AUBERT DE LA CHBNAYE--DESBOIS
(Fbamçois-Alexandre. )
Avant d*ètre un des publicistes les plus féconda do xvni- siècle, AUBERT DB LA CHBNAYB-DBSBOIS était capucin. Né dans la ville d'Ernée le 47 juin 4699, il avait sans doute fait ses études dans quelque maison religieuse, élevait ensuite pris le cordon, moins pour suivre les anciennes pratiques de la règle franciscaine, que pour vivre au sein d'une fdcile oisiveté. Il se connaissait mal : il n'était pas né pour le repos et le silence, mais pour ragilalion et le bruit. Aussi ne tarda-t-il pas k déposer le froc pour courir plus librement è travers le monde ; ce qu'il fit sans plus de cérémonies, car il n'eut pas même soin de se faire relever de ses vorax. Il avait, d'ailleurs, pris au oouvent une très mauvaise opinion des religieux de toute robe : « Il y a. dit-il qoeU
F. «A. ACiBRT ÛE LA CBINAYl DB8BOIS. 305
que pari , des moines vérilablement honnêtes gens r j avoue qu*ils sont fort rares (4) : » On ne reste Jamais longtemps dans une compagnie où Ion se trouve si mal entouré.
En désertant son couvent, Auliert de Le Cbenoye se rendit en Hollande. Les Lettres Juives^ du marquis d*Argens, paraissaient et avaient un grand succès dans les cercles philosophiques : il entreprit d*y répondre. Celle réponse n*est-elle pas le premier ouvrage do La Cbonaye ? Ost le premier que nous désignent les bi- . bliographes. Il parut, par livraisons séparées, durant les années 4737 et 4738, sous le titre de : Corre^pm^ dance historique^ philosophique et critique entre Ariste Lisandre et quelques autres omis, pour servir de ré^ ponse aux Lettres Juives; La Haye, A. Van Dole. L'éditeur publiait deux livraisons par semaine, et Touvrage complet forme trois volumes in- 42. Ce n*est pas une réfutation des critiques acerbes du marquis d'Argens; on les approuve aussi souvent qu*on les blAme : c'est une conversasioD sur les mêmes sujets entre divers in« tcHocuteurs qui ne manquent ni de goût, ni d'esprit. La Correspondance historique est assurément un des meilleurs ouvrages de La (Ihenaye-Dest)ois.
Il donna Tannée suivante : Lettre à Madame la comtesse D..»,^ pour servir de supplément à T Amusement philosophique sur le langage des bêles, par le P. Bougeant ; in -4 2. L'abbé d*Olivet, qui est assez mal traité dans cette Lettre^ la croyait de son impitoyable adversaire, Tabbé Desfontaines (2). Il ne faut pas rejeter abso-
(1) Correspondance historique. Lettre 4, pag. 31.
(2) Note sur un eiemplaire de la DibiU>th< Nat. : 2 2284» *» J. •
tv, 20
906 F.-A. AUIUT DB LA CHSNATB-DBSÉols.
lumeol la thèse du P. Bougeant sur le langage des bêtes: mais on doit reconnatlrêf d'autre part, que la Lettre à Madame la comtesse D... n'est pas dépourvue d'enjouement. C'était un vérité assez commun au iviii'siè* de qu'un style vif et facile, dégagé de toutes périphrases ; mais il n'y avait pas non plus disette d'écrits lourds, pédants et maussades : il y a donc lieu de signaler cet heureux tour qui dislingue certains libelles de La Chenaye-Desbois ; l'abbé Desfontaines, qui l'employait, dit-on, dans sa feuille (4), Observations sur les écrits modernes, n'avait pas toujours autant d'esprii que lui.
