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auxquelles ne répondent pas d une manière satisfaisante les monographies des pluà savants anchéologues, et cependant l'on n'a plus d'autres livres historiques entre les mains. Cela est fâcheux: il est à regretter que l'étude des ruines monumentales occupe trop exclusivement les rares érudits qui se sont donné pour mission d'explorer les provinces : ce labeur est peut-être le plus attrayant , mais il n'est pas le plus utile ; il a jusqu'à ce jour provoqué plus de controverses oiseuses qu'il n'a résolu de problèmes sérieux.
L'ouvrage que nous offrons au public n'est pas, il est vrai , moins spécial ; nos recherches ne sont pas moins circonscrites : cependant on reconnaitra que nous n'avons pas suivi la voie commune, et nous aurons à nous féliciter de n'avoir pas tout-à-fait perdu notre peine , si l'on comprend , après avoir lu ces notices , que l'histoire des doctes personnages nés dans une province doit flatter plus encore l'amour propre de leurs descendants, que l'histoire de ces monuments commencés et achevés pour la plupart par des ouvriers nomades et inconnus. Ce n'est pas toutefois que notre unique but , quand nous avons entrepris cet ouvrage , ait été de chatouiller cette orgueilleuse faiblesse ; disons mémo avec fran-
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chise que cela nous a touché beaucoup moiM que le dessein, plus louable assurément, de contribuef pour notre part à réhabiliter une étude aujourd'hui bien négligée, et l'espoir plus téméraire d'exhumer et d arracher h l'oubli quelques noms dignes d une assez brillante fortune.
On se demande sans doute comment lliistoire littéraire d'une seule province nous fournira la matière de quatre volumes. C'est que Ton ne soupçonne pas combien ce sujet est vaste; en conscience, nous éprouverons plus d^embarras pour ne pas franchir la limite qui nous est impo* sée , (|uc pour latteindre. Le Maine a produit beaucoup d'hommes qui se sont rendus célèbres dans les lettres , et ce n'est pas une médiocre affaire que de rappeler ce qu'ils ont écrit, que de raconter comment ils ont vécu. Mais quoi! va-i-on se dire encore : les temps sont donc bien chanpés ! combien en compter aujourd'hui parmi nous (le ces hommes aux(|uels la postérité devra queK- (|nos hommages ! Or est-il donc bien à propos de nous révéler ainsi notre déchéance littéraire ? ne vaut-il pas mieux ignorer ce que l'on doit regretter (le savoir? Ces interpellations nous ayant été adressées, nous nous sommes réservé d'y répondre avec une entière franchise , et c'en est ki
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l'oocasioii. De notre temps , telle est Topinion de M. de Gormenin, onnëcrit plus en français hors les barrières de Paris. Il y a beaucoup de vrai dans cette dédaigneuse sentence ; si pénible qu*il puisse être d y souscrire , il le faut. Si Paris n appelle pas à lui toutes les intelligences , si le lien puissant des intérêts retient encore au milieu de nous beaucoup d'hommes doués de l'esprit d'entreprise , habiles dans l'exercice des diverses professions industrielles, qui font un très-honorable, un très-utile emploi de leurs aptitudes, de leur expérience et de leur savoir-faire, ce qui est vrai, d'autre part, c'est que les études libérales sont aujourd'hui fort négligées dans les provinces ; c'est que tous , ou presque tous les écrivains se forment à Paris ; c'est qu'à Paris seulement on sait distinguer le patois vulgaire du beau langage. Une estime de soi bien ou mal justifiée est et Bcam toujours un des plus puissants mobiles de récrivain : par calcul ou par instinct, il fuit les lieux où on ne lui accorde ni la considération, ni les encouragements qui lui sont dûs. Cela nous explique pourquoi Ton ne rencontre guère de propension pour les lettres dans la jeunesse élevée hors des établissements universitaires de la capitale. Il y a , en effet , bien peu de vocations spontanées ; alors môme qu'on nous
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laisse la liberté du choix entre diverses professions . no'is embrasions d'ordinaire celle qui TOUS paraît oiïrir le plus d'avantages personnel^; (ir , ces avantti.ses ne sont pas absolus , mais relatifs. A Paris , c'est di'jà un titre (jue d'exercer avec |)Iii> ou moins tle succès une profession dite lilHTale: liors de Paris , on ne connaît d autres titres, il faut bien le dire, que la noblesse cl (jue lardent. SupiK)Si*z donr un jeune homme bien dout* t*t jaloux de se constituer dans une de \u\< villi*s dt* pio\ince une |)o>ition nu-ilessus du Mil^'aire: >'ii nt* peut ftiirc \jli>ir quelques anti- (|ues |iarchcniins, s il nr \nMi<* pas un nom (]ui lui [NTmette di* reduTrluT rnisixeté |)our elle* nu'nie, il S4> lancrra dans hi \oii' qui cciiduit à la rithi»ssi\ et bieiilnt d verra croître son crédit iMitnil t-n m!''iiii' IcTiiii-i «jm» son crédit iinancier. (ir qui le bi.'niJT.i d'atoir [uis vo p.irti? Il ne |Miu\;iit <r pii:|u-i*r un but plus honorable, t.îr. iqi:»'^ it"»îiiin* «li* -iL-ni/'Hâi' , il n'y a rien iju'un diuM- pii^i-r y\\i^ i\\\v l^slnn' ilauliui.
