‹ Histoire littéraire du Maine (volume 3)Chapitre 5 sur 52 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

les religieux de ces diverses confréries affranchirent des obligations de la vie mondaine , de la misère ou du travail manuel, qu'ils appelèrent à partager leur table , leurs études et leurs fonctions. Ce nombre a dû être fort considérable, car, parmi les écrivains sur lesquels les annalistes des ordres religieux nous ont transmis qudques notes biographiques , nous en comptons beaucoup auxquels ils donnent le Maine pour lieu natal , et nous en ferons connaître au moins autant qu'ils ont omis. Et combien échappent à toutes nos recherches , si consciencieuses qu^on veuille les supposer ? combien de manuscrits dont il ne reste plus aucune trace ? combien de livres imprimés ont eu la même fortune , ou du moins ne se trouvent aujourd'hui dans aucun des dépôts publics ? N'omettons pas d'ailleurs que l'ordre de Saint-Dominique est celui qui a fait le plus de prosélytes dans le Maine , et que , dans cet ordre , on s'occupait moins de former des écrivains que des prédicateurs. Enfin , qui nous dira le nombre des savants, des lettrés modestes, qui, après avoir étudié , soit pour eux-mêmes , soit pour l'enseignement des novices , n'ont pas connu le besoin d'initier le public aux travaux de leurs veilles?

Quand on omipare le présent au passé, on ne

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saurait nier cette heureuse influence des ordres religieux sur la direction des esprits. Nous sommes dans un temps où cela peut être dit, où un témoigna;:" sincère de reconnaissance ne saurait être mal iiuerprété. Le régime des couvents ne va plus à nos mœurs , et si les établissements de ces puissantes associations avaient été épargnés par le vent révolutionnaire , ils seraient aban» donnés aujourd'hui : aussi voyons-nous avec regret quelques hommes dun esprit élevé , d*un talent supérieur , faire sous nos yeux de grands et vains efforts pour réhabiliter le cilice ou la vie claustrale ; c est une entreprise qui sera condamnée par ses résultats. Mais, il faut bien le dire , si les couvents ont été détruits , ils n'ont pas été remplacés , et quand nous entendons railler avec autant d avantage que d*à-propos les rares et médiocres écrits qui sont le contingent annuel de la littérature dite provinciale, quand nous apprécions combien peu d'oreilles s'ouvrent à la propagande que font certaines sociétés savantes pour restaurer les fortes études dans quekjues chefs-lieux de département, nous regrettons vivement que nos assemblées révolutionnaires aient laissé imparfaite l'œuvre de restauration scientifique quelles avaient si bien commencée. Nous ne plaidons pas ici , que Ton

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veuille nous comprendre, la mauvaise cause du fédéralisme intellectuel ; nous respectons la souveraineté que Paris s'est attribuée , nous nous prosternons devant tous les pouvoirs légitimes, mais nous déplorons vivement laffaiblissement des études et des idées libérales . dans les provinces. C'est , à notre sens , un mal plus grave qu'on ne paraît le soupçonner. On ne remarque pas assez , en effet , que le despotisme brutal des intérêts matériels a son siège , non pas à Paris , mais dans les départements. Cest là qu'il gouverne, c'est là qu'il opprime tous les instincts généreux , c'est de là qu'il exerce sur les institutions et sur les individus son influence malfaisante. Ce fléau , qui a déjà fait tant de ravages dans les consciences et dans l'État , dont l'œuvre de chaque jour est quelque ruine nouvelle , épouvante tous les bons esprits. Or , on ne peut le combattre avec avantage qu'au siège même de sa puissance. Il faut que les hommes appelés à résoudre les questions d'ordre social, se persuadent bien que l'esprit public est fort peu libéral dans les provinces : on n'y connaît d'autre culte que celui du fétiche le plus grossier et le plus jaloux qui ait encore obt^u les hommages et l'encens du vulgaire : nous parlons de l'intérêt matériel ;

WUI IJCTRODCCnON.

et si Ton n'y prend garde, toutes nos institutions électives seront bientôt compromises par Tignorance et les mauvaises passions de cette catégorie de citoyens que Ton peut appeler le tiers-état provincial. La presse n'a ni assez dln» dépendance , ni assez d autorité, pour rappeler les esprits dans une voie meilleure ; le gouvernement seul pourrait combattre avec avantage les progrès que font chaque jour les idées fausses et prévenir les ravages de cette affection morbide dont nous venons de signaler Torigine et les symptômes ; mais n attendrons-nous pas longtemps encore qu il ait le loisir ou la volonté de se mettre à l'œuvre?

