‹ Histoire littéraire du Maine. Tome deuxièmeChapitre 13 sur 62 · LAMY (BERNARD · texte numérisé non relu

LAMY (BERNARD

BERNARD LAMY, un des plus célèbres controversistes du XVII siècle, est né au Mans , au mois de juin de l'année 1640 , d'Alain Lamy, sieur de la Fontaine, et de Marie Masnier. Ses parents, dont la fortune était médiocre, se proposèrent néanmoins de lui donner une éducation libérale.'Le premier enseignement lui profita peu; l'étude de la grammaire n'était pas de son goût ,et il se laissait souvent surprendre par ses mattres en état de révolte contre les règles austères de la syntaxe. Mais dès qu'il eut quitté la maison paternelle pour entrer au collége du Mans , chez les PP. de l'Oratoire, il s’opéra dans son esprit une révolution fort remarquable ; autant il avait été dissipé, autant il fut assidu (1). À dix-huit ans, le front ceint des lauriers sco-

(1) Le P. Des Mollets suppose que Bernard Lamy parle de Jui-mème , lorsque, dans le premier chapitre de ses Eruretiens sur les Sciences , il place le discours suivant dans la bouche d'un des interlocuteurs : « Le secret de ceux qui veulent animer les études, c'est d'y mettre quelque assaisonnement. Il faut du sel pour réveiller l'appétit, C'est pourquoi l’on a tort de condamner sévèrement toutes les études curieuses. Sans deate qu'il faut les régler; mais c'est par elles qu'on est attiré à l'étude et qu'on commence d'aimer la science. Pour moi je me souviens qu'étant jeune, je n'aimois pas les lettres. Je ne trouvois point de goût dans de certaines règles latines qu'on me forcoit d'apprendre par mémoire. Je tombai après quelques années entre les mains d'un maitre qui n'étoit pas fort habile homme, mais qui s'appliqua à m'apprendre l'Histoire romaine et un peu de Géozraphie. Je concevois ce qu'il me disoit. Je commençai donc d'aimer l'étude qui m'étoit auparavant très-désagréable. » Entretiens sur les Sciences , édition de 1694, page 26.

La vie de B. Lamy, par le P. Des Mollets, dans laquelle nous

trouvons quelques utiles renseignements, se lit en tête du traité de Lamy, qui a pour titre : De Tabernaculo Jæderis.

laires, il était admis dans la Congrégation, et ses supérieurs l’envoyaient à Paris, dans l’Institut de leur ordre. Il y passa, suivant la règle, une année, l'année 1658, et vint ensuite à Saumur étudier la philosophie sous le D. Charles de la Fontenelle. En 1661, il fut chargé d’un cours de grammaire au collége de Vendôme , et, les années suivantes, d'un cours d'humanités. Élevé à la prétrise en 1667, il vint au Mans professer la rhétorique et quitta le Mans deux ans après, pour aller à Saumur, où il fit son cours de théologie sous les PP. André Martin et Jean Le Porc; puis il enscigna la philosophie avec le plus grand succès dans cette ville et à Angers.

Nous retracerons ici avec quelques détails les diverses phases du débat qui eut lieu, dans la ville d'Angers, entre le recteur de l'Université et la Congrégation de l'Oratoire , à l'occasion des leçons de philosophie des PP. Lamy et Fromentier. Ce fut un grave différend, dans lequel Louis XIV fut lui-même contraint d'intervenir plus d'une fois; telle était l'obstination des Oratoriens à défendre leurs libertés et la doctrine enseignée dans leurs écoles. Pour justifier leur résistance aux décrets académiques et aux ordres émanés du roi, hätons nous de dire que cette doctrine pour laquelle combattaient les PP. de l'Oratoire, contre laquelle s'étaient conjurés tant de puissants ennemis , était la philosophie de Descartes.Le P.Mersenne avait,en quelque sorte,affilié la Congrégation de l'Oratoire à l'école cartésienne : la maison de la Place Royale, à Paris, où les Oratoriens avaient leur séminaire , envoyait chaque année dans les provinces un grand nombre de jeunes docteurs , qui faisaient tous, ou du moins, la plupart, profession publique d'attachement à la nouvelle méthode, et tra-

vaillaient à l'accréditer avec un zèle vraiment digne d’une aussi noble cause. Ils n’ignoraïent pas cependant que la célèbre faculté de théologie de Louvain avait censuré cette méthode ; que la Congrégation del'Index, et, après elle , le pape Alexandre VIT avaient , par un édit de l’année 1665 , inscrit les œuvres philosophiques de Descartes au nombre des livres défendus, et que la Sorbonne , à la requête de l'archevêque de Paris, et par le commandement du roi , s'était engagée , le 1°° septembre de l'année 1671 ,à ne pas tolérer , dans les écoles soumises à sa discipline , l'exposition et le développement des principes cartésiens. Mais est-il rien de plus puissant que l'attrait de la nouveauté? Et au profit de quelle école s'était formée cette ligue contre la doctrine de Descartes ? En même temps qu'ils formulaient contre les cartésiens une sentence de proscription , en les dénonçant comme complices des hérésies épicuriennes de Gassendi , les théologiens de Louvain se déclaraient garants et tuteurs de l'orthodoxie d’Aristote, et statuaient qu'on ne devait pas suivre un autre maître. Aristote, c'est-à-dire saint Thomas et ses commentateurs ; c'est-à-dire celte secte sénile, mal protégée par l'ombre d'un grand nom, dont les partisans de Descartes avaient proclamé la déchéance, aux applaudissements de tous les esprits éclairés. Les supérieurs de la Congrégation de l'Oratoire, n’osant pas lutter ouvertement contre d'aussi redoutables adversaires que les thomistes , qui avaient pour eux la cour de Rome, la cour de France et la Sorbonne, ne refusèrent pas leur adhésion aux censures dont la philosophie de Descartes avait été l'objet; mais ils permirent volontiers aux régents de leurs colléges de ne pas tenir

compte de ces arrêts, plus violents que sensés, inspirés plutôt par un aveugle attachement à une tradition comprumise, que par un zèle sincère pour le maintien de la foi. Bernard Lamy nous est signalé, parmi les Oratoriens, comme un de ceux qui protestèrent avec le plus d'énergie contre les décisions des tribunaux de l'orthodoxie, el qui témoignérent en faveur de Descartes avec le plus de franchise.