>i ilmr iuiii< aïKilvMtns ave*' iflle lilHTti' les i'!i*inriil< eitnstiUitiN ilt* In|uMii)ii publique dans iiii^ nli-s iJi'iMiti [iirnlaleH , i'v>{ muins pi>ur pr«''i-»î» r ,.iî;lir un f.iil qu-' | our le si.::naler et |NMir le i]:ai\«'r. K>t-on UKimtenant curieux
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d'apprendre pourquoi , durant les trois derniers siècles , les mêmes cités , nos plus humbles bourgades, ont produit tant d'hommes qui , dédaignant les routes plus faciles , ont acquis par les pénibles labeurs de l'esprit une gloire vraie et durable? Quand nous avons étudié les annales littéraires de la France pour y rechercher les écrivains originaires du Maine , nous avons tout d abord remarqué qu'ils appartenaient, pour le plus grand nombre , à tel ou à tel ordre religieux. Laissant au clergé séculier la direction morale des consciences , quelques ordres s'étaient attribué spécialement l'éducation et le gouvernement des intelligences , et il faut reconnaître qu'ils se sont bien acquittés de cette tâche. Â Vége où la société nous impose ses premières obligations , où le jeune homme, soucieux de l'avenir, abandonne le plus souvent au hasard la conduite de sa vie , les couvents lui offraient plus qu'un refuge contre les orages du monde : admis dans une maison conventuelle , il y portait un habit devant lequel les membres de la société laïque s'inclinaient avec respect; bien qu'il ne possédât aucun patrimoine , il n'avait plus à redouter aucun embarras domestique ; en quelque lieu qu'il dût être conduit , soit par ri propre volonté , soit par le commandement de ses supé-
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rieurs , il était assuré d'y trouver un asile honorable , et , libre de tout autre soin , il pouvait , jusqu'au jour suprême, se consacrer tout entier aux travaux de Icsprit. Les couvents ont vérita* Jement émancipé le génie plébéien : quelle que doive être notre reconnaissance pour l'œuvre révolutionnaire de la philosophie , ne lui accordons qu'une part équitable dans Téducation de la société moderne , et osons dire que les ordres religieux ont peut-être plus contribué que toutes les écoles philosophiques à la grande réforme des idées , des mœurs et des institutions* Mais nous ne saurions ici développer cette opinion et la justifier par des preuves sufTisantes ; apprécions simplement au point de vue de cette histoire littéraire Theureuse influence exercée par quelques établissements monastiques sur la direction de beaucoup d'esprits dans les provinces.
Nous le disions tout à Theure , la jeunesse s'ignore elle-même ; elle croit ol)éir à une voix intérieure , alors qu'elle f^lisse aveuglément sur la pente où on l'entraîne ; mais quand elle n'a pas encore subi le joup: de l'exemple, elle est aussi propre aux études libérales q\i'aux professions industrielles ; c'est rexeinph» qui détermine en elle le premier mouvement. Aujourd'hui , au
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sortir de vos gymnases communaux , tout la dissuade de suivre une carrière qui est chez vous sans profit et sans honneur : mais qu'on se représente bien , dans une ville d une popula*tion moyenne , cinq ou six confréries savantes , richement dotées , justement vénérées par le commun, appelant à elles tous les hommes de bonne volonté , pauvres et riches , nobles , bourgeois et manants, et les stimulant de toute façon aux études littéraires ^ soit par lattrait de la gloire mondaine , soit par la perspective des charges les plus considérables de TÉglise et de l'État , soit par la garantie de la récompense promise dans le ciel aux zélés serviteurs de Dieu ! Que de vocations ne devaient pas être déterminées par ces puissants motifs ? Oui , les temps sont bien changés , il faut le reconnaître. Dans la ville où nous écrivons ces lignes, il existe encore une association agricole et littéraire , qui occupe assez utilement ses loisirs , mais qui , nous pouvons l'apprécier, a des prétentions fort modestes , et s'inquiète peu de présider à notre mouvement intellectuel» Esli^iil besoin de rappeler combien l'Église avait constitué dans cette ville de vastes ateliers de travail , où toutes les aptitudes trouvaient leur emploi ? L'ordre de Saint-Benoît y était représenté par les deux abbayes de Saint-Vincent et de la Couture .