Nous ne saurions ici traiter cette grave question avec tous les développements qu'elle comporte ; nous ne pouvons d ailleurs oublier que nos lecteurs attendent de nous quelques explications sur la méthode que nous avons adoptée dans cet ouvrage , sur le titre que nous lui avons doïiné. Nous allons donc mettre fin à ces considérations sur le passé , à ces remontrances sur le présent , pour répondre à diverses questions qui pourraient nous être adressées.

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Les Bénédictins , qui ont consacré le titre à Histoire littéraire , ont suivi , dans leur grand ouvrage sur les écrivains de la France , Tordre chronologique , et cet ordre est , en effet , préférable à tout autre. Mais , à notre grand regret , nous n avons pu procéder ainsi. S'il avait existé quelque part un catalogue exact et complet des écrivains du Maine , nous eussions beaucoup profité de ce travail , et il nous eût été permis de disposer ces notices suivant le plan le plus convenable : mais , privé de ce secours , nous avons découvert en divers lieux , soit après de longues recherches , soit par rencontre fortuite , la trace perdue de tel ou tel écrivain ignoré ; et depuis même que nous avons pris la plume pour rédiger les premières notices qui ont été livrées à l'impression , nous avons eu occasion d apprendre que les enquêtes les plus consciencieuses ne révèlent pas toujours ce que le hasard fait découvrir. Nous nous sommes vu , d autre part , contraint d'ajourner quelques parties de notre travail , par ce motif que nous n'avions pas entre les mains toutes les pièces qu'il importait de consulter. Les auteurs de X Histoire littéraire de la France , qui avaient partout des correspondants pleins

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de zèle et de savoir , n'éprouvaient pas cet embarras : mais , pour ce qui nous concerne la bibUothèque du Mans ne possédant que le plus petit nombre des écrits imprimés ou ma*nuscrits que nous aurons à mentionner dans oet ouvrage , il nous a bien fallu remettre à un autre temps Texamen de ceux de ces écrits qui nous ont été signalés comme se trouvant dans les bibliothèques d'autres villes , ou dans le vaste dépôt de la capitale. Voilà , en peu de mots , ce qui nous a déterminé à ne suivre dans notre publication ni Tordre chronologique, ni Tordre alphabétique , car les mêmes obstacles s'opposaient à Tun et à laulre. On appréciera , nous .aimons à le croire , que nous avons accepté une tâche fort laborieuse , et que si nous n avions pas fait celle part aux diflicultés qui soSraient à nous dès le début , il nous eut fallu renoncer à l'entreprise , ou prendre îinoc nous-

méme l'engagement d'y consacrer , non piis ijua-

tre , mais peut-être dix anncHîs. Pour achcviT ces confidences , ajoutons qu'il ne nous éUiit pas permis de nous détourner pendant un ton)[>s aussi long de nos éludes familières et préférées.

D y a beaucoup à dire sur ce litre : Histoire littéraire du Maine. Si nous devons é{)ar-

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gner au public des explications fastidieuses , il nous faut cependant lui faire connaître en quelques mots le plan que nous avons suivi. Nous n avons pas scrupuleusement respecté les limites de lancienne province du Maine , et cela pour divers motifs. Devions-nous adopter la circonscription civile ou la circonscription ecclésiastique ? Il y avait là pour nous une difficulté fort grave. Adopter la circonscription civile , c tétait ne respecter aucune tradition, c était mettre hors de notre catalogue une foule d'écrivains que la plupart des annalistes ont considérés comme nés dans le Maine , c était modifier complètement la classification des Bénédictins , celle d'Echard, celle de Luc Wadding, celle des historiens de tous les ordres religieux. Nous n avons pas cru devoir prendre cette résolution téméraire. Pouvions-nous observer la circonscription didcésaine pour les écrivains ecclésiastiques seulement , et ne faire aucune mention des écrivains laïcs nés dans le diocèse , mais hors des limites de la circonscription civile ? Ce plan nous avait semblé, dès l'abord , convenable ; mais nous avons eu occasion dans la suite d apprécier qu'il le-* lait peu :. en effet , n'eût-on pas regardé comme une véritable lacune l'omission volontaire de quelques écrivains considérables, alors qu'il y aurait

