‹ Histoire littéraire du Maine. Nouvelle édition. Tome secondChapitre 16 sur 32 · FRANÇOIS BINET · texte numérisé non relu

FRANÇOIS BINET

lumières du bon sens les premiers principes sur lesquels sont fondées les vérités de la religion, etc., etc. Cet ouvrage avait étéimprimé dès l’année 1693, puisqu'on en saisit des exemplaires à Tours, dans la visite domiciliaire qui eut pour objet la Bête à sept têtes ; mais, durant sa persécution, l’auteur ne voulut pas le livrer au public, craignant sans doute les interprétations malveillantes. Il ne s’y trouvait toutefois, comme il semble, rien qui pût le compromettre, car, soumis au contrôle des censeurs, ce livre fut par eux approuvé. Pierre Billard mourut à Charenton, au mois de mai de l'année 1726, âgé de soixante-treize ans. Il fut enterré dans le chœur de l'église de Saint-Maurice. Il laissait un grand nombre de manuscrits dont voici les titres : Perpétuile de la religion chrétienne ; Traité sur les huit Béatitudes ; Conseils de la piété; Traité des grandeurs de l'Eglise; Traité de l'Incarnation. Il avait, en outre, presque achevé divers opuscules sur la spiritualité de l'âme, sur l'union de l'âme et du corps, sur la question des faits, sur les habitudes.

BINET (FRANÇoIs).

On ne sait rien sur François Biner, si ce n'est qu'’étant prêtre habitué de l’Église du Mans, il composales

Hymnes en l'honneur de sainte Scolastique qui se trouvent dans le Bréviaire du diocèse. Ces Hymnes, au dire d’Ansart, ont été traduites en vers français par un sieur Fournier, avocat. François Binet vivait au dix-septième siècle. On ignore le lieu de sa naissance. La traduction de ses Hymnes parl'avocat Fournier est restée sans doute inédite.

BLAISE (n'Evron).

BLaise d'Evron a traduit du latin de Paul Jove: Les éloges et vies brièvement décrites sous les images des plus illustres hommes de querre antiques et modernes, elc., etc. ; Paris, Galliot du Pré, 14559, in-4°. L'épitre dédicatoire, datée de Paris, le 43 juillet de la même année, est adressée au cardinal de Lorraine. Cette traduction, mentionnée par La Croix du Maine et par Du Verdier, est devenue très-rare. Il y en avait au siècle dernier un exemplaire chez lés frères Mineurs du Mans.

BLANCHARDON DE MOZÉ.

Nous ne saurions rien ajouter à la notice publiée

par Ansart sur cet écrivain. Voici les termes d’Ansart :

« BLANCHARDON de Mozé, contrôleur des guerres, ancien directeur de la Société royale d'agriculture, au bureau du Mans, est auteur de plusieurs mé- « moires intéressants sur l’art de cultiver les terres. « Ces mémoires n’ont eu d'autre publicité que d’avoir « été lus dans lesséances publiques de cette Société. » Il est possible qu'ils soient encore ensevelis dans ses archives.

BLONDEAU (crane) (1).

Claude BLonpeau, né au Mans, dans la première moitié du dix-septième siècle, embrassa, par goût pour la dispute, s'il faut en croire ses ennemis, la profession d'avocat. Eut-il quelques succès sous la robe? nous l'ignorons. Rien ne nous a été transmis à ce sujet. Bodreau ne le cite pas et Mathurin-Louis

(4) C'est à tort que plusieurs bibliographes «nt donné à notre Blondeau le prénom de Charles; il s'appelait Claude, et ce prénom de Charles ne se trouve dans aucune des pièces que nou avons eues sous les yeux. Il faut bien se garder de le confondre avec deux de ses contemporains, Claude Blondeau, chanoine de Besançon, auteur du Triomphe de la charité, et Claude Blondeau : avocat, un des fondateurs du Journal du Palais. |

des Malicottes ne le cite qu’une fois, à la date du 24 mai 1647 (1). Il était alors avocat au siége présidial du Mans. Nous apprenons en outre qu’en l’année 1665 on le comptait au nombre des procureurs postulants au même siége (2).

