BLONDEAU
Un des ouvrages qu'on a le plus goûtés autrefois dans la ville du Mans est l'opuscule anonyme qui est intitulé : La vie de M. Ragot, prêtre, curé du Crucifix, mort en odeur de sainteté le 13 mai 1683. La première édition de cet opuscule parut au Mans, en 1685, chez Jérôme Olivier ; la seconde, en 14697, chez Jérôme Pichon. D'autres éditions portent les dates de 1748 et de 1827 ; enfin un zélé bibliographe a reproduit en 4853 l'édition primitive, en y joignant une curieuse notice sur les éditions postérieures. Mais ce que nous avons vainement recherché dans cette notice, c'est le nom du pieux écrivain à qui l’on doit l’édifiante légende. Ce renseignement nous est fourni par un des correspondants de dom Colomb et de dom Rivet. L'auteur de la Vie de M. Ragot est, dit-il, un curé de Saint- Vincent, nommé Blondeau, fils de l'avocat Claude Blondeau (1). Peut-on douter de ce témoignage? Il est d’un vieillard qui a connu ce curé Blondeau, et qui, consulté par dom Rivet sur les auteurs nés dans le Maine, écrit à ce religieux, en l’année 1795, ce qu'il
(1) Mélanges manuscrits des Bénédiclins, à l'Institut de France, t. I, fol, 59,
se rappelle touchant ses contemporains. On n'a vraiment aucune raison de ne le pas croire.
BODIER (5EaN).
Jean Bonier, du Mans, philosophe, médecin du pape Jules IT, abbé de Saint-Sébastien sous les murs de Rome, mourut âgé de soixante-quinze ans trois mois et huit jours, en 1517, le 7 des calendes de juillet, et fut enterré dans l’église de son abbaye. Mabillon y vit sa tombe au mois de septembre 1685 (1), et, à la fin du siècle dernier, M. La Porte du Theil a transcrit l'épitaphe gravée sur cette tombe. La voici :
Jo. Bodier, Cenomano, pho. ac Medico insigni, cujus opera
Cum Julius IT Pont. M. uteretur, illum huic sacro di-
vi Seb. mon. abbatem præfe-
cit. Vix. an. LXXV, m. ans, d. var.
Obiit vu KI. Julii MDXVII (2).
Ce philosophe, ce médecin « insigne, » a sans doute écrit quelque chose sur la médecine ou la philosophie. Cependant on ne désigne aucun ouvrage sous son nom.
(1) Iter Ilalicum, p. 89.
(2) Biblioth. Nationale. Départ. des MSS. La Porte du Thei!, Extraits des MSS. de Rome, t. IL, fol, 92.
JULIEN BODREAU. 131
BODREAU (ouuiEN ).
Julien BoprEau, né au Mans, dans la paroisse de Saint-Benoît, en l'année 1599, fut admis fort jeune à exercer la profession d'avocat près le siége présidial du Mans; en effet, à peine avait-il atteint l’âge de vingt-un ans, qu'on lui confiait diverses causes. Ses plaidoyers eurent-ils du succès ? Nous l’ignorons; il n'est connu que par ses livres, comme jurisconsulte.
Julien Bodreau a publié trois ouvrages sur la coutume du Maine. Le premier a pour titre : Les Coutumes du pays et comté du Maine, avec les Commentaires de M° Julien Bodreau, avocat ; Paris, G. Alliot, 4645, en 1 vol. in-fol. Ce commentaire fut diversement apprécié; Bodreau fut loué par les uns et vivement censuré par les autres. Voici un quatrain qui ne lui est pas favorable :
Nos Innocents Loisirs font tort à leur auteur (4); Nos Contes sont sortis d’une mauvaise plume ; D'un semblable succès nos évêques ont peur :
Si Bodreau (2) fait bien, ce n’est pas sa coutume.
(1) Rousseau, élu au Mans.