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eu place, dans notre histoire, pour d'humbles clercs nés dans les mêmes lieux ? Cette lacune eût été assurément signalée. Enfin , pouvions-nous laisser de côté les écrivains nés hors du Maine , à La Flèche , au Lude , et dans les lieux en vi-

ronnanto, qui, dépendant autrefois de l'Anjou, sont compris aujourd'hui dans le département de la Sarthe? Nous ne le pouvions pas, sans manquer aux usages déjà consacrés. Nous avons donc pris un parti , qui , en nous imposant pins de labeur, nous a paru du moins satisfaire à toutes les exigences ; nous avons admis au même titre , dans cette Histoire lUO^ taire du Maine ^ tous les écrivains qui ont eu pour pays natal telle ville , telle bourgade , dont y à diverses époques , le Mans a été le châMiea administratif , soit pour le spirituel , soit pour le temporel. Si l'on nous blâme d'outrepasser , en agissant ainsi , la limite qui nous est imposée par le titre même de notre ouvrage , nous rappellerons que des historiens , moins scrupuleux que nous le sommes , ont associé aux hommes illustres de telle province des écrivains nés en d'autres lieux, et qu'ils ont motivé cette association en faisant valoir des considérations de peu de poids , contre lesquelles néanmoins on n'a pas protesté.

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On comprend d*ailleurs, sans que nous ayons besoin d'insister sur ce point , pour quelles causes nous nous abstiendrons de parler des écrivains qui n'ont pas encore fourni toute leur carrière, ou de ceux mêmes que l'on descendait hier dans la tombe. La critique est toujours peu équitable à l'égard des contemporains : elle pardonne trop à ceux-ci , et à ceux-là trop peu. Cependant il se rencontre quelques hommes qui , morts dans les premières années du XIX* siècle, appartiennent déjà à l'histoire par leurs travaux , ou par les événements dans &fc[uels ils ont joué un rôle notable : nous croyons leur devoir réserver une place dans cet ouvrage ; mais que l'on se persuade qu'en parlant de ces hommes , à l'égard desquels nous avons entendu professer des opinions bien diverses , nous respecterons toutes les convenances. On nous jugerait mal , si l'on doutait de notre entière indépendance, si l'on croyait que nous faisons moins état de la vérité que des exigences d'un parti politique.

Nous avions formé le dessein de présenter dans cette sorte d'avant-propos quelques consi-

xxnr nrraoïwcnoN.

dératkms spéciales sur la province du Maine, sur les phases diverses de son histoire littéraire ; mais , après quelques réflexions , nous nous sommes persuadé que cette dissertation préliminaire ne pouvait être qu*un lieu commun. En effet, s'il a été possible de déterminer rindividualité Uttéraiœ de certaines provinces de France, en se plaçant à un point de vue tout à fait exclusif, cette individualité s'efface quand on rapproche les mêmes faits d autres faits contemporains. Dans l'origine de notre littérature nationale , on peut signaler , il est vrai, en quoi diffèrent les productions littéraires , les idées , les maifc» de quelques races entre lesquelles il y a eu encore peu de commerce , peu de mélanges : la langue des troubadours n'est pas celle que parlent les trouvères , et , sur la grande question théologique qui émeut tout le neuvième siècle, l'opinion des conciles du midi est , nous le savons , radicalement contraire à celle que professent les conciles du nord. Mais ces différences , si notables qu'elles soient, ne peuvent nous occuper ici. En Uni , nous ne voyons, dans l'ensemble de l'histoire littéraire du Maine , rien qui nous permette d'assigner aux écrivains de cette province , soit un caractère individuel, soit une fonction spéciale dans l'œu-

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