Le cours qu'il fit au collége d'Anjou pendant l'année 1674 ayant scandalisé les thomistes, leur représentant ofliciel près de l'Université d'Angers, le recteur Rebous , adresse au roi un placet dénonciateur (1). A cette requête , le roi répond, le 30 janvier 4675, par une lettre de cachet , donnée à Saint-Germain , dans laquelle il enjoint au recteur de faire exécuter à l'égard des délinquants les ordonnances rendues cuutre les

(4) Ce placet est un document curieux. En voici le texte : € Sire 9

» Le Recteur et les Suppôts de FUniversité d'Angers, connoissans le zèle que V, Ma toujours témoigné pour la conservation de la vraye doctrine de l'Eglise et la fermeté avec laquelle son authornté s'est opposée à toutes Les nouveautez qu'on a täché d'intruduire dans son royaume, remontrent très-humblement à Y, M. que, depuis plusieurs années, les professeurs de plnlosophie en vostre ville d'Angers ont affecté d'enseigner a philosophie de Des carthes, condamnée par le Saint-Siéye et par la plûpart des plus célèbres Universitez de l'Europe, comme très-préjudiciabie à la pureté de la relion catholique : et quoy qu'ils ne puis-ent igno= rer que, dès l'annee 4674, V, M ait aussi détendu à tous les professeurs de FÜniversité de Paris d'enseigner ces opinions nouvelle ment inventees, lémeéraires, dangereuses et contrures au rupos de vostre Etat, néanmoins, au mépris du Suint-Siege et des ordres de V M., on continûüe dans les colléges d'Anjou de la profescer pu bliquement avec tant de temérié que, depuis quelques annees, on a doune des écrits Uès-pernicieux, et, depuis trois mois, on 2 exposé plusieurs thèses en vostre Ville d'Angers, remplies de ces mauvais principes qui detruisent les sacremens de leg, la

fauteurs de la méthode cartésienne. Cette lettre est remise au recteur de l'Université d'Angers, dans les premiers jours du mois de février 1675. À peine l'a-t:il reçue, qu'il assemble les suppôts de l'Université : ceuxci convoquent en réunion solennelle tous les principaux, supérieurs et professeurs en philosophie des colléges et des maisons religieuses d'Angers pour le jeudi 14 février ; ils décident , en outre, que les régents de philosophie des divers colléges établis à Angers, notamment les RR. PP. de la Congrégation de l'Oratoire , seront tenus de soumettre chaque année, au contrôle de l'Université , leurs cahiers et les thèses qu'ils proposeront à leurs écoliers. Cet arrêté porte la date du 11 février. Le 14, on s’assemble aux Grandes- Ecoles. Le recteur donne communication de la lettre du roi ; il expose ensuite que l'Université a délibéré sur les mesures qu'il importe de prendre pour prévenir les funestes effets de la propagande cartésienne, el il fait connaître les termes de la conclusion du 11 février. Le P. Cocquery, supérieur de l'Oratoire, et principal du collége d'Anjou , déclare qu’il obéira volontiers aux ordres du roi; mais il dit que l’Université d'Angers a commis un excès de pouvoir en s'attribuant

créance de l'immortalité de l'âme, conduisent à l'athéisme et rendent inutiles tous les livres qui ont esté jusqu’icy mis au jour en toutes sortes de sciences. Ce considéré, Sire, il plaise à V. M. de réitérer les défenses d'enseigner ladite philosophie, et d'arrêter par les moyens qu’ Elle jugera plus convenables le cours de ces nouveautez qui ne peuvent produire que du trouble dans la religion et dans l'Etat, et les supplians continuëéront leurs prières pour la grandeur et la prospérité de V. M. » Nous lisons cette pièce dans l'opuscule qui a pour titre : Journal ou Relation fidelle de tout ce qui s'est passé dans l'Université d'Angers au sujet de la philosophie de Des Carihes ; 1779 , in-40.

le droit de surveiller et de contrôler l’enseignement donné par les PP. de la Congrégation de l'Oratoire ; il proteste donc contre l'arrêté du 10 janvier , et refuse formellement d'y obtempérer. Le recteur fait remettre au roi un nouveau placet , dans lequel il le prie de confirmer la décision universitaire, et d'annuler , par un arrêt souverain, l'opposition des PP. de l'Oratoire.

Tandis que les pièces de cette affaire sont entre les mains des conseillers d'état , on se partage entre les défenseurs et les adversaires du cartésianisme. À Angers, les deux partis sont en guerre ouverte. Les Oratoriens, s abstenant desormais de recommander à leurs écoliers le nom et les livres de Descartes, persévèrent ouvertement dans sa doctrine. Aux attaques dirigées contre eux, ils répondent par des apologies et par des pamphlets (1) : ils osent davantage , car vers le 15 du

(4) Voici les premiers vers d'un de ces pamphlets anonymes :

M. Descarles aux Unirersitez, sur la defense de l'enscigner qu'elles

se sont procurée .

Tamultuaire amas de quatre facultez,

Bisarres Universitez,

Qui pour me chasser de la France,

Faictes la guerre à toute outrance,

Crovez-vous vos vœux exaucez

Parce que vous me bannissez

De l'enceinte de vos collères,

Comme un faiseur de sacriléses ?

Allez, ilest des cabinets

Cent fois plus propres et plus nets,

Où sans appréhender la poudre

Ny les éclats de votre fouire,

mois de mai ils font imprimer et distribuer , sans avoir sollicité l'agrément du recteur , diverses thèses de philosophie toutes plus on moins suspectes de cartésia nisme. Le recteur , se tenant pour offensé par cette

Nous ferons de doctes leçons Et tournerons en cent façons, Loing du bruit que fait la férule, Votre Aristote en ridicule.

Là, sans jamais ouir la voix D'un impertinent Hybernois Qui sans raison tempeste et crie , Comme une infernale Furie, Nous parlerons paisiblement Et toujours raisonnablement; Car sans faire de tout mystère, Par de grands mots qu'un sot vulgaire Prendroit en la bouche des gens Pour magiques enchantemens , Nous ne cherchons dans le langage .

Que les mots du plus bel usage.

N'est-ce point, Recteurs bilieux, Ce qui vous donnant dans les yeux, Vous a remplis de jalousie Contre notre Philosophie ?

Ou plûtost, Recteurs emportez, N'est-ce point que nos véritez Faisant la guerre à l'ignorance N'ont point pour vous de complaisance?

Si c'est, amplissimes Recteurs, Ce qui vous brouille les humeurs, N'ayant point en but de vous plaire, Vous serez longtemps en colère.

Mais dans nos sacrés lieux secrets, Estant à couvert de vos traits,

conduite, convoque de nouveau le chancelier , les assesseurs , le doyen et le procureur-général de l'Université. Assemblés le 19 mai, ils déclarent que le P. Cocquery et les professeurs de son collége ont, par une contravention volontaire, outragé la personne du roi, ainsi que les mandataires de sa fille ainée, et ils les condamnent pour ce fait à dix livres d'amende. Le lendemain , le 20 mai, les Oratoriens en appellent au Parlement de Paris de la sertence rendue contre eux par le tribunal universitaire. Le Parlement rend un arrêt qui leur donne gain de cause et annule les conclusions des 14 et 14 février. Cet arrêt, dont nous ne connaissons pas Îles considérants, n'était pas sans doute favorable à la propagande cartésienne , mais , du moins, ce qui intéressait vivement les Oratoriens , il les protégeait contre les atteintes de la férule universitaire. Is s'empressent donc de le signifier au recteur de l'Université d'Angers, et font imprimer une thèse sur tout le cours de philosophie , qu'ils annoncent devoir être soutenue publiquement, le 8 juillet, sous la présidence du P. Lamy. Cette audace inti-

Nous nous rions de votre bile,

Et, mal:ré vous, dans notre azile,

Nous ferons avec liberté

Notre cour à la vérité.