Il occupait donc cette charge quand il publia le premier de ses opuscules, qui a pour titre: Les Portraits des hommes illustres de la province du Maine ; Le Mans, Isambart, 1666, in-4°. Il avait remarqué dans l'histoire, dit-il, tant de choses à l'avantage du Maine, il y avait trouvé la matière de tant d'apologies glorieuses pour cette province, qu'il lui semblait étrange que personne n'eût encore « voulu donner ses « veilles à un travail si utile et si divertissant. » Cependant il n'y consacra pas ses veilles, mais ses loisirs : persuadé « que la plus ingrate et la plus inu- « tile de toutes les occupations est celle de faire des «livres, » il se fût bien gardé d'employer à un tel labeur un temps aussi précieux que celui du sommeil. Ces façons de parler de Blondeau sont aussi impertinentes que maladroites. On est toujours prévenu contre un artisan qui affecte de dédaigner son métier : il est à croire qu'il n'y excelle pas, et qu'il garde le ressentiment de quelque blessure faite à son amour-propre par un arrêt du juge souverain. Ce qui nous engage

(1) Louis des Malicottes, Remarques, p. 65.

(2) Je trouve ce renseignement dans un imprimé de l’année 1665, qui est à la Bibl. du Mans, n° 70490, T. (Hiscell.)

encore à suspecter la bonne foi de cette dédaigneuse sentence, c’est la terreur qu’inspirent à Bloudeau les critiques de profession. Non-seulement il a édité ses Portraits sans nom d'auteur, pour se tenir « quelque «temps caché derrière son ouvrage, » mais il n'en a publié que trois, réservant les autres en portefeuille, bien qu'ils fussent, dit-il, achevés. Ces trois portraits sont ceux d'Ambroise de Loré, de Glapion et de Gervais Lebarbier, sieur de Francourt. Il se proposait de parler non-seulement des notabilités littéraires du Maine, mais encore de tous les hommes qui, nés dans cette province, avaient acquis un certain renom comme gens de robe ou comme gens d'épée. Nousavons la table des portraits qu'il devait successivement exposer au public: cette table est fort incomplète; elle nous donne néanmoins à regretter les notices inédites, dont Blondeau parle ainsi dans un autre de ses opuscules : « Les Cazet de Vautorte, Aubery du Maurier, « Rivault de Fleurange, etc., etc., seraient dans l'ob- « securité du tombeau.…., si notre ami, par ses veilles et « par ses soins appliqués, n'avait recueilli de tous « côtés les plus considérables actions de ces grands « hommes pour les faire passer à la postérité. » Soyez d'accord avec vous-même, M° Blondeau. Là, vous affectez une feinte modestie, un dédain sans franchise pour les résultats tels quels d'un pénible labeur ; ici, vous prisez votre œuvre au delà de ses mérites, vous tombez dans le travers d'une ridicule vanité !

Blondeau a donné pour introduction à ses Portraits une dissertation sur l'histoire de France qui est des plus curieuses. Suivant l’auteur, la principale gloire de la république romaine n'est pas l'ouvrage de ses grands capitaines, de ses hommes d’État, de ses vertueux citoyens, mais de leurs biographes. Tite-Live et Tacite ont dressé des autels pour des dieux de fantaisie, et le talent littéraire dont ces historiens ont fait preuve, dans leurs narrations et leurs apologies, est beaucoup plus remarquable que les gestes qui leur ont servi de matière. Cette proposition n'est pas absolument fausse, mais il faut savoir comment l’auteur la développe. Après avoir comparé Charlemagne à César, Dunois à Camille, saint Louis à Auguste, les volontaires des Croisades à Mutius Scævola, et Gaspard de Coligny à Scipion l'Africain, il met en parallèle la bataille de Dreux et la bataille de Philippes, le combatdes Horaces et des Curiaces et la rencontre, à Saintes, de sept cavaliers français et de sept anglais. Ces rapprochements sont, pour la plupart, étranges et inattendus. Mais ceci l'est plus encore. Ce n’est pas seulement sur les champs de bataille que les modernes ont égalé les anciens : au jugement de Blondeau, Malherbe vautbien Horace, tous les poëtes du siècle d'Auguste sont surpassés par M. Corneille, les Grecs et les Romains n’ont rien de plus achevé en fait d'éloquence que quelques harangues de M. Le Maistre, et « les bons mots de Plaute (nous « citons textuellement), toutes les railleries d’Aristo-