Nous ne pouvons trouver les mêmes qualités dans V Astrologue dans le Puits, à Vauteur de la Nouvelle Astronomie du Parnasse François ; (Paris) 4740, in*H. C'est un des plus violents et des plus médiocres pamphlets de La Chenaye-Desliois. La Nouvelle Astronomie avait été publiée, sans nom d'auteur, par le chevalier de Neufville-Montddor, très fécond et très vulgaire écrivain. La ChenayeDesbois lui fil comprendrequ'il savait de quelle officine étaient sorties ces pages envenimées, et il le traita de la façon la plus incivile. Ces méchants libelles étaient lus dans les cafés et avaient un jour de vogue. On en cite qui ont mérité de survivre. VAstroloque dans le Puits n'est pas de ce nombre.
Il faut placer dans un meilleur ordre les Lettres amu^ santés et critiques sur les romans en fénéral, anglois et françois, tant anciens que modernes; Paris, Gissey , 4743, in-4i. Nous ne trouvons pas que ces Lettres soient précisément amusantes; elles ont même, a notre
( t ) biognifth . Cn acr > . , art . Chinat/e^Uei fjtji * ht]
ir.^A. ACBERT DB LÀ CHÈNAYB-DKSilOlS. 30^
avis, peu de gaieté : mois elles sont correctement écrites et contiennent de bons jugements. On les n quelque* fois attribuées au chevalier de Neufville, et ce qui sembicrail moliver celte attribution , c*esl qu*on rencontre déns les Letlres amxtsantes un fort pompeux éloge de Marivaux. Or, Marivaux , épargné par Inutcur de la Nouvelle Astronomie , ne Tavait pas été par lé crif iqub des Lettres Juives. Mais le registre des privilèges dé 1^ librairie nous donne à cet égard des renseignements devant lesquels s'évanouissent toutes les hypothèses. Le privilège est accordé nominativement au sieur AubcrI, et à la suite vient un acte de cession , par lequel ledit sieur De La Chetiaye-Aubert transporte son privilège aux libraires Gissey, Bordelel et David (i) Il faut donc admettre que, dans Tintervalle de quelques années, La Cbenaye- Desbois avait changé d'opinion sur Tatiteur de Marianne. Oo lit encore, dans les Lettres amusanles , tout un chapitre en l'honneur de la Pamela de Richardson. La Chenaye-Desboîs passe pour avoir, le premier , traduit ce roman en français : Pamela, ou la vertu récompensée: Londres, Osborne, 474î, « vol. H. Barbier ne parle pas de cette traduction anonyme. C*est encore è lui qu*on attribue : Lettre d M. le
marquis de sur la Uérope de M. de Voltaire ; 4713,
in-8* (2). Il u*y a rien de remarquable dans cette lettre : elle n*est pas même écrite sur le ton Sicile et enjoué qui distingue quelques autres œuvres de La Chenayc^ Desbois. L*auteur estime que , dans la Mérope de
(1) MSS. tic la Biblioth. Nat. Le privilège ioiprimc ae porte aiiruD nom.
(2) Oa la trouTe quelquefois a^eccet autre titre: Lettre sur Id Mérope de Fottaire et cède de Maffei,
308 F.-A. ADBBRT BB Lk CaBNAYB-DISBOlS.
Voltaire, il a plus à louer qu*à reprendre. Vers le même lemps, La Chenaye-Desbois mil en ordre el publia une seconde édition du Parfait cocher , ouvrage du duc de Nevers ; Paris , Mérigot , 4714 , io-S*. Puis il repril sa polémique contre le marquis d*Argens, el donna : Lettres critiques, avec (Us songes moraux, sur les songes fkilo^ sophiques de l'auleur des Lettres Juives ; Amsterdam ; 4745, iQ-4 2. Aucun de c«s ouvrages ne mérite qu'on s'y arrête.