Mais pour la trouver toute pure

D'erreur, de doubte et d'imposture,

Sans avoir recours aux écrits

De certains doctes mal apris

Qui n'ont rien chez eux de slide,

Nous aurons la raison pour guide...

Ces vers se trouvent dans le Journal ou Relation hdelle, déjà cité.

mide quelques-uns de leurs adversaires. Le recteur (1 veut sévir , ou, du moins, nonobstant l'arrêt du Parlement, exécuter les conclusions du 11 février ; mais ses assesseurs protestent. Que fait alors le recteur ? Sans demander compte aux Oratoriens de l'impression de leurs thèses , il leur fait signifier qu'ayant lu ces thèses, et qu'y ayant trouvé des doctrines condamnables, il leur interdit , au nom du roi , de les commenter en public. Cette interdiction lui étant communiquée, le supérieur de l’Oratoire refuse de s'y soumettre, et, en effet, au jour désigné , les thèses incriminées sont proposées et soutenues. Ces débats augmentent le scandale que l'Université avait à cœur de prévenir : ce n'est plus seulement dans la ville d'Angers que les partisans de Descartes et ceux d’Aristote s’interpellent et se combattent ; partout où jes deux écoles ad1 verses ont des représentants , la lutte s'engage ; la cause du P. Lamy et de ses collègues est devenue, pour ainsi parler , une question d'état, depuis que le Parlement s'est mis en contradiction avec la couronne. Si l'évêque d'Angers prend parti pour les Oratoriens, l'évêque du Mans se prononce en faveur des prétentions universitaires. Un nouvel incident vient ajouter à l'irritation des esprits. Tandis que le recteur et les suppôts de l'Université protestent par des conclusions et des significations contre les prétendues franchises de la Congrégation de l’Oratoire , quelques turbulents de leur parti envahissent , dans la journée du 5 juillet, la salle où le public avait été convié à venir entendre

(1) M. Rebous avait été remplacé dans la charge de recteur par M. Voisin,

l'exposition des thèses cartésiennes. Un tumulte a lieu, et quelques vivlences , dit-on, sont commises. Les Oratoriens invoquent la protection du lieutenant-général de la sénéchaussée, énoncent devant lui leurs griefs , et obtiennent de ce magistrat une ordonnance portant que leur plainte sera inscrite sur les registres mêmes de l'Université. Le recteur en appelle de cette ordonnance. À cet appel, le lieutenant-général répond. en déclarant illicites les conventicules des suppôts de l'Université. Ceux-ci se réunissent de nouveau, sans tenir compte de la déclaration du lieutenant-général, et, à la majorité des suffrages , ils proclament la legalité de leurs assemblées. Enfin une décision du conseil d'état vient, sinon terminer la querelle , du moins tempérer un peu f'ardeur des parties contendantes. Cet arrêt, rendu le 2? août 1675 , casse celui du Parlement de Paris, annule la procédure commencée contre le recteur de l'Université d'Angers, et ordonne au principal du collége d'Anjou de souscrire aux conclusions des 11 et 14 février (4).

(4) Voici les termes de l'arrêt :

« Le roy, ayant été ey-devant informé que, dans l'Université de la ville d'Augers, l'on enseignuit les opinions et les sentunens de Descartes, et consideré que, dans la suite, cela pourroit cuv:r dans ce royaume quelque désordre qu'il étoit bon de prévenir, S. M. auruit, pur sa lettre de cachet du 50 du mois de jauvier dernier, donné ordre au Recteur de ladite Universite d'empescher et faire défense de la part de dite Majesté aux professeurs de ladite Université, de continuer a taire leurs lesons sur leshites opi= nions et seulimens de Descartes en quelque sorte e{ manisre que œ soit, tout ainsi qu'il avoit este faiten l'Uniersité de Paris : ea conséquence duquel ordre, ledit Recteur de celle d'Augers et les principaux , supérieurs et prolesseurs en philosoplie des culkyes el maisons relisneuses d'Anyers seroient convoquez pour leur done ner cuunoissauce de Fivteution de S. M.: et, en outre, qu'il kur seroit cnjoiut de préseuter à ladite Uuiversilé tuutvs leurs thèsos

Nous avons presque achevé le récit des faits ; nous ne les commenterons pas longuement. On s'étonne sans doute de voir l'Université témoigner tant d'acharnement contre la philosophie nouvelle, et poursuivre avec

avant que de les exposer en public, afin d'y estre examinées par le doyen de la Faculté des Arts et les autres députez de ladite Université; et d'apporter parcillement chaque année leurs escrits pour estre aussi leur doctrine examinée à fond. Ensuite de quoy l'assemblée desdits susnommez ayant été faite le 14 du mois de février, et ledit Recteur leur ayant fait entendre tout ce que dessus, ils y auroient souscrit chacun en son rang sur le registre de ladite Université, à l'exception du Père Supérieur de l'Oratoire, Principal du collège d'Anjou : lequel, pour avoir souscrit audit ordre du roy, tant pour luy que pour les autres professeurs dudit collège, auroit fait difliculté de se soumettre à ladite conclusion; s'étant ensuite rendu opposant à icelle avec plusieurs particuliers, et porté pour appellant au Parlement de Paris. où ils auroient obtenu arrest de défense de mettre ladite conclusion à exécution. Ce qui est une conduite qui doit d'autant moins estre soufferte à l'égard dudit collège d'A njou, que par leurs lettres-patentes d'aggrégation à ladite Université, enregistrées où besoin a esté, ils sont obligez d'observer et exécuter ponctuellement les conclusions et délibérations qui seront prises par les Recteur et professeurs de ladite Université. A quoy S. M. voulant pourvoir pour plusieurs considérations importantes à son service, Veu ladite lettre de cachet du 50 dudit mois de janvier dernier, l'acte de conclusion et la délibération de ladite Université des 11 et 14 février dernier, l'acte d'opposition sur icelle par ledit Supérieur et Principal du collège d'Anjou, ensemble l’arrest par luy obtenu audit Parlement de Paris et autres pièces de ce qui s’en est ensuivy; Oùy le rapporlet tout considéré, Le Roy, estant en son conseil, sans s'arrester à l'opposition faite à ladite conclusion et délibération des 11 et 44 février, appel et arrest, que S. M. a cassé et casse, ensemble tout ce qui s'en est ensuivy, À déchargé et décharge ledit Recteur de l'Université d'Angers et tous autres de l’assignation à eux donnée audit Parlement de Paris, en conséquence dudit arrest. Ce faisant, sadite Majesté a ordonné et ordonne que, dans la quinzaine du jour de la signification qui sera faite du présent arrest, tant au Supérieur et Principal du collège d'Anjou qu'à tous autres que besoin sera, ils seront tenus de souscrire à ladite conclusion et délibération desdits jours 41 et 14 février, pour estre exécutée selon la forme et teneur : dont le Recteur de ladite Université certifiera sadite Majesté , laquelle luy ordonne d'abondant d’empescher qu'il ne soit enseigné et soûlenu aucunes opinions fondées sur les

riacipes de Descartes. et fait très-expresses defenses audit Par- Lenent de Paris de passer outre sur ledit appel, à peine de nullité

laires, il était admis dans la Congrégation, et ses supérieurs l’envoyaient à Paris, dans l'Institut de leur ordre. Il y passa, suivant la règle, une année, l'année 1658, et vint ensuite à Saumur étudier la philosophie sous le P. Charles de la Fontenelle. En 1661, il fut chargé d'un cours de grammaire au collége de Vendôme , et, les années suivantes, d'un cours d'humanités. Élevé à la prétrise en 1667, il vint au Mans professer la rhétorique et quitta le Mans deux ans après, pour aller à Saumur, où il fit son cours de théologie sous les PP. André Martin et Jean Le Porc; puis il enseiyna Ja philosophie avec le plus grand succès dans cette ville et à Angers.

