‹ Histoire littéraire du MaineChapitre 22 sur 30 · MARTIN · texte numérisé non relu

MARTIN

C'est un écrivain qui nous est signalé par le catalogue de la bibliothèque de Soleinne, mais nous n'avons pas d'autre renseignement sur sa vie et sur ses ouvrages. Il professait la philosophie au collège de ChAteau- Gontier, lorsqu'il publia : le philosophe Pyrrhonien^ comédie en trois actes et en prose ; Angers, Barrière,

864 CLAimi TTON.

4766, 10-12. Pour avoir élé profcsseur au collège de Château -Gontier, cet écrivain nest pas peut-èfre Dé dans le Maine (1).

YVON (Claude).

M. Weiss (2) et, après lui, M. Quérard (3), foitf oat- Ire en Normandie l'abbé Claude YVON ; il naquit sur les frontières de la Normandie, mais dans le Maine, à Mamers, le 45 avril 47i4 (4). On ne oonnati rien sur les premières années de sa vie ; tout ce que nous apprenons à cet égard, c'est qu'après avoir reçu les ordres, il quitta sa province pour aller habiter Paris où il vécu! assez misérablement. Exerçatt-il à quelque litre le ministère pastoral? On ne le suppose pas : il avait des écoliers qu*il préparait à subir les examens de la Sorbonne, et composait quelques écrits anonymes. C*élail, pour associer deux termes qui nesacoordent guères, an abbé philosophe.

Il y a des obligations d'état, nous le reconnaissons : lorsqu'on s'en écarte, il faut agir avec réserve, eo respectant les convenances sociales; nous l'accordons volontiers. Mais parce qu'on a laissé mettre des entraves à

(1) C*est ici roccasion d'expliquer en deux mots pourquoi nous D*avou8 pas, après M. Desportes, iuscril ma nomhrt des doclenr* maoceaui un rorlain Gabriel Martin, qui fut tour i tour prot<nUii( el catholique et ût plusieurs ouvrages de controverse. Ce Gabnd Martin habita lonKtenips le Maine, mais il nous apprend IttiHnèiBc qtt*il était né dans latCefennes.

(S) Biographie universelie.

(S) Bibiiographie de la France

(4) Renouard, Essais histotiquei, tom. il, pag. 196; M. portes, BibliograpKit du Maine.

CLAUDB YVON. 365

sa liberlé par des engagements téméraires, ne sera-l-on jamais admis à déclarer qu*on ne peut s'accoutumer à la servitude? Que cette déclaralion soil faite en des vues désintéressées, sans véhémence, sans éclat, et presque toujours elle sera bien accueillie. C*esl un crime que de marcher à la fortune par Vapostasie : c^est une action blâmable que d*afficher partout une conversion sincère, en prodiguant Toffense aux-gens que Ion a quittés. Hais un juge équitable sera toujours plein d*égard8 pour les variations d'une conscience honnête et modeste. Disons maintenant que labbé Yvon eut cette modestie, et que, pour s'être compromis avec les philosophes, il ne donna dans aucun emporteme^nl. Il n'est pas resté disciple soumis de la Sorbonne: tela.pst vrai. Considère- t-on les décrets de la Sorbonne comme les r^les élernellea de l'orthodoxie? Eh bieni qu'on blême Claude Yvon d'avoir enfreint ces règles. Cependant il n'est pas nécessaire, pour formuler ce blême, d*élever la voix et de prendre les airs farouches que nous voyons à l'abbé Renouard (4) • 1^ nature du délit ne provoque pas d'aussi terribles aoalhêmes.

U les aurait mérités, peut-être, s'il était, comme on l'a supposé, l'auteur de l'écrit suivant: L Asiatique toléranL Traité à l* usage de Zeokinizul^ roi des Kofirans (I^uis XV, roi des Français], par M. de.,.; Paris, Durand (4748), in-8*. C'est à la fois une apologie de l'édit de Nantes, un traité sur la tolérance, un recueil d1nvectives contre la cour de Rome, et une déclamation vigoureuse contre la prétendue souveraineté des rois. Assurément, il y a, dans ce livre, de bonnes pages,

(I) Esêais historiqwêfiom, ii^pag. 194.

S06 CLAtniB YV09.

mais il est écrit sar bd loo qui ne oonvienl pas è on prêtre. Jff. Barbier le donne à Grébilkm fils^ el eetle allribation nous paraît mieux fondée. Il ii*esl œrtatnement pas de Tabbé Yvon, qui n*a jamais eu la plane m légère, et qui, d'ailleurs, a oombatlo plusieurs opiiHoos du libellisle anonyme.

Il fit ses premières armes dans VBncyclùpédie, oè il rédigea les articles Ame, Athée, Dku et quelques autres. Ces articles contiennent'^ils quelque hérésie? On n « signale pas. Mais , les preuves que Tauteur y doDOe co faveur de rime el de Dieu, sont, en général , des pmves naturelles, c'est-à*dire philosophiques. Pdurqooi l'Ëglise s'en serait-elle alarmée ? Si Ton arrive i ses conclusions en prenant un cfiemin qu*elle n*a pas rbabitude de fréquenter, elle doit s'en applaudir. Cesl on argument do plus contre les conclusions opposées. Hais, TEglise tient è sa méthode. Puisqu'elle ne professe pa^ sur les vérités fondamentales , d'autres opinions que la plupart des philosophes , sa doctrine ne sera plus, dès qu'elle aura sacrifié sa méthode, qu'une doctrine philosophique. Aussi, lui conseille-t-on de faire œ sacrifice? elle se révolte , et ne prononce pas des paroles rooios acerbes contre les rationalistes que contre les impies. Yvon était un rationaliste.