La Cheuaye-Desbois a plusieurs fois gémi sur la triste condition d'un écrivain pauvre et dépourvu de riches protecteurs. Il éprouva sans doute tous les désagréments de celle situation. Ce qui nous le donne à croire, c'est qu'après avoir fait oonnailre, dans un certain nombre d'ouvrages critiques , quels étaient ses goûts littéraires , Thumeur de son espril et le genre de son talent, il se mit au\ gages des libraires et rédigea pour eux, sur les matières les plus diverses, des abrégés, des compilations. Nous n avons qu'à dresser le catalogue de ces ouvrages. Il publia d'abord : Dictionnaire militaire, ou Recueil alphabétique de tous les termes propres à la guerre; Paris, David et Gissey, 4745-474G, 2 vol in-f S, avec un supplément d'un volume. Le même ouvrage parut à Dresde, chez Waller, en 4754-4752, en 2 voL in- S®, avec des corrections d'un sieur Bgger. Nous pouvons encore en désigner la quatrième édition , con* sidérablemenl augmentée; Paris » 4758-4759, 3 vol. in- 8*. — Lettres llollandoises, ou les Mœurs desHollan* dois; Amsterdam, 4747, 2 vol. in-42. — Dictionnaire universel d*agriculture et de jardinage ; Paris, David, 4754, 2 vol. in-4». — Eléments de Vart militaire par d'Héricourt : nouvelle édition donnée par La Chenaye-
P.-A. ACBBRT DB LA CHBNAYB HBSBO». S09
Desbois; Paris , Jomberl , 4752-4758, 6 vol. in -4 3. — Almanach des corps de marchands ; 4 753 et années saîvanles. — Ordre naturel des Oursins de mer et fossi^ les ; traduction du latin de Théodore Klein, avec le texte ; Paris, Bauche, 4754, in- 8*. — Doutes ou obser^ valions de M. Klein sur la revue des animaux faite par le premier homme; traduction de La Chena y e- Desbois ; Pa«' ris, Bauche, 4754, in-8». — Système naturel du genre animal, par classes , familles et ordres , diaprés la méthode de Klein, Artediet Linné ; Paris , Bauche , 4751 , 2 vol. in-8*. Cet ouvrage et la traduction de l'Ordre naturel des Oursins sont attribués tour h tour par la Biographie Universelle h Jacques Brisson (4) et à La Chenaye- Desbois (2] : suivant U. Barbier, cette dernière attribution est la mieux fondée. — ^(reniies militaireSj 4744-4759, in -2 4. — Dictionnaire généalogique, héraldique, chronologigue et historique des premières maisons de France ; Paris, Duchesne, 4757-4765, 5 vol. in-8*. C'est la première édition d*un ouvrage assez médiocre, mais encore très recherché, qui , seul, a sauvé de l'éternel oubli le nom de La Chenaye-Desbois. Il fut réimprimé par la veuve Duchesne, avec des additions considérables sous le titre de Dictionnaire de la Noblesse, 4770-4786, en 45 vol. in- 4* : les trois derniers sont de Bodier. La Chenaye laissait en mourant, des notes qui devaient servir à une troisième édition , et Ton assure que ces notes ont été conservées. — OEuvres militaires dédiées au prince de Bouillon par M, de Slonville, capitaine d* infanterie ; Gharleville, Thesin , et , Paris , veuve David ,
(l) Article do If. Dupetit-Tbonars.
(S) Article de M. Villenave.
510 PtcoAkh.
4757» I vol. iD-42. SuivâDt FréroD , oe M. de Sionville n*esl qu*un pseudonyme imaginé par La Gheoaye Des* bois pour dissimuler llncompéleoce d'un ci-devânl ca* pucin en matière de bombardes ei de stratégie militaire. •^ Dictionnaire raisonné ei universel des animaux ; Paris, Bauche, 4759, 4 vol. io-i*. — Calendrier des princes^ ou étal actuel de la noblesse de France et des tnaisons souveraines de l'Europe; Paris, 4762-4781. G est une série de volumes in*46 et in-42 qui parurent successivement à la venue de chaque année nouvelle ; les derniers portent le titre de : Etrennes de la Noblesse. — Dictionnaire domestique portatif; Paris, 4762-4763. 3 vol. in-S"". C'est un ouvrage fait en commun par Roux, Goulin et La Ghenaye-Desbois — Dictionnaire historique des mœurs^ usages et coutumes des François ; Paris, Vincent, 4767, 3 vol. in-8a. Ge manuel n*est pas encore tout-à-fait déprécié. — Dictionnaire historiqm des antiquités, curiosités et singularités des villes, bourge et bourgades de France; Paris, 4769, 3 vol. in-48. Cette nomenclature rapide fait assez connaître des compilations, qui, pour la plupart, ne sont plus dans aucune main.
