‹ Histoire littéraire du MaineChapitre 3 sur 30 · AVES6AUD · texte numérisé non relu

AVES6AUD

Nous n*avoo8 pas d'autres reoseigoemenls sur A ves* gaud que ceux qui ooussont fournis par Y Histoire Littéraire de la France (4 ). Né d*uDe famille puissante dans le Maine (on suppose que c'est la famille de Bellesme), Ave^gaud fui d'abord moine de la Couture; puis, en 4 061 , abbé de ce monastère. Il le gouverna jusqu en 4079, et celte date est vraisemblablement celle de samort . On ne connaît de loi qu*une lettre, publiée par Baluze dans le tome quatrième de ses M iscel lunées, pag. 177, 47S. Elle est adressée à un moine du Bec, déjà célèbre par sa doctrine^ qui doit occuper plus lard le premier siège de TEglise d'Angleterre, pour être inscrit, après sa mort, au nombre des saiuls et au nombre des philosophes; titres rarement associés. Nous voulons parler d*Anselme de Cantorbéry. L.a réponse d'Anselme se trouve dans ses OEuvres (i). Avcsgaud Tavait prié de vouloir bien faire réducation d'un de ses neveux : Anselme s excuse de ne pouvoir lui rendre cj service. Le ton de ces deux lettres autorise à croire qu'il exisiait entre le moine du Bec et celui de la Couture un lien d'étroite amitié.

HENNIER (PiKRBR).

PiBaasHBNNIBR, n&h Laval, fut chanoine de l'église du Mans et curé de Saint -Pierre-la -Cour, et mourut

(1) Tom. Tiii, p. 76.

(t) Epéitolir. Ub. i, «put 16.

bn 451Ô. Il n*a rieo écrit, mais il a rendu son nom célèbre daoâ les annales du diocèse, en donnant une édition du Missale ÙenomaneMe, Elle parut à Rouen, en 4 489, in-folio, sous ce litre : Missale Cenomanenset fidditer ac diligenteremendatumy secundumusum modemum Ecclesiœ Cenomanensis, per me Guillelmuni le Tailleur, RoUiomagi commemorantem, ad tnstanliam Pétri Bmnier , tjtudem ecclesiœ Cenamanensis canmici, rectorisque parochialis ecclesiœ Sancti Pétri de Curia. Hain n'a pas connu celte première édition du Missel du Mans. Quelques imperfections ayant été signalées dans son travail, Pierre Hennier s adjoignit plusieurs théologiens, et ils préparèrent ensemble une seconde édition : Missalia ad tASum Ecclesiœ Cenomanensis, de novo per Petrum Hennier ^ cum oonsilio ei auxilio plurimorum etiam dodorum fideliter emendata ; Parisiis, JohannesHygman, 4 i9é, in-fol. Cette seconde édition fut réimprimée à Rouen, 4603, în-8, ei 4504. in-fol. ;à Paris, 4547, in-fol. ; 4 620, in«8; 4 530, 4544, in-8; au Mans, 4 646, in fol. ;à Paris, 4548, in-8 ; 4 559, in- fol. On doit encore à Pierre Hennier: Manuale ad t$sum Ecclesiœ Cemmanensis ; Rolhomagi, Horin, 4 501 . Il revit, en outre, le Rituel imprimé en 4 490 et le Bréviaire. On nous laisse ignorer à quelle époque le Bréviaire parut pour la première fois. Il fut imprimé de nouveau en 4543.

MESLAY (Andrï),

Andbé MESLAY est né Laval. La Croix du Maine a bit mention de lui dans cette notice: « 11 a escrit plusieurs IV. 4

50 PllkBB PÏNÇONNBltj.

poëmes françois, saienlcaoUquesoanoels, traducUod de poètes, soDneU de son invenlion, desquels il y en a quel* ques ODS iroprinies. » Bu quelle aonée, en quel lieu, ces poèmes ont-ils vu le jour? La Croix du Maine ne le dit pas, et tous les autres bibliographes se taisent sur cet écrivain. Ses œuvres nous sont restées tout-è-fait inconnues.

Il est bien regrettable que la plupart des noèls composés au xvi* siècle soient aujourd'hui perdus. Les monuments de cette littérature qui nous ont été conservés, ne peuvent pas moins servir à t*histoire des mœurs qu'à l'histoire des lettres populaires. On y décrit , en effet, des lieux, des costumes, des usages, des cérémonies modernes, comme sur ces vélins coloriés où les personnages les plus authentiques de TAncien Testament sont représentés avec l'accoutrement des moines, des princes ou des capitaines du moyen-âge. Les anciens libraires du Mans ont publié beaucoup de ces noëls, au témoignage de La Croix du Maine, et nous croyons volontiers que c'était, au xvi* siècle, un des principaux articles de leur commerce. Mais que sont devenus ces recueils ? On ne les rencontre ni sur les rayons de la Bibliothèque du Mans, ni sur ceux de la Bibliothèque Nationale.

PINÇONNEAU (PiEBBB).

PitBBt PINÇONNBAU. sieur de la Brochardière, né i Laval, 61s du lieutenant de cette ville. La Croix do

f^AAMÇOIfl GBARTIBA. 51

Maine parle de lui en ces termes : « Il a escrit plusieurs poésies françoises, non encores mises en lumière et entre autres soixante -quatre sonnets et plusieurs odes, élégies, stances, chansons et autres genres de poësie françoise, lesquels se voient escrils à la main au cabinet de madame de Polligny, près Laval, surnommée de Beaumanoir, jsœur de H. de Lavardin au Maine, à laquelle dame il les a dédiez en Tan \ 679. H florisl en son pays de Laval cette année 1684. » Les poésies de P. Pinçon neau sont restées dans le cabinet do madame de Polligny, et ne méritaient peut-être pas d*en sortir. Qui les possède aijgourd*hui ? Nous Tignorons.

GIRARD (Jean).

Nous lisons dans la Bibliothèque de La Croix du Maine : « Jean GIRARD, sicqr de Colombiers, conseiller du roy au siège présidial etséneschausséedu Maine, homme bien docte en grec et latin. Il a escrit plusieurs choses tant en latin qu'en françois, sur plusieurs différenls subgects, lesquels il n*a encores fait imprimer. Il floristau Mans, cette année 4684, âgé d'environ 40 ans. » C*est une notice que nous ne saurions compléter. Il faut encore ici se contenter du renseignement fourni par La Croix du Maine.

CHARTIER (François).

Od lit dans la même Bibliothèqtie : « François CHAR- TIER, sieur de la Mahotière, conseiller du roy.au siège

&2 lÂOQt'BS GBKSFfOU.

présidial du MdDâ. Il a escrit en latin et depuis traduit en françois un livre de TOrigine et Conférence des magistrats romains avec ceux de France. Il ne les a encores faicl imprimer. Il florist au Bfans cette année 4 58 1 . n Nous n'avons rien négligé pour avoir sur ces obscurs écrivains quelques renseignements nouveaux : mais ils n^oni été connus que de La Croix du Maine, et leurs omivres, vraisemblablement peu regrettables, ont été confondues par le temps avec bien d'autres ruines.

RONSSIN (François de).

Nous n'avons «oeore sur cet écrivain d*autres renseignements qu'une courte notice de La Croix du Maine : « FaANçois DE RONSSIN, sieur du Plessis-Ronssin, gentilhomme du Maine, l'un des plus excellents joueurs de luth de France, voire de toulo TEurope, grand musicien, philosophe naturel et poêle françois, comme il se voit en quelques sonnets de sa façon, lesquels il n a encores mis en lumière. U florist à Paris celle année 4 584. s

GRIGNON (Jacqiks).

Terminons cotte série de jurisconsultes, de poêles, d'historiens tombés dans loubli, et sur l6â<|uels nous désespérons enGn de jamais obtenir aucun autre renseignement. Nous lisons dans la Bibliothèque françoiie de La Croix du Maine: « JAcoras GRIGNON, liaardala

6UILL4D1IB GOBFFSTBAC. fS

Corbonniére, natif de la ville du Mans, advocal au Parlement de Paris, homme docte en grec, poëte latin el françois. Il a composé plusieurs poësies en nostre langue, non enoores imprimées. Il florisl à Paris, cette année 4584. »

COEFFETEAU (Guillaume.)

Gomme son illustre frère, Nicolas Coëffeteau (4), Guillaume est né à Cbâteau-du-Loir, ou près de ChAteau-du- Loir, h Saint-Calais. Son biographe, qui était son nevea, Jacques Hallier (2], désigne le lieu de sa naissance par ces mots équivoques : « Apud Castrum ad Lœdum. » Nous avons dit que, pour ce qui regarde les Coëffeteau, on a coutume d'interpréter ces mots par Saint-Calais. Guillaume vint au jour au mois de février de Fannée 4589. Son frère, alors Agé de 45 ans, avait depuis une année fait profession de suivre la régie de saint Dominique, el venait de partir pour Paris où ses supé* rieurs renvoyaient achever ses humanités. Aussitôt que GuillaumeCoëffeteaueul lui-même atteint l'Age des fortes études, il vint dans cette ville suivre les cours publics de philosophie et de théologie. La renommée précoce de son frère lui rendait toutes les voies faciles; il ne rechercha qu'une existence modeste, avec de laborieux loisirs. La cure de Bagnolet, près de Paris, ayant perdu son pasteur, le cardinal Du Perron, patron de cette cure, la lui offrit et il l'accepta. Ce n'était pas, assurément,

(1) Eût. Utt, du Maine, tom. i, pi«. 7.

(S) llrid., tom. I, pag. 156.

64 GUILLAUm OOVPBTfiir.

poar négliger le petit troupeau qu*on lui donnait à gouverner; il s'en occupa conscîencieusemcnl, récita des sermons tous les dimanches, toutes les fêles, dans l*bunibie chaire du village, expliqua lui-même le catéchisme aux enfants, visita les vieillards, les infirmes, et leur distribua des aumônes supérieures aux produits de sa cure; mais ces soins divers lui laissèrent encore assez de liberté pour le travail.

C'est alors qu'il joignit une glose et des notes au poëme de Simon Nanquier, qui a pour titre : De lubrico iemporis curriculo. On donnait ce poëme à traduire aux jeunes humanistes : Guillaume Coëffeteau, en leur rendant ce travail plus facile, les initiait en même temps aux licences et aux subtilités de la langue poétique. Sa nouvelle édition de Nanquier parut en 1646, in-8*, à Paris, chez L. Boalenger. Bile est dédiée à Nicolas Coëf • feteau.

Celui-ci ayant été nommé, en 1621, évoque de Marseille, voulut avoir son frère pour coadjuteur. Hais il ne convenait pas à Guillaume de prendre le fardeau des affaires; il refusa la haute position qui lui était proposée, pour accepter une pension de deux mille livres qui lui fut accordée, avec le consentement du pape et du roi, sur Févéché de Marseille. Pour un homme qui voulait consacrer toute sa vie a l'élude, deux mille livres étaient on revenu suffisant. Guillaume quitta le presbytère de Bagnolet. On lui offrait une rente de trois cents livres comme prix de sa résignation; il n*en voulut point : n'a* vait-il pas déjà une assez grande existence^ Mais la protection de son frère devait bientôt lui manquer. Nicolas Coëffeteau étant mort en 4623, Guillaume se retira au collège de Bayenx.

GOIIXAUIIB GOBVFSTBAUt S5

Celle retraite dura trente- sept années. H vivait avec la plus grande frugalité, ne prenant qu*un repas par jour, supportant à peine quelques tisons dans son foyer durant les plus froides veillées de Thiver, et donnant aux pauvres tout le produit de ses économies. C'était un homme grave, qui riait rarement, n'offensait jamais per« sonne par des questions ou des censures indiscrètes. Sa manière de vivre n'était pas celle d*un clerc séculier, mais celle d'un moine, d'un moine fidèle observateur de sa règle. 11 y trouvait de grandes commodités pour satisfaire la plus vive de ses passions, le travail (I).

En 1^43, il publia : Cimipendiosa fotjnandœ oralionis conciofusque ratio; Paris, R. Sara, in-s*. C'est un petit recueil de préceptes à l'usage des jeunes prédicateurs. Prœpara, propotie, proba, amplifica, condude : voilà, suivant l'auteur, les cinq règles qu'il faut suivre pour composer un bon sermon : il ne les développe pas, il est vrai, d'une manière suffisante, mais il en fait, du moins, comprendre l'importance par quelques explications. Ces explications sont une série d'aphorismes énoncés en de bons termes.

Les ouvrages de Guillaume Coëffeteau sont plutôt, il le déclare lui-même, des compilations que des traités originaux; mais ce sont des compilations faites avec le plus grand soin, qui attestent de sérieuses études. Sa manière consiste à prendre successivement tous les mots d'un texte, à les interpréter, et à renvoyer, pour de plus amples détails à divers passages d'auteurs anciens et modernes. C'est dans ces renvois que Guillaume Coëffeteau fait briller son érudition. On n'en avait encore eu qu'un

(i) J. HalUer, in Tîta Guill. Goeflëtean, FlwriUgio pne^za.

W anuAVin oovfctbao.

médiocre témoignage daes ses gloses sur Nanquier : on put mieux l'apprécier dans le commentaire beaucoup élendu qu'il joignit aux Dits moraux de Dionysios Calo : DyoHîtu Catonis de moribus libri IV dUigtnUr txpotiU al illustrati: Parisiis, 1648, in-S*. Ces seholies forment un ouvrage considérable. Guillaume a mis è contribution tous les philosophes, et les vers de Dionysius Calo n'ont été pour lui que la matière d'une sorte de lexique moral. On estime trop peu de nos jours ces diefiHi*œuvra de patience : au xti* et même au xfn* siècle, on les es* limait trop.

Dans les dernières années de sa vie. Guillaume Coëffeteau chercha, pour y mourir en paix et sans entendre aucun des bruits du dehors, une retraite encore plus tranquille que le collège de Bayeux. Son neveu, Jacques Ballier, lui fit accorder celle hospiialiié dans la maison dominicaine de la rue Saint- Honoré. Il mourut en 4660, âgé de soixante-treize ans, et fut enterré dans la chapelle de cette maison, devant le grand-autel.

