents qui boqs serais nt nécessaires pour entreprendre une critique sé-> rieuse des assertions , souvent opposées , que nous recommandent d'une part Taulorité de Beaugendre , et , de Tautre , celle des auteurs de V Histoire liiiénure de la France j nous allons nous efforcer de remplir une h* cune qui existe dans leurs notices. Les Bénédictins ont presque toujours négligé de nous faire connaître bi substance des écrits qu'ils ont édités ou analysés ; Ils ne BOUS ont guère laissé que des travaux de bibliographie , où Ton doit admirer leur patience et leur savoir, mais on l'on regrette de ne trouver aucune exposition dog* matique.
Pour apprécier Hildebert comme théologien , comme philosophe , il faut interroger d*abord le tmlië spécial où il a posé et discuté les plus graves problèmes de Tontologie catholique : nous voulons parier de son 7Va^ iatui Tkeologieuê (i). Beaugendre veut que Picrre-Ie-
(I ) Tins le Manuel de TeoDêmann , il est fkit iii<»ntH>n d*vii Ttmeuaut pkHompkicuê attribué à liiltiebert de Lavardio , e i qai , dil-OD , se trouve inséré dans les UKurres de llognef de âaiiil- Victor. Nous avoDS vainement cberchéce Irailé san.s le dtrou\hr, et Dou^i Dous sommes coovaincu quMI oV&iste pas. Si d^ailleurt il eftt été vérilablemeut iusén^ daos lesOKuvres de Hugues d«* Saint- Virlor , B4*augendre ue Teut pas igoon* , car il (Hibliait sou (tiiiioa d*Hildebert eu 1708 , et la dernière édition de lluguet de Saintyktor est anlériture Les auteurs de VUkuoirt Imermrt dklafrtmet^
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Lombard ait connu ce traité ; il remarque en outre que la méthode pratiquée par Hiidebert a élé suivie par la plupart des scolastiques. SU est vrai que Pierre-le- Lombard ait fait au Tractatus theologicm les emprunts que nous signale Beaugendre , il doit exister , en effet , cette conformité entre la manière de procéder d*Hildebert et celle des scolastiques , puisque ceux-ci ne se sont proposé que de commenter les thèses sommaires du livre des Sentences. Or, comme le plus grand nombre des théologiens modernes a marché dans cette voie sur les traces de saint Thomas, ce n'est pas une gloire médiocre pour Hiidebert que d'avoir élé Tinvenleur d*une méthode qui a obtenu durant huit siècles cet Immense crédit. Nous ne pouvons donc mieux faire que d'analyser les divers articles de sa croyance , suivant Tordre dans lequel il les a lui-même exposés , sachant d'ailleurs que depuis le divorce de la théologie et de la philosophie, l'avantage de la méthode est resté à Técole théologique.
Suivant Hiidebert , il n*y a pas , pour lliomme , sur cette terre , de certitude absolue ; mais il affirme ce qu'il ignore par divers actes de foi. Où est la vérité? en Dieu seul. Dieu est l'universel dans sa plénitude; il est l'unité en laquelle subsistent tous les principes, ou, comme disaient les platoniciens, tous les exemplaires; il est la justice , la sagesse, la bonté , la puissance (1), encore que l'indivisibilité de son essence ne comporte pas ces distinctions. Or, comme nous ne connaissons
oui ont consacré unlrès-long article à Tanalyse des Œuvres d'Hildeberl , ne parlent pas davantage de ce Tractatus philosopMcus,
(1) Tractatus Theologicus , c. 24.
t18 UILDEBERT. ^^
actuellement ni Dieu , ni ce qui est en Dieu , tontes nos tffrniaiîons procèdent de la foi pure. Qu*esi-ce que la foi? Cest la substance même des idées humaines (1); nous croyons, nous aimons , nous espérons par la foi. Elle est en quelque sorte le sujet et lobjet de toute certitude actuelle : le sujet , car c*est d*elle qu*émane Taf* firmaiion ; Tobjet , car elle n^alBrme riea qu*eile-méme. Telles sont les prémisses sur lesquelles Hildebert prétend établir la doctrine chrétienne. - 1^ foi , dit-il, est la certitude des choses qui ne tombent pas sous les sens du corps ; - voilà, en d autres termes, largument fondamental opposé par Descartes aux illusions de recelé empiriqtie : « elle est au-dessotis de la connaissance , ajoute Hildebert, car croire cest moins que savoir, • voilà toute lobjection de Kant au dogmatisme de la raison pure : « elle est au-dessus de lopinion , car croire est plus que supposer (2) ; » voilà , sous sa formule la plus rigoureuse, la thèse de Tidéalisme conti*e le sc*epticism(*, voilà la réponse de Hegel à Seluil/e. Nous sommes désormais suflisamment avertis qu*llildebert n*est pas un eompilateui* vulgaire ; que c est un v<M'ital)le philosophe. £l qu\)ii remarque bien ce fait : le premier mot que prononee la philosophie renaissante, soit par la bouche d'ijigèui», soit par celle d'ilililehert, r'csl une formule idéaliste : celte niiimile sera conlredile, de laborieux elTorls seront faits pour clt^ver sur une autre base 1 ediûce de la science huniaine , niais il nVn 1 1*sultera qu*une gran Je confusion : maigre totit ce (|ui sera
(1) Ibid'Mn, c. 1.
(îj « Si|>ra upiiiionom , quia pIiK osi rroiK>ro qiiani o|»iiiari. » Opintti, ist ici |>ris(i:iiis !«' scn^ tr//v/>'»//«.*/*.