Aubert La Chenaye-Desbois mourut è Paris , à ThApital , le 29 février 4784.
PÉCHARD.
Le P. PÉCHARD, Capucin, plus souvent nommé le P. Timolhée, et quelquefoid le Courrier de la Constitution^ se signala dans son ordre par la vivacité de son zèle contre les jansénistes. Ne a L^i Fiècbe, il entra dès sa
piCHABD. 81 1
jeunesse chez les religieux franciscains et devint bientôt un des hommes considérables de la Congrégation. Il exerçait à Rome l'emploi de définileur-général, quand le pape Clément XI, circonvenu par les Jésuites, publia la bulle Unigenilus, On doutait qu'elle fût reçue en France , où les Jésuites avaient beaucoup d'ennemis dans l'Eglise et dans les parlements, et ce fui le P. Timothée qu'on envoya négocier cette affaire délicate. Il réussit, et pour le récompenser, on lui donna le titre d'évèque de Beryte avec une bonne pension. Quand son parti devint tout puissant, il en abusa pour persécuter le parti contraire. On peut lire dans les Nouvelles ecclésiastiques le récit de ses exploits. L'abbé Bernard de ta Tour publia : Mémoires du P. Timothée, capucin, évéque de BéJT/te, contenant plusieurs anecdotes historiques du pontificat de Clément XI et de la fin du règne de Louis XIV; 4774, in-12.
L*abbé de Grécourt lui fait jouer un rAle plaisant dans son Philotanus. Le diable ayant obtenu du pape la signature de la bulle Unigenitus^ accourt à Paris et tra* vaille à la faire accepter par les évoques et par le roi. C'est une entreprise que, suivant le poète, il conduisit à bonne fin, sous le masque de notre P. Timothéo :
C'en est donc Tait, «t la bulle est en forme ! Ne croyez pas qu'ensuite je m*endorme , Car ayant dit humblement grand merci Au bon saint Père, à mes parents aussi, Dispos et gai, VUnigenit en poche, Devers Paris à grand pas je m*approche.
De nos coureurs je prends le casaquin, Barbe, pieds nus, en un mot capucin, Et me guindant en légère calèche.
Je me nommai Timothée de La Flèche... .
BARBEU-DUBOURG (Jacques}.