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qui l'une et Tautre avaient adopté , dans le XYU* siècle , la réforme de Saint- Maur. Au moment où la suppression des couvents fut décrétée , Saint- Yincent comptait encore parmi ses hôtes les savants les mieux famés dans la grande famille bénédictine. Ils étaient sur le point de confier à la presse quelques volumes de cette Histoire liUémire de la France , que l'on regarde avec raison comme Touvrage le plus achevé qui soit sorti des mains d'une association dërudits. On se rappellera longtemps que , dans ces murs , était lasile préféré par ces doctes personnages. L'ordre de Saint-Benoit avait de nombreux établissements dans le diocèse : la congrégation de Saint-Maur y était surtout en honneur. Que Ion ouvre les annales de cette congrégation , on y verra combien le Maine a enrôlé de ses fils dans cette illustre phalange ! Non loin de Tabbaye de Saint- Vincent , au lieu même où nous venons d'élever un temple splendide aux mûncs facétieux de Tabarin , les frères de Saint -Dominique s'exerçaient aux rudes combats de la parole. Là étaient les graves érudits , déchiffrant , collationnant les textes , exhumant les vieux titres de la gloire française enfouis dans les archives des monastères ; ici , les professeurs d'éloquence , les ardents athlètes de la foi , les persécuteurs infa-
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tigables de toute hérésie , aux allures fières et indomptées. Près du couvent des Jacobins , était celui des Gordeliers. En vain saint François d'Assises , le patriarche de cet ordre , avait recommandé d'une manière toute spéciale à ses douze disciples de négliger les lettres humaines pour la pratique de Foraison ; cette prescription de la règle avait été bientôt oubliée. Pour s en convaincre, il suffit de jeter les yeux sur la bibliothèque de l'ordre des frères Mineurs , publiée par Luc Wadding : c'est peut-être celui où la théologie dogmatique a été cultivée avec le plus de zèle , où se sont formés les arbitres les plus accrédités en matière d'orthodoxie , les plus intelligents conservateurs de l'Église et de la foi. A quelques pas des Gordeliers , en cet endroit où se trouve aujourd'hui l'asile des religieuses de la Visitation , était le couvent des frères Ca*pucins. On sait combien d'illustres prédicateurs, combien d'écrivains recommandables se sont formés sous leur discipline. Au centre de la nouvelle ville , le plus humble des ordres mendiants , mais non le moins célèbre , l'ordre des Minimes , avait une maison conventuelle. Il suffit de nommer Marin Mersenne , pour rappeler ce que la province du Maine doit aux austères disciples de saint François de Paule. Enfln ,
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deux congrégations séculières, celle des Orato* riens et celle des Lazaristes , avaient été oonsti* tuées dans la ville par divers évéques , Tune pour diriger Téducation première de la jeunesse, Tautre pour faire des missions dans les campagnes du diocèse. A TÉpau, étaient quelques représentants de Tordre bénédictin de CiteauXi célèbre par les services qu'il a rendus à l'Église , par les grands prélats qui sont sortis de ses nombremes abbayes, et surtout par ses écrivains, dont Ange Ifanriquez et Charles Wich ont perpétué le sou* venir. A l'autre extrémité des faubourgs de la ville, les frères de Saint- Augustin possédaient une riche abbaye dans la paroisse de la Madeleine , à Beaulieu. Étrange destinée des hommes et des choses ! cette abbaye , qui avait donné à l'Église tant de chefs illustres , était gouvernée , au moment où éclatèrent les premiers orages de la révolution , par un homme qui devait bientôt présider rassemblée qui décréta la suppression des ordres! Toutes les associations religieuses considérables en France , avaient fondé quelque maison conventuelle au sein de la ville ou dans les campagnes environnantes. On ne saurait aujourd'hui supputer , même approximativement , le nombre des jeunes catéchumènes sortis des ooUéges ou des écoles gratuites du diocèse « qu6