ELVIBB
Et vous ne trouvei pas ma méthode admirable ! lion cœur ayma Moncade autant qu'il fut aymable. Quand sa faveur rendoit son amour précieux.
Que les jeux et les ris le suivoient en tous lieux. Moy qui cherche partout la joye et Tallégresse, A pouvoir l'acquérir je m'efforçois sans cesse : Hais dans ce grand revers où Ton ne voit en Iny Qu^un esprit accablé de chagrins et d'ennny, Qu'il est moins un Objet de plaisir <|ne de larmes, Pourroi»-Je sans erreur.lui voir les mesmes charmes? Où seroit mon esprit et mon discernement?
Là, soutenei un peu vostre raisonnement.
SiO MAMK-CATBBftllfB DESJAftDIIIS.
LEO!«Ot.
Il teroit à monstrer un o»urege inlrépidei Une gnnde constance...
D. ILTIBB.
Hé ! cherchons du solide !
Ff de vostre ron5tance ! on en est revenu ; Ce n*ett qu*une chimère habillée en vertu.
Si DM pères ont eu cette folle manie, Le siècle est bien fçuéry de cette maladie.
Groyea-mof, Léonor, à présent, à la cour, On ne sçail plus donner de chaînes A Pamonr ; Et comme il est enfant, ou croit qu*il ayme à rire, Et Ton traite de jeu ce qui fut uu martyre.. . Je bay tout ce qu*on ayme et n*a)me jamais rien ; Tout ce qui peut m*oster le nom de la plus belle ITiospire aveuglément une hayne mortelle...
J*ay fait penser à tous avec un soin extrême Que j*aimois Lindamire A Tégal de moy-mcsme : Elle adore Moncade et peut, daus son ennuy.
Former quelque murmure et se perdre avec luy. Si son amour la porte à cotte c\tra>a}?ance, On me soupçonnera d*estre d^intclligeiice, Et le moindre envieux que j*auray près du roy Peut d*un mot attirer tout son courroux sur moy : 11 me faut donc parer de celte calomnie, £n monstrant que je suys leur plus grande ennemie, Et me tirer ainsi Unement du danger Par mon empressement à les désol>li;:cr...
Pénètre qui voudra ces »ublime.4 m v stères Je ne me repais pas de ces vaines chimères; Je K*y ce qu'est la gloire et le parfait auiou^, M«iis je crains la di»i;ràce et j'a>nii' fort la cour. Les yeux les plus brillants sont tcniis par le* larmes Et trob jours de chagrin moissonnent bien des charmes ; Uoj^y^jmt un peu les miens, et, pour les voir durer. Dès longtemps j*ai fût voeu de m amais pleurer...
iÎARlE-CATHBRillB DBSiARDl^iS Siî
Le succès du Pavory compensa rcchec de ^Yâe/t5. Représentée HU théâtre du Palais-Royal le 3 juin 4663, par la troupe de Molière, et, le 1 3, sur la scène de Versailles, devant le roi, celte comédie ne fut pas moins applaudie par la cour que par In ville (1). Elle fut publiée par BiU laine en 4663 et en 4665, in-4 2, et, pnl* Quinel. en 4741 .
Catherine Desjardins était désormais comptée parmi les auteurs aimés du public. Ce qu on savait de ses aventures et de ses mœurs ajoutait encore à la célébrité de son nom, et Ion ne parlait que de cette femme singulière. Elle était au sommet de la faveur, et Ton s^attendait à la voir profiter de la bonne fortune pour former enfin un établissement solide. Elle n'y songeait pas encore ei réservait au public d*autres surprises. Une dame Thevart, veuve d'un procureur, qui était de ses amies, avait des vapeurs. Catherine lui conseilla le mariage comme moyen thérapeutique. La veuve allait suivre ce conseil, quand elle mourut d'une attaque d'apoplexie. Cette fin subite remplit d'un tel effroi lesprit de Catherine, qu*elle prit la résolution de renoncer au monde, à la gloire et même à l'amour.