JicQOKi fiABBEUDUBOUBG est nA i Hayeone !• a f«vrier 1709. Il fui d'abord iocarlaiD ur k choix d'une proTessioii. Très versé dans l'élude des tangim anciennes et sacbani tirer bon parti de ses coonaîssaoces littéraires, il avait le désir et l'espoir de se bire un nom parmi les letlrési mais, d'anlre part, il avait élodié lesaciences que l'on appelle eiacles, et il tte désespérail pas d'occuper quelque jour une pldce honorable parmi les docteurs. Il publia d'abord : Lettre d'un garçtm barbier à VtMé Deifmtaina sur la mailrite i$-arfi ; Parts, 1713, in-12. Il s'était alors depuis longtemps décidé pour les sciences, et exerçait à Paris la profession de médi-ciii. Il fit ensuite paraître Deux lettret à ime dame, au sujet d'une eipérience de chirur^e faite à la Charité ; Paris iHi, ia-8*. A cette publication sucoédèreol plusieurs thèses dont nous n'avons qu'à reproduire lea litres : Dalur-ne etiam tifo/ium or^onorum tommu? Parisiis, 17t6, ia-i* ; An variolarum morbui'abique erujtlione? Parisiis, 1747, in-i"; Ulrumamûclmaterici caterii periculotiorei? Parisiis, 47t7, in-4* ; ilnprcctpua tangumh of/tcina puinio? Parisiis, 17*8, ip-i"; ^ii tracheoiomia nune scopellum, nunc trigoma mvcro? P»risiis, 1748, io-i*. H traduisit ensuite de l'anglais: Lellrei tur ihittoire, par Benri Saint Jean, lard vioomfe de Bolingbrvke ; Paris 17SS, S vol. ia-8-. Le premier de ww ouvr.igcs qui nitSrile i)iielriue att«>nlion cU ta t7in>-
rtOijraphie.Oudf'-'-TrrT^'.-rf'rr-: | tt'; riTI17a3,ift-»«,
avrc 33 pbin !i. i ri>>iitt«ptce de
1ACQDK9 USMC-DUBODIO. 513
cet ouvrage que Barbcu-Dubourg élah en 1753, professeiir do pharmacie ea l'Université de Paris. Il l'a corn-, posé, dit-il, pour enseigner l'hisloire selon la même méthode que la géographie, el il a eiposé son plan dans une préface écrite avec beaucoup d'élégance. Ce plan consiste à rapprocher les faits au moyen de cartes, ou tableaux synchroniques. On a bien souvent, depuis l'année 175B, tracé des tableaux semblables pour l'usage de la jeunesse : s'ils ne sont pas commentés par un professeur habile, ils sont pour l'inlelligence plutAt un embarrasqu'uD secours. On doit encore à Barbeu-Duboui^ un Sommaire de chronologie, en vers techniques, in - 8', de 3 pages.
Barbeu -Dubourg passe pour le fondateur de la Gasetled'Epidtture conliouée sous le titre de Gawlte de' Médecim; Paris, Grange. <764-t763, 5 vol. in-43. C'est un recueil estimé. Ensuite il donna : Beehercket tur la durée delà grossesse tt le terme de l'accouchemtta; Amsterdam, 4765, io-8*. H. du Petit-Tbouars placeau nombre des meilleurs livres qui aient été faits sur la matière. Le Botaniste français , publié par Barbeu-Dubourg, eni767, chezLacombe, onS vol.in-li : «On n'y trouve , dit -il , aucune découverte , mais celles qui ont été faites précédemment y sont mists en œuvre d'une manière exacte et très habile (t). » Nous ne pouvons que souscrire à ce jugement. Ansart a fait, dans sa Bibli<^kèqM , l'anelyse du Botaniste français. Il faut joindre à cet ouvrage : Usage des plantes ; Paris , 1 767, 2 vol. in-tl, et Jfanuel de botanique; Paris, 4768, iD-42.
51 ( noQon BAint-DOBorae.
On ajoute à la liste des œuvres de Barbeu : Second mémoire à comuHer pour les docteurs régenls de la faculié de Paris ; Paris, 4768, ia-4*. Nous ne connaissons que le titre de ce factum. Opinion d'un médecin de la faculté de Paris en faveur de Vinoculation de la petite vérole; Paris, 1769, in-42: Bartieu-Dubourg avait d'abord combattu le svstème de rinoculalion dans la Gasette dEpidaure; il en était ensuite devenu partisan. Eléments de Médecine en formed'aphorismes; Paris, 4770, in-4 2; ou vrage ool>lié. Lettre d'un médecin de lafactdté de Paris à un de ses confrères, au sujd de la Société Royale de Médecine ; in- 8* : c*est une brochure de quelques pages, sans date.