(2) Ce vers et un autre que nous citerons plus loin prouvent que si l’on écrivait son nom Bodreau, on le prononçait Bodereau.
Ces vers anonymes, attribués à tort à Gilles Ménage, nous ont été conservés par l'abbé de La Crochardière (4). Les censeurs de J. Bodreau avaient bien quelque avantage contre lui : ses commentaires n'ont pas en effet la gravité que le sujet réclame. Que l'occasion s'offre à lui de raconter une historiette tirée de Plutarque ou de Valère Maxime, de citer quelques vers d'Ovide ou d'Horace, surtout des vers libres, il n'y manque pas ; et quand l’occasion ne vient pas d'ellemême, il la recherche ; il faut d’abord qu'il soit plaisant, et qu'il passe pour un homme d'esprit. Gette prétention, même quand elle est justifiée, ne convient pas assurément à un jurisconsulte.
Quelques renseignements sur l'histoire du Maine nous sont offerts par Les Coutumes de Bodreau. On y trouve notamment les noms de presque tous les avocats et les procureurs qui parurent à la barre du siége présidial, durant plus d'un quart de siècle : en 4619, Robelot, Lohier et Denys Lerouge (2) ; en 4620, Vasse et Julien Guittet (3); en 1629, Félix Le Maignan, Charles Debonnaire (4), André Dorion, Picard et Mezières (5); en 1638, Noel Du Val et Lancelot Bourrée (6); en 1639, Louis Duclos, Nicolas Jaros-
(1) MS. de la Biblioth. du Mans, p. 351.
2) Coulumes, p. 669. . |
(4 (3) Ibid., p. 496, 558.
(6) Ibid., p. 532.
JULIEN BODREAU. 433
say, Jean Garnier, Jean Trouillet, Pierre Pichon, Nicolas Aubert, François Duperroux, Nicolas Mestivier, Claude Chapelain, Claude Lenoir, Jacques Morin, Jean Vaigreville, Simon Legendre, Jacques de La Taillais, François Le Gouz, Louis Leroy, Antoine Roger (1), Paul Le Joyant et Laurent Menon (2); en 1642, Ambroise Ledru et Pierre Beraud (3); en 1643, Jean Buffet et Siméon Sauveur (4); en 1644, Michel Orry (5), Antoine Lusson qui plaida cette année sa première cause (6), Pierre Trouillard et Mathurin Louis, sieur des Malicottes (7). Plusieurs de ces noms appartiennent à l'histoire littéraire : il ne nous suffira pas de les désigner, comme on disait, « en tourbe; » des notices particulières leur sont dues.
On préfère au premier ouvrage de Bodreau sur la coutume ses Jllustrations et Remarques sur les Coutumes du Maine ; Le Mans, H. Olivier, 1658, en deux volumes, petit in-12. Ces Jllustrations sont un abrégé des Commentaires publiés en 1645 : on y trouve moins de puérilités; elles ont été pendant longtemps le manuel de tous les avocats au présidial du Mans et on les consulte encore quelquefois. Parmi
(1) Coutumes, p. 463.
(2) Ibid., p. 489.
(3) Ibid. :
(4) Ibid.
(5) Ibid., p. 496.
(6) Ibid., p. 154.
(3) Ibid., p. 442.
les vers adressés à l'auteur, qui ont été imprimés, suivant l'usage, en tête de son livre, en voici de burlesques :
Notre Coutume était riche, mais non pas belle, Elle avait grand besoin de tous les ornements Que Bodreau lui donne, et qui la rendent telle Qu'on lui fera la cour ès cours des parlements. Enfin notre Coutume est si riche et si belle, Que tout le droit romain a de l’amour pour elle ; Bodreau les assemble, et cet heureux hymen Mettra fin aux procès de la province. Amen.