Nous retracerons ici avec quelques details les diverses phases du débat qui eut lieu, dans la ville d'Angers, entre le recteur de l'Université et la Congrégation de l'Oratoire , à l'occasion des leçons de philosophie des PP. Lamy et Fromentier. Ce fut un grave différend, dans lequel Louis XIV fut lui-même contraint d'intervenir plus d'une fois; telle était l'ubstination des Oratoriens à defendre leurs libertes et la doctrine enseignée dans leurs écoles. Pour justifier leur résistance aux décrets académiques et aux ordres émanés du roi, hätuns nous de dire que cette doctrine pour laquelle comhbattaientles PP. de l'Oratoire, contre laquelle s'étaient conjurés tant de puissants ennemis, était la philosophie de Descartes. Le P. Mersenne avait,en quelque sorte,afilié la Congrégation de l'Uratoire à l'ecole cartesienne : la maison de la Place Royale, à Paris, où les Oratoriens avaient leur séminaire, envoyait chaque annee dans les provinces un grand nombre de jeunes docteurs , qui fauissient tous, ou du moins, la plupart, profession publique d'attachement à la nouvelle méthode , et tra-

vaillaient à l’accréditer avec un zèle vraiment digne d’une aussi noble cause. Ils n’ignoraient pas cependant que la célèbre faculté de théologie de Louvain avait censuré celte méthode ; que la Congrégation de l’'Index, et, après elle , le pape Alexandre VIT avaient , par un édit de l’année 1665 , inscrit les œuvres philosophiques de Descartes au nombre des livres défendus, et que la Sorbonne , à la requête de l'archevêque de Paris, et par le commandement du roi , s'était engagée , le 1°° septembre de l'année 1671 ,à ne pas tolérer, dans les écoles soumises à sa discipline , l'exposition et le développement des principes cartésiens. Mais est-il rien de plus puissant que l'attrait de la nouveauté? Etau profit de quelle école s'était formée cette ligue contre la doctrine de Descartes ? En même temps qu'ils formulaient contre les cartésiens une sentence de proscription , en les dénonçant comme complices des hérésies épicuriennes de Gassendi , les théologiens de Louvain se déclaraient garants et tuteurs de l'orthodoxie d’Aristote, et statuaient qu'on ne devait pas suivre un autre maître. Aristote, c'est-à-dire saint Thomas et ses commentateurs ; c'est-à-dire celte secte sénile, mal protégée par l'ombre d'un grand nom, dont les partisans de Descartes avaient proclamé la déchéance, aux applaudissements de tous les esprits éclairés. Les supérieurs de la Congrégation de l'Oratoire, n’osant pas lutter ouvertement contre d'aussi redoutables adversaires que les thomistes , qui avaient pour eux la cour de Rome, la cour de France et la Sorbonne, ne refusèrent pas leur adhésion aux censures dont la philosophie de Descartes avait été l'objet; mais ils permirent volontiers aux régents de leurs colléges de ne pas tenir

compte de ces arrêts, plus violents que sensés, inspirés plutôt par un aveugle attachement à une tradition compromise, que par un zèle sincère pour le maintien de la foi. Bernard Lamy nous est signalé, parmi les Oratoriens, Comme un de ceux qui protestérent avec le plus d'euergie contre les décisious des tribunaux de l'orthodoxie, et qui témoignerent en faveur de Descartes avec le plus de franchise.

Le cours qu'il fit au collége d'Anjou pendant l'annee 1674 ayant scandalisé les thomistes , leur représentant ofliciel près de l'Université d'Angers, le recteur Kebous , adresse au roi un placet dénonciateur (1). À cette requête , le roi répond, le 30 janvier 1675, par une lettre de cachet, donnée à Saint-Germain , dans laquelle il enjoint au recteur de faire exécuter à l'égard des délinquants les ordonnances reudues contre les

(4) Ce placet est un document curieux. En 1vici le texte : e re ,

» Le Recteur et les Suppôts de l'Université d'Angers, Connoise sans le ze que V. M a toujours témoigné pour la couservation de la vrave doctrine de FE et la ferimete avec laquelie son au- Wordte Set oppose a toutes les nouveautez qu'on a tâche d'introdure dans son rovaume, remontrent trèschumblement à V, M. que. deprns plusieur aDtiees, des professeurs de philosophe ‘a vostre dille d'Angers ont attecté d'enseciner La philosophie de Des carthes, condamne par ke Saint-Siege et par la plupart des plus celebres Umsersitez de l'Europe, cottme trs -ptejudioatle à La pureté de la rehton catholique: et ques qu'ils me puiscent ino rer que, des Pannee OT, VE ait aussi détendu a tous des protes soeurs de Universite de Paris d'ensener ces opinions nouveliee Beat inventees, Lette raires, dangereuses Pt CONTI PES AU Propos de Ventre Etat, neantmenn’ts, au te pris du Sante Si te et des ordres de VOM en cent ue danses ot ges d'Anjou de la professer pus blique ment avec ont de temerte que, depuis quelques annces, ON à donitie des ec rats Lres- pe ricteun et depuis rois Mois on 3 ere plusieurs ieses en ventre Valle ngers remplies de ces Disuvats pintpes qu duiruisent les sacreuxns de legs, la

fauteurs de la méthode cartésienne. Cette lettre est remise au recteur de l’Université d'Angers, dans les premiers jours du mois de février 1675. À peine l'a-t-il reçue, qu'il assemble les suppôts de l'Université : ceuxci convoquent en réunion solennelle tous les principaux, supérieurs et professeurs en philosophie des colléges et des maisons religieuses d'Angers pour le jeudi 14 février ; ils décident , en outre, que les régents de philosophie des divers colléges établis à Angers, notamment les RR. PP. de la Congrégation de l'Oratoire , seront tenus de soumettre chaque année, au contrôle de l'Université , leurs cahiers et les thèses qu'ils proposeront à leurs écoliers. Cet arrêté porte la date du 11 février. Le 14, on s’assemble aux Grandes- Ecoles. Le recteur donne communication de la lettre du roi ; il expose ensuite que l'Université a délibéré sur les mesures qu'il importe de prendre pour prévenir les funestes effets de la propagande cartésienne, et il fait connaître les termes de la conclusion du 11 février. Le P. Cocquery, supérieur de l'Oratoire, et principal du collége d'Anjou , déclare qu'il obéira volontiers aux ordres du roi; mais il dit que l'Université d'Angers a commis un excès de pouvoir en s'attribuant