Nous avons recherché avec plus de soin les opuscules politiques de Barbeu- Dubourg. 11 appartenait au parti des philosophes , des réformateurs : la révolution d'Amérique Tavait rempli d'enthousiasme, et il ne se contentait pas d'admirer de loin le magnifique spectacle que donnait au monde une nation réglant elle-même ses propres destinées ; il prétendait contribuer de tous ses efTorts à faire partager cet enthousiasme et à propager en France les idées américaines. C'est dans ce dessein qu*il traduisit de l'anglais de Jean Dickinson : Leiirts d'un fermier de Pensylvanie aux habitants de V Amérique septentrionale ; Amsterdam, 4769, in-8*, et les OEworet de B, Francklin\ Paris, 4773 , 2 vol. in-4*. Le même esprit a inspiré Le Petit code de la raison humaine; Londres, 4774, tn-S^ Passy, 4783, in-24; Paris, 4789, in 42. I^resque tous les exemplaires de l'édition de 478t ont été envoyés en Amérique. Francklin, qui était un des amis de Barbeu -Dul>ourg , estimait cet ouvrage. Il d de la naïveté , mais il ne se recommande guère par
L0Ulfi-nUlf$OIS M MBHON Dl TDIBUXV. SIS
d*autres mérites. Nous meolioDoeroos encore : £e Calendrier de Philadelphie, ou ConstUtUicns de Sancho- Ponça ei du bonhomme Richard en Pensyivanie ; Philadelphie et Paris, 4778, in-42.
BarbeU'Dubourg mourut à Paris, le li décembre 4 779. Il laissait , en mourant , plusieurs manuscrits. En
voici les litres : Lettre à Mademoiselle sur les vents;
Objections à M. Basselin sur la quadrature du arde ; Projet d'un cours complet de médecine. L'abbé Benouard a tracé son portrait on ces termes : « Barbeu avait beaucoup d'afTabllité , une douceur inaltérable. L*habitude de voir des malades ne lui avait rien ôté de cette sensi* bilité compatissante qu*il avait reçue do la nature, et qui fait le plaisir et le tourment de ceux qui en sont partagés. Son caractère fit son bonheur, celui de sa famille : pour tout dire en un mot , il Tut Tami de FranckUn(4]. »
MENON DE TURBILLY (Louis-Framçois-
Henri de).
Nous ne pouvons manquer ici de rendre un solennel hommage & la mémoire d*un gentilhomme angevin, qui ne prétendit pns , il est vrai , prendre place parmi les lettrés , mais qui rendit néanmoins , par ses écrits, le plus grand service aux habitants du Maine et de TÂnjou. Louis-Faançois-Hknbi dk MBNON , marquis db TUR- BILLY , était d'une famille qui possédait le château de Bresteau, près Beillé, et la seigneurie de Villiers-Ghar-
(1) Essais historiques sur le Maine, tem. ii, p«g. Mi.
816 LOUIS-VBANÇOU Ml VKIION DB TOBBItXT.
lemagne, près Grez-en-Bouàre. Oo assure qu*il élail né prés de La- Flèche, en 1712 (4) : cette désignalion peut s'appliquer à la terre de Villiers-Charlemagne , qui est à une égale distance de La Flèche et de Château- Gontier. Il servit d*abord dans un régiment de cavalerie, dont il était lieutenant*colonel à Tâge de 85 ans ; mais, ayant plus de goût poar l'agriculture que pour les armes, il se hâta de revenir en 4737 « à la mort de son père, habiter le lieu de sa naissance et préparer l'exéculion de vastes projets , qui furent , dans la suite, couronnés par les plus heureux résultats.