J. Bodreau est encore auteur d'un opuscule juridique qui a pour titre : Sommaire des Coutumes du pays et comte du Maine; au Mans, H. Olivier, 1656, in-12. Mais il ne faut pas lui attribuer, comme l'a fait sans doute par inadvertance M. Narcisse Desportes, les notes ou Décisions qui se lisent à la suite des Arrêts notables de G. Louet. Ces Décisions célèbres ne sont pas de notre Julien Bodreau, mais de Julien Brodeau, avocat au Parlement de Paris, que nomme Boileau dans ces vers bien connus :
Et commentant Louet allongé par Brodeau, D'une robe à longs plis balayer le barreau.
Dans ses Hommes illustres du Maine, C. Blondeau appelle Bodreau : «excellent poëte latin et français. » Nous ne connaissons de J. Bodreau que trois épiîtres
JULIEN BODREAU. 435
en vers latins ; elles se trouvent en tête des Comies du Maine de Trouillart, de la Concorde d'Hardouin- - Lebourdays et des Remarques de Louis des Malicottes. De ses poésies françaises nous ne saurions signaler que trois strophes, adressées à Trouillart et publiées dans l'ouvrage de cet écrivain que nous venons de citer.
On n'était pas d'accord sur la date de sa mort. Renouart, Ansart et Michel Rippier, autre commentateur de la coutume du Maine, nous permettaient d’hésiter entre les années 14660 et 1666. Mais voici sur cette date un renseignement précis. Le 26 février 4729, Jean Liron, bibliothécaire de Saint-Vincent, écrivait au docte Leclerc, son ami : « Jean Bodreau, « ou Boderéau, naquit l'an 14599 ; il est mort le 43 de « juin 14662 (1). » Liron paraît avoir tiré ce renseignement du registre mortuaire de la paroisse de Saint- Benoît. Leclerc, qui l'avait demandé, se proposait-il de rédiger quelque notice sur Julien Bodreau? S'il avait ce dessein, il ne paraît pas l'avoir exécuté.
Julien Bodreau, marié avec la fille de Pierre Bérault, avocat au Mans, avait eu d'elle un fils et deux filles. Ce fils, Charles Bodreau, a fait, à la louange de son père, dix vers latins. Des deux filles, l'une épousa Pierre Bourgault, médecin, qui voulut aussi louer son beau-père, à l'occasion du même ouvrage, en
(4) Bibliothèque Nationale, correspondance du président Bouhier, t. V.
latin et en vers; l’autre fut la femme de Matthieu Chesneau, qui fit graver sur la tombe de Bodreau, le 29 mai 1663, le distique suivant :
Pax libi sit cælis, patriæ qui sæœpe dedisti Consiliis pacem, docte Bodræe, tuis!
BODREAU (CHARLES).
Charles Booreau, fils de Julien, a fait en l’honneur de son père les distiques suivants, que nous lisons en tête des Jilustrations et Remarques sur les Coutumes du Maine :
Plus præceplori quam se debere Philippo Magnus Alexander dixit Aristoteli.
Si genitor præstat vitales luminis auras, Præceptor mores format et ingenium.
Ast, pater, obstrictus gemino pro munere nuncsum, Nam tibi quod vivo debeo quodque scio.
Doctis Genomanüm commentis jura resolvis, E tenebris leges eruis arte nova.
Ergo municipes et filius omnia debent, Dum simul etnato consulis et patriæ.
Quelques-uns de ces vers sont assez bien tournés.
RENÉ BODREAU. 437
Si Charles Bodreau en a composé d’autres, nous ne les avons pas rencontrés.
BODREAU (RENÉ).