créance de l'immortalité de l'âme, conduisent à l'athéisme et rendent inutiles tous les livres qui ont esté jusqu'icy mis au jour en toutes sortes de sciences. Ce considéré, Sire, il plaise à V. M. de réitérer les défenses d'enseigner ladite philosophie, et d'arrêter par les moyens qu’ Elle jugera plus convenables le cours de ces nouveautez qui 2e peuvent produire que du trouble dans la religion et dans l'Etat, et les supplians continuëéront leurs prières pour la grandeur ct la prospérité de V. M. » Nous lisons cette pièce dans l'opuscule qui a pour titre : Journal ou Relation fidelle de tout ce qui s'est passé dans l’Université d'Angers au sujet de la philosophie de Les Carihes ; 1779, in-40.

le droit de surveiller et de contrôler l'enseignement donné par les PP. de la Congrégation de l'Oratoire ; il proteste donc contre l'arrêté du 10 janvier, et refuse formellement d'y obtempérer. Le recteur fait remettre au roi un nouveau placet , dans lequel il le prie de confirmer la décision universitaire, et d'annuler , par un arrêt souverain, l'opposition des PP. de l'Oratoire.

Tandis que les pièces de cette affaire sont entre les mains des conseillers d'état, on se partage entre les défenseurs et les adversaires du cartésianisme. À Angers, les deux partis sont en guerre ouverte. Les Oratoriens, s'abstenant desormais de recommander à leurs écoliers le nom et les livres de Descartes, perséverent ouvertement dans sa doctrine. Aux attaques dirigées contre eux, ils répondent par des apologies et par des pamphlets (4) : ils osent davantage , car vers le 15 du

(4) Voici les premiers vers d'un de ces pamphlets anonymes :

N. Descartes aux Unirersite:, sur la defense de l'enseigner qu'elles

se suni procurce : d

Turmultuaire amas de quatre facultez,

Biarres Universitez,

Qui pour me chasser de la France,

Faictes la guerre à toute outrance,

Croyez-vous vos Vœux eXAAUCUZ

Parce que vous me tanuissez

De l'enceinte de vos colle,res,

Comme un faseur de acriléses ?

Alkzidestdes cabinets

Cent fois plus propres et plus nets,

Où saus approbender la pouire

Ny les cclats de votre fouire,

mois de mai ils font imprimer et distribuer , sans avoir sollicité l'agrément du recteur , diverses thèses de philosophie toutes plus où moins suspectes de cartésia nisme. Le recteur , se tenant pour offensé par cette

Nous ferons de doctes leçons

Et tournerons en cent façons,

Loing du bruit que fait la férule, Votre Aristote en ridicule.

Là, sans jamais ouir la voix

D'un impertinent Hybernois

Qui sans raison tempeste et crie , Comme une infernale Furie,

Nous parlerons paisiblement

Et toujours raisonnablement;

Car sans faire de tout mystère,

Par de grands mots qu'un sot vulgaire Prendroit en la bouche des gens Pour magiques enchantemens , Nous ne cherchons dans le langage .

Que les mots du plus bel usage.

N'est-ce point, Recteurs bilieux,

Ce qui vous donnant dans les yeux, Vous a remplis de jalousie

Contre notre Philosophie ?

Ou plûtost, Recteurs emportez, N'est-ce point que nos véritez Faisant la guerre à l'ignorance N'ont point pour vous de complaisance?

Si c'est, amplissimes Recteurs,

Ce qui vous brouille les humeurs, N'ayant point en but de vous plaire, Vous serez longtemps en colère.

Mais dans nos sacrés lieux secrets, Estant à couvert de vos trails,

conduite , convoque de nouveau le chancelier, les assesseurs , le doyen et le procureur-général de l'Université. Assemblés le 19 mai, ils déclarent que le P. Cocquery et les professeurs de son collése ont, por une contravention volontaire , outragé la personne du roi, ainsi que les mandataires de sa fille aînée, et ils les condamnent pour ce fait à dix livres d'amende. Le lendemain , le 20 mai, les Oratoriens en appellent au Parlement de Paris de la sertence rendue contre eux par le tribunal universitaire. Le Parlement rend un arrêt qui leur dunne gain de cause et aunule les conclusions des 11 et 14 février. Cet arrêt, dont nous ne Connaissuns pas les considérants, n'était pas sans doute favorable à la propagande cartésienne , mais , du moins, ce qui intéressait vivement les Oratoriens , il les protégeait contre les atteintes de la férule universitaire. [ls s'empressent dunc de le signitier au recteur de l'Université d'Angers, et font imprimer une thèse sur tout le cours de philosophie , qu'its annoncent devoir être soutenue publiquement, le 5 juillet, sous la présidence du P. Lamy. Cette audace inti-

Nous nous rions de votre bile,

Et, maliré vous, dans notre auile,

Nous ferons avec liberté

Notre cour à la vérité.

Mais pour la trouver toute pure

D'erreur, de doubte et d'imposture,

Sans avoir recours aux derits

De certains doetes mal pris

Qui n'ont rien chez eux de solide,

Nous aurons la raison pour guide Ces vers se trouvent dans le Journal où Relation file, d'ya cité.

mide quelques-uns de leurs adversaires. Le recteur (1 veut sévir , ou, du moins, nonobstant l'arrêt du Parlement , exécuter les conclusions du 11 février ; mais ses assesseurs protestent. Que fait alors le recteur ? Sans demander compte aux Oratoriens de l'impression de leurs thèses , il leur fait signifier qu'ayant lu ces thèses , et qu'y ayant trouvé des doctrines condamnables, il leur interdit , au nom du roi, de les commenter en public. Cette interdiction lui étant communiquée, le supérieur de l'Oratoire refuse de s'y soumettre, et, en effet, au jour désigné , les thèses incriminées sont proposées et soutenues. Ces débats augmentent le scandale que l'Université avait à cœur de prévenir : ce n'est plus seulement dans la ville d'Angers que les partisans de Descartes et ceux d’Aristote s’interpellent et se combattent ; partout où jes deux écoles ad verses ont des représentants , la lutte s'engage ; la cause du P. Lamy et de ses collègues est devenue, pour ainsi parler , une question d'état, depuis que le Parlement s'est mis en contradiction avec la couronne. Si l'évêque d'Angers prend parti pour les Oratoriens, l'évêque du Mans se prononce en faveur des prétentions universitaires. Un nouvel incident vient ajouter à l’irritation des esprits. Tandis que le recteur et les suppôts de l'Université protestent par des conclusions et des significations contre les prétendues franchises de la Congrégation de l’Oratoire , quelques turbulents de leur parti envabissent , dans la journée du 5 juillet, la salle où le public avait été convié à venir entendre