A son arrivée, on ne cultivait que la quatrième partie des terres de la commune ; Tinsouciance des habitants abandonnait le reste aux ronces et aux bruyères. C'était une population misérable, qui ne récoltait pus fa moitié de sa subsistance annuelle, et qui , pendant six mois , errait à travers les contrées plus heureuses du Haine et de la Bcauce , sollicitant la charité. Le jeune marquis de Turbilly avait trop de bon sens pour impu* ter dès l'abord h un vice naturel et incurable la triste condition de ses paysans : en les observant de près, en les interrogeant, en leur adressant de douces paroles, il apprit bientâl que la véritable cause de leur paresse était leur ignorance. Ils ne travaillaient pas, parce qu'ils ne soupçonnaient pas tout ce que la terre pouvait leur rendre, et, parce que , dans leur misère , ils man* quaient de toutes les choses nécessaires k la culture, graines, engrais» instruments, elc , etc. Son premier soin fut de faire appel à tous les bras valides, et d'assurer un honnête salaire à quiconque viendrait chercher
(I) y. Desportes, Bihliogr. du Maine,
LOVIS-FBAKÇOIS DB MBNON 0B TURBlLLY. 317
de remploi sur ses (erres. Comme il possédait une assez vasle élenduo de landes , de sables inculles , il poavaîl prendre rengagement d'occuper tous les oisiCs, et son appel, fait avec bienveillance , fut entendu. Les terres défrichées, il Gtlracer des chemins, acheta des moutons, des bœufs, des graines, acclimata des plantes nouvelles, perfectionna les instrumenls de culture, et transforma de telle manière le sol et les colons de son domaine, que cette région naguères désolée devint avec le temps une des plus riches de la province. Ce fut le travail de quarante années. Mais, dès Tannée 4760, après vingt-deux ans d'expérience, le marquis de Turbilly pouvait déjà dire, en parlant des habitants de sa paroisse : « Deve* nus laborieux , ils vivent de leur travail et ne demandent plus TaumAne : la paroisse récolte à présent plus de bled qu'il ne faut pour sa consommation ; ce qui la met on état d en vendre aux marchés du voisinage, où elle en achetoit auparavant. Toutes les fermes sont occupi^cs, et il n*y a à présent aucun logement vacant ; dès que j'en fais bâtir un nouveau , il est rempli aussitôt; enfin, le nombre d'habitants de cette paroisse est doublé depuis Tannée 1737. Telle est Thistoirede mes défrichements (4). »
Non content d'avoir ainsi changé la condition des gens de sa terre, Henri de Turbilly chercha des imitateurs, et, dans ce dessein, il publia : Mémoire sur les défrichements; Paris, veuve d'Houry, 4760, in-42. Ce Mémoire eut un grand succès : il fut réimprimé à Paris et à Amsterdam en 4762, et il fut en outre traduit en anglais, sous ce litre : A discùurse on the cuUiv(Uion of
(I) Mémoire sur les défrichements ^ pag. 148.
318 8.-A.-C. DAfitiBS M cunroRTAum.
tittsle md barren tandi; Loodon, 1761 , in-8*. C'est h* simple récil d'un agronome enlrelenanl le public de ses praliquM, en signalant les avantages el conseilbol de les suivre. Bien que cet ouvrage TOI lout-à-fatl élémea- (aire, Henri de Turbîlly le réduisit encore à de plos modegles proportions pour Tinlroduire dans loulesles fermes. Cet abrogé, qni porte le litre de Pnifi^iie des défrichemenis, parut d'abord en t760, in-t2,eirulréiiif primé deui fois l'année suivante ; une Mition nouvelle, augmentée de la correspondance de l'auteur avec 1j Boctélé économique de Berne, porte la date de istl. Le cuntrAleur-générsl des finances, Berlin, en fit parvenir un exemplaire aux Intendants des province, les invitant à recommander partout l'excellent exempte et les Mftes conseils donnés per )o marquis de TurbiHy. Il mourut en (776.
DAGUES DE CLAIRFONTAINB
(SiMON-ANTome-CaviiLEs).