HILDEBEUT. SI 7
tente contre elle , l'école idéaliste se défendra toujours avec avantage ; malgré le crédit que pourront obtenir pendant quelque temps les écoles rivales , elle leur survivra pour recueillir un jour les profils de leurs travaux. Hildebert n'a pas prévu , n'a pu prévoir toutes les conséquences du principe par lui posé ; nons reconnaissons même qoll s*en est écarté quelquefois. Cependant Il ne faut pas lui reprocher sévèrement ces écarts ; il y a certains paralogismes qu'il ne pouvait guère éviter : il faut plutôt lui tenir compte de n'en avoir pas commis davantage. — Après avoir traité delà foi,après avoir établi une sage distinction entre la croyance et la connaissance , c'est-à-dire entre la notion subjective et la vérité absolue , Hildebert analyse les objets de la foi. Il y en a deux , suivant lui : le mystère de la substance divine, et le sacrement de Tincamation. Quoi? sont-ce bien là les deux seuls objebs de la foi? Pour parler plus rigoureusement encore, il n'y en a qu'un. En effet, Dieu étant l'être duquel procèdent tous les phénomènes , tous les actes de la vie , croire en Dieu c'est af9rmer Têtre dans tous ses attributs et dans toutes ses manifestations. Quand donc Hildebert distingue deux objets de la foi, il ne raisonne pas comme un philosophe qui aborde ce grand problème avec une entière liberté , n'interrogeant que sa logique ou sa conscience ; il appartient à une communion religieuse , il a pris avec un dogme un engagement solennel. Or , si la croyance en Dieu est adéquate à l'affirmation de Dieu dans toutes ses œuvres, il faut observer néanmoins que cette croyance est insuffisante pour révéler à lesprit la formule catholique de rincarnaiion.Nous ne disons pas que lactc de foi par lequel Thomme s'élève à la conception
218 HILnEBERT.
de Dieu ne comporte rien de plat que le théitiiie ; iMd , nous l'admettons volontiers , Tidëe de la Tie est tdé* qnate à Tidëe de Tétre. Il est vrai toutefois que, dans le dogme de Tégiise catholique , rincamation n'est pas nécessaire, mais contingenie.Or, comme la notion pare de Dieu exclut toute hypothèse d'un accident. Hildebert devait, pour Justifier le dogme sans offenser la logique humaine , distinguer « le mystère de la divinité ei le sacrement de l'incarnation , • et dire que la foi a deux objets. Cette distinction est expliquée par le hingige même que tiennent à l'égard des catholiques les philosophes auxquels elle paraît superflue ; ils les accosenl d'idolâtrie. Mais ninsistons pas davantage sur ce point. Il nous importait de signaler en quoi la méthode d' Hildebert diffère de celle des nouveaux théologiens : cette différence est , on le voit , au fond même de l'hypothèse dogmatique. Sachons maintenant dans quels termes notre docteur s'exprime sur le premier objet de ki foi , le mystère de l'essence divine.
Hildebert suit de près saint Augustin ; de tous les pères c*e8t celui qu*il parait avoir étudie avec le plus de zèle et de fhiit. Aussi remarquons-nous que son opinion sur la nature de Dieu, est la plus haute conct^ption de l'unité qu'ait admise et que pouvait admettre IVglise chrétienne. Assurément Hildebert ne rejette pas Tidée dune personnalité divine, subsistant par elle-même et douée d*atiributs incompréhensibles ; mais quand , après avoir posé cet idéal, il al)or(le la question de Tétre, de IVssencc , il ne s*éloi<;ne pas trop des cons<*quenees admises par les philosophes qui nient en Dieu le principe de distinction. Son opinion surlubiquité de l'essence divine, sur labsorption de toutes h»s^ réalités
HILDEEEllT. SI 9
dans rinfini , est eiactement celle de Malebranche : il n'y a , pour aîDsi parler , pas un mot dans le huitième Entretien sur la Métaphysique , qui ne se trouve dans le troisième chapitre du Traotatus Théologiens. Et nonseulement Hildebert et Malebranche concluent dans les mêmes ternies , mais encore ils motivent les mêmes conclusions par le même raisonnement. S*il est vrai qu'ils n'ont rien appris l'un de l'autre, ils ont ep le même mattre , saint Augustiu , et saint Augustin avait trouvé dans Platon le principal argument de celte démonstration. Le voici : tontes les idées sont en Dieu ; Dieu a créé et ordonné le monde suivant ses idées; donc les créatures étaient en Dieu de toute éternité. Elles y étaient , mais comme idées,non comme réalités; l'émission réelle des créatures est un acte qui s'est accompli dans le temps. Mais n'y a-t-il d'autre rapport entre le créateur et la créature, que ce rapport de causalité? A cette question Hildebert fait une réponse un peu énigmaiique : « Les créatures , dit-il , ne sont pas essentiellement en Dieu , mais Dieu est essentiellement en toute créature. » A l'entendre , si l'on refuse d'admettre cette immanence de la cause dans ses œuvres , si l'on prétend que l'universalité est un attribut de la puissance de Dieu , non de son essence , on calomnie la vérité'. Et voici dans quels termes il argumente contre cette hypothèse : ou l'essence de Dieu n'est en aucun lieu, ou elle est partout, ou elle est en quelque lieu. Si elle n'est en aucun lieu , il ne faut pas la supposer en un lieu quelconque, il faut nier absolument l'être divin ; si on la suppose en un lieu, pourquoi ne pas reconnaître qu'elle est dans tous les lieux? n'est-ce pas , en effet , une impiété que de localiser l'infini? « ubique sine loco vera-
