‹ Histoire littéraire du Maine. Nouvelle édition. Tome secondChapitre 19 sur 32 · ET · texte numérisé non relu

ET

accru par l'accroissement des revenus. Le testament et le codicille de Guillaume Bonnet ont été imprimés par Félibien (1). Notre confrère, M. Jourdain, nous en fait connaître deux copies manuscrites, l’une aux Archives de l'Empire, l’autre aux Archives du ministère de l'Instruction publique (2).

Aussitôt après la mort de Guillaume Bonnet, qui s'était réservé, durant sa vie, la jouissance des biens et des revenus affectés à sa fondation, on s'occupa de transformer son hôtelen collëge. L'édifice étant achevé, un des exécuteurs testamentaires, nommé Robert Benoît, rédigea les statuts de la maison. Nous avons ces statuts, au nombre de cinquante-quatre, qui portent la date du 30 novembre 1315. Ils ont été publiés, ainsi que les actes précédents, par Félibien (3), ct comme ils intéressent au plus haut point l’histoire de l'enseignement et même celle des lettres, nous en reproduirons ici quelques-uns.

Le collége institué par Guillaume Bonnet ne recevra que des écoliers pauvres. N'y peut être admis quiconque a plus de vingt livres tournois de revenu, soit en patrimoine, soit à titre bénéficiaire ; en doit être exclu quiconque, après son admission, voit son revenu s'élever à la somme de quarante livres.

Le fondateur avait dit que ses pensionnaires seraient

(1) Félibien, Hist. de Paris, 1. VI, p. 616, G17.

(2) Ch. Jourdain, Ind. chronol., p. 81.

(3) Félibien, ouv. cité, p. 623, 629.

au nombre de douze, et à leur entretien il avait affecté des terres arables, un petit bois et des vignes qu'il possédait à Gentilly, un cens exigible chaque année d'une maison située près du Temple à Paris, enfin, outre quelques rentes de moindre importance, soixantecinq livres et huit denicrs parisis qui lui étaient dus par le roi. Ces revenus mieux estimés, l'exécuteur testamentaire, Robert Benoît, décide que les boursiers seront au nombre de scize. Il ajoute que tout autre particulier pourra fonder, au prix de neuf livres parisis, une bourse nouvelle dans le collége, et réserve en ce cas au donateur le droit de présenter lui-même quelques pauvres écoliers, originaires du Maine ou de J'Anjou. Cette addition est empruntée aux statuts récents de deux autres collèges, celui de Coutances et celui du cardinal Le Moine.

Les autres candidats seront examinés par l'évêque du Mans et le trésorier d'Angers. Ils prouveront d'abord qu'ils n'ont plus à recevoir aucune leçon des maitres de grammaire. Comme tous les autres colléges fondés vers le même temps, celui-ci n’est ouvert que pour des écoliers ayant atteint l'âge de la déterminance. Ainsi les pensionnaires de Guillaume Bonnet étudieront seulement les arts, le droit canonique, la médecine et la théologie. Et voici dans quel ordre ils pourront successivement aborder ces hautes études.

D'abord ils étudieront les arts, c’est-à-dire la rhé-

torique, la logique, la philosophie. Tout écolier nouveau se fait inscrire parmi les artistes, ou artiens, et, avant cinq ans révolus, il doit avoir obtenu le grade de licencié ès arts ; s’il ne l’obtient pas dans ce délai, qu'il quitte le collége, car il est indigne de jouir plus longtemps de sa bourse. Quant au licencié, son droit est d'aspirer à devenir théologien, canoniste ou médecin. Cependant c'est un droit qu'il n'exercera pas tout à fait librement. La profession de médecin et celle de canoniste étant beaucoup plus lucratives que celle de théologien, il est à craindre que les jeunes licenciés ne négligent entièrement la théologie. Il est donc statué que chacun des deux diocèses ne pourra pas fournir plus de deux médecins et de deux canonistes. Que l'on n'accuse pas toutefois l’auteur de nos statuts de se montrer ici trop peu favorable, soit aux études médicales, soit aux études canoniques. Dans aucune autre maison ces études ne paraissent avoir été si favorisées. M. Thurot nous apprend, en effet, que les Facultés de médecine et de décret comptaient seulement alors, dans tous les colléges de Paris, la première six bourses et la seconde treize (1).