Dans ce dessein, elle se rendit à Conflans auprès de l'archevêque de Paris, M. de Harlay, le suppliant d'ouvrir les portes d'un couvent à la plus coupable et la plus contrite des Madeleines. L'inconstance était, elle en a fait l'aveu, un des traits principaux de son caractère ; elle avait l'humeur inégale et bizarre (S). Elle le témoignait bien par sa démarche auprès de l'archevêque.
fl) Nouveau rteueil de pièces qaiantes^ pag. 409 datom. l dés CEuvres de Catherine, édil. de 17^1*
(i) Galerie des Peintures,
242 MAIIIR-CATHBRIHE DBSJARDIBiS.
Celui-ci ne manqua pas d'approuver sa pieuse enlreprise et la plaça dans une maison religieuse, où elle se comporta de la manière la plus édifiante (4j. La galau* lerie n'est souvent séparée de la dévotion que « par un Intervalle fort léger: » c'est la remarque d'un biographe [i). La vérité de cette maxime fut démontrée par la conduite de Catherine : après avoir été la reine des courtisannes, elle devînt l'exemple d'un troupeau de novices. Peut-être eût-elle un jour étonné TEglise par l'écldl de son zèle et de son mérite ; peut-èlre, ainsi que plusieurs femmes qui avaient commencé comme elle, eûtelle fini par se signaler comme fondatrice de quelque ordre nouveau : mais il ne lui fut pas permis de suivre sa vocation. Une des religieuses avait un frère qui avait connu dans le siècle Madame de Villedieu : cet indiscret lui raconta des anecdotes qu'elle s'empressa d'aller transmettre à la supérieure du couvent, et aussitôt l'éloignement de Catherine fut une affaire résolue. Elle se retira chez une sœur de son mari , Madame de Saint- Romain.
Madame de Sainl-Romain était une femme d'esprit , qui avait un grand train et recevait une société mêlée de (uivanls et de coquettes. Catherine ne larda pas à re* prendre les anciennes habitudes : puisqu'elle n'avait pu se donner à Dieu , elle se rendit au monde. Elle revît Madame de Chevreuse, Madame de Montbazon, et, avec ces dames. ■ toute sorte de gens (3) ; » elle courut les bals, les fêtes, les mascarades. Les galants étant re%'e-
il) Hittoirt lUtérairt tif$ Femmes fran*;iiises^ toiu. il, paç. 4. (i) M. Dubois, Biographie univerteiie, au mot Villedieu, (B) Tatlemant-def-Réaux, Hittoriettet,
MABIB-CATHBBINB DBSJARDINS. 243
nus auprès d*elle, CatheriDO ne dédaigna pas leurs hommages. Le plus empressé de tous, était un certain marquis de Gbâlle, possesseur d'un litre suspect, pauvre de biens, mais riche d années, car il avait atteint la soixantaine. Ce n*esl pas tout : le marquis de Chatte était encore libertin et marié : marié à la 611c d*un cordonnier de la rue Saint-Louis, qui l'avait séduit par Tappât d*une dot brillante établie sur des titres supposés. Cependant ayant offert sa main à Catherine, il la vit acceptée. Etrange union qui fut, comme la précédente , troublée par les clameurs d'une épouse abandonnée! La marquise de Chatte avait mis au jour un enfant, que le Dauphin et Mademoiselle de Monlpensier avaient tenu sur les fonts de baptême, quand son mariage fut déclaré nul. Mais Tenfant mourut avant d'avoir accompli sa première année, et le marquis de Chatte ne lui survécut pas longtemps. Ainsi deux fois mariée et deux fois mère, Catherine n'avait pu conserver ni ses enfants ni ses maris, et elle ne pouvait, sans braver les lois, prendre le titre de veuve.
Elle recommença ses galantes équipées et fit des romans. Quelque temps avant la mort du marquis elle avait publié, chez Barbin : les Désordres de V Amour (4 ].
(1) Nous ne trouvons pas la première édition des Désordres de i'Amour; mais Fauteur de VHistoire littéraire des Femmes françoises nous apprend que ce fut un des premiers ouvrages de Catherine. Il parut toutefois, après Jdanlius et Nitetis, car, en parlant de Manlius^ Loret dresse un catalogue de ses publications antérieures, et n*y mentionne aucun roman. Les Désordres de l* Amour furent réimprimés dans les éditions des Œuvres de Madame de Villcdieu, et, séparément, A Toulouse, cbez Desclassan, en 1702, in-IS. M»* de Rohan prétendit mettre obstacle à la publication des Désordres de i' Amour . parce qu*on y racontait ses aventures avec Ruvigny et Chabot. Le chancelier Seguier voulut connaître Tafliiire, et après avoir lu Touvrage incriminé, il Tautorisa. Historiettes de TaUe^ liiant-des-Réaux«
SU liARlB-CATHBRlIfB DBSiARÔlXS.