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citer est 9 sicut sempiternus sine tempore (i). • Oa pourrait croire que Malebranche n*a fait que traduire ce passage : « La substance divine , dit Malebrancbe, est partout , non-seulement dans l'univers , mais infiniment au-delà ; car Dieu ne s'est pas renfermé dans ion ouvrage, mais son ouvrage est en lui et subsiste dans sa substance.. . C'est en lui que nous sommes, c'est en lui que nous avons le mouvement et la vie... L'étendue créée est à rimmensiié divine , ce que le temps est à réternité (2). • Nous disons qu une telle définition de la substance divine n'est pas loin d^étre une énigme.Qui peut , en effet , comprendre cette confusion du fini et de l'infini ? Quelle idée présente h Tesprit cette substance limitée , périssable , au sein d'une substance sans bornes et sans fin ? Véritablement, il y a là un mystère pour la raison humaine. Saint Augustin le reconnaît; Malebranche fait le même aveu : « Lorsque je vous parle de Dieu et de ses attributs , si vous comprenez ce que je
(1) Parmi les poésies d'IIildebcrt éditées par Beaugendrc, noas trouvons une oraison qui ré|»oiid ass(>zà cette formule dogmaliqne. Voici dans quels tenues Dieu y est délini :
Super cuncla , subter cuncta , Eitra cuncta , intra cuncta ; Intra cuncla , nec inclusus , Extra cuncta , nec exclusus ; Super cuncta , nec elatus , Subter cuncla , nec substratus.
S:ipcr lotus, prrsidendo.
Subter totus, sustinendo ; E\tra tutus, complectendo , Intra totus est imidendo.
(2) Entrttknt sur la metaphytiqHc, Eotr. 8.
VOUS dis... OU c*e8t que je me trompe , ou c'est que vous n'entendez pas ce que je veux dire; » M. de Lamennais, qui a récemment reproduit cette doctrine , comme le premier et le dernier mot de la science théologique , ne se dissimule pas davantage qu'elle repose sur une antinomie radicalement incompréhensible (1). Nous ne voulons pas interroger la conscience pour apprendre d'elle si elle accepte des prémisses dont sa logique repousse les conséquences , et si la notion qu'elle a de Dieu est vraiment telle qu'on la définit. Ce qui nous im* porte ici , c'est d'exposer le sentiment d'Hildebert sur le problème sommaire de l'ontologie. Il appartient à une grande école : si nous disons quel fut sou maître , quels furent ses plus illustres condisciples, ce n'est pas pour dresser contre eux un acte d'accusation collectif; c'est pour suppléer par des rapprochements à Tinsuffîsance de notre analyse : Thistoire de la philosophie est en quelque manière une vaste officine un peu en désordre , où les noms propres sont l'étiquette des sys'tèmes.
Mais la question de l'être n'est pas la seule qui intéresse à la fois les théologiens et les philosophes. Les théologiens distinguent , dans l'être , l'esprit de la matière, et, après avoir affirmé la coexistence de I eten Jue finie et de la substance infinie, ils se demandent comment l'intelligence libre de Dieu iniervicnidans le gouvernemeni du monde crée. Il semble que récoie de saint Augustin, admettant l'ubiquité de la substance divine , doive admettre plus volontiers encore l'ubiquité de l'esprit divin. Mais si , d'un côté , cette hypothèse est
(t) EtqmtmttunêphUoiopfde^ if partie, livre ii. ch. 1.
322 BILWiE&T.
la plus btote afBrnuilioii de l*ordre oa de VuaMi\éê Tautre , elle est la négalioa du dogme de la gImm*. Ift» debeit la repooese: • Dieu, dîl-U, ealdaaa loMetlii créaiores, U y est dana tomes égaleaieat par la de sa dnriniié, c'est-i-dire par son eaaeiee; B par sa grâce , dob daaa ttma les hossaws, nais Bieot dans les boBS. • Cette doctrioe , qui est looi i JêIê coftlbrae à la leitre de saint Augustin , présente ne antinomie qoe nous devons signaler. Si Diea munique également sa substance à toutes les créatniiny on ne s*explique pas bien pourquoi il ne leur comniii que pas son esprit ; on comprend mal ce que penteaS être des parties de la substance divine déponrvnet ûê Tesprit divin, et vouées par cette privation aux ténèbrea, à Terreur. Nous rapportons les termes dans lesquels om énonce le mystère ; nous ne prétendons d'aiUews ni les critiquer , ni les expliquer. Cependant il nous faut biaa dire comment, dans Topinion d'Hildebert , s*acco«plil cette émission spéciale de la grâce divine. — h'àme Ihk maiue est en quelque sorte uu instrument que Dieu naC en action. Elle n*a que des facultés ; les désirs , les sentiments y les affections lui adviennent, s*imposent à elle ; elle les éprouve , mais ne les cause pas. C*est en cela que rame humaine diffère de Tàme divine. En Dieu , b puissance , la connaissance , lamour , sont des attributs immuables , étemels ; Dieu n*est jamais ni plus ni moins puissant , connaissant , aimant. Telle n*est pas la condition de Tàme humaine : rien ne Itii eu propre, tout lui est accident (1). Or Dieu est le suprême bien, la per-
(1) • Sunt affectioDes mulibiles circa aDîmam; aliqoando eoim cat atas BoUOi st iSfiffS* • ( l>Mt nitl. «IP» 4») —> • Os