Après sa mort, Jacques Hallier fit un recueil de ces oeuvres imprimées ou inédites et le publia sous ce titre : GuilMmi CoëfTeleau, Cen(nnanensis, prttb^ttri, theologi, PloHlegium; Luteties Paristorum, Seb Crarooisy, 4667, tn-4*. Outre les ouvrages que nous avons mentionnés, ce recueil contient une Exposition littérale et Mystiqm wr un certain nombre des Ptaumes de David, sur le Cantique qui porte le nom d'Anne, mère de Sdmuel, sur les Cantiques de la Vierge, de Zacharie et de Simèon, wr la Prophétie de Jouas, sur les Epitres canoiiiques de aaint Jacques, de saint Jude et la première de saint Jean, et sur les Hymnes du bréviaire romain. Dans la table que Jacques Hallier a dressée des couvres de Guil-

Sfl

borne CoCffisteto, il noos «▼eiiit qu'il a noté d'oD astérisque tous ceux de ces opiiscules qui étaient encore inédite en 4667. A ce oomple, Goillaùme CoefletMo eot loi-mème d^è poMié qoelques-ones des ExposUicm oo EluddaUom sur l'Bcrilore-Sainte, qui se retrouvent dans le recueil de Jacques Hallîer. Mais ces éditions nous sont inconnues.

COBON (Ahthtme-Denis).

INvers chemins, dil-on, conduisent à la gloire : il n*y en a pas moins qui conduisent à la fortune; mais les plus directs sont le talent et l'iolrigue. Ahthtmb-Dbiiis COHON les fréquenta Ton et 1 autre : il ne pouvait donc manquer le but.

On s*accorde à lui donner comme lieu natal la ville de Craon en Anjou, distraite, en 4 804 , du diocèse d'Angers pour être réunie au nouveau diocèse du Mans; mais on n*a pas la même cerlitude sur la date de sa naissance. M. Desportes se prononce pour le mois de septembre de raonée 4594 (4], et le DicUormaire de Moréri porte le même mois de ranoée 4595. C*est entre ces dates qu il faut choisiri sans discuter celle de 4549, que donne la Biographie universelle. Terreur ici commise n*élant imputable qn*à rinadvertance d*un typographe. Dans une de ses lettres au chancelier Séguier, écrite le i9 octobre 4664, Cohon parle avec douleur de son grand âge, et faisant le compte de ses années, il arrive au chiffre

(1) 9iUiogr. eu Marne.

S8 AHTHTMB-DBHtt COHOH.

de 8oiiaDl6-dix (i). Il est doDC né, comme le dit bien M. Desporles, en 4 594. Son père, qui fabriquait ou vendait des chandelles, ne songeait pas i lui donner une autre profession que la sienne; mais le jeune Denis, se sentant appelé vers une plus noble carrière, quitta résoloment la boutique paternelle, et courut se jeter dans les bras d*un de ses oncles, chanoine de la oathétirale du Mans {%). Celui-ci lenvoya faire ses études au col- 1^ d'Angers. Ses humanités achevées, Cohon se demanda sur quelle scène il devait se produire, et se sentit plus de vocation pour le barreau que pour tout le reste. Il changea bientAt d'avis, et préféra rBgHso au Parlement, le surplis du prédicateur à la robe de Ta vocat. C'est alors qu'il vint à Paris prendre ses grades en théologie. Nous avons sous les yeux un curieux monument de ses études: ce sont des extraits des oraisons funèbres faites sur la mort d'Henri IV, de Vintroductim à la vie dévote et de plusieurs ouvrages mystiques (3). Ce recueil est de l'année 46t3. Cohon avait alors dix-neuf ans. Nous voyons Ik quels étaient, k cette époque de sa vie, les goûts littéraires de Cohon; il aimait le trait, l'anthithése et l'emphasoi les mots précieux, les périodes cadencées, et s'inquiétait peu du reste. Ses débuts dans la chaire ne furent pas heureux. Ils furent troublés par un accident assez ordinaire, que les prédicateurs doivent toujours prévoir, et contre lequel ils ne sauraient prendre trop de précautions. Cohon prêchait dans l'église de

(t) MSS. de 11 BibUolh. Nat. Fonds de Saint-Gemitiii, n« 709, lom. xssix.

(t) Diction, de Moréri.

(8) MSS. fraïKAis de la BibUoth. Nat., ancien fonds, n« 7171 (3).

ANTann-Diiiift comon.

Moiilinarlre, et débitait sur le ton le pins soleonel les plus pompeuses tirades : tout h coup sa voix s'altère, il balbutie des mots sans suite, puis se lait et descend de la chaire, iaissaut ses auditeurs étonnés, inquiets, et cou* rani cacher dans quelque retraite son dépit et sa conftisioD. Il avait été trahi par sa mémoire. A quelque temps de là, il prétendit réparer cet échec« et reparut en ohaire. On trouva ce nouveau sermon « solide en luimême et bien débité (4), » et ce succès fit oublier sa mésaventure.

Bientôt il ne recueillit plus que des applaudissements, et on le vit disputer la palme aux maîtres de la chaire dans les principales églises de Paris. Cette audace plut dans un jeune homme, et comme son talent n*était pas dépourvu d'originalité, il trouva des zélateurs passionnés qui allèrent prônant partout ses mérites : une éloculion brillante et onctueuse; une^ble tenue; un style correct et dégagé des frivoles ornements de l'érudition pédantesque (2). La foule accourut à ses sermons. Un jour qu'il prêchait dans une église de Paris, il s'assembla tant de voitures aux environs de cette église, que les cochers du cardinal de Richelieu ne purent fendre la presse et furent contraints de détourner leurs chevaux. Cet événement fit du bruit. Richelieu voulut connaître un homme qui jouissait d'une aussi grande faveur et le manda près de lui. Celui-ci ne manqua pas de se rendre à cette Invitation, et, dès l'abord, saluant le cardinal : « J'ai donc été, lui dit-il, plus puissant que l'Allemagne et que l'Espagne réunies, puisqu'en arrêtant votre Éminence, j'ai

(1) DiWton. de Moréri, (S) Ibid,

M AimiTiii'Mint ooacMi.

pu tSura 06 qu'elles ont tenté vaioemeDi. » On trouva eelle flatterie délioate; elle D*était qu effronté. Elle plut, dil-on, au cardinal; il admil Coboa dans le troupeau de ses bœiliers, et se promil bien de le pourvoir avanta* geusemeni à la plus prochaine vacance.

Par la résignation de son oncle, Cohon avail obtenu sa prébende; il était devenu chanoine du Mans, ai oooune il savait bien tirer profit des circonstances, il s'était bit donner, dans la suite, le prieuré de Sainl-Louan, Tabbayedu Tronchet, au diocèse de Dol, celle de Floran, au diocéied*Auch, de Saint-Léger, au diocèse de Saintes, el de Beaulieu, au diocèse du Mans. Il n'était donc pas d^à trop mal doté. Mais Richelieu et son frère, le car* dinal Alphonse, archevêque de Lyon, qui Tavaient pris en égale amitié, le destinaient k répiscopal. Sur osa entrefailes, une amnistie, ou, pour employer le langage du temps, une abolition génér^ fut aooordée par le roi à tous ses sqjets du Languedoc et des pays voisins qui avaient suivi le parti du duc d'Orléans : forent exceptés de cette amnistie les évèques d'AIbi, de l^éve, d'Usex, d*Alet et de Saini-Pons. qui furent appelés à rendre compte de leurs actes devant les tribunaux compétents, et révéque de Nismes, Claude du Cay lar-de-Saint-Bonoeide-Toiras, qui, jugé moins coupable, obtint loubli de sa foute au prix do sa démission (t ). L'évéché de Nismes se trouvait donc vacant. Le cardinal y fit appeler son can* didat, son favorL Nommé à l'évéché de Nismes le 1 9 novembre 4633, Cohon prêcha le lendemain devant la oour, et bit désormais mis au nombre des sermonnairea les plus renommés. Il reçut ses provisions de Rome le

(1) Butoin du tÀmguedae^ ptr Dom V«i»c(l«, ton. t.

AlITâYMS-OBIIIS CXNNm. 6l

24 juillet 4634; mais il ne se pressa pas d'aller occuper le posie di£Boile auquel Tavaii appelé la confiance du ministre dirigeant. S*étant bit saerér à Parts, le 30 oètobre, dans la chapelle du palais archiépiscopal, par Jau* bert de Barrant, archevêque d'Arles, assisté de Gaspard de Daillon et de Nicolas Grillé, évéques d* AIbi et de Ba* zas, il ne se rendit à Nismes que le S4 juillet de l'année suivante.

Il allait se trouver en présence de grands embarras. Retranchés derrières les franchises qui leur avaient été garanties par Tédit de Nantes, les protestants dn Languedoc avaient peu à peu rétabli leurs affaires. Depuis ranoée 46^4, ils étaient à Nismes le parti dominant. Après avoir idiiassé de la ville tous les religieux^ ils avaient prétendu consacrer la perpétuité de leur établis* sèment en démolissant la cathédrale. Les pràdéoesseurs de Gobon n'exerçaient guères dans celle ville que les fonctions d'évéques inpartilms. La politique du cardinal était peu libérale-, il s accommodait mal de l'esprit d'indépendance que les protestants roanifestaient en toute occasion : ceux-ci ne professaient pas, de leur côté, une bien vive affection pour le cardinal. Un évèque de son choix et qui passait pour un des instruments les plus dociles de sa poUlique, ne pouvait donc recevoir à Nismes an très favorable accueil. Suspect dès l'abord, Cohon fut bientôt considéré comme ennemi. En 4636, il était député par la province de Narbonne à l'assemblée gé** nérale du clergé, et il obtenait un arrêt du conseil qui lui donnait entrée dans les assemblées de l'hôtel-de* ville, mi-partie:» de proteslaniset de catholiques; en 4617, il assistait aux Etals de Béeiers, et de là se rendait à Paris, accompagné dn comte d'Aubijoux, de deux consuls de

6S AXTBTm-Dnns oohoh.

Ntsmes el d*an syndic, pour présenter ot commenter devant le roi un cahier de doléances. De retour dans son diocèse» il ne soccopa plus que de guerroyer contre les hérétiques. Ils avaient sur lui Tavantage du nombre; mais, de son c6(é, n*avait-il pas Tautorité d*uno hante foDctioD, avec Tappui du cardinal et du roi, et ne pou* vait-il pas, d'ailleurs, placer quelque confiance dans les ressources de son esprit alerte, entreprenant et peu scni* paleui? Avec les uns, il se montra prodigue, épuisant letrésordeson église et le sien, pour soumettre les consciences vénales; sur les autres, il essaya d'autres moyens de séduction, écrivant au cardinal, au chancelier, lettres sur lettres, pour leur recommander des gentilshommes dignes de quelque emploi, des plaideurs inquiets sur risBoe d'une procédure, et faire valoir de toute manière les boos offices qu'avaient pu lui rendre quelques zélés entremetteurs; avec le peuple, il n*eul recours qu'à son éloquence, parcourant les campagnes comme un mis* sionnaire, provoquant les ministres de la religion réformée à de solennelles controverses, et opérant en tous lieux quelques conversions sincèri^'s ou feintes.

Dès qu'il se vil mieux affermi, il ne craignit pas d'introduire les questions les plus délicates, les plus irritantes, et d'en poursuivre la solution avec la plus âpre énergie. Les protestants avaient détruit la cathédrale et le palais épiscopal s'en allait en ruines : il entreprit de les faire contribuer au rétablissement de ces deux édifices. Dans ce dessein, il proposa de lever sur tous les habitants du diocèse do Ntsmes, protestants ou catholiques, sans aucune distinction d'Eglise, une contribution de 4 00,000 livres, payable en quinze années consécu tives, et d'appliquer, sur celte somme, 80,000 livres i

.»iiTimai.DEins go>6r. ^

Isi ooitsinictkm d'une cathédrale, S0,000 IWres à la reslaaratioD de l'évèché. Uti tel projet devait provoquer deâ tempêtes. Cohotl n'avait pas été sans le prévoir : aussi, quand les munnures commencèrent, leur opposa-t-il Un visage tranquille. L'aflaire alla devant le conseil d*état, le conseil d'état rendit un arrêt conforme à la proposition de révéque de Nismes, et les protestants, après avoir témoigné la plus vive indignation, se résignèrent k payer.

Ce succès obtenu, Cohon en chercha d'autres. Les re« lîgîonnaires étaient consternés : il voulut profiter de cette drconstance pour tenler quelques réformes plus difficiles encore. Ils avaient chassé de la ville tous les religieux : Cohon rappela les Dominicains et les établit dans le diâteau de Nismes (4636); puis il fonda deux couvents de religieuses Ursulines. Au temps de leur domination» les protestants s'étaient emparés du collège, et y avaient établi des régents de leur communion : les catholiques étaient alors obligés d'envoyer leurs enfants au collège d'Avignon. Au mois de juillet 4633, un arrêt du conseil ordonna qu'à l'avenir les régents des collèges de Nismes, de Castres et de MontaulMin seraient, en nombre égal, catholiques et protestants. Mais cet arrêt avait causé de grands tumultes; lorsqu'on en avait demandé l'enre* l^strement à la chambre de l'édit de Castres, les voix s'étaient partagées, et le chancelier avait été obligé d'intervenir pour juger ce partage. Il s'était prononcé pour les catholiques, et aussitôt les Jésuites avaient été rap* pelés. Cohon les trouvait occupant la moitié des chaires du collège de Nismes. 11 prétendit leur attribuer celles qui avaient été réservées aux religionnaires. Pour donner aux choses leur véritable nom, c'était là de la tyran*

(U AltTBtllà^BlilU COBOH.

nie ; mais 1m proleslanls ayaol autrefois abusé dé leur puissanoa, od nete croyait pas leou dobservor siriolebeol à leur égard les régies de la justice. Cohon réussit èooore dans celte affaire : en «697, les Jésuites furent coosritués maîtres absolus du colline de Nisroes, et obtinrent, en outre, de la libéralité de Tévèque, le prieuré de Parignargues. En «639, le roi leur accorda la théologale de réglise cathédrale.

D'autres soins vinrent bientôt détourner Cohon de ses préoooppaBans relifpeuses et modérer Tardeur de son léle contre les protestants. En 4640, la peste fit de grands ravages dans la ville de Nismes. Le devoir de Tévéqne éUit de visiter les malades, de les seooorir et de les consoler I Devoir périlleux, qu on hésite toujours à remplir. Cohon donna Texemple du courage : par sa présence d'esprit et la résolution de son caractère, il parvint i dominer le fléau. Pour le réoompenser, le roi le DooMBa, rannée suivante, conseiller au parlement de Toulouse, et hri fit don de Tabbaye de Saint GMIes.