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« phane ne sont que de misérables sornettes, que de « basses et grossières bouffonneries, si l'on les oppose «aux ingénieuses comédies de M. Scarron, et à cette « inimitable Gigantomachie. » Voilà, certes, un zélateur bien passionné des beaux esprits modernes. S'étonnera-t-on maintenant, s'il ne trouve en Lucain d’autres beautés que celles dont tout l'honneur revient à Brébeuf, et s’il place résoläment les annales de Mézeray au-dessus des Décades de Tite-Live? Telle est, en effet, sa conclusion.

Nous voudrions bien, pour notre part, établir quelque comparaison entre les trois notices publiées par Blondeau et la Vie d’Agricola ou les éloges de Quinte- Curce ; mais, de bonne foi, nous ne le pouvons. Cependant il y a, dans ces notices, de bonnes parties, une certaine solennité de style, une appréciation des faits assez équitable, et d'utiles renseignements que nous mettrons à profit lorsque nous parlerons de Gervais Lebarbier et de Glapion. « Blondeau, nous dit « Ansart, a passé pour avoir beaucoup d'esprit, mais « véritablement il n'avait que de l'imagination. » Ce jugement est trop sévère. Ce n'est pas l'esprit qui: peut faire défaut à un écrivain passionné pour Balzac, pour Costar, et quise propose de les imiter; c'est plutôt le bon goût.

Blondeau avait osé louer, dans ses notices, le protestant Gervais Lebarbier, dont la mémoire avait été flétrie par une sentence judiciaire. 11 acheva de sou

lever contre lui les catholiques, lorsqu'il publia l'écrit suivant : l’Invasion de la ville du Mans par les religionnaires en l'année 1562; au Mans, Peguineau, 1667, in-8°. On racontait que le séjour des protestants dans la ville du Mans avait été signalé par d’affreuses déprédations ; on leur imputait une foule de crimes plus ou moins vraisemblables. Blondeau eut le courage de contredire la tradition. Sans nier les faits réels, c'est-à-dire le pillage de quelques abbayes, la dévastation des églises, quelques délits individuels dont la responsabilité ne peut être équitablement attribuée aux partis, il fit le récit des événements avec une entière indépendance, sans plus ménager les catholiques que les protestants. Cela ne convint pas à tout le monde. Ce que les catholiques lui pardonnèrent le moins, ce fut d'avoir raconté comme un fait naturel la retraite précipitée des protestants, le 41 ou le 49 juillet 4862. Maîtres de la ville du Mans, les calvinistes y avaient comprimé toute résistance, quand on les vit un certain jour, sans motifs connus et comme pris d'une subite terreur, traverser la Sarthe au Pont- Ysoir, et quitter la ville pour n'y plus revenir. Or, en ce jour, les catholiques célébraient la fête annuelle de sainte Scholastique, sainte particulièrement vénérée dans l'Église du Mans ; on n’hésita donc pas à croire que la retraite imprévue des protestants avait été l'œuvre mystérieuse de la céleste patronne, et cette croyance devint traditionnelle. Blondeau rejeta ce

prodige. On ne savait comment expliquer la fuite des religionnaires : rien pourtant de plus simple, suivant lui, que cet événement. Une armée redoutable, conduite par le duc de Montpensier, allait entrer dans le Maine. Les catholiques avaient d'ailleurs des intelligences dans la ville du Mans: par intimidation ou par séduction, ils avaient gagné plusieurs officiers des légions protestantes, gens propres à tous les rôles, qui, dans les discordes civiles, changent volontiers de parti, et l'on redoutait quelque surprise nocturne, quelque massacre, suivant les avis donnés par les confédérés du Poitou et de la Normandie. Tels ont été, suivant l'historien, les motifs, les seuls motifs d'une retraite qui s’est d'ailleurs effectuée sans trouble, sans désordre.