IUU>£Ii£RT. 223
feclion souveraine. C'est donc lai qui commuoique à l^ créature ces mouvements intérieurs qui se manifestent par les bonnes œuvres. Et comme Dieu ne lui doit rien, U ne faut pas dire qu^il fait un ii^îuste partage de ses griUres , parce qu*il favorise tel individu et néglige tel autre : Dieu est juste , mais sa justice est im mystère. Suint Jean a dit que la lumière divine éclaire tout bomme venant en ce monde : cela est vrai ; mais , sui-* vant l'interprétation d^Hildebert , ce monde n*est pas le 90l que foulent nos pas ; possédé par Tesprit de Dieu , Tapôtre était dans le ciel lorsqu'il a formulé cetie sentence (1). L'origine du bien étant connue ^ quelle est l'origine du mal? ou plutôt, qu'est-ce que le mal? Il y a siur ce point bien des erreurs d'opinion : l'bomme adresse des requêtes à Dieu sur tout ce qui l'affecte dana cette vie; il murmure contre ses décrets dont il ne comprend pas les fins mystérieuses. Or, le plus souvent, ce qui nuit k quelques individus profile à un plus grand nombre ; les douleurs mêmes qui affligent l'humanité tout entière sont un bien, par cela seul que Dieu a voulu qu'elles fussent, car Dieu n'a pu vouloir le mal : u'accur sons pas la Providence , mais persuadons-nous que notre connaissance est bornée , et que nous agissons en téméraires , quand nous prétendons assigner Dieu de-
Sancla Trinitate niliil dicitur secundam accidens. Quod enim secuoduni accidens diciuir mutabile esl ; aed in Deo nibii inatabile. • (C.6.)
(1) « Cbrittus est sol Justitis.qQÎ est sol non omnium sed eornm qoibus illucescit. Non enim onmem hominem ipse illuminai , sed omnem bominem venienlem in bunc mundum ; non in hune inferiorem « in maligno positum , sed in bunc superiorem in que Joooaea ent quihoo dicebat. • Sermoruê HUdeberUt Sermo 4»
vanl le tribunal de noire raison (1). Il n*y a pas d'antre mal dans ce monde que les œuvres de la volonté ho* maine destituée du concours de la gr&ce : la révolte di protoplaste nous a tous condamnés à mal faire ; notre raison ignore le bien, notre volonté désire le mal ; notre chair, réduite en esclavage, n*a pas la puissance de s'aF» franchir (2). Cest à la gr&ce divine qu'elle doit cet tf> franchissement , lorsqu'il s*accomplit.
Quand l'école de Molina est venue prétendre que cette opinion n'est pas la négation du principe de la liberté humaine , elle s'est évidemment abusée. Nous ne voulons pas défendre ce principe ; mais il nous Iffl* porte de restituer aux termes dont Hildebcrt a fkit usage leur sens véritable , et de repousser des interprétations frivoles. Voici toute la doctrine d'Hildebert : La chair est , sans l'intenxntion de la grâce, esclave da péché, et, quand la grâce intervient , son action est nécessitante. Il n'y a dans cette doctrine , on le voit , aucune place pour cette liberté métaphysique dont on alTirmc que riiomme a conscience. Cependant Hildel>ert , comme saint Augustin , emploie ces mots liberté , libre -arbitre. Mais v\\ quel lieu, dans quel sens? comment irailuire cette phrase, étant admise la dt^Onition que les Molinisles ont dunuêi* de la liberlé : • Libi'rtas hiplex est , naliine, };ralia* et ^loihe. Libellas natur;LMj est libellas a lîeeesbitate , qiiia anle peeealuni nutla nécessitas , iiulla dinieullas lioiiiiiii incunilK'liat. Liberlas graliu' dicilur libellas a peeralo, qniu per ipsani coiisequimus remissionem peccaturum, sub quo-
(1) Traa, Thcolotjic, C. 10.
\Xi Scrmone** Scrmo S.
rum Jugo quaii lervl tenemur. Liberias glorlœ en illA qu8D ob oninl libérât corrupiione, quœ habebilur In cœle$ii beatiiudine (1) ?» Il est bien clair que %\ 1*0» traduit le mol libertai par celui de lihertJ, le passage que nous venons de ciier est inintelligible. Que Ton nous signale dans les Sermont d'Hildebert , ou dans le Traciaiuê Theologicuê, une seule sentence qui puisse être interprétée favorablement au sémi-pélagianisme transformé , qui a été depuis Molina , qui est encore la créance de beaucoup de docteurs, nous y répondronspar un grand nombre de passages qui contiennent une profession de foi toul-à-fait contraire. On vient de lire quelques mois sur la liberté ; voici ce qu*Hildebert entend par le libre arbitre : « Liberum arbiiriumest habilitas ralionalis voluntaiis , qua bonum eligilur graiia coopérante , vel malum ea deserenie : Le libre arbitre est une manière d'être de la volonté raiionnelle, par laquelle on choisit le bien avec le secours de la grâce , et le mal en sou absence (2). • Celle déOniiion semble au premier abord peu lucide , mais rauleur y ajoute un commentaire plein d'inicréi. La raison , dil-il, suit la volonté par derrière , pedissequa ; elle conseille , il est vrai, la volonté, mais celle-ci ne 1 écoute pas; la volonté est souveraine , domina , et après avoir entendu la requête de la raison , elle ii en tient compte : • La volonté n'est pas entraînée par la raison; la raison montre seulement à la volonté ce qu'elle doit désirer , mais la volonté entraîne la raison. • Et d'où vient à la volonté cette puissante initiative? puisqu'elle domine
(1) Sermoneê. Sermo 4.