L*asBemblée générale du clergé étant convoquée dans la ville de Mantes, Cohon s*y rendit. Il y eut de vifs démêlés, auxquels il prit part, et au sujet desquels il écrivit une lettre qui se trouve manuscrite dans plusieurs recueils . Lettre de M. Cohon, étsesqm de Nismes, à M. le cardmd de Lyon (4). Elle est datée de Mantes, le 7 juin 4644. Nous ne croyons pas qu'elle ait été imprimée. L'année suivante, il perdit son protecteur, le cardinal Richelieu. C'était l'événement qu'il avait à redouter le plus. L'emportement de son zèle lui avait fait

(I) Bil>liotli. Ntl. Inpriuié». Voir k CaUlogue «le la JHri%pru'

AivTH y mi-'DnfB coiioff. 65

beauooiip d eniieiiiis dans là ville* de'Nîsmes r aux prdteslàlîoDS des religionnaires opprimés s'élaienl joinles les plainles des catholiques modérés, qui, saps regretter TancieD régime, n'étaient pas satisfaits qu'on eût inau-^ guré le nouveau par la violence et la persécution. Il s'était formé contre lui un parti redoutable, et, privé désormais de lappui de Richelieu, n'allait-il pas être acciis devant le nouveau ministre, et peut-être sacrifié potir apaiser les esprits? Cobon jugea qu'en de telles occurrences, il devait accourir à Paris, l'echercher le nouveau ministre, lui faire une cour assidue, éi se bien établir dans son esprit avant que les mécontents de Nismés eussent pris le temps de rédiger leurs remontrances. Mdzarin le recul comme uu homme auquel il devait demander des services. Ayant reconnu chez lui non seulement FétofTe d'un courtisan, mais encore celle d*un politique, il le prit au nombre de ses conseillers et le chargea de conduire plusieurs affaires. Il dut à cet il- ' lustre patronage, non moins qu'à son mérite reconnu, l'honneur de prononcer l'oraison funèbre de Louis Xllt, en réglisede Saint-Germain-l'Auxerrois, au mois d*août de Tannée 4643. On nous laisse ignorer si cette oraison funèbre a été conservée; nous ne la retrouvons pas.

Cohon avait bien prévu que l'avènement d'un nouveau ministère devait encourager la cabale qu'on avait depuis long' temps fomentée contre lui, et donner de l'audace et quelque confiance è la délation. Les mémoires accusateurs arrivèrent bientôt à Paris. On lui reprochait d*avoir scandalisé la ville de Nismes par les désordres de sa conduite, et tel éteit le nombre des maris outragés que leur voix formait une immense clameur. Nous lisons dans un méchant libelle qu'on ajoutait à ses délits contre IV. 5

to it!<lfftlniB-Mlll6 GOHOII.

les lOOMirs ud crime d*aiie autre nalore; on raociisaH d'avoir fabriqué de la fausse monnaie (l). Nous vwilons èroire cjue ce vébéroeDl réquisitoire conlenail autre cboae que des vérités: cependant Hazarin et Goiion lui même trouvèrent qu'il n'était guère possible de mépriser cette dénonciation et de n en pas tenir autre compte : le nombre et la qualité des plaignants et peut-être aussi la réalité trop bien constatée de quelques écarts ne per- 'mettaient pas à Cuhon de retourner à Nismes en ces circonstances. On lui offrit do permuter Tévèché de Nismes oonire celui de Dol, en Bretagne. Il y consentît; mais le pape ne voulut pas ratifier ce marché et refusa les bulles qui lui avaient été demandées. Dans le même temps, Robert Cupif. qui avait remplacé Bené de Bieux sur le siège de Saint-Pol-de-Léon, fut obligé de restituer ce siège au titulaire réintégré. Privé de son évéché, Rotiert Cupif possédait encore d*assez beaux bénéfices. Il les offrit à Cohon en échange de l'évAchéde Dol. Celte offre fut acceptée, et Cohon se relira dans son priearé de Saint-Loan. Il allait y chercher le repos, et attendre une meilleure fortune.

Mazarin ne l'avait pas oublié : après deux années pas* sées dans la retraite, Cohon fut rappelé par le cardinal. Il s'agissait de combattre une formidable faclion, de déjouer ses intrigues, de tendre d'autres pièges, et de conjurer de graves périls. Mazarin admit Cohon ifans sa familiarité et lui confia les plus importâmes négociations. Mais la faclion prit un instant la vanlage, et, ayant ameuté Paris contre le ministre étranger, elle le con-

(i ] Àdverhssem^nt lun eur Cohon ^ etc . , etc . , par h» cui ttrti dt t Ûniversi té de Paru.

iraigoH de prendre la fotle. Ses partisans n*eareDt plas qn'è suivre son exemple. Gohon était im dès plas signalés. Ge qui acheva de le compromettre, c'est que le^ Proodeors interceptèrent une de ses lettres an cardinal. Bile contenait ce qu'on appelait alors des secrets d'État, c'est-à-dire quelques détails sur diverses intrigues. On la publia, on en fit même deux éditions dans la même année, sous ce titre : Lettre mterceplée de M. Cohùn, c^-éevant écesque de Dol, contenant son intelligenee et sa cabale seeretteavec McLzarm; Paris, 1619, inl*. Signée des initiales C. E. D. D., elle porte la date suivante : Paris, 46 février 4649. C'est à l'occasion de cette pièce que fut publié le pamphlet suivant : Advertissement au iieur Cohon, évesque de Dol et de Fraude, par les cuistres de V Université de Paris; Paris, 4649, in- i*. C'est un recueil d'injures. On raconte sa vie entière; aux écarts on ajoute des crimes : il y a là beaucoup plus de calomnies que de médisances. Un autre pamphlet, publié dans le même temps, porte' ce titre : Nouvelle proposition faite par les bourgeois de la ville et faubourgs de Paris à MM. du Parlement, contre la lettre du sieur Cokon^ évesque de Dol; Paris, Jacquard, 4649, in-i*. C'est une déclamation, rédigée dans le même goAt que la précédente. Un biographe prétend qu'à la suite decette affaire, Gbhoo fut incarcéré (4]. Si ce renseignement est exact, il ne demeura pas long-temps en prison, puisqu'au mois de mars de l'année 4649, Mazarin reparut à la cour, exerça de nouveau la suprême influence, mit en déroute ses ennemis et rappela ses amis dispersés. Cohon ne fut pas un des derniers qui répondirent à cet appel.

;i) Biographie universelle.

6è iirfBTllB-DBlItt OMMNi.

Louis XIV aHaot à tionleaux, GohoD raccompagna dans oe voyage, et lui fit, au nom des babitanis de la ville, la harangue solennelle (4). Le roi, pour le récompenser, lui donna l'abbaye deFlaran. Son crédit lui suscila bien* lAi des envieux, et les lîbellistes du parti tombé dans la disgrAce recommencèrent k déclamer contre lui Nous avons un spécimen de leurs invecUves dans l'écrit qui ixNrte ce litre : AdverUtsement charitable à M. Cohon, évuqm de Ao/, en Bretagne, et de Fraude, en Guyame, in-4* (IS50]. Ce sont des vers français et des vers latinSi aussi médiocres, mais non moins iqjurieux les uns que les autres (2) :

Cependant Mazarin éprouva bienlàl d'autres revers. De nouveau chassé de Paris, Il fut de nouveau condamné JMir le parlement. C'est à celle occasion qu'on publia pour sa défense : Let ieniimenU d'un fidelle sujet du Roy fur Varresi du parlement dm vmgt-neufieifne décem^ bre 4664, in- 4*. Cohon a toujours passé pour l'auleur

(I) Voir la brochare qui a pour titre : Deitart de Irurt maje$Ut de la viilt de Bordeaux^ avec toutes les piirticuiar itet de ce ^i s*e$t passé en leur sejuar: 1650.

(t) Voici les français; ils sont relatifs i la harangue de Bordeaui :

Eteique endMvestré de Dol, de tromperie.

Des feintes de la cour, d'une humaine faveur, Des titres colores d'une \aine irrandeur, D'un phantosme d'tionncur qui sent la phréné>ie;

Pour roieui pereuader ta foUe phantaisie.

Tu fais parler Bonleaui, comme son procureur. Sans procuration, sans cbaiye et sans autheur, Blasmant sa procédure après une amniMie;

Bordeaux, qui t*a »uiTT jadis a^ec ardeur, De^oit-il maintenant cscouter ta fkirrur?

Tu te trompes, Cohon, en celte bypochiie

Que ta bouche a fait tou- opposée à ton csnr. Ea vain lu a* pr^be, fourtie prvdicateur.

Va preKhe-tciy tay-néiiie^t corrige ta rie.

AHTHTIfB-DSKifl COHOR.

de ce manifeste. Il est écril avec plus de vigaeur que de boa goAl : on y remarque, toutefois, une certaine ampleur de style qui n*est pas commune dans les Mazarinades; c'est un pamphlet qui tient beaucoup d'un sermon. Trois autres écrits du même genre sont attribués à Cohon. Nous en ferons du moins connaître les titres : A qui aime la vérité;— Lis et Fais;-' Pauvre peuple abuzé desUle tes yeux. Il est désigné comme Tauteur de ce dernier opuscule, dans uneHazarinade intitulée : Conseil nécessaire donné aux bourgeois de Paris, etc. , etc. ,4654. Cobon suivie dans toutes ses variations la fortune du cardinal Mazarin : il fût tour à tour puissant et proscrit comme lui. Il atteignit le degré suprême de la faveur, le jour où Louis XIV lui commanda d*occuper la chaire de l'église de Reims, durant la cérémonie de son sacre, le 7 juin 4654. Après cette cérémonie, le roi lui donna Fabbaye du Tronchet.

Il avait été remplacé sur le siège épiscopal de Nismes par Hector d'Ouvrier. Gelui-ci étant mort le 20 juin 4655, Cohon écrivit au cardinal Mazarin : « J'apprends que mon ancienne épouse est veuve: comme j'ai sur la conscience de l'avoir quittée, je viens prier votre Eminence de me procurer le moyen de retourner avec elle. » Ce style dégagé, ce ton leste et de belle humeur se trouve dans les épiires Caimilières de tous les prélats de cette époque. Elevés pour la plupart chez les Jésuites, ils avaient achevé leur éducation avec les pages, dans les antichambresdu Louvre ou du Palais-Mazarin, Cohon fut nommé pour la seconde fois évéque de Nismes dans les derniers mois de Tannée 4655. Mais comme il était fort lOal vu d^ la cour de I^ome, on )ui refusa long temps ses

TO AVraTm-DEHlS oobov.

bollesi et H ne les obtiot qu*eD 1657 Au mota de eeptembre de cette aanée, les députés de Nismes viorenl k sa rencootre jusqu'à Beaucaire. Us lui dirent que les querelles religieuses étaient enfin assoupies, et qu*îl allait trouver partout dans sou diocèse, la paix, l'ordre, le l)on accord 11 y fut à peine rentré qu*au88itôt les lu« multes recommencèrent, et qu*après des contestations orageuses au sein du conseil do ville et dans le parle* ment de Toulouse, on en vint aux mains dans les mes de Nismes Qui avait provoqué cette nouvelle tempAie? Toutes les voix dénoncèrent Tesprit arrogant, obstiné, les Intrigues et les violences de I evèque. Mazarîn fut obligé d'intervenir en personne, et de négocier an arrangement entre les partis exaspérés. Mais les passions, une fois soulevées, se calment bien lentement. Cohon fut de nouveau dénoncé. Les habitants et les consuls de Nismes demandaient un autre évéque; il n*aspirait, de son c6té, qu'après un changement de résidence, et, pour des root ib qui nous sont inconnus, cette mutation lui était obstiné* ment refusée, il écrivait au chancelier Seguierle 40 octobre 4662 : c J*ai prié M. de La Chambre de vous demander en ma faveur le sceau d'une évocation générale, qui découragera ceux qui me persécutent, en prenant avantage de mon esloignement. Vous iuy donnerez, Monseigneur, telles bornes qu'il vous plaira : quatre ou cinq années suffiront pour obtenir du roy le rappel de mon ban et rompre les chaînes qui m*attachent en ce païs (4). » Seguier, comme nous l'apprend Ballesdens,

(t) MSS. de la Bibl. Ntt. Stiat-Oemuin Pr. n* 709, tom. xxxr.

AHTBfHC^MKinS OOHOIf. 71

aimait les cajoleries. Cohon, qui savait par où le prendre, raccablail d adulatioDS et de complaisances {^) : \l ne réussissait pas mieux pour cela; la volonté du roi reDchalnait à Nismes. Pour s*en consoler, si faire se pouvait, il éleva des croix sur les places, restaura les églises, appela dans sa ville épiscopale et dota convenablement les religieuses de Saint-Joseph, les Annon* ciades, les Yisitandines, les sœurs de la Providence, établit un séminaire qu*il plaça sous la direction des PP. de la Doctrine Chrétienne, et rédigea pour son diocèse des Ordonnances Synodales^ qui furent publiées en 1670, in-S"".

Il mourut le 7 novembre de Tannée 4 670, et futiûhumé dans la cathédrale. L'évèque d'Orange fit la cérémonie de ses obsèques. Ses sermons et quelques autres écrits de sa main devinrent Thérilage de son neveu, prévôt de la cathédrale de Nismes. On a lieu de croire qu'ils sont perdus aujourd'hui.

(I) La lettre tuifante mérite d*être citée :

« IIONSBIGMBUB,

« Da débris de nos parfums ^ne les neiges de deux hifers ont fait mourir cruellement en leurs tiges et leurs semences, j*ai recueilli de quoy former quatre sachets pour vostre lict. Recefei-les, s*il TOUS plaist. Monseigneur, comme le supplément de vostrc rente constituée, ou, pour mieui dire, comme 1 exhalaison d*un cœur qui ne TOUS peut donner que de foibles encensements pour les eflhsions dn fOAtre, qui sont des grâces et des bienfaits solides, dont yous combles avec excès et sans mesure

« Vostre très humble, etc., etc.,

L ér. de NISMES.

€ A Nismes, le 19 d'avril 1666. »

Tl «ABuiL Munoir

GERBERON (Gabriel).