DAGUBSMCUIRFONTAINB.néaull«Ds Ie3l nan t7i6, écrivit beaucoup en verset en prose, et Tut éga* lement médiocre comme prosalear et comme poêle : ce qui neremp<'cba pus d'être membre de deux Acsdé* mies, celle d'Angers et collu du Haas. Il publia d'abord, dans les fouilles politiques et littéraires , divers raorccdux qni ne dureiit pas être très goûtés : ceux que nous avons lus dans le Jmimtd de l'erdim ne nous ont pas encouragé à rechercher ceux qui se Ireovenl, dil> on, dans d'autres recueils, comme le Uercure dt Pnoet et le Cemeur hebdoiitadaire. Il débuta dsra le Jotmnl
d.-A-C. OAGUES Bb CLAIRFOFTAkNfi. 319
de Verdun, par des vers Sur la tnorl de Madame la princesse de Condé ; avril 4760 ; il donna le mois suivant : Vers sur le mariage d'un ami; au mois de juillet, Vers sur la naissance de,..; bu mois d'octobre, V Innocence vengée; au mois de novembre, Vers pour la fêle de S. A, S. le prince de... Trois autres pièces de la même importance furent imprimées dans le même Journal en 1761, et une autre en 4762. A cette date, Dagues de Clairfonlaine va chercher une autre tribune. Nous le voyons publier dans le Mercure de janvier 4763 , un Eloge historique d* Abraham Duquesne. L'Académie de Marseille avait mis ce sujet au concours pour la distribution des prix du 26 août 4762, et Dagues de Glairrontaine n'avait pas vu couronner son discours. C'est une déclamation pitoyable. Elle fut cependant réimprimée en 4766, îd-S*. H. Qoérard attribue h Dagues de Glairfontalne Anec^ dotes historiques t morales et liltéraires du rigsie de Louis XV; Paris, 4767, in- 4 2, et il ajoute que, d'après la France LUtéraire de 4769, cet ouvrage reparut eo 4778 sous le litre de Bienfaisance française. Il est évident que la France Littéraire de 4769 n'a pu parler d'un ouvrage qui vit le jour en 4778 : aussi ne désignet-elle que les i4nec({otes historiques. Dagues de Clairfonlaine Gt, en 4767, une nouvelle édition do la Fie de Nicole, par l'nbbé Goujet, et y joignit un Essai sur cet abbé. On lui doit encore : Premier cri d'un cœur français sur la mort de la Reine; 4768, in-4 2, et Suite des Anecdotes sur r Histoire de France^ ou Bienfaisance fran- ^ise; Paris, Bastion, 4778, 2 vol, in-8. Ce dernier ouvrage est un recueil d'anecdotes sur les principaux personnages du siècle de Louis XV. Elles sont toutes à leur éloge, cl lirécs, pour la plupart, des gazettes.
20 ftLAHCBAIDOH DE UÙZÈ.
Dagues de ClairfoQfaine mourut vers Tannée 1788, suivant M. Desporles, et en 1797, suivant M. Quérard. Il avait épousé, à PariSi Jeanne Goret, en 1769, oorome on peut le voir sur les registres de la paroisse Sainte- Geneviève.
TIIEBAULT DE CHAMPASSAIS.
THËBAULT DR CHAMPASSAIS, subdélégué et maire de la ville de Domfront, nous est connu par un Ménurire historique de la ville et domaine de Domfront, qui a éié imprimé dans le tome !«' des Nouvelles recherches sur la France, publiées chez Hérissant fils , en l766,|in-1S. Ce Mémoire est considérable ; il contient le récit des principaux événements qui ont eu la ville de Domfroni pour théâtre : mais il manque a la fois de critique et diotérét.
BLANCHARDON DR MOZÊ.
Nous ne saurions rien cijouler à la notice publiée par Ansart sur cet écrivain. Voici les termes d*Ansar( : « BLANCHARDON de MOZÉ , contrôleur des guerres, ancien directeur de la Société royale d'agriculture, au bureau du Mans, est auteur de plusieurs mémoires intéressants sur Tart de cultiver les terres. Ces mémoires n*ont eu d autre publicité que d'avoir été lus dans les séances publiques de cette Société (I) i II est possible qu*i1s soient encore ensevelis dans les archives de la Société d'Agriculture.
(t) mblioth. LiiL du Maine, pag. t04.
FRANÇOIS LBHAÇON DÙ lABlHBk. 321