Pour être admis à postuler le grade de licencié en médecine, il fallait au moins, suivant les décrets de la Faculté, quatre ans et demi d'études (2). Au collége de Guillaume Bonnet les étudiants en médecine avaient,

(1) Thurot, De l'Organ. de l’enseign., p. 190. (2) Ibid.

pour obtenir la licence, un délai de neuf ans. C'était un long terme.

Nos statuts sont encore plus bienveillants pour les décrétistes. Quiconque, disent-ils, n'a pas étudié le droit civil ne sera jamais habile en droit canonique. En conséquence, aucun boursier n'aura la permission d'aller entendre au clos Bruneau les docteurs en décret, s’il n'a pas d’abord entendu, trois ans au moins, cinq ans au plus, les docteurs en droit civil. Mais il n’y à plus une seule chaire de droit civil dans l'Université de Paris. Les aspirants aux grades que décerne la Faculté de décret devront donc se transporter en une autre ville, étrangère ou française, durant ces trois ans, durant ces cinq ans ; mais pendant ce temps leur bourse leur sera réservée. M. Thurot fait remarquer que les théologiens méprisaient alors les juristes, comme pratiquant moins un art qu'un métier (1). On voit que Robert Benoit, qui était chanoine de Bayeux, n'avait pas contre le droit civil les préjugés des gens de sa robe. Quant à la durée des études canoniques, elle sera, si l’on veut, de neuf ans. Ainsi l'on pouvait, au collége de Guillaume Bonnet, jouir de sa bourse jusqu’à trente-quatre ans, lorsqu'on s'était fait inscrire parmi les futurs interprètes du droit canonique.

Enfin, l’article des statuts qui concerne les étudiants en théologie, règle qu'ils devront être admis à donner

(4) Thurot, ouv. cité, p. 166.

des explications publiques sur les Sentences avant que soit expirée la dixième année de leurs études.

Le collége fondé par Guillaume Bonnet s'appela du nom de son évêché, Collége de Bayeux. Au nombre des jeunes clercs du Maine et de l’Anjou qui l'habitèrent les premiers, en l’année 1315, nous pouvons désigner Robert de Mayenne, principal; Jean Pule, procureur, et Guillaume de Fabrica, Guillaume Cosme, Matthieu de Jumoria, Georges de La Porte, Jean Guyon, Raoul Bonnet, écoliers. Ge collége subsista jusqu'à l’année 1763, et fut alors annexé au Collége Louis-le-Grand. On vient d'en faire disparaître les derniers vestiges (1).

BONNEVAL (RENÉ de).

René de BonnevaL, né dans la ville du Mans vers l'année 1700, mort en janvier 1760, est compté par l'auteur des Trois siècles littéraires au nombre de ces écrivains infatigables et malheureux qui courent toujours après le succès et qu'on ne voitjamais l’atteindre. Nous ne trouvons pas ce jugement trop sévère: il

(1) Lebeuf, Hist, de Paris, édit. Coceris, t. I, p. 447. 5°

nous suffira donc de dresser une liste exacte des nombreux opuscules de René de Bonneval, sans insister sur aucun d'eux. Ces opuscules furent publiés dans l'ordre suivant :

Momus au cercle des Dieux, dans lequel il leur fait récit de ce qui se passe dans la république des lettres, dans la galanterie et dans la politique; Paris, Sevestre, 1717, in-12. La république des lettres est de nouveau divisée par la querelle des Anciens et des Modernes ; les relations mondaines ne sont plus que des relations galantes, et les simples bourgeoises ont elles-mêmes pris les mœurs des femmes de qualité; quant aux affaires politiques, elles sont conduites avec autant d'énergie que de prudence par les plus parfaits des ministres ct les plus adorés des princes. Voilà le résumé du récit de Momus. De simples mortels auraient pu raconter les mêmes choses avec plus d'esprit. — Réponse à l'auteur des Paradoxes littéraires (l'abbé Desfontaines), au sujet de la tragédie d'Inès de Castro (de La Motte); Paris, Prault, 17923, in-8°. Cette Réponse a été réimprimée dans le tome second des Amusements du cœur et de l'esprit, de Bruys ; Paris, 1736, in-12. Elle ne méritait pas cet honneur. Malgré l'intervention officieuse de Bonneval, les critiques de l'abbé Desfontaines ont prévalu. — Reflexions critiques sur un poëme intitulé La Ligue, imprimé à Genève et attribue à M. de Voltaire ; 172%, in-8°, sans autre indication. Cette critique anonyme de la Æen-