Gabbisl GERBERON a raconté l'hisloira de sa vie. G*esl un récit fail à In hâle, vif, passionné, auquel nous ferons plus d'un emprunl. Pour bien juger un homine, Il ne s*agit que de IVnlendre parler de lui-noème : il se révèle tout entier dans cette inili^crète confidence. Voici d*abord en quels termes Gerberon nous parle de sa jeunesse, de ses premiers travaux, de ses premières éprea« ves:

« Je suis né et ai été baptisé par la miséricorde de Dieu, en la ville de Saint-Calais, Tan 4628, le douzième aousl (<]. J'achevai mon cours de philosophie à Yendosme, Tan 4647, âgé de dix-neuf ans. çt je fus choisi par la ville de Sainl-Calais pour principal du collège. J'entrai dans Tordre de Satnl-Benott en Tabbaye de Saint-Melaine-de-Renn^, où je commençai mon noviciat, le 9 novembre 1648. âgé de vingt ans. Je fit profession le M novembre 4649, âgé de de vingt-et-un ans. Je fus envoyé, en Tannée 4651, au Monl-Sain^Michel, où je demeurai six ans. Vers Tan 4656, je fus ordonné prêtre très indigne, âgé de vingt-huit ans. Vers 4659, je fus envoyé à Boui^eil, âgé d'environ trente-et-un ans, et j*y enseignai la rbétoriquei la philosophie et la ihéologîe à nos confrères. De là, j'enseignai seul la philosophie à Saint-Denis, en France, et à Compiègne, où étant sousprieur. Tan 4660, j'enseignai h nos confrères

(1) Son p^re était rhinir^ien à Sftint-Galaif . On lui attribue <I<»uy opuscule» qui ne «ont pas leuus Jusqu'à nons: Bmnfuet aHnUmiitfue (en ytT% , et HUUurt de toutes let parties ttu nrrf^s i646).

GABfllKt. C^RBKBOir. T8

et à quelques sécuKers divers traités de théologie... : et comme je suivois plus les Conciles ei les Pères que- lès Scbolastiques, quelqu'un, peu éclairé ou mal disposé, écrivit au très- révérend père général, se plaignant que j'enseignois la positive et non la scholastique. L'on m envoya donc, Tannée suivante, à Saint-BenoU-sur- Loire.

«Bn passant par Paris, leR. P. D. Beru. Audebertme dit la plainte qu'on lui avoit faite de moy, et il m*en fit de grands reproches, jusqu'à me dire que, si je voulois enseigner, je devois suivre une autre méthode. Comme cette plainte m'éloit plus houorableque je ne méritois, je ne répliquai rien, et je partis inconlinenl pour Saint*^ Benoll-sur^Loire, où j'enseignai, étant sous- prieur, la théologie selon ma méthode, jusqu'au chapitre-général de Tan 4663. Lorsque j'enseignois, je signai le formulaire selon le mandement des grands vicaires d'Orléans, qui n'y demandoient autre chose sinon que l'on rendit à l'Église l'obéissance que ses enfants lui doivent.

c Ce chapitre me déchargea d'enseigner, ei Ton m'envoia au monastère de la Couture, du Mans, où je ne demeurai que jusques vers la fin de l'année. Là, te sousprieur s'élant plaint mal à proposa notre général que je corrompois par ma doctrine les jeunes profès, dont il avoit la conduite. Ton m'envoya en Bretagne, au monastère de Léon, près de Dînant, <fù je demeurai peu de temps; car D. Arsenne Uansel, prieur, qui avoit été un de mes mattres en théologie, m'ayant entrepris sur les cinq propositions, j'écrivis au père visiteur qu'il m'envoyât à Saint-Mahé, trois lieues au- delà de Brest, sur le bord de la mer; ce qu'il m'accorda, et j'y allai pendant l'hiver : mais, comme les vents m'y causèrent la colique.

T4 6AMIgL MUttMlf •

je priai nofre pare visiteur, vers le aïoi» de juin do laouée soivaole, de m'eovoyer è Saint- Gilda$-da-Ruia. J*y allai ol y demeurai jusqu'au cbapitre-général de Tao IG66, lequel ordonna que je revinsse à PariSi en Tabbaye de Saint-Germain -des -Prés. Ayant reçu oet ordre, je partis de Bretagne, et arrivai è Paris vers le mois de juillet, ou le B. P. D. Bern. Audebert me témoigna tontes les bontés possibles (t). »

Ce simple récit nous fait d^à connaître Gabriel Gerberon. C'est un lélé partisan de toutes les nouveautés, qui ne supporte pas le joug de la tradition, qui ne respecte pas davantage les ordres de ses supérieurs, que l'esprit de contradiction inspire dans toutes ses paroles, dans tous ses aciea, et qui ne se laisse pas plus ébranler par les persécutions que par les remontrances. C'est, d'ailleurs, un bomme plein d'ardeur pour Tétude, qui, pour ne pas suivre les voies frayées, s'engage dans les plus difficiles et s'y complaît. Si Tâge mâr de Gerberon répond à sa jeunesse, on le comptera parmi les érudils; mais il ira se ranger dens la catégorie des controversisles, de ces gens qui cberchent querelle a tout le monde i tout propos, et sonlévent des montagnes moins pour découvrir une vérité que pour dénoncer une erreur; si, comme on peut déjà le prévoir, il abandonne quelquefois son cabinet et ses livras, pour intervenir dans les aflaires du dabors, son opinion en matière de Ibcologie doctrinale sera toujours indépendanle« et il l'exprimera sans redouter les suites de sa franchise; mais, par Temportement de son caractère et la véhémence de son langage,

(t) 1IS8. de U Bibl. NaUonâle : Iié»kla de Saiat^ermain, peqast S, awn. S.

GABAUI. GBftBEBON. 78

il sera plus fâcheux qu'utile à son parli. Tel 8*aiuftODoe Gabriel Gerberon.

Elaui à Fleury-sur-Loire, il avait, dans ses loisirs, rédigé trois écrits sur des questions bien différentes. Une jeune femme de Saint- Calais ayant été condamnée à être pendue pour crime d empoisonnement sur la personne de son mari. Gerberon prit sa défense et plaida sa cause dans un factum énergique. L'affaire était en appel devant le parlement de Paris. La cliente de Gerberon fut acquittée et rendue à sa famille. Dans le même temps, il fit une Dissertation sur la PAque de Tannée 4666, et une Apologie pour Rupert, abbé de Tuîts, prés de Cologne. De ces trois opuscules un seul a élé imprimé; c'est l'Apologie de Rupert. Aussitôt que Gerberon eut, par les ordres de ses supérieurs, quitté la Bretagne pour venir à Paria, il s'occupa de cette publication.

Elle fut faite en 4 669, sous ce titre : Apohgiapro Ru* perto, abbaU TuUien$h in qua de Euchartitiea wrikUe eum caiholice sensùH et scripgisse demonstrat frindex firaier G. Gerberon; Parisiis, Car. Savreux, in*S*. Pour appuyer ses arguments contre la présence réelle, Wiclef avait extrait des Pérès et des Soolastiques toutes les définitions des espèces qui lui avaient paru contraires ou peu conformes à la définition orthodoxe. Parmi ces anciens docteurs dont il avait cm pouvoir invoquer le témoignage contre le mystère de la transsubstantiation, s'était trouvé le moine Rupert, de l'ordre de saint Benoit, théologien du xu' siècle, qui, dans un ouvrage sur les Divins Offices^ avait, en effet, exprimé son sentiment en des termes suspects de favoriser l'hérésie bérengérienoe. La controverse s'étant engagée entre

TA OAMiiBL ansnoH*

lat partisnns et les adversaires de la présence figurée, ceux-ci s*étaienl vus bien empêchés dexpliquer et de justifier tous les textes que Wiclef avait produits en sa faveur; ils avaient donc pris le parti de recounattre, qu'eo effet d'anciens interprèles avaient partagé Terreur de Wiclef, et, dans ce nombre, l'auteur du traité des Dwms Offkei, Yabbé de Tuits. Entreprendre son apologie, c'était aller contre l'opinion commune; mais Gerbaron avait un goût particulier pour ces entreprises. Il se proposa de démontrer qu'on avait jusqu'alors mal compris l'opinion de Rupert, et que la doctrine de l'Eglise romaine n'avait pas rencontré, dans le xi.* siècle, un plus vaillant défenseur que ce moine injurieusement inscrit au catalogue des hérétiques. Cette démonstration fut, comme cela devait arriver, acceptée par les uns, repoussée par les autres : mais tout le monde reconnut qu'elle venait d'un habile homme, qui avait une énidi« lion profonde et une rare subtilité.

On se le rappelle, noire Bénédictin avait quitté le monastère de Léon après avoir eu de graves difficultés avec le prieur de ce monastère au sujet des cinq propositions. Il ne pouvait s'en tenir là. Au moment où l'Eglise entière était en proie è la discorde, où chaque jour voyait publier une nouvelle défense et une nouvelle censure de Jansénius. où les théologiens les plus circonspects, essayant de calmer les furieux, étaient bientôt poussés hors de leurs retranchements et précipités eux-mêmes dans Tardente mêlée, un homme véhément, téméraire, comme Télait Gerberun, ne pouvait consentir i garder le silence. Cependant il s'exprima d'abord avec plus de ménagement qu*on n'en devait attendre de lui. Un curé de Bruxellet, l'abbé Baucour, ayant publié sur la Péni •

tence un petil livre qui respirait un parfum de jansé- DÎsme, Gerberon le traduisît en français : Caiéchùme de la Péniience qui conduit les pécheurs à une t>érikJ>le con^ version; Paris, 4 672, 1 676, in-l 2 . En 4 673, il publia: Acta Marti Mercatoris, sancti Augusiini^ Ecdesiœ doctoris, discipuli.cumnoiis Rigberii; BruxeWis, Marcbànt, iD-46. Les Œuvres de Mercalor étaient inédiles : Gerberon ayant obtenu, par l'entremise du cardinal Bona, laoom* munication d*un manuscritdu Vatican, y joignitdes notes al des dissertations. Si ce n'avait été qu'un travail d'é* rudition, il n'en eôt pas fait honneur au faux Rigbe^ rius : mais, comme disciple de saint Au|{ustin, Mercator s'était montré l'un des plus ardents adversairesde l'hérésie pélagienne, et Gerberon entendait bien profiter de l'occasion pour interpréter Mercator en des termes désagréables aux oreilles des Molinistes. Cependant, lescir-» constances leur étant favorables, il jugea qu'il était sage de dissimuler son nom. Il usa souvent de ce stratagème. TaodisquelesglosesdeAfj&en'ujsurleSilctesdeMercator sortaient des presses de Bruxelles, on publiait à Gand un petit livreayant pour titre : Monila SalutariaB. V, Mariœ ad cuUores suos indiscreios, et, en même temps, une traduction de ce livre : Avis Salutaires delà B,V. Marie A ses dévots mdiscrets, 4673, in-42. Dans les notes qu'il nous a laissées sur sa vie, Gerberon avoue cette traduction; mais on suppose que l'ouvrage latin, publié sous le nom d'un certain Adam Windelfelts, est également de sa plume (1). Si nous ne l'affirmons pas, nous le croyons volontiers. Les Jésuites ne manquèrent pas de serecon-

(1) Apologie des dévots de la sainte Vierge^ ou Sentiments de Théotitae^ ele., etc.; Bruxelles, 1675, pag. 4 etsui^.

oallre dans las dévols mrfiicrefi, et ils se plaigniredl iMQleiDeBi. GerberoQ leor répondu dans une Lettre apologéiiqm. L'approbation des docteurs de Louvain et inieai encore le succès des Avis prouvent qu*H n*élaU pas seul à blâdier les superstitions des Jésuites. On en fit une édition nouvelle à Lille, en 4671, in-ts, sous le patronage de l'évèquedeToumay, Gilbert de Clioiseul-Praslin. Gerberon continua sa polémique contre (es dévols indi sc re t s, dans Técrit suivant : Lettre à M. Ahelly évéqtêe de Rodes touchant son livre de rExcellence de la sainte Vierge; 4674, in-tS. Cette lettre est une explication des Monita Salutaria,

L*abbé Lenoir, théologal de Séoz, élaot poursuivi par aon évèque et par Tarcbevèque de Paris comme suspect de tendances jansénistes, Gerberon prit sa défense dans un écrit qui a pour titre : La Fable du temps, ou un coq mdrquibatdeuxrenards; 4674 : libelle anonyme, avoué plus tard psir Tauteiir, mais imprimé, dit-il, sans son ooMentement. Ce n*étail encore là qu'un trait lance par une main non moins adroite que vigoureuse. Deux ans •près, il donna, sous un autre pseudonyme : Le Miroir (i0/apè(^cfcré/îei«ie»parFlore-deSainte-Foy: Bruxelles, 1676, et, Liège, Bonard, 4677. in-12. L'ordre de Saint* Benott s'était prononcé pour saint Augustin cl Jansénius contre Pelage et les Jésuites. Gerl)cron défendit les conclusions de son ordre; mais il le fit en des termes si dur${l), c'est-è-dirc si bien purg/'s de toute équivoque* que sa franchise blessa tout le monde; adversaires et partisans de la grâce sonverainrmeni efficace. Ceux-ci,

(1) A. AiMBld, Lettres, lem. m. pag. 461 - H't, Utt. dt la Congréyst, de Sotnê^Maut^ pag. 8S7.

ékUmtWL («traBCHr. 79

Voyant bien quel parti les Jésuites allaient tirer de ce langage indiscret, murmurèrent contre la témérité dis Gerberon et s empressèrent de le désavouer: ceux-Ui poussèrent des clameurs, dénonçant le scandale qui venait d*èlre commis par un ministre de l'Évangile, et appelant sur sa této les foudres épiscopales. Ge fût la matière de plusieurs libelles; nous citerons : Réfutation deê erreurs contenues dans le Miroir de la piété cbrétiennej au sujet de la Frédestùiastion et de la grâce; Douai , Bellèré, 1678, in-42; Réflexions aUholiques sur la doctrine <Pun Uvre intitulé: Le Miroir de la piété chrétienne; Rouen, Virât, 1678, in-42. A ces cris, on vit s'émouvoîr les archevêques d'Aix et de Reims, et lesévéquesde Grenoble, de Toulon, de Séez, de Gap : les uns et les autres, ils publièrent des censures coni re le livre de Dom Gerberon . CduîH» s'empressa de leur répondre. A cette polémique appartiennent deux Lettres, adressées Tune è Tarcbevèque d'Aix, Tautre à I archevêque de Paris, qui parurent i la fois, avec d'autres opuscules du même genre, dans un volume intitulé : Le combat des deux clefs f ou Défense du Miroir de la piété chrétienne; Durocortore, 4678, 4679, in-48. Dom Tassin attribue ce recueil i un théologal de Séez (t); mais celte attribution est contestée [i) : Gerberon a reconnu qu*il avait écrit lesdeux Lettres. Il s'est aussi déclaré Tauteur d'une autre apologie, publiée sous le pseudonyme de l'abbé Valenlin : Le Miroir sans taches, où Von voit que les vérités que Flore enseigne dans Le Miroir de la piété sont très fureSj etc., etc.; Paris, 4680, in -4 S. 11 nous suffira de

(i) Uist* Lut, de la Ccngr. de Sainl-ifmir, pas. (S) BwbîMr, Dict. dm àm mftme i .