Comme le miracle de sainte Scholastique était, pour l'Église du Mans, un article de foi, elle ne put supporter qu’un avocat eût pris la liberté de nier ce miracle. Un curé de Moulins, près Alençon, François Bondonnet (1), neveu de l'historien des évêques du Mans, se chargea de défendre la tradition compromise par les blasphèmes de Blondeau, et dans ce dessein publia, sous le voile transparent de l'anonyme, une lettre intitulée: Lettre du sohtaire Philalithe. Blondeau lui répliqua sur-le-champ dans une brochure dédaigneuse dont voici le titre: Philalite confondu, ou le faux

(ft) Voir la notice de cet écrivain manceau.

LA

ami de la Vérité; 1667, in-8°. Fr. Bondonnet revint au combat. Il n'avait pas affaire à un contradicteur commode; mais une foi vive connaîit-elle le danger? Aux censures de Blondeau Bondonnet oppose des invectives et des raisons plus ou moins valables, dans un autre pamphlet, qui a pour titre : Le triomphe de sainte Scholastique. Aïnsi finit cette controverse, qui dut causer une assez vive agitation dans la ville du Mans.

Les ecclésiastiques se prononcèrent pour Bondonnet, mais il paraît que Blondeau trouva, parmi les laïques, de nombreux partisans. Que si pourtant ceux-ci le blàmèrent eux-mêmes d'avoir combattu sans ménagements une opinion consacrée par la liturgie diocésaine, ils lui pardonnèrent bientôt d’avoir commis cette irrévérence, car, aux élections de l’année 1672, ils le nommèrent échevin.

Blondeau ne remplit cette charge, suivant la coutume, qu'une année; mais s’il avait cessé d'être, en l’année 1675, un des administrateurs officiels des affaires municipales, il s’en occupait encore, ou, du moins, passait pour s’en occuper. Il s'agissait alors d'établir un tarif dans la ville du Mans, et, tandis que la question était soumise aux délibérations du conseil d'État, durant les premiers jours du mois d'avril 1675, Blondeau fit un voyage à Paris. On ne chercha pas longtemps le motif de ce voyage. Blondeau s'étant prononcé pour le tarif, on dit aussitôt qu'il avait été

plaider lui-même, devant les conseillers de la couronne, une cause toujours suspecte, la cause du fisc, et les esprits s'échauffèrent contre lui. Il paraît que cette affaire agita surtout le clergé, qui, dans l’établissement éventuel d'un tarif, voyait la suppression de ses priviléges. Une réunion générale du clergé de la ville du Mans eut lieu sous la présidence de l'abbé Levayer, doyen de Saint-Pierre, et, dans cette réunion, il fut décidé que l’on s’opposerait avec énergie à l'exécution de ce projet calamiteux;. l'assemblée des paroisses du Mans, convoquée le 28 avril, fit une semblable déclaration. Désintéressée, d’ailleurs, dans la question des franchises ecclésiastiques, la population indigente de la ville du Mans fut elle-même ameutée contre le tarif par de sinistres menaces: des agitateurs parcoururent la ville, disant qu'appauvrics par le retrait de leurs exemptions, les maisons religieuses ne pourraient plus à l'avenir transformer en aumônes publiques l’excédant de leurs revenus. Et, comme on désignait au nombre des partisans les plus zélés du tarifun sieur Mieuzet, une demoiselle des Angevinières et Claude Blondeau, quelques gens des faubourgs, soulevéscontre eux, annoncèrent hautement l'intention de les maltraiter.