Nous ne connaissons cet écrivain que par la notice suivante de la Bibliothèque littéraire du Maine : « René Bonreau, fils de Jacques Bodreau et de Cathe- « rine Billy, n'était que parent éloigné du Jjuriscon- « sulte. Ses ouvrages, qui sont en assez grand nom- « bre, n’ont pas été imprimés, et étaient à la fin du « xvir® siècle entre les mains de M. Rivault, son beau- « frère. Voici la note des principaux : Theoremata « medica singulis morbis dicata, suo ordine disposita, « cum selectis quibusdam remediis; ce sont des extraits « de divers traités de médecine : Remedia selecta et « paratu facihia ; ce recueil est particulièrement des- « tiné aux personnes de la campagne : De mulierum « el puerorum morbis; l'auteur pense que les mala- « dies qui affligent l’un et l’autre individu ont leur « source dans la même cause, c'est-à-dire dans la « disposition des humeurs qui circulent dans le corps « de la mère : Observationes me licæ ; ces remarques « ont été faites sur les maladies qui désolèrent la
« France en 1661 et 1662 : Opuscula medica; la « brièveté ajoute au mérite de ces petits traités « qui contiennent une infinité de recettes, avec des « réflexions sur les divers tempéraments : Remarques « sur la chirurgie en général ; ces observations sont « précédées d'un discours sur la connaissance du « corps humain. La province du Maine perdit cet « excellent médecin le 4 octobre 1673. » Ansart, qui paraît n'avoir pas eu sous les yeux les ouvrages de René Bodreau, aurait dû nous apprendre qui lui a fourni ces renseignements.
BONDONNET (5ran).
Né au Mans, en 1592, dans la paroisse de la Coùture, Jean Bonponner fit profession de suivre la règle de saint Benoît, le 11 novembre 1610, chez les religieux de Saint-Vincent. Quatre ans après, en 1614, ils le nommèrent leur bibliothécaire, et il fut le premier des moines à qui fut confiée cette charge nouvelle (4). Ayant ensuite quitté sa ville natale, il fit un séjour de quelques années à Saint-Germain-des-Prés,
(1) Mélanges manuscrits des Bénédictins, à l’Institut de France, t. II, fol. 192.
JEAN BONDONNET. 139
où il exerça les emplois moins littéraires de procureur et de cellerier. On le voit ensuite prieur de Sainte- Colombe, à Sens, d’où l'appellent les moines de Saint- Martin de Séez, lesouhaitant pour abbé : mais il refuse cet honneur et revient achever sa vie à Saint-Vincent. Personne, dit-on, ne contribua plus efficacement que Jean Bondonnet, aidé de son frère, Matthieu Bondonnet, sieur de Parence, à faire pénétrer dans cette abbaye la réforme de Saint-Maur (1). Le contrat d'union fut signé en 4636. Jean Bondonnet mourut à Saint-Vincent, le dimanche 16 mars 1664, et fut enseveli dans la chapelle de Saint-Laurent.
C'était un homme pieux ; cependant, quel que fût son zèle pour le service divin, il employait au travail une part considérable de son temps. Il n'était pas un de ces dévots énervés dont l'occupation principale est Ja prière. Ayant étudié le grec et l’hébreu, il se sentit une vocation plus vive pour l'histoire, et, comme on parlait beaucoup du livre que composait un laïque, Le Corvaisier de Courteilles, sur les annales de l’évéché du Mans, il résolut de fouiller dans les mêmes archives, et de faire de son côté le même travail. Le volume de Le Corvaisier parut en 4648. Jean Bondonnet, qui avait recueilli toutes ses notes, prit aussitôt la plume pour le censurer et publia bientôt: Les Vies des évêques du Mans restituées et corrigées, avec
(1) Mélanges manuscrits des Bénédictins, 1. IL, fol, 192.