80 GABllXL OUBIBOH.

reproduire les litres de ces raclums théologiques. Si nous voulions repreodre avec Doin Gerberoo toutes les questions qu'il a traitées, nous n aurions pas si tôt achevé cette notice Avec des écrivains aussi féconds, il ne faut pas s arrêter aux détails.

En l'année 4674, on vit paraître : L'Abbé Conmienda-taire^ par le sieur de Proismont; Cologne, in i*. On connaissait d^à, sous ce litre, un ouvrage anonyme, qui, publié r^Aoée précédente dans la même ville, avait produit une grande émotion. Il était du Dén<^diciin François Delfau (!}. Gerberon, se cachant sous le pseudonyme du sieur de Froismmt^ donna sa dissertation sur les com* mendes comme la seconde partie de cet ouvrage. Elle n'eut pas moins de succès, puisqu'on en 6t trois éditions dans la même année : ajoutons qu'elle ne causa pas moins de scandale. « Je fis voir, nous dit Gerberon, que les commendes sont contre le droit divin, naturel et humain, et que, selon RebufTe, elles damnent ceux qui les donnent et ceux qui les reçoivent (2). » A ce compte, combien était grand le nombre des gens damnés pour ce seul délit! Le chef de l'État ouvrait la liste, et, après lui, venaient, dans l'ordre hiérarchique, les arctievéques, les évêques, les abbés de cour, etc., etc ; et comme les simples prébendes, sans charge d'âmes, n'étaient pas, dans l'Eglise primitive, chose ntoiiis inconnue que les commendes, elles ne se défendaient pas mieux. Voici donc quelle était la sentence prunoncée p«)r Gerberon : autant de membres du clcr^jè .séculier, autant de damnéSf ou à peu près. A leurs cris on put croire qu'ils

(1] Uist Ut t. de la Congr de Stunt'JUnHr^ patr. 89

(t) Ahregé de H ^i£. M5S. dej«cii« du ftesidudc t^unt-Oermato.

GABRIBL OBRimON. 8l

subissaieul déjà leur peine. Gerberon entendit ces plaintes, et. loin d'en être touché, il leur répondit par les Senlimmts de Criton sur l'entretien (Txm religieux et (Tun abbé touchant les commendes; Cologne, ou plutôt Orléans, 4674, in-12.

Depuis Tannée 4 672, Gerberon avait quitté Saint- Germain-des-Prés, pour aller habiter le monastère d*Ârgenteuil, que gouvernait alors le P. de THostallerie. Là, plus éloigné du bruit, et moins inquiété parce qu'il causait moins d'inquiétudes, il travaillait avec plus de liberté, avec plus d*ardeur. Quand la polémique lui laissait quelques instants de repos, il abandonnait volon* tiers les choses du présent, et retournait au passé, collationuant les vieux textes, et préparant des éditions nouvelles. En 4 G 75, il publia les OEuvres de saint Anselme : Sancti Atiselmi Opéra, nec non Eadmeri Historia Novorumet aliaopuscula; Luteliœ Parisiorum, Billainej in-foL C*esl l'édition classique des OEuvres de cet illustre archevêque. Elle a été réimprimée en 4724, et, bien qu'on ait cm devoir en entreprendre une autre dans ces derniers temps, nous douions que le nouvel éditeur ait fait preuve d'une érudition plus sûre et plus variée que celle de Gerberon. Celte année 4676 vit encore ajouter une traduction et deux traités au catalogue déjà si considérable des opuscules de notre docteur. Nous n'avons qu'à mentionner : Le canibat spirituel, composé en espagnol par D. Jean de Castagnisa, et traduit en françois sur ioriginal manuscrit; Paris, 4G75,in-42 (4). Des deux traités, l'un a pour litre : Catéchisme du Jubilé et des Indulgences ;?ans^ Josset, iu-42; l'autre : Disserta*'

(1) Bist, lÂttér. de la ewigr. de Saint-MauTy pag. 813. nr. 6

6Î GABftlIL GBBMftON*

tûm sur rAngchiS; même libraire el moine rorm<il. Ces écrîls ne firenl pns de bruit; cependant, le Calechisme du Jubilé eui, enl 1 677 et en nii , les honneurs de la réimpression. C'est un livre contre la dévotion facile. Sans nommer les confesseurs qui font valoir le mérite des grâces pléniùres, pour dispenser des crtivres de la pénitence, r<iuteur les désigne de manière h ce (pi'on les reconnaisse. Ce sont encore les Jésuites. L'anciéc suivante, Gerberon publia son Uistoire de la robe sans couture (le Nôtre-Seigneur Jésiis-Christ, qui est révérée dans réijUse du monastère d'ArgetUeuU. La première édition de ce petit livre parut en 1 67G, in- 4 2, chez Josset ; il y en eut d*autres, qui |>ortenl les dates de Iû77, 4 680, 4703. 4706, 47IS, 47ii. 47io Que dirons-nous de cette Histoire? elle rut, comme on le voit, un grand succès, mais, k notre avis, elle ne le mérilail guère, el nous avons peine à nous expliquer comment un lionmie qui ne manquait assurément ni de critique ni de bonne foi, a pu donner au public, sous la res|>ons<il)ili(édesun nom, un livre de ce genre. A moins ({u'il nail voulu, par cette publication, expier ou faire oulilier (|iic'I.|ue irrévércDcc commise à Tégard des su|)erstilions trndilionneltes.

Au mois de juin de Tannée 1075, (jerheron se rendit au monastère do Corbie. Ln charge de sous- prieur était vacante : elle lui fut offei (e. et il r«)rc( ['ta d t.iil plutôt un titre qu'une fonction : au>di put il ron^aorer tout son temps à composer divers écrits contre la iloclrin»» dis Jésuites. Il ptd)lia : Mcnwnal histotiquc (/<* ce qui s'est passcilepuis l'année iOil jusiqu'cn 1053, tuurhmt les cinq propoùdoia: (:<>loi:no, P. M.nie.iu, 4<.7«i C'e-i un al»i »•;,.• du Juuniftt d<* Siint Autour cl il a lui.ir I ôprrlé i\ ui« |)amphtet anonyme 11 \uulut doniitT ^ous son nom un

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opudcule plus modéré, ayant pour titre: IspUndeurià* téressé conda»nnépar Jésus -Christ; mais la censure ne le permît pas. C'était là, pour un Bénédictin, raffaîre la moins grave : Tordre tout entier étant en suspicion, il était recommandé d'examiner avec le plus grand soin tous les écrits présentés par les religieux de celte robe. Gerberon ne s'inquiéta pas davantage des scrupules de la censure. Les circonstances devaient changer, et, d'ailleurs, on pouvait toujours éditer, sous le nom d*un Kbratre étranger, les ouvrages interdits. Loin de renoncer à la défense de ses principes et de ses amis, il se mit au travail avec une nouvelle ardeur, et prépara plusieurs volumes, dont la publication foi ajournée. Il ne produisit hors de sa cellule que d'innocents volumes, sur Tespril desquels il ne pouvait s'élever aucune contestation, comme le petit traité qui a pour titre : Jugement du bal et de la danse (t); Paris, 4 679, in-fS. Il croyait sans doute échapper de cette manière à la surveillance des Jésuites, et traverseï* en paix le temps de la persécution; mais s'il eut cet espoir, il fut bien déçu par l'événement. Reprenons ici l'histoire manuscrite de sa vie, et laissons-le nous raconter lui-même les cruelles disgrAces qui vinrent interrompre le cours de ses études et de ses travaux.

« L'an 4682, trois faux frères, dom Gouquet, dom Boulé et frère Gavel, qui ont été depuis chassés de la congrégation, ayant écrit en cour, le roy envoya h Corble un exempt pour m'arrester. Il arriva le 4 1 janvier, veille de Saint- Haur, el il assista même à vêpres, où

(l) N'est-ce pas le même opuscule qui fut réimprimé en 1688, sous le titre de : Jugement de la comédie, du bal et de la danaef pttr un professeur en théologie ?

8k GABBIIL GIBBUOll.

j'ofiiciots, parce que le P. prieur étail indisposé. Il crul par là que je ne pouvois lui échapper. Le soir, assez tard, le maire de ville et les autres officiers vinrent au monaatère pour y prêter le serment de fidélité. Après cette cérémonie, j*étois avec le P. prieur : le maire nous dit qu'un homme inconnu étant venu en la ville, il l'avoii fait venir chez lui pour savoir qui il éloit; il lui dit enfin qu'il étoit un exempt du roy, ajoutant ces paroles: « Combien y a-t*il d'entrées pour aller à l'Abbaye? > Le maire répondit qu'il y en a voit deux, une par l'église et une par la grande porta, et il ajouta qu'il pensoit que cet exempt chereboit quelqu'un qu'il croyoit être en l'Abbaye. Lorsqu'ils se furent retirés, je dis au P. prieur que ce qu'on venoit de dire pou voit bien être pour moy . Il n'en crut rien, et me dit que j'allasse me reposer. Hais je fus toute la nuit à penser que je devois prendre le plus sAr et me retirer. Néanmoins, j'officiai à matines, et, vers les cinq heures, j'allai trouver le P. prieur et lui dis que j'étois persuadé que Icxempl étoit venu pour moy, vi que je me devois retirer au moins pour quelques jours, jusqu'à ce qu'on vit ce qui arriveroit, et jedemandai sa bénédiction qu'il me donna; et je montai à cheval el m'en allai à Amiens, où j'arrivai vers les dix heures. A la même heure, l'exempt vint trouver le P. prieur, et lui demanda de la part du roy qu'il me mil entre ses mains... »

Voilà le commencement des aventures de dom Gerberon. Contraint de fuir Corbie, il se rendit en toute hAte dans la ville d'Amiens. Il y était encore, quand des amis vinrent l'avertir qu'en effet l'exempt ét4itt venu |x>tir l'arrêter. Au>Hilât, il se diri;^'ea vers Bruxelles II y arriva le to janvier, et fut reçu de la manière la plus affable

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par la barooDO de Steenpuis, qui lui ofTril ud asile dans sa maison. Gerberon poursuit eu ces termes le récit de ses infortunes: « M. Tévêque de Castorie, vicaire apostolique en Hollande, sachant que j*étois à Bruxelles, me fit dire que j*allasse en Hollande. Je pris alors des habits séculiers, et, vers le mois de mars, je m'embarquai à Anvers, et arrivai à Delfl, où j'allai chez M. Van-Erkel, un des pasteurs du Béguinage. M. Ârnaull me fil la grâce de me venir voir aussitôt que je fus arrivé, et il me logea en la maison prochaine où il étoil retiré inconnu* J'y demeurai avec ses domestiques, et M. Vancel, autrefois théologal de M. l'évèqued'Alet, jusque vers Pâques... » Il se rendit ensuite dans un village près de Leyde, et habita le presbytère de ce village sous le nom d'AugiiS' tin Kergré, ne révélant le mystère de sa retraite qu*à des oreilles amies. La Hollande était alors pleine de ces grands criminels. Gouvernée par des Jésuites, la cour de France ne permettait pas qu'on eût sur les matières de !a grâce d'autres opinions que celle de Molina : s'en écarter, c'était commettre un blasphème, cl ce blasphème était réputé crime d'État. Aussi les prisons d'État s'ouvraient-elles chaque jour pour recevoir quelque théologien, quelque religieux suspect d'inclination vers le jansénisme. Quant à ceux qui s'étaient prononcés plus ouvertement, ils n'avaient que le temps de mettre un cheval au galop et de passer la frontière.

Quand l'exempt du prévôt de l'IIe-de-France revint à Paris, annonçant qu'il avait échoué dans son entreprise, le P. de La Chaise entra dans une sainte colère. L'arrestation du prieur de Corbie fut ordonnée, et cinq dragons, commandés par un brigadier, se rendirent à l'abbaye pour exécuter cet ordre. Ce fut l'occasion d'une nouvelle

M CABinu. «nn&oift

mésavmture pour la juslioe du roi; elle envahit subilement Tabbaye, et en explora (ouïes les reirailes; mais elle ne trouva pas œlui qu'elle cherchaîl. Cependant, on appril bientôt que le prieur de Corbie se rendail à Paris pour y demander lexamen de sa conduilc, déclarant qu'il n'aurait pas de peine à se justifier. Cette soumis* sion obtenue, on négligea son afTaire, pour instruire k grand bruit celle de Gert>eron. Tous les religieux de Corbie furent entendus dans une enquAte faite par dom llomoM>le Geoffroi, prieur de Saint-Denis. Bllene pro« duiail aucun résultat. Colbert en fit faire deux autres par l'intendant de la province de Picardie : elles n'eurent pas une issue plus satisfaisante. Gerberon avait quitté les environs de Leyde, quand il apprit toutes les contrariétés que son évasion avait causées è ses persécuteurs et è ses amis : il habitait Rotterdam, où il avait suivi son hôte, M. Van-Brkel, récemment nommé pasteur de réglise de Paradis. Puisqu'on paraissait si curieux de savoir quel fondement avaient les accusations portées contre lui, il prit le parti de faire, à labri de tout péril, un aveu complet de ses crimes. Dans ce dessein, il écrivit è Colbert une lettre qu'il rendit publique, et qui fut depuis réimprimée, sous le titre û'Apohgk, dans le cinquième tome des Cas de conscience. C'est un factum éloquent. Dénoncé par des pervers, il ne dev«iit pas avoir l)esoin de se justifier. Et, d'ailleurs, quel droit s'arroge le pouvoir civil, lorsqu'il prétend examiner et juger les opinions qu'on professe sur les matières de la foi ? C'est un outrage à la conscience du citoyen, et, quand il s\ngit d*Qn religieux, un empiétement illicite sur les pouvoirs de TBglise. Quoi qu'il en soit, Gerberon ne refuse pas d'expliquer aa conduite et de déclarer ses sentiments sur

GABAIBL flBSBBION. 8T

les matières cootro versées. Oui, cela est vrai, il ne dé^ Bail pas la grâce dans les mêmes termes que les Moli- Dîstes, ei si leur doctrine est vraie, la sienne est erro* née. On désire savoir s*il approuve ou s'il condamne la régale; en d'autres termes, s*il lui semble juste que la puissance royale impose à son profil rexercioe des plus hauts emplois de TEglise : il répond qu'il s*est toujours comporté comme un sujet soumis et fidèle, mais que sa conscience murmure contre unabiis qui la révolte. Enfin, OD lui attribue divers écrits, dans lesquels les prélats favorables aux Jésuites sont qualifiés dans les termes les plus injurieux : il désavoue ces écrits, il n'en est pas l'auteur; il n'a jamais été ni le moteur, ni le complice d'au* cune cabale. Tel est, en peu de mots, le résumé de sa lettre au marquis de Seignelay.