On ne l'aurait peut-être pas inquiété pour cela, sans un événement dont nous devons rendre compte. Un des plus jeunes rédacteurs de V Encyclopédie, I abbé de Prades, sollicitait les Insignes du doctorat. Sa thèse, lue tour à tour par le président de l'examen, par le syndic, par les trois censeurs, avait reçu leur approbation. H, rayant fait imprimer, le postulant l'avait soutenue, développée, commentée en pleine Sorbonoe, devant cinq

docteurs de la Faculté , sanii oflenser aucune oreille. Tout-è-eoup quelqu'un s'écria que cette thèse approuvée dans toutes les formes n'était qu'on amas de Mas* phèmes, et celte dénonciation fut vivement appuyée par plusieurs théologiens en renom. Bile niait les idées innées ; elle enseignait que la notion du juste et de Tinjuste est elle-même une notion acquise, que la religion catholique mérite seule le titre de religion révélée, enfin que les faits historiques ne commandent jamais la certitude avec autant d'autorité que les preuves morales. Abominables sentences I Nous prendrions l'engagement de les trouver toutes dans les écrits les plus authentiques de saint Thomas. Mais, aussilôt qu'elles furent signalées & mettre Tamponnet, ex -syndic de la Faculté, il en frémit d'horreur, et sur-le-champ la Sorbonneémue s assembla pour délibérer sur la peine qu'avait méritée le criminel auteur de ces impiétés. Il prit la fuite, et courut chercher un asile en Hollande. Dès qu'il eut passé la frontière, on se demanda comment la semence de l'ivraie avait pu jeter de si profondes racines dans Tinlelltgence d'un bachelier, et l'on ne voulut pas croire à une perversité si précoce. On attribua d'alM>rd à Diderot la thèse de l'abbé de Prades : on la mit ensuite au compte de l'abbé Yvon.

C'est ce qu'ont répété tous les bilrfiographes, sur le témoignage de Naigeon (4 ). Palissot, qui était un des amis d*Yvon, déclare expressément que cette imputation est chimérique. C'est Palissot qu'il faut croire. Nous le croyons, parce qu'au lieu de trouver, dans les écrits d'Yvon, les propositions censurées sous le nom de l'abbé

(i) Vie de Diderot, loin. I, pag. 60.

808 CLAUOB YVOIf,

de Prades» nous y voyons les propositioDS ooDlraireft. Bd philosophie, Tabbé de Prades était ud disciple de Locke ; Yvoo oe recoonatt pas d'autre mattre que Descaries. L*abbé de Prades reproduisant, en politique, la doctrine de Bossuet, disait que les deui pouvoirs doiveni en toute occasion se prêter une mutuelle assistance : l'opinion constamment défendue par daiide Yvon est que les deux pouvoirs, indépendants Tun de l'autre, ne peuvent combiner leurs forces que dans l'intérêt d'une criminelle tyrannie. On le voit, eeUe contrariété d'opinion porte sur les points les plus importants. Cependant les rumeurs qui partagsaieoi la responsabilité du crime prirent assez dc'consistattoe pour intimider l'abbé Yvon. Une lettre de cachet allait confirmer les propos de ses accusateurs, lorsqu'il se rendit en Hollande, terre d'exil do tous les libres penseurs.

Il y demeura, dit-on, dix années. On veut qu'il ail rédigé la première H la seconde Apologie de Fabbé ds Frades, qui parurent à Amsterdam en 1751. C'est encore là, suivant nous, une attribution erronée. Ces factums difTus sont d'un accusé qui défend sa propre cause avec peu de dignité : un tiers intervenant a toujours plus d^assuranoe. Nous y retrouvons, d'aUleors, le style embarrassé des lettres écrites par l'abbé de Prades, et non celui des écrits authentiques de Claude Yvon.

Mais on le regarde à bon droit comme l'auteur d'un livre beaucoup plus sérieux et beaucoup plus original, sous le double rapport du fond et de la forme, qui parut à Londres, en 4764, in-8% sous le titre de: Liberté de Omicience resserrée dans des borna légitimes; eo

GLAtTDB TVOR. 369

trots parties. Puisque ce livre était déjà rare il y a quarante ans (4), nous devons en faire connaître l'esprit.

L'auteur s*exprime ainsi dans une préfiace : « Le but que je me propose dans cet ouvrage, c'est de faire voir que l'intolérance ecclésiastique est nécessairement dans la constitution de la religion chrétienne, que c'est en cela que consiste sa perfection, ce qui la caractérise principalement. Ici j'aurai à combattre cette foule de tolérants qui livrent indignement le christianisme à ses plus cruels ennemis. Mais on se tromperait fort, si Ton s'imaginait que cette intolérance ecclésiastique dût entrahier après elle l'intolérance civile. Donnons-nous bien garde de les réunir. Il est aussi expressément ordonné à la société civile d'être tolérante eu matière de religion, qu'il l'est à la société religieuse d'être sur ce point intolérante. L'union de la tolérance civile avec l'intolérance ecclésiastique peut seule maintenir ces deux sociétés, et les faire concourir au bonheur de l'homme, pour qui elles sont établies. » Ces phrases nous offrent en résumé tout l'ouvrage de Claude Y von, et, bien qu'elles semblent contenir un paralogisme, elles expriment en des termes irréprochables de très sages conclusions.

Toutes les religions doivent être intolérantes: et comment ne le seraient- elles pas? Pour ceux qui professent telle ou telle croyance religieuse, cette croyance, promulguée sous la garantie d'une révélation divine, est la vé rite parfaite, et la vérité ne peut entrer en accommodement avec ce qui diflTèra d'elle; car ce qui diffère d'ellci

(^) Renouard, Esêaiê hist<»r.f tom. u, pag. 197.

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