(f) TtqcI. Theolog, c. i9.
It raison, l'homme est-il le jouet aveugle de lui^-méme? est-il une sorte de monade qui s*agite dans sa sphère t suivant le caprice d'une spontanéité inconsciente? Nul* lement. Les motifs déterminants de la volonté sont ea dehors d'elle. Si son empire est tyrannique , si rien ne lui résiste, si elle entraîne tout, c'est précisément parce que le mouvement lui est communiqué par quelque principe supérieur aux facultés humaines. Or, les manifesiailons de la volonté ont une double nature, et par conséquent une double origine. Quand la gr&ce agit sur la conscience , le produit de cette action est ime bonne oeuvre ; quand la conscience ne reçoit pas cette divine impulsion , elle demeure dans sa dépravation , dans sa déchéance ; elle ne veut et ne peut vouloir que le mal (t).
Telle est , en résumé, l'opinion dHildebert sur le problème du libre arbitre ; tel est le sentiment qu*il professe , après saint Augustin , sur l'incapacité de la conscience humaine , et sur l'efficace de la prémotioa divine. Les philosophes les plus audacieux n'ont jamais abordé (*cltc haute question avec plus de franchise : ils ne l'auraient pas antrenieni résolue, s'ils n'avaient rejeté le dogme de la chute. En effet, il importe peu que Ion destitue la conscience des privilèges qui lui sont
(I) Nous ponirions cilor un fjrainl nonit>ro di» |>a<^sa^rs «rilildi»lK»rl, oii se Irouv»» eiphiiuV, dyiis \es U'rmes los |)lus Mf{nitira(if<«» relie opinion Nur la ;;ratuiié de ia {(i:u-e. el sur rnnpuivsant «mIu li~ lire arbitre. On lit «{ueicpien unes de ves sentences dans l 'analyse (pu* les auteurs de Vilintoirc buiraire ite ta t'ratwe ont riile dt»> .Vrffionn. Le citapitn* SO do Vruvuuut VttoU^jkut , où Tatiteur dêlinil &péeialemeiit le lit)re arbitre , se* résume dans oftie phrase : • S(Menduui est (pu>d non ideo dirilur litH*nnn arbitnuui,<|uod uHpjaliler se haln^at ad ulruuinue. M:iliret ad bonum et ad lualum ; i'uui per se quÎMpu' (los^it cadere , sed per se non p<Mhi( Mirgeiv, tiisM juvelur t gralia IK*i. •
UILD£U£UT. 227
aiiribués par les philosophes , pour lu placer sous lem* pire de la grùce; les philosophes n*ont jamais cnlendu que la sponianéilé de la cooscieuce fùi absolue , et ceux d entre eux qui ont recommandé Thypothèse de Tunilé dans la vie , n'ont fait que reproduire sous une autre forme les conclusions du déterminisme admis par toute Técole de saint Augustin. Ils ont seulement écarté le symbole de la nature déchue.
On nous épargnera d'analyser dans tous ses développements la doctrine théologique d*Hildebert ; nous avons insisté sur les points principaux de cette doctrine, pour signaler l'éclatante résurrection de la gnose aogustinienne dans le premier traité de théologie dont réglise du moyen-àge ait adopté les formules. C'est là on fait vraiment digne de remarque.
Nous devons maintenant parler des œuvres morales d'Hiidebert. Plusieurs critiques , et dans ce nombre M. Jouffroy , ont prétendu qu'il faut nier toute morale , si l'on n'accepte dans ses prémisses et dans ses conséquences l'hypothèse pélagieune de la liberté. Ils ont instruit contre Spinosa une accusation de paralogisme, fondée sur ce seul chef, qu'ayant posé le principe de la nécessité, il devait supprimer dans sa philosophie la science de la morale, l'éthique (i). Nous ne pouvons aborder cette question ; elle est grave , et à cause de cette gravité même , elle appelle une discus^ siou étendue. Que si l'on admet comme bien fondée la censure de M. Jouffroy contre la logique de Spinosa , il faut adresser le même blâme à tous les philosophes , à tous les théologiens catholiques, qui n'ont pas vu dans
(i) Jonfiroy, Cours d$ Droit iioricftf , 1. 1. p. 109.
828 llILbEDERT.