(1) M. Rebous avait été remplacé dans la charge de recteur par

M. Voisin

l'action divine ; que l'ordre phénoménal résulte d'ane loi fixe, nécessitante , dont Dieu seul peut être l'auteur. La Sorbonue pruteste contre cette opinion : mais en quels termes ? C'est ici qu'il faut apprécier la kogique ou la bonne foi des adversaires du P. Lamy. [ls n'osent pas sans doute afirmer , avec Aristote , avec la section dualiste de l'école gnostique, que le domaine de la matière est distinct du domaine de l'esprit , et que la matière ne tient ni le mouvement, ni l'être, du Dieu que les chrétiens adorent ; mais ils défendent, avec saint Thomas , que l'on considère ce Dieu comme l'unique auteur du mouvement et de la vie : « Hæc opinio stulta est, répètent-ils après l'Ange de l'école, quia ordinem tollit universi (il s'en faut bien) et propriam operationem a rebus, ac destruit judicinm sensùs ! + Et comme s'il ne suffisait pas d'un argument de cette force pour ruiner fondamentalement toute la doctrine de l'harmonie préétablie , nos docteurs ajoutent qu'ils ne peuvent étre contredits sur ce point que pxwr des jansénistes déguisés. Avec ke consentement de tons les physiologistes, ke P. Lamy pretend que k siège de la douleur n'est pas la partie blessée , mais le centre commun de toutes les sensations : dans cette proposition , les thomistes voient une herésie. Ils condamnent encore cette assertion réaliste : les qualités ne sont pas l'essence même des corps, mais elles lenr adviennent accidentellement , et la volunté de Dieu peat faire que ces qualités possedent l'être hors de la substance phénomenale ; « illi {calori) esse entitatem superadditam qui, remota substantia, divinitus subsistere possit.» Nou ne saurious renouveler ici la con- Woverse qui agita tunt d'esprils, comme nous l'avons

vu, durant les années 1674 et 1675 ; mais il nous importait d'apprendre à quelle occasion il y avait eu ce tumulte dans l’Université, dans toutes les écoles , dans le Parlement de Paris, et même au sein du conseild'état. Nous avons reproduit les propositions censurées dans les écrits du P. Lamy, d'après l'extrait communiqué par le recteur de l’Université d'Angers au marquis Dangeau , gouverneur de la province de Touraine. Elles sont toutes, en effet, cartésiennes , et le P. Cocquery ne disait pas la vérité lorsqu'il déclarait que les professeurs du collége d’Anjou étaient bien éloignés des sentiments de Descartes. Mais sontelles également repréhensibles ? Il ne nous semble pas. Quoi qu'il en soit , le P. Lamy ayant été contraint de soumettre ses cahiers anx commissaires désignés par le recteur , ceux-ci s’assemblèrent pour les examiner, et déclarèrent qu'ils contenaient un certain nombre de maximes téméraires , hérétiques, odieuses même ; tels sont les termes de leur procès-verbal du 19 octobre 1675 (1). Pour tout dire , nous devons faire remarquer que diverses propositions touchant la morale ou la politique , extraites des cahiers du professeur et citées dans le procès-verbal des commissaires , sont moins conformes aux principes de Descartes qu'à ceux du philosophe de Malmesbury. Le P. Lamy nous est, en effet, hien suspect d’avoir recommandé dans ses cahiers le système de l'égoïsme bien entendu, et d’avoir cherché l'origine de l'empire , ainsi que Hobbes, dans les penchants vicieux de la nature humaine. Mais, suivant le procès-verbal, il se justifiait sur ce point de-

(4) Journal déjà cité, page 47.

vant ses juges, en rappelant l'opinion professée par des philosophes anciens et par certains pères de l'église. Lesquels d'entre les pères? On ue nous le dit pas, mais ce renseignement, si incomplet qu'il soit,nous suflit pour comprendre que le P. Lamy avait trouvé l'intime rapport qui existe entre la thèse augustinienne sur le dogme de la chûte , et le système de Ilobbes sur la perversité des instincts naturels.

Après avoir été censuré à Angers, par les commissaires de l'Université, le P. Lamy le fut, à Paris, par la Sorbonne, et la décision de cette cour souveraine en matière d'orthoduxie philosophique fut sanctionnée par un arrêt du couseil-d état, rendu le 4 décembre. Le P. Lamy reçut en même temps la nouvelle de sa condamnation et une lettre des supérieurs de la Congrégation de l'Oratoire, qui lui donnaient pour résidence la ville de Grenoble. Il partit d'Angers le 8 décembre , après avoir fait, devant le lieutenant-général de la sénéchaussée , une déclaration dans laquelle il protestait contre les opinivns séditieuses qui lui étaient attribuées (1).

(1) En voici le texte :

a Par devant nous Louis Boslesve, seisneur de Ja Gislivre, con- Soiller du res, livutenant-géucralen la seneschaussée d'Anjou ct siege présihal d'Angers, présent maitre Gilies Limiers, counnis au grefle cul de Hadite seneschansae et site, à Comparu en Sa personne reverend P. Bernard Lamv, prestre de l'Oratoire de Jesus en cette ville et professeur en plulosaphie au collesse d'Anjou, annexé à ladite maison de lOratoire, ÿ demeurant lequel nous a dit et déclare qu'on Iuy veut inputer faussement que, dans tes écrits qu'il a dictes a ses écoliers, il leur enseigne quelques propositions de morale qui Sont injuieuses aux Souverains, C'est pour quoy. pour cimpé: her cette lansse calomme el sen justtier, il nous pre et requiert de luy décerner acte de ce qu'il declare que, dans les écrits qu'il a dictés à ses écohers et qui sat encure entre leurs

Quelle qu'ait été durant ce long débat la conduite de Bernard Lamy , on aurail une opinion fausse de son caractère, si on se le représentait comme un homme violent , obstiné , incapable de supporter les prescriptions de la discipline , aimant le bruit et la dispute, et toujours prêt à soulever des tempêtes. Un de ses biographes , le P. Des Mollets, nous le fait connaître sous des traits bien différents. S'il loue sa franchise, il n'omet pas de recommander son ameénité , sa douceur et sa modestie. Loin de se plaire dans le tumulte, Lamy recherchait la solitude qui est si favorable à la culture de l'esprit ; loin d’avoir du goût pour les contentions , il fuyait les gens querelleurs , il n’attaquait jamais personne , « neminem primus aggressus est , » et, si par hasard on lui adressait une injure , il y répondait dans les termes les plus mesurés ; loin d’être avide de ces applaudissements que l’on obtient sur la scène du monde au prix de son repos et quelquefois de son honneur, il n'avait jamais rien à cœur que de remplir ponctuellement ses devoirs , et ses études as-

mains, il n’a jamais enscigné , ny prétendu enseigner aucune doctrine qui soit conforme ou approchante des propositions séditieuses qu'on luy veut imposer, mais qu'au contraire il croit et a tenu et enseigné à sesdits écoliers le sens, la vérité et les termes des proposilions suivantes : 40 Que la royauté et mème les puissances qui luy sont subalternes sont établies de Dieu pour le meilleur et le plus légitime gouvernement du peuple ; 2° que l'authorité des roys et des puissances subalternes est une émanation et une image de celle de Dieu ; 3° que les sujets leur doivent obéir comme à Dieu même ; 4° que la monarchie établie par succession, par droit héréditaire et non électif, comme la monarchie françoise, est la meilleure de toutes , etc. , etc. Donné au dit Angers, par devant nous lieutenant-général susdit, le 7 décembre 41675. Signé Boylesve, et Bernard L'Amy, prestre de l'Oratoire, et Liniers, — Cette pièce se trouve dans le Journal de tout ce qui s'est passé en l'Université d'Angers, eic. , elc., p. 57.