Cette lettre, à la fois respectueuse et fiére, ne pouvait avoir pour résultat l'oubli de l'assignation publiée à son de trompe contre Gabriel Gerberoo. Comme il ne l'avait pas écrite avec cet espoir, il se garda bien de quitter sa retraite. Le plus puissant de ses protecteurs élait l'évoque de Castorie. Il lui témoigna sa gratitude, en publiant la Défense d'un livre composé par ce prélat sur la lecture de l'Ecriture sainte, et une dissertation latine qu'il loi avait demandée sur la grave question du patronage : Dissertatio de Jure paironatus contra nobilem quemdam Batavumcatholicum. Nous n'avons pas d'autres renseignements sur ces deux opuscules Vers ce temps, Gerberon s'engagea dans une nouvelle controverse. Un Jésuite flamand, nommé Corneille Hazart, venait do faire paraître une véhémente diatribe contre la docirine janséniste; Gerberon lui répondit par ; La Vérité catholique victorieuse; Ân^lerdam, 4684. L'évéque de Castorie

M OABUIL 6BKBnOR.

ayant (roavé cet ouvrage è son goûl, Tavait fait traduire en hollandais par un pasteur de Deift, nommé Brosen : il ne parut que dans celle langue. Corneille Hazart se dé* fendit; Gerberon lui répliqua par : Deux UU*ei d* Ignace du Chemt» conirt la défense du grand Catéchisme du P. Uauirt. Ces deux lettres sont en hollandais Le même Jésuite ayant repris la plume et maltraité de nouveau les apologistes do la grâce dans un sermon intitulé : Calvin battu à plate coulure, Qerberon publia contre ce sermon des Béflexions chrétiermeSt en hollandais. 11 donnait en* suite, dans Tîntérét de la même cause : Essais de la plus si^re Morale, traduction française d*un livre latin du P. Gilles Gabrielis, franciscain : Spccimen Moralis chris» lianœ et Moralis diabolicœ. C'est encore contre les Jésuites qu'il écrivait : Lelire à un seigneur d'Angleterre; s* il est ban d* employer les Jésuites dans les missions, 1686, et divers opuscules sur le formulaire. Dom Tassin déclare qu'il n'a pu découvrir ces opuscules. Nous en connaissons du moins un : Uisloire du formulaire quon fait signer en France; Cologne, 4766 - c*est une réimpression, et un avis de l'éditeur nous fait connaître que cet ou* vrago du P. Gerberon parut pour la première fois, en Hollande, vers la fin du siècle précédent. C'est donc bien un de ces écrits que Gerberon désigne, dans l'abrégé de sa vie, comme composés vers l'année 168G.

Personne ne connut moins le repos que cet ardent adversaire des Jésuites. Puisqu'il n avait pu voir, en France, le triomphe de son parti, il voulait, du moins, étouffer, en Hollande, le dernier germe de la doctrine pélagienne, et chaque jour îl livrait aux presses quelque nouveau facturo, inspiré par les mêmes sentiments, dirigé contre les mêmes croyances. Dans ce pays libre, il

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avait le droit de tout écrire I Mais à côté de cet avantage il y avait une fâcheuse circonstance. Les protestants for^ maienft, en Hollande, un immense parti, et quand les théologiens de cette communion entendaient disserter sur la grflce suivant la doctrine de Jansénius, ils approuvaient ce langage, déclarant qu*il différait peu de celui de Calvin. Ces marques d'adhésion étaient fort compromettantes, et, pour éloigner tout soupçon d*bérésie, les sectateurs de Jansénius étaient quelquefois obligés de laisser de cdté les Jésuites pour se retourner contre les protestants. Durant son séjour dans la ville d'Amsterdam, Gerberon publia contre eux deux traités spéciaux : £e juste Discernement de la Créance catholique d'avec les sentiments des protestants et d'avec ceux des Pélagiens^ et Les Entretiens de Dieu-donné et de Romain, Ces traités parurent d*abord en hollandais; ils furent ensuite traduits en français, et réunis sous ce titre commun : Dé' fense de l'Eglise romaine contre les calomnies des py*otestants; Cologne, J. de Yalé, 4 688 et 4694, in-4â. Il s'agit principalement dans ces opuscules de la prédestination et de la grâce. Gerberon s'efforce de prouver que les catholiques de son parti ne s'éloignent pas moins de Calvin que de Pelage : mais cette preuve n'est pas claire; elle se fonde sur des distinctions moins réelles que verbales. Nous n'hésitons pas à le reconnaître : mais, il est vrai, cela nous coûte peu.

Vers ce temps, Gerberon eut de nouveau quelque affaire avec le P. Hazart. Ce Jésuite ayant prétendu que Jansénius était né de parents calvinistes, les héritiers de cet illustre prélat intentèrent au colomnialeur une action judiciaire. Gerberon rédigea leur premier factum; les

00 GABiiBt eiunoic.

autres 8onl l'ouvrage d'Aoloine ArnaulJ. Ils ont été im* priméâdans la Morale pratique des Jesuiles,

lonocenl XI avait nommé le prince de Bavière évoque de Liège, et, pour divers motifs, on avait blâmé celle Domination. Elle fut défendue par Gerbcron, dans un libelle qui a pour titre : Le Reproche Exirax'aganl. C'est un petit livre qu*on ne retrouve plus, mais Gerberon le mentionne dans labrégé de sa vie. Il prit la parole pour le même pape dans une affaire beaucoup plus grave. Les ambassadeurs étrangers habitaient à Rome, de ten)|).s immémorial, un quartier qu'ils s'étaient nccoutumés k considérer comnio le domaine indivis des princes chrétiens. L'autorité des olGciers du pape n'y étant pas reconnue, la police n*y pénétrait jamais : on le nommait le Quartier des Ambassadeurs, et c*élail un repaire de ban* dits. Innocent XI voulut mettre un terme h cet abus. Tous les princes renoncèrent volontiers à leur privilège; Louis XIV s'obstinu seul a le défendre. Ce fut l'occasion d'une éclatante rupture entre les deux cours. L avocatgénéral TaloD ayant défendu, devant le parlement, les prétentions de Louis XIV, Gerberon publia : He/Iexions flirte plaidoyer de M. Tulon, avocat- générai, touchant la bulle de N. S, P. le pape Innocent A/, contre les franchises des quartiers (le Borne; Cologne. 4tiK8, in-U. Ct*s liéflexions s'adressent moins à Tensemble, qu'aux délails du plaidoyer. Gerberon n'était pas moins indifférent au maintien qu'au retrait des franchises; mais l'avocat ilc Louis XIV avait rappelé les services rendus a TEf^liso par la cour de France, et, dans le nombre de ces services, il avait compté les persécutions dirigées contre les abo» minables fauteurs de l'hérésie jansénienne. Il en fallait

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moins pour exciter la verve deGerberon. Od ne confondra pas les Réfkanons sur le plaidoyer de M. Talon^ avec une Béfiitalion du même plaidoyer qui parut dans le même temps. Ce sont deux foctums très différents Tun de l'aulre. Nous n'avons pas encore achevé la nomenola* tore des ouvrages publiés par Gerl>eron en Tannée 4 6S8. Il faut y ajouter: L'Eglise de France affligée^ où VonvoU d*un côté ks entreprises de la cour contre les libertés de V Eglise, etc., etc., par François Poitevin; Cologne, Le Vray, 4688, in-8*. Nous devons croire domTassin, lorsqu'il affirme que cet ouvrage est de Gerberon; on avait sans doute, chez les Bénédictins, des renseignements positifs à cet égard; cependant non seulement le nom de l'auteur est dissimulé dans le litre par une attribution pseudonyme, mais on lit encore, dans plusieurs chapitres de cet ouvrage, des détails inexacts ou présentés comme incertains sur les aventures de Gerberon. VEglise affligée est, du reste, un livre intéressant, qui contient des faits dignes d'être recueillis : c'est un récit abrégé des persécutions éprouvées jusqu'en 4 688 par les adversaires des Jésuites. Mentionnons enfin, è la même date, le meilleur ouvrage de Gerberon : La Règle des McBUTs contre les fausses maximes de la morale corrompue: Cologne, Schouten, 4688, in-42. Ce livre eut un grand succès. Nous en connaissons d'autres éditions : de Cologne, 4 692 et 4 742; de Rouen, 4733; d'Utrecht, 4735. Quelle est cette règle des mœurs? c'est la vérité. Il n'est pas, on en convient, toujours facile d'atteindre la vérité; mais, du moins, faut-Il toujours la rechercher, et c'est une recherche qu'on ne fera jamais avec les casuisles, puisqu'ils se contentent du vraisemblable. Gerberon combat leurs maximes relâchées avec

99 6ABBIBL GBlBBlOir.

beaucoup d*énergie, mais sans quitter, daus cet ouvrage, le Ion grave du docteur. C*est, suivant Tabbé Racine, « un livre excellent et qui ne sçauroit être trop étudié (4). » Nous souscrivons très volontiers è ce juge* ment.

Bnl689, la guerre ayant élé déclarée entre la France et la Hollande, Gerberon se trouva dans un grand embarras. S*il demeurait en Hollande, on le faisait prisonnier de guerre : s'il revenait en France, on le jetait dans un autre cachot, comme prisonnier d*État. FAcheuse al temativel Pour écliapper à ce double péril, Gerberon se fit recevoir bourgeois de Rotterdam, et, tandis que la France et la Hollande étaient aux prises, il continua sa polémique contre les Jésuites et les protestants. 11 avait publié, dans les premiers mois de cette année 1 689, plusieurs écrits sur lesquels nous n'avons pas de suffisantes informations, et que nous n'avons pu retrouver. Il les désigne ainsi dans la notice de sa vie : Le véritable dévot à la sainte Vierge; Occupations intérieures pendant la messe; La rénovation des vœux du baptême. Suivant dom Tassin, ces deux derniers ouvrages furent imprimés en 1708, è Paris, chez de Rats; les Occupations inté^ rieures avaient été déjà publiées è Rruxelles en 4 689, in-4i. Enhardi par lapprobatton des autres émigrés français, il osa bientôt attaquer le plus redouté des controversistes, le protestant Jurieu. Celui-ci venait de publier son livre sur les Préjuges de l'Eglise romaine; Gerberon lui répondit par : Critiqué ou Examen des préjugés du ministre Jurieu contre V Eglise romaine, et de la suite de raccomplissement des proi)heli€S^ p;ir l'iiiibé

(P Abrégé de VHitt» f(v//«., tom. m, paf. StS.

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Richard; Paris, Jossel, 1 690, iD*i^. Ce livre eulun grand succès chez les Jansénistes, el le P. de La Chaise n'y trouva sans doute rien de répréhensible, puisqu'il en autorisa Timpression. Il ne savait pas, il est vrai, que lè faux abbé Richard élàit le sous-prieur de Corbie. Quant h Jârieu, son dépit fut très vir, el il le dissimula si peu que Gerberon; en craignant les effets, quitta Rotterdath el vint chercher un refuge à Rruxelles.

Mais à peine était^il établi dans cette ville qu'il se jeta dans de nouveaux débats et se fit de larchevëque de MalinesuB Irréconciliable ennemi. Cette affaire eut pour lui les suites les plus funestes. 11 publia contre la conduite et la doctrine de Tarchevèque de Matines divers écrits sous ces titres : Instructions courtes et nécessaires à tous les catholiques des Pays-Bas touchant la lecture de V Écriture sainte en langue vtdgaire, 1 690 : cet ouvrage est en hollandais; La Morale relâchée, fortement soutenue par M, l'archevêque de Malines, justement condamnée par le pape Innocent X/, 4 694 ; Decretum ArchiepiscopiMecidiniensis contra Scripiurœ sacrœ lectionem notis illus- Iratum, 4 694 . 11 fit ensuite paraître : Justification générale des plaintes que Von avait faites contre les sentiments et la conduite de U. l'archaéque de Matines. On répondit, dans Vintérèt de larchevëque, à ce libelle anonyme. Gerberon répliqua par : Examen de la réponse aux plaintes contre la conduitede M. Varehevéque deMalines Tout »cela fit beaucoup de bruit. L'archevêque de Halines, M. de Precipiano, ne pratiquait pas l'oubli des injures: ayant connu Fauteur des libelles répandus contre lui, il se promit de le châtier en temps opportun. Gerberon, ne redoutant rien, courut à la rencontre d'autres adversaires et ne cessa pas d'accumuler volume sur volume.

04 6ABRIKL GttMRON.

C'est alors qu*il mit au jour un ouvrage depuis longtemps commencé, mais dont il avait suspendu la publication pour y ajouter quelque nouveau chapitre contre les Jésuites : Lt véritable pàiitent, ou Apologie de la pénitence tirée de V Ecriture «otn/e, des saints Pères et des Conciles: Cologne. 4692, in-4 2. C'est une suite au Catéchisme de la pénitence, ainsi qu'an Catéchisme des indulgences et dujubili. A la mémo date, il donna : Satictus Anselmm orchieptscopusCantuarieTéSisper se docens; Dolphis, Henri Van Hhiin, 4692, in- 4 6. C*est encore un ouvrage janséniste. Quelques années auparavant, on avait recueilli les passoges des écrits de saint Augustin, qui contiennent les plus énergiques protestations contre les sentences pélagiennes, et l'on avait publié ce recueil sous le titre de : Sanctus Àugustinus per seipsum docens catholicos et vincetis Pelagianos, Gerberon a fait le même travail sur les œuvres de saint Anselme Seseiitraits ne sont accompagnés d'aucun commentaire. Qu'on interroge le saint docteur sur le libre-arbilre, le péché originel, le dogme de la chute, la prescience et la volonté de Dieu, la prédestination, la grâce, la rédemption, etc., etc ; il ré|)ond lui-même, et ses réponses sont assez claires, assez précises, pour qu'il soit inutile de les interprète r. La même année : JUedilatiofiS chrestiennes sur la Providence et la Miséricorde de Dieu, et sur la mi$>re de l'homtne, par le sieur de Pressigni; Anvers, veuveSchipper,' in-4 2. Cet ouvrage pseudonyme est iléilié à madame la Dau« phine II y en eut deu!c éditions publiées à qurlques mois lie dale, chez le même édilotir et dans le même ronn«il. C'est la Aiiwir de ptete sous une autre forme L'auteur propose un cerlain nombre d'axiémes dopmaliques contre leiquels UD chrétien ne saurait disputer, et y ajoute

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des considérations jansénistes et des réflexions mystiques. Encore la même année : Premier entretien d'un abbé et d'un jésuite de Flandre sur la signature du for» mulaire: nouveau libelle contre rarchevèquë deMalines. L année suivante : Second entretien d'un abbé et d'un jésuite de Flandre. C'est de la plus ardente polémique. L archevêque de Malines impose à ses clercs lobligation de signer la déclaration de foi formulée par les pasteurs de I cglise de France : Gerberon leur inspire Tesprit de révolte et les appelle au martyre. Un Troisième entretien est demeuré manuscrit. C est dans le même but qu'il publia : Avis f)olitiques sur le formulaire, 4 693; Çuce^fio Juris pontificii circa decretum ab Inquisitione Romana adversus 34 propositiones latum; Tolosœ, 4 693; Quœstio juris : i' An Caroli Vediclis leelio Scripturœ sacrw prohibita sitt An Virgines Birchianœ pœnas incurrerint a Carolo V statutas ? et Difficultés adressées à M. de Hormes, archevéqi^ de Gand, par les catholiques de son diocèse, touchant la lecture de l'Ecriture sainte en langue vulgain. Ces opuscules ne sont pas parvenus jusqu'à nous.