rhomme une subiiaDce indépeodaDte i une monade le- Itiatre vivant bori de la vie. Or i nous ne doutona paa d*afflrnier que ce pëcbë logique a ëlë comnla par looa loi docteurs de TëgUse primitive , si Ton en exoepte Praxéas, Origèoe et Pelage; et que, parmi les moderset» Molioa et ses disciples pourront seuls justifier la rt* gueur de leurs thèses morales » éiant admis les oonridérantsde la semence prononcée par M. Jooffroy. Hildebertest au nombre des théologiens que celte senieooe frappe le plus directement : en effets il n*a pas entendi le mot liberté dans le sens que lui ont donné certains philosophes ; il n*a rien ajouté à la définition de saint Augustin. La liberté , pense-t-il , ce n*est que Taffranchissement , ce n*est que la puissance d'agir : Thomme tient celte liberté de la grâce , il tient encore d'elle le mouvement communiqué à cette faculté passive, inerte, incapable; il n'y a pas une objection faite à la métaphysique de Hobbes (i) qui ne concerne Hildebert. Cepen* dant il a fait une Morale, — Ce traité se trouve dans Tédition de Beaugendrc ; il a pour titre Martilh Philo- Mophia de Ilonesto et Ltili, LVdileur la tiré d'un manuscrit de la bibliothèque de Coibert , et il a c\|H)sé dans une courte préface les motifs qui lunl engagé a inséixT CCI ouvrage parmi les oHivres de* notre d(K:tcur. Hildebert u est pas un ca&uisle ; sa doctrine nioi*ale e^t d*une remarquable simpiieiié. Elle est tout entière , eu quelque sorte , dans celte sentence : riionnêie est tonjours prêfémble à Tutile. Mais qu est-ce que riiounêtc? c est la vertu. Il y a deux catégories de vertus : celles dont le but est la counaissance, et celles dont le but est
(I) Jouffroy* iUd, p« OS cl tuivaDlcs.
niLDEBEaT. SfiO
J'aoïion. Hildebert place en premier lieu celles-ci t il estime le savoir , mais il fait plus de cas de la Justice et du dévouement. • Supposons, dit-il, un homme très-désireux de connaître la nature. Tandis qu*U se livre tout entier à la contemplation de choses très«dignes d*étre connues , tout-à-coup on apporte la nouvelle d'un danger public. £h quoi ! ne renoncera-t-il pas sur le champ à toutes ses études pour courir ù la défense de la patrie, quand bien même il croirait pouvoir compter les étoiles, et mesurer Timmensité du monde (1)? • En parcourant les divers écriisd*Hildebert,nousavons observé qu'il approuve peu la vie solitaire , et que les pratiques rigides des ascètes lui paraissent plus frivoles qu agréables à Dieu. Dans ses Lettres^ il exprime plusieurs fois cette opinion , « que la vie aclive conduit à la gloire , • et qu'il ne faut pas négliger les œuvres pour s*abandonner aux séductions de Tindoleuce spéculative (2). Ailleurs , il recommande de ne pas suivre à la lettre les règlements de Téglise , quand trop de rigueur doit mettre en péril Tordre et Tunité (3) ; il écrit au comte d'Anjou que le premier devoir d'un prince est de gouverner son peuple avec sagesse , et non de faire de lointains pèlerinages (Jx), En toute occasion , il se déclare pour la vie pratique.
Nous avons rapporté les actes d'Hildebert , nous avons sommairement exposé ses opinions sur les plus graves questions de la théologie et sur quelques points
(f ) Moralis PhilosopfHca, p. 986,Operum HildebertJ. (ï) Epiu, lib. I. Epist. 23.
(3) EpiiU lib. 111. Epist. 2^.
(4) JSpui. lib. I. Epist 15.
S30 BILDEBERT.
de la morale; il ooiis reste à parier de sesmëritet Kltéraires. Il a beaucoup écrit , et nous croyons qa'U t toujours, même dans sesépiires familières, pris quelque soin de se faire valoir comme écrivain. Nous lixwvons sa manière monotone , et son si vie quelquefois obscur; sobre d'épithètes, mais non d*anlillièses : Tasteur recherche la concision , mais on sent trop cette recherche : quand, au milieu d'une démonstratioa ibéo* logique, qui n*est pas toujours d*une clarté saisissante, il nous faut nous arrêter pour interpréter une ellipse , nous éprouvons quelque dépit à l'égard de récrivain prétentieux et subtil qui nous cause ces embarras. Ce qui d'ailleurs recommande les écrits d'Hildebert, plus que cette aiïectation ne leur fait tort , c*est la gravité de son esprit : il ny a rien de coroniun , rien de trivial , rien d'abandonné dans son discours ; il pèse chaque mot , il n'insiste jamais sur un détail indifférent ; il écrit une lettre , une légende , un sermon , avec la même méthode ; sans prétendre jamais an sublime , il est toujours élevé. Cette gravité se rencontre bien rarement chez les théologiens connus siins le nom de conirorershfcê : liildebert n'est pasdccr nombre; il sait , par l'exemple de B('rangtT , où conduit la dispute , et il se gtu'do birn de céder à ses entraînements (t). Il ne parait avoir lu aucun dos prrfs avw autar.t de respect que saint Au(j[ustiii ; il le cite en toute rencontre, et même lors(iu'il n'invoque pas son té-
(O Nous lisons dans lo S«'rinon ti*) dllihh'tuMt . une |>hras4' qui prut MTNJr ik pntuvcr que lo dispiilrs >(-oia>ti<)ii«'N 11*0111 (win pri^ origine dt* la qutTt* Ile d'Abêlard (*t de (îuiliauuie de UtaiU(H*aui. Voici tTlie |iliras4« :
« Quidam in |ilnl(iM>phiris farulLdibus, quaiudam subtilitatrin iiiulileui, vcl iuuiililaleui ^ubulclu qusrreiitek, quibuvlauj minuuis
HaDEBERT. S31
inoignage, il le suit encore. Mais s'il aéiudié la ihéologîe à récole de Tévéque d*Hippone , il a fait ses humaniiés à récole de Sénèque. Tel est notre sentiment sur ses écrits en prose. Nous ferons un moindre ca^ de ses poèmes. Beaugendre lui en a attribué un très-grand nombre , qui ne paraissent pas tous lui appartenir : en somme , ils ne sont guère plus louables les uns que les autres. Les vers faux y abondent ; ni les règles de la mesure, ni celles de la quantité , n'y sont obsenées ; quantàTinvention^ elle est rarement poétique. Nous devons reconnaître toutefois que plusieurs pièces de ce recueil se recommandent par quelques détails ingénieux : mais nous n'engageons personne à chercher ces perles rares ; pour les découvrir , il faut soulever une épaisse litière. On s'expliquerait mal comment Hildebert a obtenu de ses contemporains le titre glorieux û^egregiuê venifioaior , de venificator incomparahilU , et comment ses vers ont été lus et étudiés dans les écoles du moyen-àge , si Ton ne savait qu'au XI P siècle les juges éclairés en matière de poésie latine ne furent pas moins rares que les bons poètes. Quoi? Orderic Vital ne va-t-il pas dans son enthousiasme pour les poèmes de Hildebert, jusqu'à les mettre en parallèle avec les ouvrages des anciens , et à leur accorder hautement la préférence (1)? C*est plus qu'il n'en faut pour rendre suspect le goût de son temps.