C'est un recueil de romans dans lesquels on voit deâ personnages historiques jouer des rôles qui ne leur conviennent guère : mais il faut reconnaître qu*il y a li dès intrigues bien conduites, et une remarquable mise en scéoe de caractères et de passions. C'était un genre nouveau. Les romans de mademoiselle de Scuderi ne trouvaient dèjh plus un aussi grand nombre de lecteurs; on commençait è prendre en dégoût ces longs et fades entretiens entre des Clilandres transis et de pédantes Climénes : aussi fit on le meilleur accueil aux romans vifs, passionnes et môme un peu libres de madame de Villedieu (4). Vers le même temps, elle donna : le Portrait des Faiblesses Humaines, autre recueil de nouvelles. Quand les historiens recherchent les causes des grands événements, ils les trouvent dans les combinaisons de la politique ou dans Tirrésislible manifestation des sentiments, des instincts populaires : le roman fiitl dépendre des plus petites causes les résolutions qui changent )a face du monde. Lycurgue comme Alcihiade, Paul-Emile comme Séjan, n ont que Pamour en tète, et quand il forment les plus belles entreprises ou les plus folles, c'est toujours pour satisfaire quelque doux pen* chant, pour mériter les faveurs de quelque veuve galante, ou pour servir les ressentiments de quelque courtisanne impérieuse. Il n*est pas permis de prendre de telles licences è Tégard de la vérité : mats que Ion ail moinf de scrupules , et Ton trouvera dans le Portrait
(1) « Ccst elle, di( robbc de Voiienoa, iitii n fait perdre le froùl des fntods ronians. Elle »Vntendait trop eu conclusion pour ne pat compoMr des lii»(oires dont le denouetni-nt touche presque toujours à reipotiUoo. » Votsenoa, Anecdotes litiérauxt^ tom. it des
MARU-CATHSRIIIB DBSJARDIlfS. 345
des Faiblesses Humaines des récils animés et iotéres- 8aD(s(4].
Les deux mariages de Calherioe no l'avaient pas en* richie, mais elle recevait de Barbin cinq livres pour chaque page de ses romans. Bile avait, en outre, obtenu du roi quelques secours : sur une ordonnance signée par H. de Lionne, elle avait reçu 4,500 livres (2), et il est vraisemblable qu on trouverait son nom porté pour quelque autre somme sur la liste des bienfaits du roi. Si donc elle avait su régler sa maison, elle aurait vécu plutôt dans Taisance que dans la gène. Mais ses désordres et ses libéralités ne lui permettaient pas d'avoir une épargne, et la forçaient trop souvent de travailler malgré Minerve. Aussi, tous ses ouvrages n ont-ils pas un égal mérite. Nous placerons au nombre des plus curieux : Becueil de quelqtÂes Lettres et relations galantes ; Paris, Barbin, 4C68, in-42 ; au nombre des plus médiocres : Cléonice ou le Roman Galant, nouvelle publiée par Bar* bin en 1669, in-42 (3). L'année suivante, elle donna les Amiofes Galantes; Barbin, deux volumes in-4 2 (4). C est un puvrage bien supérieur : on lit dans ce recueil une histoire des Frérots, ou Fratricelles, où les mœurs du
(1) Nous ne connaissons pas non plus la première édition du Por^ trait des faiblesses humaines; mais dans une édition de Barbin, Paris et Amsterdam, 1685, in-12, se trouve reproduit un Avis du libraire au lecteur, où Ton apprend que cet outrage fut mis entre les mains du public avant la mort du marquis de Chatte. Quelques franuents du même ouvrage ont été imprimés à part. Les Amours d'Âlcibiade, publiés à Paris, en 1680, m-lS, se trouvent dans le Portrait des faiblesses humaines,
(S) Œuvres de Catherine Desjardins, édition de 1721, tom. i, pag. 454.
(S) II y en a une réimpression; à Paris, 1688, in-19.
(4) Autre édition : Lyon, Baritel, 1698, 9 vol. in-12.