Dés les premiers temps de son séjour à Bruxelles, dom Gerberon avait entrepris une édition et une apologie de Michel Baius, cet intelligent précurseur de révoque d'Ipres II ne s'agissait pas seulement, en cette affaire, de livrer bataille à quelques Jésuites; pour réhabiliter Baius, îl fallait s'inscrire contre les décrets des papes et contre les sentences authentiques de VÉglise. Si grandes, toutefois, que fussent les difficultés d'une telle entreprise, elles ne pouvaient intimider un homme aussi rcsolu que Gerberon. Il publia : Michaelis Baii Opéra, cum bullis pontificum et aliis ipsius causam spec

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tantibuSf etc., etc.;Coloniœ Agrippinœ, B. ab Egmont, 4696, iD-i^ Gerberon ayant formé cet appel, la cause de Baius fut plaidée do nouveau par dom de Gennes et par i auteur de la Dissertation sur les Bulles contre Battis , Vainement les tuteurs de rorthodoxie les dénoncèrent comme avocats de Hmpiélé; on les laissa dire, et la mémoire de Baius fut remise en honneur.

11 y avait longtemps que Gerberon s'occupait d'une histoire du jansénisme. En attendant qu'elle fût achevée, il voulut, du moins, protester contre certains récils passionnés, injurieux, dans lesquels on n*avait pas plus ménagé les personnes que leurs doctrines. C*estdans ce but qu'il publia : Adumbrata ecclesiœ Romanœ calholianque veritatis de gratia,.. Defensio, vindice Ignaiio Eickenboom, theoloyo; in Batavia, 4 696. Cette apologie des théologiens dissidents est une réfutation du livre de Melchior Leydecker, qui a pour titre : Histoire duJan^» sénisme. Il poursuivit cotte critique dans un autre opuscule intitule : EpistolaChrisiiani P/ii7irtm. Sainte-Flore, PreS2>igni, Poitevin, Pbilirinus, Eickenboom, etc. etc., c'est toujours Gabriel Gerberon, Ciichant «i tous les regards sa tèle proscrite, mais harcelant sans relAcbo les ennemis de sa croyance, re|)araissant chaque nuilin au milieu de l'arène avec un masque nouveau et une vigueur nouvelle, pour livrer un nouveau combat, et disant ou pouvant dire à meilleur droit que le plus glorieux de ses persécuteurs : Sec pluribus impar ! Apres Leydecker, il prit a partie le I*. Rstrix, autre jésuite, %'engcur indiscret de la liberté. Il publia contre lui : Abaèlardus redivivus in quo ejchibentur errores Diatribœ Theologiœ P. EstrLx, jesuitœ^ in qua fidem constituebal in discursu naiurali. A ce libelle il ajouta bientèt :

Si Bemardus expostuians apud summum poniificem advenus notoum Abaèlardum. La cour de Rome, voulant 86 tenir à une égale distance des Holinisles et des Jansé* nistes, condamna le P. Eslrix sur la requête de Gerbeton, et, ver^ le même temps, elle condamna Gerberon sur la reqnète d un autre Jésuite. Notre docteur avait fait des recherches historiques sur la qtiestiod de la grâce : Disqùisiticnes duœ historicœ de prœdestinatione gratuUa etgratiaex se efficaci; 4697: cet écrit, déféré au tribunal deTinquisition, fut mis à l'index. Que contenait-il de si criminel, de si damnable? bien peu de chose : ce qui le prouve, c'est que Gerberon put, quelques années après, le traduire en français, et le publier, sans provoquer aucune censure, sous le lilre de : Traité historique sur la Grâce et la Prédestination, par l'abbé de Saint-Julien; Paris, 1699, in-12. En même temps que les Pères Bstrix ei Leydecker, Gerberon attaqua Tun des porte-enseigne de leur ordre, le P. Daniel, dans l'opuscule suivant : Conférence de Diodore et de Théo- Urne sur les Entretiens de Gléandre et d'Eudoxe qui servent de nouvelle réponse aux Lettres Provinciales; Paris, deLorroe, 4697, in-8*. Gerberon ne parle pas de cet ouvrage dans Tabrégé de sa vie; maisdom Tassin le porte au catalogue de ses œuvres. Le titre fait assez oonnattre ce qu'il contient. Ce n*est pas, du reste, le meilleur écrit de Gerberon. Il n'a p<ns su tirer parti d'une matière féconde, et, quand il avait devant' lui le chefd'œuvre de la délicatesse française, il n'a composé, pour le défendre, qu'un méchant pamphlet, où l'on ne trouve pas un mot heureux. G est encore à Gerberon qu'il faut attribuer, suivant dom Tassin : La véritable Lettre de Jf . l'alM Le Bossu à un de ses afnis touchant le livre du IV. 7

M GABâIBL 6BBBBEON»

cardinal Sfrondate, inlitulé : Nodus praxiesliDalionis, etc., elc, iD-4 2. CcKc leUre porte la date du 30julo 4691. Nous Tavons lue saus y rieo trouver qui trahisse le pré* tendu mensonge du titre; mais dora Tassin ne peut ravoir miae, sans quelque raison décisive, au catalogue des ouvrages pseudonymes de Gabriel Gerberon. Nous croyons devoir mentionner è la même date : Nouvelles Remarques sur V Ordonnance de if. V archevêque de Paris coiilre rBxposition de la Foi touchant la Grâce. C*esl en 1 696 que fui publiée TOrdonnance de larchevèqnede Paris contre louvrage célèbre de Martin de Barcos. Las Nouvelles Remarques de Gerberon doivent être de Taiinée suivante.

L'année «798 vil aussi paraître plusieurs de ces légers volumes que Gerberon lançait, comme autant de de flèches, dans les rangs ennemis. Nous désignerons d*abord : Lettre d'un theoloyien à M, ievéque de Meaux^ louckanl sa sentiments et sa conduite à l'égard de M. / archevéque de Cambray; Toulouse, Denys de Saint-Saturnin, 4 698,in-42(4). Lequiétisme n est qu'un jansénisme outré : Tapologiste passionné de levèqued'Ypres ne pouvait donc manquer de défendre Tarchevêque de Cambray. Une Seconde Lettre à M. Bossuet, évoque de Mcaux, parut la même année : dom Tassin Tattribue. comme la précédente, à Gabriel Gerberon. A la suite de ces Lettres^ Gerl)eron mit au jour plusieurs traductions : Traités de suM Augustin et de saint Bernard^ de la Grâce et du Libre-Arbitre; Toulouse, 4 698, in-42. L'année suivante, il donna : Norisius aut Jitnwiimus^ aut non Au -

(1) \.e cikUUf^uc t\v U BihlioUièqu«* NalioUAle 1>. 6504, allribue <:ell«* iHtrt* a Hmc Antre%iii.

.uwÊammnjnMifiivim •Mi'

iéO 6ABMBL OBBBBftOIf.

Bas, e<c , etc., au mjet du livre iniitulé : Augustinus Cor- Delii JaDseoii; Amslerdam, de Lorroe, 3 volumes in-IS. Depuis long- temps il travaillait à recueillir tous les docQmeDts qui devaient prendre place dans cette histoire, et il se proposait de la publier en latin, sous le titre d'/lnnales : louvrage français n*est qu*un abrégé de celte immense compilation, et c'est tout ce qui nous en reste.

De Tannée suivante, nousa\oùS: Le chrétiendésabusé: Leyde, 4704, On n*a pas d autres renseignements sur cet ouvrage que cette indication de lauteur, dans Tabrégé de sa vie. Le P. Pinthcreau, Jésuite, ayant publié La Naissance du Jansénisme découverte, Gerberon lui répondit par: Lettres de M. Cornélius Jansénius^ évéque dTpres, et de quelques autres personnes à M, Jean du Verger de Hauranne, avec des remarques historiquesel théologiques, par François du Vivier; Cologne, Le Jeune, 470i, in«43. Mentionnons enfin : Nouvelle logique en fran* çois, par dialogues; Bruxelles, 4 703, sous le pseudonyme de Duboisverd . L.es travaux de Gerberon vont se trouver encore une fois interrompus, car il va subir de nouvelles disgrâces. Il faut ici reprendre l'histoire manuscrite de sa vie, et l'entendre raconter ces tristes événements.

Craignant les ressentiments de Jurieu, et trouvant, d'ailleurs, que le séjour de Rotterdam était nuisible à sa santé, il se rendit à Bruxelles. Il s*y trouvait au mois de mai de l'année 4703, lorsqu'il apprit d'un libraire qu'on avait résolu d'arrêter le P. Quesnel. Il s'empressa de l'avertir. Mais, par cet avertissement, il appela sur luimême l'attention de la police épiscopale, et voici quelles furent les suites de cette affaire. Kcoutons-le : « Le 30 du roAmomoi.H (mai 4703) le grand- vicaire vint de grand matin m'oniever et me conduire à la prison de la maison

OABRIBL GBftBBRON. iOl

de l*arcbevéque de ttaliaos, sans qu*H eût fait aucune inforaialioD, dî donné aucun décret contre moy. Ce grand-vicaire, nommé Van Susteren, qui a voit (rois frères Jésuites, saisit toutes les lettres, tes écrits et la pluspart des livres que j'avois au logis de mon hôtesse, sans en faire aucun inventaire. Quelque temps après que je fus dans la prison, Tarchevèque me 6t subir en sa présence et celte de Van Susteren trois interrogatoires, après lesquels il assembla quelques théologiens de sa cabale, avec lesquels, sans m*avoir ouï, il prononça sa sentence contre moy. » La sentence rendue contre Gerberon, dans cette assemblée secrète, est du 2 i novembre. Dom Tassin nous en fait connaître le dispositif. Gerberon était convaincu d*avoîr abandonné son monastère depuis plusieurs années, d*avoir pris un habit séculier, et de s'é- Ire fait recevoir bourgeois de Rotterdam: en outre, n avait-il pas fait imprimer plusieurs livres sans être autorisé? ne s'était-il pas soustrait à lobligation de signer le formulaire? enfin n'avait-il pas, dans toute sa conduite, dans tous ses écrits, pris parti pour te rébellion janséniste (l )? Pouf le moindre de ces délits il eût, de Tavis d'un pareil tribunal, mérité la prison perpétuelle (2). L'archevêque de Malines fit transporter en France ce grand coupable, sachant bien entre quelles mains il allait tomber. « Je fus, dit Gerberon, conduit par une escorte

(I) Uist, lÀtL de la congr. de Saint-Maur, pag. 821.

(S) C*est à cette occasion que furent publiés divers manifestes dont nous devons, au moins, faire connaître les titres : Processus offfiii fiscalis curiœ ecclesiasticœ Mechliniensis contra D. Ga-^ brielem Gerberon' Bruxellis, Van de Velde, in-40 sans date; Le Jansénisme dévoué. Lettre d'un docteur de Sorbonne à un homme de qualité sur leprocez fait par M, Varch, de Malines au P. Ger^ beran; Louvain, Van de Velde, 1704, in-12.

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vous di.e que vous a^ei al y recr

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CABSIBL 6BRBBR0N. . lOS

CoLBBftT (l). Gerberon était écroué dans la prison de Vincennea, le 6 janvier 4707, et relégué dans le haut d'une tour, portes closes, comme un prisonnier d'état. Ce cruel traitement devait bientôt altérer la santé d un vieillard qui avait déjà traversé tant de mauvais jours. On Tespérait bien. Atteint d'une paralysie et voyant sa fin prochaine, il demanda les secours de la religion. C'était là qu'on l'attendait, et on ne lui offrit pas seulement ces consolations pieuses, mais sa liberté, s'il voulait signer une rétractation complète de ses erreurs. L'Age, la prison, la maladie l'avaient épuisé : il ne refusa pas d'admettre dans sa prison le délégué de Tarchevèque de Paris. Un ordre de Pontchartrain au gouverneur deVincennes est ainsi conçu : « A Versailles, le t *' avril 474 0: llonsieur le cardinal deNoailles doit envoyer èVincennes un de ses grands vicaires, pour recevoir la déclaration du P. Gerbron (sic) concernant sa doctrine. Le roy souhaite que vous Ty laissiez entrer pour cela, autant de fois qu'il sera nécessaire. Je suis, monsieur, tout à vous, PoNTCBARTBAiN (2). » Ccttc déclaration fut reçue (3), et UD ordre du roi vint mettre Gerberon en liberté. Il sortit de Vincennes le 25 avril, et fut reçu par le général de son ordre, le P. de Sainte-Marthe. Celui-ci le conduisit à Saint-Germain-des-Prés, et exigea de lui la ratification des actes qu'il avait signés dans la prison. A ces ordres Gerberon ne fit aucune résistance, et donna toutes les signatures qu'on lui demanda. Mais quand il eut

(1) Manuscrits de la Bibl. Nat., Suppl. Franc., n» 8262.

(2) Manuscrits de la Bibl. Nat., Suppl. Franc., n^ 8262.

(3) Cette déclaration de Gerberon se trouve dans plusieurs recueil du temps. Nous ne désigpaerons que le manuKrit de la Bibl, Nat. Sopplém. fr., n« 8664 (i)

404 OABuii. «mnoii.

respiré l'air de la liberté, quand il eut retrouvé quelques farces, il regretta bien vivement d'être sorti de Vin* oennes au prix d*nn humiliant e( coupable désaveu. » Je supplie, dit-il, dans Tabrégé de sa vie, toutes les personnes qui verront mes signatures, que M. larchevèqu^ a rendues publiques, de remarquer : l* que j*ai déclaré* en termes exprès que je ne signois que pour rendre à l'Eglise la soumission que ses enfants lui doivent; V que M. l'archevêque de Paris m*a fait dire très positivement qu'il ne demandoit de moi nulle soumission intérieure, que pour ce qui a été condamné dans les cinq propositions; 3* que je n'ai point signé» ni reconnu quej*eusse jamais enseigné de doctrine qui fût véritablement une erreur; 4* que, par conséquent, je n'ai nullement renoncé à la doctrine de saint Augustin, qui est celle de l'Bglise, louchant la prédestination et la grâce... ■ Il mourut le S9 mars 1 7H , âgé de quatre-vingt-deux ans, à l'abbaye de Saint-Denis.