plusieurs belles remarques sur la chronologie ; Paris, Martin, 1651, in-4. Le Corvaisier n'avait pas été toujours exact ; beaucoup de lacunes et d'erreurs pouvaient être signalées dans son livre. Mais Bondonnet ne se contenta pas d'en corriger les parties fautives ; il reprocha même à Le Corvaisier d'avoir péché par excès de prudence, en rejetant plusieurs légendes qui charment trop les dévots. Ainsi Bondonnet croyait fermement à la mission apostolique de saint Julien, et Le Corvaisier en avait douté. Ce doute d’un laïque révolte un moine ; il s'emporte contre ces « esprits « subtils et raffinés, » qui, «sous prétexte d’épurer la « vérité des histoires, nient tout ce qui ne leur plait « pas (4), » renversent les traditions et inquiètent la foi par des nouveautés mal sonnantes. Nous croyons qu'ici la foi n'a point affaire. Cependant, sans nous passionner à notre tour pour l’une ou pour l'autre thèse, nous dirons simplement queles deux ouvrages de Le Corvaisier et de Bondonnet doivent être successivement consultés ; qu’il y a chez Bondonnet des erreurs mal justifiées par des textes dépourvus de toute autorité, et, chez Le Corvaisier, des contradictions qui trahissent une érudition insuffisante et des recherches trop précipitées.
À la suite des Vies des Evêques du Mans se trouve une Réponse sommaire à la defense anticipee du sieur
(4) Avant-propos.
ANTOINE BONDONNET DE PARENCE. 441
de Courteilles. C'est une dissertation de trente pages contre la chronologie de Le Corvaisier. Mais celui-ci n’était pas seul à défendre cette chronologie : ses conjectures, il l'avait déclaré, s'accordaient avec celles de Nic. Lefebvre, de Fr. Bosquet, des PP. Sirmond et Petau et du chanoine de Launoy. Bondonnet voulut prendre à partie le plus redoutable de ces historiens, et publia contre lui l'écrit suivant: Reéfutation des trois Dissertations de M° Jean de Launoy contre les missions apostoliques dans les Gaules au premier siècle ; Paris, Piot, 1633, in-4°. Ansart reproche à Bondonnet d’avoir négligé dans ce traité le fond de la question pour s'attacher à des faits particuliers d’un intérêt contestable (1). Cette critique est fondée. Comme l'ont depuis reconnu les plus illustres confrères de Jean Bondonnet, il n‘y a pas eu d'église établie dans les Gaules avant la seconde moitié du troisième siècle.
BONDONNET DE PARENCE (anroine).
Jean Bondonnet avait pour frère Matthieu Bondonnet, sieur de Parence, avocat au Parlement de Paris. CeMatthieu Bondonnet fut le père d'Antoine BoNponner
(1) Bibliothèque litléraire du Maine, p. 230.
de Parence, né au Mans le 28 septembre 1662, qui nous est recommandé dans les Mélanges manuscrits des Bénédictins (4), comme « un des plus intègres « magistrats et des plus habiles jurisconsultes de son - «siècle. » Pourvu de lacharge d'avocat du roi au siége présidial du Mans, il remplit cette fonction, au témoignage d'Ansart, « avec un applaudissement général, » pendant plus dequaranteans (2). Cette bonne renommée lui valut, en 4728, le titre d'échevin. Il a laissé deux ouvrages manuscrits. L'un de ces ouvrages est indiqué sous ce titre: Recueil des décisions et jugementsrendus ausiégeprésidialdu Mans,depuis 1700 jusqu’en1740, sur les points de droit les plus importants. Olivier de Saint-Wast a souvent cité ce Recueil dans ses Commentaires sur les coutumes du Maine et de l'Anjou. L'autre manuscrit se trouvait dans la bibliothèque de Négrier de la Crochardière, avec ce titre : Observations de M. de Parence sur les Règles du droit français de M. Poquet de Livonière, 4 vol. in-fol. (3). Bondonnet de Parence mourut au Mans, le 16 mai 1742. Son portrait est conservé dans une des salles du tribunal civil. |
(1) A l’Institut de France, t. II.
(2) Bibliothèque litléraire du Maine, p. 236. (3) Desportes, Bibliographie du Maine.
FRANÇOIS BONDONNET. 143
BONDONNET (François).