riade est citée sous le nom de Bonneval par le plus grand nombre des bibliographes ; l'opinion de M. Barbier et la nôtre est qu'il faut retrancher ce méchant libelle du catalogue de ses œuvres. René de Bonneval n'a jamais été qu'un écrivain médiocre ; mais les Reflexions critiques sont bien au-dessous de la médiocrité. — Critique des lettres philosophiques de Voltaire ; 1734, in-12. Cet ouvrage, attribué par l'éditeur à René de Bonneval, serait, suivant M. Barbier, de l'abbé Molinier, oratorien. Bonneval n'a dû rien publier contre Voltaire avant l’année 1737. En effet, le 27 février de cette année, il écrivait à Voltaire une humble lettre, le priant de lui prêter dix pistoles et ne s'excusant pas de l'avoir autrefois offensé (1). Ajoutons que Voltaire, qui ne pratiquait pas à son ordinaire l'oubli des injures, lui prêtait sur cette lettre une somme plus forte que la somme demandée. — Epître à M. Gresset ; 1737, in-12. — Mémoires de Mad. de Rapilly ; Paris, 1737, in-12. — Ode sur la dernière paix, publiée dans les journaux de 1739. — Réflexions sur l'Anonyme (Voltaire) ef sur ses conseils à A1. Racine au sujet du poëme de la Religion ; Paris, 1749, in-8°. Après avoir lu ces Réflexions, Voltaire écrivit au bas de la lettre de 1737 qu'il avait conservée : « Ce Bonneval est un fripon, qui m'a volé autre- « fois dix louis, qui a été chassé de chez Marmontel,

(1) Cette lettre est dans le tome LXX, p. 200, des Œuvres de Vollaire, édit. de Kehl.

« et qui a fait un libelle contre moi. » — Vers as. E. Saïd-Pacha, plusieurs fois imprimés, quoiqu'ils aient peu de mérite. On ne sait où ils furent d'abord accueillis ; mais on les trouve à la suite d'une Lettre au sujet du portrait de S. E. Saïd-Pacha, imprimée chez Prault, en 1742, in-412. — Les Éléments de l'Education; Paris, Prault, 17543, in-8. C’est tout simplement un manuel de civilité. L'auteur enseigne comment un jeune homme doit se comporter dans les visites, à table, au théâtre, dans les promenades, et il lui recommande particulièrement de fuir les gens de trop libre esprit qui dissertent avec une condamnable indépendance sur les mystères de la religion, la forme du gouvernement et les actes de l'administration publique. On sait comment la jeunesse du dix-huitième siècle a profité de ces conseils. — Progrès de l'Education, suite des Éléments ; Paris, Prault, 1743, in-8° ; avec une dédicace à Turpin de Crissé, évêque de Nantes, signée par René de Bonneval. C'est une critique de la philosophie et des philosophes, plus considérable et un peu moins banale que la première, mais qui ne vaut guère mieux. — Epître à M®° De... sur les superstitions ; 1746, in-8°, sansautre indication. Cette épitre est en vers, et les vers de Bonneval sont faciles : c'est leur seul mérite. — Réflexions sur le premier âge de l’homme, servant de supplément aux Éléments et progrès de l'éducation ; Paris, Prault, 1751, in-8°. Un avertissement qui précède cet opuscule nous dit qu'une

