‹ Histoire littéraire du Maine. Nouvelle édition. Tome secondChapitre 22 sur 32 · BOUCARD · texte numérisé non relu

BOUCARD

zèle pour la bonne religion est tout naturel : on croyait, en effet, que le parti de Mayenne était lc parti vainqueur. Mais on apprit bientôt qu'on avait été trompé; le {7 mai, le duc de Mayenne traversait la ville du Mans avec sa troupe ct sept canons, chassé de la Touraine par le roi de Navarre, et allant guerroyer du côté d'Alençon.

Les processions sont alors pendant quelque temps interrompues. Les avantages obtenus par l'armée royale ont peut-être découragé les Ligueurs. Mais après l'assassinat d'Henri IE, quand l’armée qui devait assiéger Paris s'est dispersée, quand la plupart des villes liguées ont proclamé le cardinal de Bourbon roi de France, quand la confiance est revenue dans les cœurs des fidèles, les processions recommencent: « Le di- « manche 10 septembre 4589, on a fait, dit notre chroniqueur, une procession générale autour de la « ville, où le précieux corps de Notre-Scigneur a été « porté, tout le clergé picds nus, et plus de deux cents « personnes, mâles et femelles, nues, en chemise ; et « une bonne partie des autres y avaient les picds « nus. » Cependant la fortune devait promptement se montrer contraire aux vœux de nos Ligueurs ; le 5 décembre, le roi de Navarre campait sous les murs du Mans, et, le 7,1létait entré dansla ville (1). Les extraits de Bougard ne nous apprennent rien sur cet événe-

CS

(1) Recueil des lettres missives d'Henry IV, publié par M. Berger de Xivrey.

ment. Peut-être s'était-il éloigné dès le commencement du siége,

Après le mois de juillet de l'année 14393, Henri IV régnant à Paris, la narration de Bougard nous offre moins de récits tragiques. Plus de combats, de surprises, de trahisons et de pendaisons. La mode des processions n'est pas sitôt passée ; mais celles qu'on fait encore ont pour ohjet de célébrer les victoires obtenues par le roi légitime sur les restes des Ligueurs, et l'on n'y voit figurer personne dans cet appareil plus simple que pudique dont nous avons reproduit, d'après Bougard, la naïve description : ce fut, il parait, l'emblème des processions de la Ligue.

Le Journal de Bougard n'a plus ensuite le même genre d'intérêt, les faits qu'il raconte n'ayant plus de lien avec l’histoire générale de la France. Quelques-uns de ces faits ne seront pas toutefois indifférents aux curieux d'histoire locale. Ainsi nous lisons, à la date du 27 janvier 4599, qu'en ce jour où l'on fêtait saint Julien, maître Nicolas Lemesle, sieur de La Béguinière, condamné pour blasphème, fit amende honorable dans la ville du Mans, et fut ensuite banni du royaume à perpétuité, suivant l'arrêt dela cour, après avoir eu les lèvres coupées et la langue traversée par un fer rouge. Le parlement avait été plus sévère pour Jui que l'official du Mans: celui-ci ne l'avait banni que pour trois années. Plus loin nous voyons que, le mardi 45 mai 14601, sur les six heures du matin, meurt

PIERRE DE BOUHÈRE. 185

l'évêque Claude d'Angennes, ct que, le mardi 27, il est inhumé dans le chœur de l'églisecathédrale. Enfin, le 21 avril 4602, Bougard nous fait assister à la procession générale faite cn l'honneur des Capucins nouvellement introduits dans la ville du Mans.

À cette date finissent les extraits conservés dans les manuscrits de l'abbé de Dangeau. On regrette de ne pas posséder tout le Journal du notaire Bougard; il est toutefois permis de supposer que l'auteur des extraits les a faits avec discernement ct n'a négligé rien d’important.

BOUHÈRE (P:ERRE LE).

La terre et scigneurie de Bouhère, près Sablé, en latin Bariacus, Beoria, Boueria magna, Bouerium, à prêté son nom à unc ancienne famille, depuis longtemps éteinte, connue par ses libéralités à l'égard des moines de Marmoutiers (1). C'est vraisemblablement à cette famille qu'appartenait Pierre de BounÈère, Sabolien, Petrus Bouherius, Sabulensis, éditeur du livresuivant : Mag. Conradi Thuricensis magnum Elucidarium,

(1) M. Cauvin, Armorial, p. 37. — Géographic ancienne, au mot Bariacus.

omnes hislorias et poeticas fabulas continens, que super montes, valles, lacus, urbes et omnia in poetarum monumentis loca famigerabilia ; Paris, Gormont, 4313, in-4°. Cet Elucidarium est ce qu'aujourd'hui nous appelons un dictionnaire historique ; il contient la plupart des noms d'hommes ct de lieux qui se rencontrent dans les auteurs grecs et dans les latins. Une élégie latine de Pierre de Bouhère nous apprend qu'il ne fut pas seulement l'éditeur, mais qu'il fut, en outre, le correcteur du manuscrit laissé par Conrad, chanoine de Zurich :

Malleo at interea debetur gratia nostro Vindice quo tersus prosilit iste liber.