On dit ce François Bonnonner neveu de l'historien Jean Bondonnet (1). Il était dans ce cas un autre fils de Matthieu, sieur de Parence, ou son père était quelque autre frère de Jean Bondonnet sur lequel nous n'avons aucun renseignement. Après avoir obtenu le grade de bachelier en Sorbonne, François Bondonnet avait été pourvu d'une prébende dans l'église collégiale de Saint-Pierre-la-Cour. Mais préférant, il paraît, le séjour des champs à celui de la ville, il se retira dans le presbytère de Moulins.
Il administrait cette modeste cure, quand vint jusqu’à lui la nouvelle du scandale causé dans la ville du Mans, par l'écrit de Claude Blondeau sur l'invasion des religionnaires et le prétendu miracle de sainte Scholastique. S'étant donc procuré ce fâcheux libelle, il entreprit sans délai de le réfuter. Cette réfutation fut publiée en 4667, sous ce titre : Lettre du solitaire Philalithe à un de ses amis touchant le livre de l’Invasion de la ville du Mans; sans nom d'imprimeur, in-8. Il y a dans cet opuscule moins d'arguments
(4) Mélanges manuscrits des Bénédictins, à l’Institut de France, t. Il, fol. 192.
sérieux que d'épigrammes plus ou moins ingénieuses. Cependant il fut bien accueilli. Les chanoines de Saint- Pierre-la-Cour, dépositaires de la châsse de sainte Scholastique, voulurent donner au curé de Moulins un témoignage de leur reconnaissance : réunis en assemblée capitulaire, ils décidèrent que sa lettre serait conservée dans les archives de leur église. Mais Blondeau ne le laissa pas jouir longtemps de ce triomphe. À peine l’épître du solitaire eut-elle vu le jour, qu'il lui répondit. La réplique de Bondonnet, qui ne se fit pas non plus attendre, est intitulée : Le triomphe de sainte Scholastique sur les religionnaires dela villedu Mans ; au Mans, Isambart, 1668, in-4°. Nous avons assez longuement parlé de ce débat en racontant la vie de Blondeau.
François Bondonnet mourut au Mans, fort âgé, le 3 janvier 4693. Il laissait plusieurs ouvrages inédits. Nous mentionnerons d'abord La vie du venerable Joseph-Ignace Leclerc de Coulennes, contenant la pratique des vertus chrétiennes ; Le Mans, 1694, in-8°. Ce Joseph-Ignace Leclerc de Coulennes, chanoine de Saint-Pierre, était mort le 2 octobre 1690, avec la plus grande réputation de sainteté. On s'était donc empressé d'écrire l'histoire de sa vie. Dès l’année 1691 parut : Eloge du vénérable Joseph-Iqnace Leclerc de Coulennes, où l’on voit par quels degrés une âme dévote peut monter de vertu en vertu jusqu'à un parfait amour de Dieu; Le Mans, sans
date, in-12. L'auteur de cet Eloge anonyme est Aimé Morand, né à Lyon, chanoine du Mans (1). François Bondonnet, ne le trouvant pas suffisant, le retoucha. En le retouchant, en l'amplifiant sur des témoignages nouveaux, il finit par écrire sur la vie du saint homme, en un fort volume que les personnes pieuses lisent encore avec intérêt. Nous ajouterons au catalogue des écrits laissés par François Bondonnet une Dissertation historique sur le temps et le sujet de la construction de la grande tour de l'église du Mans. L'abbé Ceboy, qui lui attribue cet ouvrage (2), ne nous apprend pas qu'il ait été imprimé.
BONNET (GuiLLAUME).
On a diversement écrit le nom de famille et le nom de baptême de cet évêque. Sur son nom de famille on peut hésiter, puisque, dit-on, une pièce
(1) Cet Aimé Morand mourut le3 janvier 1704,ayant, en outre, écrit une histoire de l'église du Mans, dont le manuscrit fut donné, en septembre 1738, aux religieux de Saint-Vincent, par de Maulny, conseiller au présidial., — Mélanges des Dénédictins, t. IT, fol. 196, à l’Institut de France.
(2) Mélanges cités, fol. GO.