sidues, ses pieux exercices ne lui laissaient pas le temps de travailler pour la renommée. 1] faut voir en lui un véritable oratorien , docte et pieux , préferant la retraite au monde et l'étude aux plaisirs ; simple dans ses mœurs ; peu soucieux de la gloire, mais zélé pour le bien ; pauvre et aimant la pauvreté ; soumis à ses supérieurs, moins par crainte que par devoir; bien affermi dans sa vocalion, et toujours docile à Ha voix interieure qui l'avait appelé dans une Compagnie modeste et laborieuse, dont le régime lui convenait d'ailleurs si bien. C'était donc un homme simple et pacifique ; mais, d'autre part, c'était un véritable philosophe, ferme dans ses convictions, prêt à les défendre en toute circonstance, sans Lenir compte des périls, qui s'étant attaché résolument au parti de Descartes , refusait de professer, par égard pour certaines convenances , des opinions autres que celles qui avaient obtenu l'assentiment de sa raison. Eluigné par ses supérieurs d'une ville où sa parole independaute avait été si mal accueillie par les derniers tuteurs de la tradition scolastique, Bernard Lamy ne fut pas abattu par cette disgrâce , et ne douta pas de la vérité devant le triomphe de l'erreur. L'évèque de Grenoble, le cardinal Le Cunus, ne lui sut pas mauvais gré d'avoir souffert pour la cause de la doctrine nouvelle ; il lai témoisna la plus entiere confiance et Jui laissa la plus grande liberté, Le P. Lamy n'abusa ni de l'une ni de Fautre : on le vit s'employer avec beaucoup de zele pour les intérêts de l'église de Grenoble, accompagaant le docte prelat dans toutes ses visites pastorales, s'occupant des affaires spirituelles et des affaires temporelles du diocèse , préchant dans

toutes les églises où l'on désirait l'entendre , au fond des campagnes aussi volontiers que dans les villes, et consacrant à des études , à des travaux utiles , toutes ses heures de loisir. Ses supérieurs , intimidés par l'arrêt du conseil-d'état, lui avaient interdit de pro fesser la philosophie, non-seulement à Angers, mais encore dans tous les colléges administrés par la Congrégation de l'Oratoire. Cet ordre fut révoqué , à la prière du cardinal Le Camus, et, après huit mois de suspension , le redoutable adversaire des thomistes reprit son cours dans la chaire de philosophie du séminaire de Grenoblé.

Bernard Lamy avait déjà prouvé qu'il n’était pas moins habile écrivain que bon professeur. En 1675 , Il avait publié , sous le titre de : L'Art de Parler , avea un Disocurs dans lequel on donne une idée de l'art de Persuader,un petit volume où se trouvent résumés et commentés, dans un bon style et avec beaucoup da méthode , les préceptes liltéraires de l’école cartésienne (1). Cet ouvrage, dont il retoucha fort heureusement la seconde édition , obtint , dès qu'il vit le jour, une réputation bien méritée. Malebranche en faisait le plus grand cas, et il s’est plu souvent à exprimer la boune opinion qu'il en avait, dans les termes les plus honorables pour le P. Lamy ; le P. Des Mollets l'appelle un ivre d'or, « aureus ille liber; » Bayle, qui était,

(4) Paris, Pralard , 1673. in-19. Il ya eu de nombreuses éditions du mème ouvrage : Paris, Pralard , 4676, in-12 ; La Haye, Moetjens, 1685, in-42; Paris, Pralard, 1688, in-42; Paris, Cusson et Witte, 4701, in-19 ; Paris, 1745,in-12; Paris, F.Didot, 474 ; Paris, 4757 , in-12. Dès la svccnde édition, le titre de cet ouvrage fut changé en celui de La Khetorique, ou l'Art de Parler,atc. Il a été traduit en allemand, en italien et en anglais.

on le sait, plus sobre d'éloges que de censures, parlait ainsi du même traité dans les Vouvelles de la Repupublique des Lettres : « On attribue cet ouvrage à un père de l'Oratoire, bon cartésien, et il paroît, par la netteté avec laquelle il parle des choses , et par le soin qu'il prend de les réduire à des principes généraux, qu'il a fort bien fait sa philosophie (1). » C'est en rendant compte de l.{rt de Parler, que le Journal des Savants donne au P. Liny le titre de « grand philosophe(2?).» On considérait alors la grammaire et la rhétorique comme appartenant au domaine de la philosophie , et c'était à bon droit ; on à de nos jours beaucoup trop limité ce domaine. L'approbation que l'Art de Parler obtint de tous les juges compétents encourage le P. Lamy à publier d'autres traités. Î fit paraître , en 1678 , ses Nouvelles Écflerions sur l'Art Poëtique, à Varis, chez André Pralard. Bien qu'il ft porté par la nature de son esprit vers l'examen des problèmes les plus divers, le P. Lamy n'abandonnait pas une étude avant de s'y être rendu expert, et d'avoir confié au public les résultats de ses labeurs. Ayant consacré aux lettres les premieres années de sa vie, et se proposant de Îles négliger quelque temps pour étudier spécialement les sciences que l'on appelle exactes, il eut sans doute à cœur de prouver qu'il ne connaissait pas moins à fond les principes de la poétique que ceux de l'art oratoire. Nous ne savons trop si le public goùûta cette preuve, mais il ne parait pas que les Nourelles livflerions du P. Lamy aient eu autant

(2) Nourelles de la Rrputlique des Lettres, dans les (Œxntrres dverses de BI. P. Baule, LU 4. puge 177, in-ful,

(3) 20 novembre 1702.

de succès que l'ouvrage précédent. Dans le Journal des Savunts du 3 mai 1678, nous lisons , au sujet des Nouvelles Réflexions sur l'Art Poëtique du P.Lamy, un article ainsi conçu : « On peut appeler ces réflexions véritablement nouvelles, car personne ne s’est encore avisé de traiter celte matière de la manière dont le P. Lamy s'y est pris ; car en expliquant quelles sont les causes du plaisir que donne la poësie et quels sont les fondements de toutes les règles de cet art, il fait connoître en même temps le danger qu'il y a dans la lecture des poëtes ,et ce que la morale la plus chrétienne peut enseigner à un homme de bien. » Ce jugement n’est pas bien motivé. Le P. Lamy ne pouvait, en effet, se considérer comme le premier des critiques qui eût censuré l’abus des libertés poétiques ; quand il donnait ses ÆReflerions comme nouvelles, il voulait simplement exprimer qu'il ajoutait un long chapitre à ce qu'il avait déjà dit sur la poésie, dans le troisième livre de son traité sur l’Art de Purler. Pour être admis au nombre des disciples de Platon, il fallait être géomètre. Le P. Lamy s’est rappelé cet article des statuts de l'ancienne Académie (1) , et s’est appliqué particulièrement à l'étude des sciences diverses qui relèvent des mathématiques. Le premier ouvrage dans lequel il fit connaître les résultats de cette étude, parut en 1679 , sous le titre de : Traftez de Méchanique, de lEquilibre des Solides et des Liqueurs; Paris, André Pralard, petit in-12 (2). Ce

(1) Éléments de Géométrie, préf. de l'éd. de 4695 ct des édit. suiv.