yerbonim in caviUatione respondentes utuntur , quihas in dispntatione usi ossa Cbrisli est incinerare.... El si Deus convertit nos artium libcraliuni pliantasmatibus uli , si in bac scriptura veluerimus similiter sophisiice incidere, odibiles Deo erinous , strepi tum ranarum ^gypii in terram Gersen traducere molienles. •
(1) Histoire littéraire de la France, t. xi , p. 403.
tSS mLDEBBRT.
Les ftutmirt de VHUiaire liiiérairâ de ta France m ooDiieDcieusemeiii analysé les poèmes aitribaés à HDdebert par Beaagendre » et ils ont prouvé qa*UD oertabi nombre de ces pièces doivent être restltaées à divers contemporains. Ne ponvani entrer dans ces détailsi nous ne saurions omettre de recommander leur savante el laborieuse critique. Les notes deBeaugendre méritent aussi d*étre consultées , bien qu*on y ait signalé pins d'une erreur. On ne reproche pas seulement à Beaugendre d'avoir inséré parmi les œuvres d*Hildebcrt divers opuscules en prose et en vers qui ne sout pas de la plume de cet illustre prélat ; les auteurs de Yffii^ tohre liiteraire de la France signalent aussi quelques omissions qui nous paraissent d'ailleurs peu graves (i).
Parmi les poésies d*Hildeberi , il nous faut du moins noter celles qui ont eu quelque célébriié. Beaugendrea publié dans son recueil une épigrammc sur un androg>'ne qui a été traduite en grec par Politicn et par Jean Lascaris : de nombreuses traductions françaises en ont éié faites; nous citerons celle dcma(1cmoi^;elle de Gournay et celle de La Monuoye. Soixante fables en distiques latins, qui ont été souvent imprimées au XV*siéde sous le nom d^OFsopttif, ci qui ne se trouvent pas dans rédition de Beaugendre , ont été atiribticcsn'Hrmment à Ilildebert. On peut consulter à ce sujet lexcellent travail de M. Robert sur les fabulistes aniirieurs à La Fontaine (2) , et la savante notice sur Phèdre insé-
(1 IM., page 401 et suivantes.
(i) Fables inédiUM de* xu, xui et xivo sitcUt , i^ar A.-C.-M. Robert.
ou» CORBCV 233
rée par M. neutelot dans la Collection des Auteurs Latins publiée sous la direction de M. D. Nisard.
CORBIN (louis).
Je lis dans La Croix du Maine :
• Loys Corbin , prêtre , natif de la paroisse de Ternie, autrefois précepteur de M. le baron de Tessé et de Vernie^ Tan 1570. Il a escrit un liure en l'honneur de madame de Raveton , dame dudit lieu , en Normandie j femme de messire Jean de la Perrière , chevalier de Tordre du roi , baron de Tessé , eu Normandie , et de Vernie, au Maine. Ce liure traicte de la charité et autres poincts de théologie concernant la vie humaine. Il n'est encores imprimé. Il se voit escrit à la main au cabinet de la susdite dame. »
Je n*ai trouvé rien ailleurs au sujet de ce Louis Corbin.
MM
JOUENNEAUX (guy).
GUY JOUENNEAUX , ou jouAnifSAux , ou jouveniiEAUx , ou juvENAL , cu luif u Guido Juveualù , est né dans le Maine , vers le milieu du XY* siècle , mais nous ne savons ni en quelle année , ni en quel endroit. Il nous apprend lui-même que ses parents étaient
8S4 GUY mjoxmkjJT.
pauvres , et q«*il fut redevable des soIds qui fwiil pris poor SOD éducation à Nicolas Le Pellelier. Cesi à Paris qu'il acheva ses études : au Mans et à Paris , 0 eut pour condisciple Michel Bureau , auquel il demeura toujours étroitement uni. Ses commencements furent modestes ; il lui fallut se consacrer à l'éducation de quelques enfants, • in erudiendis liberis aliquatenus bborans (1) ; • c est là sans doute ce qui lui inspira le goût des études grammaticales. Il eut occasion de montrer quel profit il avait retiré de ces études dans les cours publics qu'il fit à Paris , vers Tannée 1/^90 , et dans les divers travaux qu'il entreprit à la même époque sur la langue latine.
Le premier qu'il parait avoir mis en lumière est on commentaire sur Térence, publié à Paris, chez ManieC in-fol. , en 1492 , et réimprimé à Lyon , chez Jean Trechsel , 1493 , in-4^. Josse Badins Ascensius mit quelque peu du sien dans cette nouvelle édition , du consentement de l'auteur (2).