146 MAR»-€ATHIftINB DI81AIIDIKS.
clergé régulier sonl allaquées, sou? le voile du roman, avec une grande énergie. Catherine publia la même année: Fables ou Histoires allégoriques dédiées aurai; Paris, Barbin, 4670, in-42. Ces fables paraissent à Tabbé Goujel assez bien racontées; mais « c*est dommage, dit-il, qu'elles ayent toutes pour objet Tamour et le pouvoir qu'on lui attribue, ce qui ne vient que de la corruption de la nature (t). » On ne 8>n tiendra pas i ce jugement. Dans ses romans, Catherine dit les choses avec une liberté qui ne respecte pas toujours les bienséances; nous avons, d'ailleurs, signalé, dans les recueiU de ses poésies, quelques vers où la galanterie descend jusqu'aux pointes les plus triviales ; mais ses fables sont purgées de toute inconvenance, et on ne les condamnera pas assurément, sur le réquisitoire de Tabbé Goujet, parce qu'elles racontent les naïves amours d'une tourterelle et d'un ramier. Les Fables de Catherine Desjardins ont été réimprimées è Paris, en 4685, in-8*.
Nous ne saurions analyser ici les nombreux romans de Catherine. Nous devons, du moins, en dresser la liste. Après les Annales Galanies il faut nommer le Journal Amoureux; Paris, 4671 et 4680, ln-42. Bayle lisait cet ouvrage, et ne pouvait se défendre d'en trouver le style trop libre, ou, en d'autre!^ termes, « sentant fort la nature (2) ; • mais, malgré ce défaut, il Testimail. Ensuite vinrent les Aventures ou Mémoires de Henriette Sylvie de Molière; Paris, 4672, in-4S (3). et les Galante-
(I) B'hlioth&que f^nnçt*i%f^ tom. XVIII, pa(?. i3î.
(î) Ba>le, Souveittt Lettrft critiifuet sur l'Iliitont du Calvi'^ nùftie, lêtt. it.
/S' Il j a froulrt^ édition* de ce mniaii : Amslordani, 167S; l*n. H», 170(K-170i; RoutfO, 1733. L*abbé d*All4iu«ol [l^ettrr sut iktrvn
MARIB^CATHBRIirB DBSJARDINS* 217
ries Grefiadines ; Paris et Bruxelles, 4673, en deux volumes in-4 2. Ce dernier recueil ifesl pas Irds estimé. Les Exilés parurent à Paris, chez Barbin, eu 1675 et en 4684, in-4 2; Utrechi. 4684; Leyde, 4703. G*est un des meilleurs ouvrages de Catherine. Sur ce point tous les critiques sont d'accord , et leur sentiment a été celui du public (4). On accorde encore yne estime particulière aux Amours des Grands Hommes; Paris, 4679, in-42; Amsterdam, Hoogenhuysen, 4692, et, même ville, 4695, 4703, 4740. Carmente est un ouvrage dont Catherine a trouvé Targument dans quelques vers de Virgile. C'est assez dire que tous les détails de cette nouvelle^ppartiennent à son imagination vive et fertile en inventions. Publié pour la première fois à Paris, en 4680, in-8*, le roman de Carmente ne parait pa^ avoir obtenu toute l'estime qu'il méritait. Nous ne connaissons pas les premières éditions des Mémoires du Sérail, de Yfllustre Parisienne et de Ly sandre. Ces romans ne sont parvenus jusqu*à.nous que dans le recueil des OEuvres de Catherine. Les Nouvelles Africaines furent publiées en 4680, et réussirent. Nous ne saurions indiquer la première édition des Annales Galantes de Grèce ; mais le succès de cet ouvrage nous est attesté par le nombre des éditions postérieures : Paris, Barbin, 4687; LaHaye, Hoetjens, 4688 ; Paris, 4700, in-42. Cette
et if"* Lecouvreur) attribue à d*Alègre les Aventures de Henriette Sylvie de Molière: mais il se trompe. Si ce roman n*avait pas été de Catherine, Baroin ne lui aurait pas donné place dans le recueil de ses Œuvras, Aucun des ouvrages faussement attribués à cette dame ne se trouve dans le recueil de Barbin. Le dernier éditeur de la Lettre sur Baron a corrigé Terreur de Tabbé d^AIlainval.
(1) Cesi le même ouvrage qui parut en 1802, sous ce titre : Les Amours des principaux personnages du règne d'Auguste^ 3 vo}. in-12.
248 MAMB-CATHKBlflB DBSJAEDINS.
liste est longue ; il suffit de ki parcourir pour appré* cier la fucondîlc de Catherine. Nous ne croyons ps que, sous ce rapport, on puisse lui comparer aucun des romanciers de son temps. Elle se distingue encore des uns et des autres par le goût ei h recherche de la vérité. Bayle fait remarquer que les héroïnes de ses romans ne sont pas meilleures que les femmes ordinaires. Elle les représentait d*sprès nature, d*après elle-même. C'est ce qu'on lui dit uo jour :
Plus je relis ce que thih faites Plus je connois ce que vous êtes :
U ne faut que tous mettre en melo.