La maison de Blondeau était située rue Bourgeoise. Dès le dimanche 28 avril, des furieux parlèrent d'en faire le siége et de la mettre au pillage. En l'absence de Blondeau, la demoiselle de La Ronserais, sa fille,

et le sieur Garnier, son beau-frère, prirent aussitôt les précautions que leur recommandait la prudence : dans la nuit du dimanche au lundi, ils firent enlever de la maison menacée tous les objets précieux qu'elle pouvait contenir, argent monnayé, vaisselle d'argent, cassettes, tapisseries, linge et papiers; une partie de ces objets fut cachée dans la sacristie du couvent des Ursulines, attenant à la maison de Blondeau. Puis ils établirent dans cette maison quinze jeunes gens bien armés et résolus à se défendre contre toute agression. L'administration ne prit, de son côté, quoique bien avertie, aucune mesure. Elle ne sut d’abord rien prévenir, comme plus tard rien réprimer.

Le lundi 29 était jour d'aumône à l’abbaye de la Coûture. Suivant l'usage, toute la population nécessiteuse des faubourgs se rendit aux portes du monastère, et l’'aumône fut distribuée. On dit que, durant cette distribution, des moines furent vus excitant le peuple à la sédition et le provoquant au pillage. Mais ce dire n'a pas été justifié par des preuves suffisantes. Ce qui a été reconnu, même par les moines de la Coûture, ce qui a été prouvé par l'information judiciaire, c'est qu'un sieur Guitton, serviteur de l'abbaye, qui remplissait quelque office dans la distribution de l'aumône, fut un des principaux instigateurs du désordre. On ajoute qu'un des jeunes gens caserné dans la maison de Blondeau, le nommé Mathurin Lottin, sortit de sa retraite, impatient de savoir Ce qui se pas-

sait aux abords de [a Coûture, où, disait-on, on proférait des menaces forcenées contre l'avocat du tarif, et qu'étant venu se mêler à la foule tumultueuse, ildit imprudemment : — « Accourez tous à la maison de « Blondeau ; vous y trouverez M'e de La Ronserais, qui « vous donnera des sous marqués. » Quels qu’aient été ses propos, il fut suivi, lorsqu'il se retira, par quelques misérables, et avec eux se dirigèrent vers la rue Bourgeoise les gens ameutés par Guitton, par Jeannin, par Cadieu, moins avides de sous marqués que de vengeance. Quand on fut venu devant la maison de Blondeau, on commença par en briser les vitres à coups de pierre. À cette première attaque les assiégés, auxquels Lottin était venu se joindre, répondirent par un feu bien nourri. On vit alors tomber sous les balles meurtrières une pauvre femme enceinte et un Jeune ouvrier serrurier. Bientôt l'alarme est dans toute la ville.

L'autorité commence alors à s'émouvoir. N'ayant pu ne pas entendre les décharges de la mousqueterie, le lieutenant général Jacques Levayer sort cffaré de sa demeure et se rend à l'hôtel de ville, allant y chercher un conseil. Chemin faisant, il rencontre le sieur La Rivière, bailli de la prévôté, qui revient de la rue Bourgeoise, et, l'ayant abordé, l'interroge. La réponse du bailli n’est pas rassurante ; il a voulu parler, on ne l’a pas écouté. Levayer entre alors à l'hôtel de ville et fait mander le prévôt de la province. En son absence,

son lieutenant, le sieur dePresteau, s'excuse d'abordde ne pas venir ; ilest officier du roi, et ni l'honneur ni les intérêts du roi ne sont engagés dans l'affaire: en conséquence il croit devoir rester chez lui. Cependant, sur les instances réitérées de Levayer, il arrive, et bientôt après se mettenten marche les premiers magistrats de la ville, le lieutenant général Jacques Levayer, le conseiller du roi Denys Chouet, le procureur du roi, les échevins Lejariel du Bary, Leroyer d’Arthezé et le lieutenant du prévôt, escorté de ses archers.