Un autre ouvrage de Guy Jouenneaux , qui n'eat pas moins de succès , c'est son explication des Ele^ gauces de Laurent Valla et de Gellius , publiée sous ce titre : Guidonit Juvenatis , palria Cenomani , in laiiftœ lingtiœ Eleganliat iatn à Laurentio y alla quam à Gelio memoriœ prodiiaj , interpre^ iaiio dilucida , etc. , etc. \ Paris , Balîgant , 1494 ,
(1) Leureà Nicolas Chapelle.
(3) Dom Liron cite trois anciennes éditions des comédies de Térence, avec les commentaires réunis do Dorai, de Guy Jouenneaux et d^Ascensius ; l'une de Strasbourg, 1496, in-folio ; Tautre de Lyon, cbei Claude (libolet, 1497 ; et la troisième de VenÏM*, cbez Barlbélemi Cesauo, 1553. \ Dom Liron, Simjulariui hiuori'qmi a Hitermnê , t. lU. p. 47. )
GUY JOUENNEAUX. S35
iB-4^ (1). Ce livre , dédié par l'auteur à Guillaume firiçonnet , évéque de Lodève , contieot , outre plusieurs épîtres à Tadresse d'Antoine de Croy , évéque de Térouanne, de Jean Petit , de Charles Feruand , de Nicolas Chapelle , de Aicoias Le Pelletier, de Michel Bureau, etc., etc., une édition nouvelle des Eleganceê de Valla,et un traité d'Augustin Dali, de Sienne, sur les Préceptes de l'Eloquence. Nous avons peu de chose à dire sur le travail de Guy Jouenneaux. C'est à la fois un dictionnaire et une grammaire -, mais un dictionnaire sans méthode , et une grammaire sans syntaxe. Nos ouvrages élémentaires sont aujourd'hui de la plus grande simplicité : on peut apprécier dans l'ouvrage que nous avons sous les yeux que de tâtonnements a faits l'esprit d'analyse avant d atteindre ce résultat. Voici dans quels termes Guy Jouenneaux parle lui-même de son propre ouvrage :
I liber ancipitis subiture pericula scnsus
Et variis telis sœpe petendus abi.
Spernito contractae latrantia jurgia fh)ntis ,
Ad juvenuni penna praepele tecta Tolans. Iliis, crede mihi, yuUu capiere sereno ,
Et gratum tribuent scrinia cuUa locum ; Percipiet docilis prasscntia commoda pubcs
Et faciet soinni damna mîDora suî.
Nam suQt nota magis linguse prsccpla latinse
Ac magno poterunt absque labore capi.
Nous regrettons , avec Dom Liron , de ne pas connaître un traité spécial sur la grammaire attribué à
(1) Ily en a une antre édition de la môme année;Paris, UlricGering et Berlhold Rembold ; et une autre de Rouen, sans date, chez P.OUvier, aux frais de Michel Angier, de Jeanetde Richard Macé.
236 GUY jouEsirfEÀVX.
Guy JoueoDeaax a publié, dit-on, en 1518, tomod titre : GuidonU Juvenaliê GrammaHea / Lemoricis , in-&*. Peut-être cette grammaire n'est-eile autre chote que l'Explication des EUganeeê de Laurent Yalla.
Quel qu*ait été le succès de ses travaux littéraires , Guy Jouenneaux se sentait porté vers d'autres éludes, et se reprochait le temps consacré aux lettres pro* fanes , craignant d'ailleurs , disait-il , de s'égarer dans le labyrinthe de la grammaire , et de n'en plus sortir. En 1/188 , Dom Pierre Du Mas, abbé de Chézal-Benotl, dans le Berry , entreprit de rétablir dans cette abbaye l'austère observance de la règle bénédictine. Ce projel de réforme sourit à Guy Jouenneaux ; il quitta Paris , sa chaire et le monde , et vint , en compagnie de pln^ sieurs autres illustres docteurs, prendre Thabii monastique à Chézal-Benott. On ne parla bientôt plus que des mœurs rigides , que de la piété profonde du nonveau frère. Guillaume Alabat , abbé de Saint-Sulpice de Bourges , l'ayant appelé près de lui , lui confia la crosse abbatiale , et Dom Guy commença , la veille de Noël de Tannée 1697 , la réforme du monastère de Saint-Sulpice : peu de temps après il semploya avec le même zèle à introduire les nouveaux statuts dans la maison des religieuses de Saint-Laurent. A ces détails , Dom Liron ajoute que Dom Guy était abbé de Saint-Sulpice lorsque Jeanne de France jeta les fondements du monastère des Annonoiades , et qu'elle pria l'archevêque de Bourges, le P. abbé de Saint-Sulpice , son confesseur , et M. de Chaumont , de donner en sa présence les premiers coups de pioche. Dom Guy bénit la grosse cloche du monastère.
Guy Jouenneaux a laissé plusieurs livres ascétiques.
La plui coDiidërable a pour liire : ReformaHoniê monaêticcÊ vindioiœ, iâu defemio» Nous ne savons pas la date de la première ëdiiion de cet ouvrage ; la seconde est de 1503 ; Paris, J. Barbier , in-i3. On en trouve Tanalyse dans Dom Liron (1). Il a , en outre , traduit en français la Âègle de iaint Benoit. Cette traduction fut imprimée pour la première fois en 1505 , Tannée même de la mort de Guy Jouenneaux (S).
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