nouvelle édition des Eléments et progrès vit le jour en l’année 1751 ; mais nous croyons devoir tenir cette indication pour suspecte, et considérer les Reflexions comme un supplément joint à l'ancienne édition des Eléments, pour la rajeunir et la représenter au public. L'auteur demande dans ces Réflexions qu'on ne soumette pas le premier âge à une trop rude contrainte, et qu'on n'impose pas les mêmes règles, les mêmes études, à des tempéraments, à des aptitudes qui diffèrent. C’est une protestation contre le régime universitaire, qui, de nos jours, a été trop fréquemment renouvelée. — Lettre d'un hermile à J.-J. Rousseau de Genève ; Paris, 1753, in-8°. Courte et pauvre censure du discours couronné par l'académie de Dijon. — Apologie de la musique et des musiciens français, contre les assertions peu melodieuses, peu mesurées et mal fondées du sieur J.-J. Rousseau, ci-devant citoyen de Genève ; Paris, 1754, in-8°. C'est un opuscule anonyme, inscrit par M. Barbier parmi les œuvres de René de Bonneval. Il a peu d'intérêt. Rousseau, qui n’aimait pas la musique de l'ancienne école, avait placé le grand Lulli bien au-dessous de quelques modernes. C’est contre cette opinion que proteste l’auteur de l’Apologie. — Vers sur le cardinal de Fleury, imprimés dans la Bienfaisance française de Dagues de Clairfontaine année 1736). — Vers à l'occasion du mariage de M de Richelieu avec le comte d'Egmonit, dans le Journal historique de Verdun, mai 1759.

Ansart a reproduit ces vers dans sa Bibliothèque litteraire. — Enfin, la bibliothèque de la ville du Mans possède une Analyse satirique de l'Esprit des lois, par René de Bonneval : c'est une pièce de quarante et un vers.

La France littéraire de 1769 lui attribue en outre : La Tontine de l'Amour, La Tontine, Plaintes a l’ Académie française, Dissertation entre le P. Buffier et le sieur de Bonneval, Recueil de chansons mises en musique par M. Bertin. M. Quérard n'a pu donner d'autres renseignements sur ces opuscules, que nous n'avons pas non plus rencontrés.

On doit encore à René de Bonneval une édition des Œuvres de Campistron ; Paris, 1750, 3 vol. in-12.

BONNEVAL (micneL de).

Louis-Charles-Michel de BonNEvar, né au Mans, suivant M. Desportes, et, comme il est vraisemblable, frère du précédent, était intendant et contrôleur général de l’argenterie ainsi que des menus plaisirs du roi. Il réglait, à ce titre, la dépense des habits et des meubles, ordonnait les bals, les fêtes, les mascarades,

MICHEL DE BONNEYAL. 159

les carrousels, etc., etc. Ajoutons qu'il composait le plus grand nombre des opéras qu'on jouait devant la cour, sur le théâtre de Versailles. Nous ne pouvons désigner que: Les Caractères de l'Amour, ballet Paris, Ballard, 1736, in-4° (1); Les Romans, ballet héroïque ; Paris, Ballard, 1736, in-4°; Les Amours du printemps, ballet héroïque; Paris, Ballard, 1737 et 1739, in-4° ; Jupiter vainqueur des Titans, tragédie (opéra); Paris, Ballard, 1745, in-4°; Lisidor et Ismène, ballet (c'est la quatrième entrée du ballet des Romans); Paris, Delormel, 1766, in-4°. Cette liste ne doit pas être complète ; mais Michel de Bonneval n’a mis son nom à aucun de ses poëmes. On lui doit encore : Le langage de la nature, épitre; Paris, 1760, in-4° (2). Nous avons été assez curieux pour rechercher et pour lire, parmi ces ouvrages, les Romans et Jupiler.

Michel de Bonneval mourut en 1766, suivant Desessarts (3). Il était alors trésorier de la reine. Louis Bachaumont attribue sa mort à des chagrins domestiques (4).

(1) Attribué par quelques bibliographes à Mie Barbier, Tanevot ct'autres. (Quérard.)

(2) Attribué aussi à Monsemy. (Quérar41.)

(3) Les Siècles litléraires, 1. I, p. 311.

(4) Mémoires secrets, t. IT, p. 67.

Page 1