Tout le monde, Iris, tous admire; Si les DIeui se mesloient d*e»crire Ils empruntei oient Totrc main (1).
Catherine De^ardins passa les dernières années de sa vie au lieu de sa naissance, à Saint «Remy-du Plaio, dans la terre de Clinchemore. Elle y avait retrouvé sa roére, devenue veuve, et son cousin, le complice de ses premiers égarements* Ce qu'ils avaient de mieux à faire, les uns et les autres, c était d oublier tout ce qui s*était passé durant leur séparation. Cet oubli fut pro« mis et scellé par un contrat de mariage entre Desjar* dios et sa cousine. Catherine mourut à Clinchemore au mois de novembre de l'année «683 (i). On montre encore au sommet d'une tourelle la chambre où elle se
(1' Le Pamastf frenroii, de Titon du Tillet. pa^. 866.
(t) C\*st U date que nous lisons nartout, viccplé dans la BiUio^ grttfthie de M. Ik^sportet. SuÎTaiit^. IV^portes, Catherine ÏV«jardins ne serait morte que le 10 mnembre \^t. Mais rette da(e luiuvelle n*est-eUe pas tout simplement une faute t}p(i|rraptnqia*?
MARIB-CATHBRINK DttJARDIH8« 249
relirait pour travailler h sen roman». Sa vie fut, dit-oo^ abrégée par des veilles trop fréquentes et par Tabus des liqueurs fortes.
Plusieurs éditions de ses OEuvres furent publiées après sa mort. Barbia les donna d*abord en 4702, en 40 volumes in-42. Elles furent réimprimées, è Paris, parla compagnie des libraires, en 4724 , en 42 volu* mes in-42, el en 4714, par Prault et Gaudouin, même nombre de volumes et même format. Uue édition incomplète, en 6 volumes in-42, parut à Toulouse en 4703. Il ne faut se fier qu'à celle de Barbin les autres contien* nenl divers romans qu*on doit restituer à d'autres auteurs. Parmi les ouvrages attribués è tort à Catherine Desjardins, nous désignerons : AsUrie et le Journal Amoureux d'Espagne, que le Journal des Savants (4) compte parmi les œuvres de M*'* de la Roche-Guilbem; Don CarloSf que Bayle (2) et M. Barbier revendiquent pour Tabbé de Sainl-Réal; Le Prince de Condé, qu*on retrouve parmi les œuvres de Boursault ; Mademoiselle de Toumon et Mademoiselle d'Alençon, qui, suivant le P, Ni* ceron (3), sont de Pierre Vaumorière, le continuateur du Paramond de La Calprenède (4). Ajoutons au nombre des ouvrages attribués à Iprt à Catherine Desjardins : La Chambre de JusUce de V Amour ; Paris, Bontemps, 4668, in-4 2; ouvrage de Louis Le Laboureur; les Nouvelles et Galanteries chinoises dont nous ne connaissons que la seconde édition, publiée è Lyon, par
(1) Du 17 décembre 1703.
(2) Lettre à M. MinutoU, du 7 mars 1675.
(8) Hommes illustres, tom. xxxv, pag. 236.
(4) On attrttue onelqnefois Mad, de Toumon au marquis de la Chclardie et k M(|d. de Murât
SSO LOUIS BBUH.
Barilel, en 4742, en 8 volumes in -4 9 ; le Cerde ou Ut Conversations Galantes publiées par Barbin en 4 675, eo 3 volumes io- 4 2.
DELIN (Lotis).