Nous n'avons pas achevé la nomenclature de ses ouvrages, il nous reste k désigner ceux qui sont demeurés inédits , et ceux qui lui sont attribués dubitativement pardom Lecerf et par dom Tassin.

A la première de ces catégories appartiennent : l* Let Aventures de dom Gabriel Gerberon^ relation abrégée de rhistoire de sa vie, qui se trouve dans un grand nombre de bibliothèques bénédictines (I ): V Lettre à M. Claude^ ministre de Charenton^ restée manuscrite, suivant dom Tassin, dans les papiers de M. Lenoir,théolog.il de Séez; 3* Trou Dialogues, ou Conférences de Dames savantes contre le P. Alexandre, dotninicain; i* Nouvelle hérésie

(1) BUa. Ntt. R^ido de Stial-Gcimun, pMiiiel 5, n« S, art 7,

•ABinL «nBBRON. iû8

du Heur Martin Bibemois dénoncée au pape Clément X/, ^ écrit peut«ètre imprimé, mais nous ne savons à quelle date eC en quel lieu ; 6* Lettre au A. P. Le Massm, " général des Chartreux; en latin et en français; 6* InS' * tructianssurlaGràce selonrEcritureetlesPères;T Lettre de consolaHon aux Auteurs catholiques qui ont été • flétris à Rome ; 8« Divers écrits, sans titres connus, en bveor de la doctrine deFénélon sur le pur amour; 9* £ttaniesde la Grâce, en hollandais et en français; 4 0* Notationes in notionem libertatis a doetore Amaldo in ejus Idea delineatam; 1 4* Lettre d^un Jésuite de Paris à un Jésuite de Flandre^ sur le changement d^idée deM. Ar~ nauld: iV Vie de Jésus Christ; «a"» Abrégé de la Vie de Jésus-Christ; 4 i* Phantasma Baianismi revelatum et disiipalum quo ostendiiurfidem et famam Michaelis Baii esse integram et sanam; 4a«Un immense rocueil de pièces poar l'histoire du Jansénisme auquel il avait donné le titre à* Annales; 4 6* Ouvrage dans lequel on montre, etc. , écrit ayant pour objet de prouver que les cinq propositions ne se trouvent pas dans YAugustinus de Tévéque dTpres; 47* Christusnonestmortuus pro c^emasalute singulomm; 4 s« DiscordiœJansenianœ enarrator ad eruditissimum D. /. Opstraet; 4 9* Resp(msum ad discordiœ Jansenianœ enarrator emdispunctum; ^O^OccasusJansenismi; %^'D,Steyaerlsmor(nisetRemedium; %%* Responsumadquœdamqvœsitadrca Formularium; 23" Ultre auP. lele/Zter. con/èsseur du roi, du 4 5 avril 47lO;2i*£e<- /ref au cordtna/ (/6 iVoat/fes, Tune du 4 5 . Tautre du 22 a vril (4740); 25* Lettre au pape, en latin, du 46 août 4740; 26* Vain triomphe de M. le cardinal de Noailks^ 1740. Parmi les ouvrages attribués sans preuves suffisantes à Gabriel Gerberon, dom Tassin mentionne : 4« Entre-

106 GABIUL flIUEBOH.

tien de Theotime el de PhUo/risle sur V Alliance de la Liberté aïoec la Grâce, Si dom Taatîo avait eu aous les youx TédilioQ du Juste Discernement • publiée par Jacques de Valé eo 1 691 , il n'aurait pas élevé de doutes sur la légi • timité de oelta attribution : VBnirelien de Theotime ei de Philcpiiie est, en effet, un des ouvrages que Gerberon a réunis dans cette édition, sous la titre commun de Juste discernement. On y trouve encore une traduction que dom Taasin n'a pas connue : c'est une assez longue Prière ezIrailA du traité de Thomas Bradwardin qui a pour titre De Causa Dei. V Solution de divers Problèmes très importants pour la paix de l Eglise , tirée du Problème Ecclésiastique: Cologne IG99, io-IS ei suite de la sohUion de divers Problèmes, eic, etc.; Cologne, 4700, in- 12* L'abbé Goujet donne ces deui ouvrages a Ger* beron, et dom Tassin ne sait ni confirmer, ni contredire l'opinion de l'abbé Goujet. Nous avons lu ces ouvrages, ainsi que la lettre du P. Daniel i l'archevêque de Paris, où sont dénoncées ce qu*on appelle les calomnies et les impiétés de la Solution , et nous y avons trouvé peu d'édaircissemenls. Il vsi vrai que l'auteur de la Solution, à la page 94» raconte une aventure relative à la traduction du traité de saint Bernard sur la Grâce et le Libre- Arbitre, et que cette aventure ne pouvait èlre connue de personne aussi bien que de Gerberon. 3* Apologie pour le Problème Ecclésiastique y avec la Solution vérita"^ 6/e, contre la Solution de divers problènus. Nous n'avons po renoonter cet ouvrage; mais il parait nsses, par sou titre, qu'il ne peut être d'un disciple de saint Augustin. i* Lettre à la sœur Ide Le Vasseur, religieuse de P. R f exilée. Dom Tassin semble autorisé a restituer cette lettre à l'abbé Bocharide Saron.

Nous avons enfin achevé cette notice sur la vie et les œuvres de Gabriel Gerberon. Appelé par la nature èl par les habitudes de son iotelligenco aux rudes labeurs de l'érudition et delà critique littéraire, Gerberon ne put saivre sa vocation. 11 aimail le silence et la retraite; il fut entraîné dans une tumultueuse mêlée : il avait formé, dès sa jeunesse, de graves et beaux projets dont l'cKécutioB devait occuper sa vie entière et illustrer son nom; à peine en avait-Il réalisé quelques-uns» qu'il se vit oon* traini d'employer toutes les ressources, toute l'énergie de son esprit à produire de ces petits livres que le pu* hlic lit avidement et qu'il rejette aussitôt, écrits éphémères qui ne sont pas nés pour survivre aux passions qui les ont inspirés. Il est assurément permis de regretter que l'habile éditeur de saint Anselme se soit désisté de ses vastes entreprises, laissant à d*autres la gloire de publier les œuvres d'Hervé de Bourgdeols et de saint Augustin ; mais il ne fout pas que ce regret se traduise en injustes reproches. Si Gerberon avait eu moins de cœur, les circonstances n'auraient pas fait de lui un hommede parti. Il conviendrait peut-ètreqa'on fûtmoins prodigue d'éloges pour ces prétendus sages qui, fermant leurs oreilles à tous les bruits du dehors, leur Ame à toutes les émotions, se font une pacifique Thébaïde au milieu de notre société militante, afin d'y vivre pour euxmêmes et de n'avoir d'autre affaire que leurs études et leurs travaux. Cette insensibilité n'est pas exempte d'égoKftme. Horace l'appelle une vertu ; elle serait mieux placée dans la catégorie des vices. Gerberon sacrifia ses goûts à ses devoirs. Un ordre puissant, qui tenait les rois en tutelle et les papes en servitude, prétendait imposer à toutes les consciences chrétiennes ses opinions parti-

106 TTB8 BACBBLOT.

euliéres, et s'élablir l*arbilre souverain de rorlhodoxie : GerberoQ penaa qu'il dévail résister è cette prétention ioeolente, et, sans envisager les périls au devant des* quels il allait courir, sans se demander s*tl n'allait pas échanger une existence douce et facile contre les angois* ses de l'exil e( les tourments de la persécution, il éleva la voix, e( protesta. Nous ne savons qu'applaudir à cette conduite courageuse. Des deux partis engagés dans cette violente controverse, lequel défendait la meilleure thèse? Nous ne sommes pas curieux de le rechercher : il nous suffi! de savoir que la lit)erté de conscience avait pour défenseurs les adversaires des Jésuites. Ainsi Gerberon a souffert pour la bonne cause. C'est un hommage qu'il nous plait de rendre à la mémoire de ce martyr.

BACHELOT (Yv£s).

Voici dans quels termes s'exprime sur son compte un de ses contemporains :

« Ives Bacbelot, né à Laval, le 25 novembre 4700, prH l'habiC des chanoines réguliers de la Congrégation de France, dans l'abbaye de Toussaint d'Angers, et y fit profession le 3 novembre 4720. L'abbaye dePainpont en Bretagne vit éclore ses premières indinalions et particulièrement ce goût pour la reiraiie, qui, jointe l'amour qu'il avait pour sa patrie, Tempècha d'occuper les places dont ses talents et sa régularité le rendoient digne. La majeure partie de sa vie s'écoula dans les maisons da Port'Ringeard, de Rillé, près Fougères, et de Sainte* Catherine-de-Laval. Il avoit demeuré à Troyei dans sa

jeliDesse, et y avoH connu le fameux abbé Duguel. Na* turellemeoi vif et gai par caractère, il préfcroit la poésie à tout autre genre de sciences. Elle fil son arouseiAent dans les demeures tristes où son propre choix i'avoit conduit. 11 acheva dans la solitude du Port-Ringeard un poème qu'il a voit ébauché dans les bois et le désert du Plessis-Grimould. Cet ouvrage a rapport à la Constitution et est intitulé : Lettres d*im Abbé àûndesesamis au sujet de la buUe Unigenitds. Ces lettres, qui .sont au nombre de sept, renferment plus de six mille vers, et présentent Thistoire entière du jansénisme et du molinisme. Les faits y sont classés avec méthode et traités assez légèrement. De temps en temps on rencontre quelques saillies qui font oublier la sécheresse du sujet. M.Bachelot mourut à Laval en 1773, après avoir longtemps souffert d^une maladie de nerfs (4). »

Cette notice d'Ansard contient tout ce qui nous est transmis sur Ives Bachelot. Ses Lettres ne se retrouvent plus.

LEROUX (Philipp£.)

Philippe LEROUX, né au Mans, fut reçu de la nation de France le 2i mars 171 1. C*élait un habile humaniste. Dés le mois de janvier de celle année 174 i, il professait rcloc|uence au collège de Navarre, et l'on sait que, dans ce collège privilégié, on n'admettait au nombre des régents que des personnes éprouvées* H a fait impri-

(I) Ansart, Bibt. Litt. du Maine^ p^;. 79.

iîo hÛbs de la vwMri.

mer quelques poésies. Academiœ ob gratmiam juven- UUi$ msUtulùmem Ode gratulatoria groKO-ltUma; 4719, iiHi'.Ge sool deux odes, Fuds grecque, l'aulre latine, luoe et Tsulre eu strophes de huit vers. — Ku^ç«Im mI iMum^axvtm n6(itakik, ù'^; Paris, Quillau, 4 72i,io-rol. ; deux autres odes, Tune en grec, Taulre en latin, k redresse du très reuommé el 1res illustre Portail, président au parlement de Paris. — Ad Ntxvarram, atm ad iUiuM r$giœ domuimoderamm accasit emmmtiis, S. R. S. Cordinatis Andrœas^Hercules de Fleury Ode grahi^ laioria (4729), in-l*. Cette ode fut distribuée au collège de Navarre le jour de rentrée du cardinal, le 20 juiU lot 4729 (t). — Ad Gallot m recenteni serenissimi Del* fMniortum Ode {grœcchlaiina); Pari»iis, Thiboust, 471 9, in-4*. U sufBt de mentionner ces opuscules.

HUES DE L\ FERTË.

C*cst le nom d*un trouvère du xui' siècle qui se rendit célèbre par so.^ déclamations lyriques conlre la reine Blanche et Thil)aud de Champtigne. Lorsque M. Paulin Paris publiait te Romancero français, il pens«iil qu*HUËS DB LA PERTE devait ap|wirlcnir À Tillustre nuii!H)n des Coucy, seigneurs de la Ferlésur-Jouarreetde la Ferté- Milon; mais c*est une opinion que M. Paulin Paris at>andonne aujourd'hui, et, dons te wit* volume de YUû* toire Littéraire de la France, il Ih reclificra, pour compter

'1) Notes manaynle* de Vàbbé Dn»uin pour une Histoire du o»!lèi^e de Navarre. Bil>l. Nat.

Hues de la Perte parmi les sires de la Ferté-tiernârd. Celte obiigeanle communication nous ayant été faite par H. Paulin Paris, nous avons pensé que le nom du sire de la Ferté-Bernard devait se rencontrer dans quelques anciens titres, et voici les renseignements qui nous ont été fournis h cet égard par les tables de dom ViilevieiJIe.En 4220, Hugues, ou Huesde la Ferté-Bernard, est témoin d'un accord entré Tabba^sô du Ronceray et Guy de Pocenière, sire de Rochefort (4 ] : la même année, il donne à Tabbnye de Bonlieu quinze sous de rente siir la prévôté de la Ferté-Bernard, pour le salut de l'âme de Guillaume des Roches, sénéchal d^Anjou (2) : enfin, •n 4S33, il fait un accord avec le prieuré de Cherré, dans lequel il renonce à quelques droits (3) . Ajoutons que nous avons récemment découvert un autre Hues de la Ferté, dans la liste des seigneurs McmsiaxAX, qui se rendirent en 4302 au campd*Arras, par les ordres de Philippe-le-Bel (4). C'était sans doute le fils de notre trouvère.

Hues de la Ferté est autour de trois chansons, ou sirven/M, qui ont pour objet la critique des mœurs ou des entreprises de la reine Blanche. Elles ont été publiées, d'après les manuscrits de la Bibliothèque Nationale, par M. Paulin Paris, dans le Romancero français (5), et par H. Leroux de Lincy, dans son Aectiei/(/65 c/ian^shisforfques (6).

li) Archiv. de Tabbaye du Rooceray. (Dom Villevieille» MSS. de la Bibl. Nat.)

(2) ArcbiT. de Tabbaye de Bonlieu. (Dom Villevieille. }

(8) Arcb. de Fabb. de U Couture. (Dom VilleTidlleO

(4) IISS. de la Bibl. Nat. Recueil de Tabbé de Camps, tom. 88.

(5) Pag 466-203, avec un commentaire très étendu*

(6) Tom. 1, pag. 165-175.

lit BHHIBD M LA WMMtà.

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