La bataille est alors vivement engagée. Environ quatre cents individus, mendiants ou compagnons de boutique, armés de bâtons, de pieux et d’autres instruments de siége, ébranlent la porte de Blondeau qui résiste encore : de temps en temps des coups de feu partent des fenêtres, et les cris des assiégeants, des assiégés se confondent. À l'abri des projectiles meurtriers, les magistrats intercèdent. On ne veut pas de tarif ; tout projet de tarif est, ils le jurent, désormais abandonné. Qu'on cesse donc l'attaque, et que chacun rentre en paix à son logis. Mais quand l'autorité parlemente, on ne l'entend jamais. Malgré ses promesses, ses serments, la bataille continue, et les archers du prévôt n'étant pas assez nombreux pour faire succéder l'emploi de la force au vain emploi des prières, l'au- . torité prend le parti de laisser faire ce-qu’elle ne peut plus empêcher.

Le siége dura plus de deux heures ; enfin les assiégés, manquant de balles, prirent la fuite par-dessus les murs du jardin de Blondeau, suivis par Mie de La Ronserais, qui fit preuve, dans cette circonstance, d’un courage extraordinaire, ayant elle-même préparé et conduit la défense de ce poste périlleux. La place abandonnée, la porte de la maison cède sous la hache du tonnelier Jeannin, et les vainqueurs s’élancent dans les appartements de Blondeau qu'ils pillent et dévastent. Vers le soir, n’entendant plus aucun bruit du côté de la rue Bourgeoïise, les magistrats reparurent sur le lieu du combat. Ils n'y trouvèrent plus de combattants, plus de morts, plus de blessés, mais des gens ensevelis dans le sommeil de l'ivresse. Dans la maison, tout avait été saccagé ; les débris des fenêtres, des portes ct du toit lui-même encombraient la rue. Les magistrats, ayant recueilli des témoignages, firent aussitôt des arrestations ; Cadieu, Buttet, Deschamps et quelques autres furent arrêtés à leur domicile et conduits aux prisons.

Il y eut encore, le lendemain, quelque agitation dans la ville. On réclamait les prisonniers. Cependant les magistrats avaient enfin pris la résolution de convoquer la garde bourgeoise, dont tous les postes étaient suffisamment garnis, et la multitude intimidée se contenta d'avoir vaincu la veille. Vers deux heures, les magistrats, tout à fait rassurés, firent en corps, dans les rues principales, une promenade solennelle: aux

dignitaires civils s'étaient joints quelques ecclésiastiques, l'abbé de Beaumanoir, doyen de la cathédrale, et l'abbé Levayer, doyen de Saint-Pierre ; une compagnie de bourgeois armés leur servait d'escorte.

De retour au Mans, Blondeau exerça des poursuites contre les moines de la Coûture : il les accusa d’avoir soulevé les pauvres, et prétendit les faire condamner à des dommages-intérêts considérables. Ceux-ci protestèrent contre l'accusation, et nous possédons les mémoires justificatifs qu'ils présentèrent pour leur défense (1). Ces débats judiciaires durèrent plus d'un an. Blondeau perdit son procès contre les moines de la Coûture. Il réussit mieux dans l'action civile qu'il intenta plus tard à la commune du Mans, comme responsable des méfaits de ses pauvres. La ville fut condamnée à rembourser à Blondeau la somme de 30,000 livres. Jeannin et Cadieu, qui s'étaient signalés parmi les assiégeants par leur ardeur au combat et au pillage, furent l’un et l’autre envoyés aux galêres. On craignit pendant quelque temps de nouveaux tumultes, et, pour les prévenir, on augmenta l'effectif de la garnison : les régiments de la Couronne, d'Anjou et de Praslin prirent successivement leurs quartiers dans la ville, et vécurent chez les habitants à discrétion.

Claude Blondeau mourut au Mans le 31 décembre

(1) Nous avons emprunté notre relation à ces mémoires et au procès-verbal du lieutenant général Levayer, qui est conservé à la Bibliothèque impériale, ne 8119 des Manuscrits français.

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