À la fin du livre se trouvent quelques hendécasyllabes qui sont aussi de Pierre de Bouhère, et l'on peut le croire auteur des nombreuses additions, séparées et distinguées du texte par le mot appendix. Il faut compter l'Elucidarium de Conrad de Zurich au nombre des livres les plus rares ; notre grande Bibliothèque n’en possède qu'un exemplaire mutilé, qu'elle a reçu de Falconnet. Gilles Ménage l'avait entre les mains lorsqu'il s'occupait de la seconde partie de l'Histoire de Sable (4).

(1) Page

BOUILLÉ (... de).

Ansart n'a connu ni le nom, ni les œuvres de ce poëte manceau. Nous avons vainement, pour notre part, recherché l'ouvrage qui nous était signalé sous ce titre : Les principes de la poësie, dusieur de Bouicé ; Le Mans, 1647, in-12, et nous désespérons désormais de le découvrir sur les rayons de quelque bibliothèque.

BOURDIN (GuILLAUME).

Guillaume Bournix, vicaire en l'église de Notre- Dame de Saint-Calais, est auteur d'un recueil de Noëls, publié au Mans, en 1618, chez Gervais Ollivier, sous ce titre: Cantiques de Noëls nouveaux en l'honneur de Dieu et de la Vierge Marie.

Nous le croyons né à Saint-Calais, car, dans une dédicace adressée aux habitants de cette ville, il se dit leur « affectionné concitoyen. » Les cantiques de Guillaume Bourdin sont au nombre de treize. Nous ne saurions en faire grand cas. Ces rimes tantôt graves,

tantôt joviales, furent, il parait, très-goûtées au seizième siècle ; ce qui le prouve, c’est le grand nombre des recueils de noëls publiés à cette époque. H en est peu qui nous aient été conservés, moins encore qui méritent d'être lus. Voici la meilleure part d'un des treize cantiques de Bourdin :

Chanton nau, nau chanton, Chanton nau en ce village.

Adam étant fait tout bon À causé un grand dommage D'avoir cueilli un bouton, Le plus beau du jardinage ; Chanton nau, nau chanton, Chanton nau en ce village.

D’avoir cucilli un bouton, Le plus beau du jardinage, Il a été trop glouton,

Il a été trop volage; Chanton nau, etc., etc.

Il a été trop glouton,

Il a été trop volage,

Car en mangeant ce bouton Il perd un bel héritage ; Chanton nau, elc., etc.

Car en mangeant ce bouton Il perd un bel héritage ; Mais voici un enfançon Descendu en ce village, Chanton nau, elc., etc.

Mais voici un enfançon

Descendu en ce village ; Il descend de la maison Pour retirer l'héritage ; Chanton nau, etc., etc.

Il descend de la maison Pour retirer l'héritage ; Il est né de Marion

Sans gâter son pucelage ; Chanton nau, elc., etc.

Il est né de Marion

Sans gâter son pucelage; Il est ce petit mignon Étendu dessus l’herbage ; Chanton nau, etc., etc.

Il est ce petit migron Étendu dessus l’herbage ; Il est fort bel enfancon,

Il a un très-beau corsage ; Chanton nau, etc., etc.

Il est fort bel enfançon,

Il a un trés-beau corsage; Il a d’un Dieu la façon

À voir son tant doux visage ; Chanton nau, ctc., etc.

Ïl a d’un Dieu la façon

À voir son {ant doux visage ; Aussi dedans sa maison

Les anges servent de page; Chanton nau, etc., etc.

Aussi dedans sa maison

Les anges servent de page; Les Juifs sans rémission

Lui feront fort grand outrage; Chanton nau, elc., etc.

Allons, filles de Sion, Courons voir son doux visage; Portons-lui un gras mouton, Le plus gras du pâturage ; Chanton nau, etc., etc.

Portons-lui un gras mouton, Le plus gras du pälurage,

Lui mettant à l’abandon

Tous les aigneaux de l’herbage ; Chanton nau, ctc., etc.

Lui mettant à l'abandon

Tous les aigneaux de l’herbage ; Et lors qu’à nous le verron, Privns-le de bon courage; Chanton nau, etc., etc.

Et lors qu’à nous le verron, Prions-le de bon courage

Qu'il nous fasse à tous pardon, Nous redonnant l'héritage ; Chanton nau, nau chanton, Chanton nau en ce village.

Cette chansonncette gaillarde est l'ouvrage d’un prêtre. Or, quand un prêtre s'exprime en ces termes, hors du sanctuaire, sur Ics choses saintes, ne comprometil pas sa robe ct ses croyances ? Maître Guil-

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