Louis BBLIN, sieur de la Fuye, né à la Suzc en 4683, fil ses études au collège du Mans. Quand elles furent achevées, les directeurs de ce collège (ravaiilèrenl k retenir près d*eux un jeune homme qui montrait de si belles dispositions pour l'éloquence et la philosophie. Louis BeliOf cédant à leurs instances, entra dans la Congrégation de rOratoire. Il y demeura huit ans, et, pendant ces huit années, il se repentit d avoir pris un engagement téméraire. Quelle était donc sa vocation? Il aimait les lettres, mais les lettres frivoles; et, ne possédant pas le grave sourcil d'un régent de rhétorique , il prétendait à la renommée de bel -esprit. Ayant rompu ses liens religieux, il publia : Nouvelles Romanesques ei Galantes; en S vol. io-4i. Nous n'avons pas d'autres renseignements sur ce recueil anonyme; il n*est désigné ni par H. Barbier, ni par H. Quérard, et la Bibliothèque Nationale ne le possède pas. Pour apprécier le mérite de ses fables romanesques, nous avons dû lire : Adelaide de Messine, nouvelle historique, galante et tragique; Paris, d'Hôtelfort , 4722 , in-42 : c'est un ouvrage qui ne manque pas d'invention, mois de style. Il a laissé quelques vers : Epitre au prince Eugène de Savoie, sur $a victoire de Belgrade; Le Mans. Peguineau, 4747 : Ode sur la Beauté ; Ansart a publié, dans sa Bibliothè^
LOUIS -FRANÇOIS BÉLIN, 251
que Littéraire, les six premières strophes de celte ode , et a supprimé les cinq dernières comme trop liceocieu* ses : Epftre à Madame d'Orléans, religieuse de Chelles: Paris, d'Hôlelfort, 4719 ; Ansarl a reproduit cette pièce : Efiire à M. le duc d'Orléans, régent : Ode sur Vexisttnce de Dieu. Les vers de Louis Beiin sont faciles, mais négligés : il avait plus de (aient que de goût. On lui doit encore une traduction du traité de Cioéron sur la Nature des Dieux, et il s'occupait de réfuter la Dénio^ nùmanie des Sorciers, de Jean Bodin, quand la mort vint le surprendre, k Paris, en 4723.
BELIN (Louis-François).
Louis-Feançois BELIN de BERU, né au Mans le 4 6 décembre 4700, fut tour-à-tour curé de Parce, chanoineprébende et archidiacre de Téglise du Mans. Il avait de rinstruction et un goût très vif pour la recherche des antiquités. L* Académie des Sciences d'Angers fut curieuse de le compter au nombre de ses membres, et la Société royale d'Agriculture, au bureau du Mans, vou-> lut l'avoir pour son directeur. Sa bibliothèque nom-* breuse, dont il existe un catalogue, était chaque jour visitée par les gens studieux, et l'on en comptait alors un assez grand nombre dans la ville du Mans : il était, en outre, le correspondant of6cieux de tous les savants étrangers. Il mourut en 4782, laissant à ses héritiers quelques manuscrits intéressants. C'est, du moins, ce que rapporte l'auteur de la Bibliothèque Littéraire. Nous ne connaissons, pour notre part, d autres manuscrits de
S5S LANCBLIN.
Tabbé Belin que deux lettres a dom Housseau qui se trouvent dans un des cartons laissés par ce bénédictin (4). Il n*a fait imprimer qu'un Abrégé Chronologique de VHisloirt des Evéques du Uans : cel opuscule eal dans le Rituel de Tannée 4775,
LANCELIN.
On assigne la ville de Laval pour lieu de naissance au sieur Lancelin, poète obscur du xvin* siècle, dont nous n'avons pas retrouvé toutes les œuvrrs. On lui attri* bue d*aborJ : Histoires Secrètes du prophète des Turcs; Parie, 4754 et 4775, t volumes in- 4 2. Nous soupçon* nous que ce livre n*est qu'une traduction , mais les recherches que nous avons faites pour le rencontrer ont été vaines. Il publia plus tard : Le Triomphe de Jésus- Christ dans le désert, poème sacré ; Paris, Desaint, 4755, in-4 2. C'est une traduction libre du Paradis reconquis de Milton. On voit donc que M. Desportes a commis une erreur en désignant sous deux titres difTérents : Le Triomphe de Jésia^hrist et la traduction du Paradis reconquis. Les vers de Lancelin sont faciles, mais cornmuns. On lui doit encore : La Callipédie, ou Manière d^avoir de beaux enfants; traduction libre du poëme latin de Claude Quillet ; Amsterdam cl P<iris, Bastien, 1774, in-8«. Le Callipœdia de Quillet est un poëme très remarquable, écrit avec une rare distinction, et qui doit être placé au premier rang parmi les compositions lati-
(I) BibUotbèquc NttioMie, ctrton SQ.
dtJiLU)CiioN. 253
tieé du xvii^ sîcclc : nous sommes loin d*estimer autant la Iratluclion do Lancelin ; elle n\i pas même le mérite de la dirBcullô vaincue, puisque cesl une traduction libre. On inscrit encore parmi les œuvres de Lâncclin une Ode sur les exploits du prince de Gonti. Nous ne la connaissons pas.