(2) Une nouvelle édition des Traitez de Méchanique , corrigée et augmentée, parut en 1687, in-12. M. Quérard nous en signale une autre publiée en 4734, à Amsterdam, chez P. Mortier , in-123.

traité est divisé en deux parties : la première a pour objet l'équilibre des solides, et la seconde l'équilibre des liqueurs. Parmi les sectateurs de la méthode cartésienne , Rohault et Gaston Pardies avaient déjà soumis à cette méthode les problemes de la mécanique; B. Lamy n'a fait que reproduire leurs démonstrations sous une forme meilleure, c'est-à- dire avec plus de concision et de clarté. C'est le jugement qu'ont porté sur les Zraitez de Mechanique le P. Niceron (1) et Chrétien Wolff (2).

Le P. Lamy avait beaucoup d'inclination pour les mathématiques, et, comme tous les cartésiens, il attribuait à la méthode des géomètres une autorité plus que légitime. Il en est des révolutions philosophiques comme des révolutions politiques ; le parti vainqueur se juge lui-même infaillible, et condamne impitoyablement le principe contraire à celui quil représente ; toutes les réactions sont passionnées et intolérantes. Telle a été la réaction contre l'école spéculative, accomplie sous les auspices de Descartes et de Gassendi. Ecoutons le P. Lamy : « [Il n'y a point d'étude plus propre pour ces exercices (il s'agit de discerner le vrai du faux, et d'apprécier les vérités évidentes) que la géométrie et les autres parties des mathématiques. Les véritez qu'elles enseignent sont simples et claires. Les mathématiciens apportent incomparablement plus de soin et d'exactitude pour déduire des premicres véritez loutes leurs suites et leurs conséquences ; de sorte que la géométrie fournit des modèles de clarté et d'or-

(1) Hommes lustres, t. v1.

(3) Elemena Maihescos, à, v., édition de Genève, 1741, p. 60.

dre, et que , sans donner des règles du raisonnement, ce qui appartient à la logique , elle accoutume l'esprit insensiblement à bien raisonner. Presque toute autre étude gâte un esprit qui a déjà quelque foible.. Est-ce, me direz-vous, que l'on ne conçoit rien dans les autres études ? Cela paroit étrange ; cependant il n’y a rien de plus vrai : la plus grande partie de ceux qui étudient ne conçoivent rien; leurs idées ne sont jamais claires. Ils n'aperçoivent point la vérité ou la fausseté de ce qu'ils disent , ils ne parlent que par imagination, L'esprit pur n'agit point chez eux; c'est-à-dire qu'ils parlent selon que leur imagination leur présente diverses images. La raison n'y a presque point de part (1). » C'est là véritablement le langage d'un enthousiaste. Le P. Lamy s’est plusieurs fois exprimé, sur la méthode des géomiètres, en des termes aussi peu mesurés (2). Sa passion pour les mathématiques était extrème. Îl entreprit un jour de faire à pied le voyage de Grenoble à Paris. S'occupa-t-il, durant cette longue course, d'observer les lieux qu'il traversait, d'étudier les mœurs, les usages divers des populations, et de recueillir des notes pour un ouvrage historique ou descriptif? Aucunement ; il employa tous ses instants à préparer un traité élémentaire sur les mathématiques, qui parut, en 16S0, sous le titre de : Zraite de la Grandeur en gencral , qui comprend T'Arihmetique, l'Algèbre et l'Analyse; Paris, A. Pralard , in-12 (3).

(1) Entretiens sur les Sciences, deuxième Entretien, p. 44 et 42 de l'édition de 1694.

(2) Ibid, premier Entretien, page 14 de la même édition.

(5) La seconde édition de cet ouvrage parut en 1689, sous le titre de : Elcmens de Hathematiques, ou Traité de la Grandeur en gé-

Ce traité eut un grand succès, comme nous le prouve, outre les éditions nombreuses qui en ont été faites, le témoignage irrécusable du Journal des Sarants. « Les réimpressions qui se font de ces £/ements , lisons-nous dans ce journal, ici et en Hollande, marquent combien ils sont d'usage. Aussi ne connaît-on pas de livre qui ouvre une entrée plus facile dans les mathématiques que celui-ci. On y trouve dans l'auteur un maître habile qui s'accommode à la portée de ceux qui commencent, qui les prend, pour ainsi dire, par la main et les conduit pas à pas, entrant avec ceux dans les plus petites diflicultez, et leur rendant partout raison des démarches qu'il leur fait faire. Un grand nombre de mathématiciens doivent à cet ouvrage leurs premières connaissances , et l'on peut dire que s’il ne pousse pas les choses aussi loin que quelques autres ouvrages de celte nature, il est au moins de ceux qui ont le plus contribué à rendre ces sciences communes (1). » Dans un autre article du mème journal, nous lisons l'éloge suivant du même traité : « Je ne crois pas que cet ouvrage soit plus difficile à entendre qu'une Logique. L'auteur s’y est donné beaucoup de peine , afin que ses lecteurs eu eussent moins (2).» Il ne faut pas attribuer à B. Lamy tout le mérite de cet ouvrage ; le P. Prestet, de l'Oratoire, avait publie, quelques années auparavant, un traité

ncral. Ce titre a été conservé dans les éditions suivantes, auxquelles l'auteur tit de nombreuses corrections ; Paris, 1694, in-12 :; Paris, Denis Mariette, 1704. in-12; Amsterdam , 1710, in-19 ; Paris, 4713,in-12; Paris, Briasson , 1705, iu-12.

(1) 7 janvier 1704.

(2) 26 mars 1091.

sur la même matière, et B. Lamy ne l’a pas consulté sans profit.

Ce qui intéressait le plus le P. Lamy dans l'étude des sciences, ce n’était pas d'acquérir quelques notions nouvelles ou de résoudre quelques problèmes obscurs ; plein de zèle pour la recherche de la vérité, il disait souvent qu'il ne s’agit pas d'étudier et de connaître, dans le seul but de satisfaire une curiosité frivole. S'il importe de travailler sans relâche à étendre le domaine de la connaissance, c’est, pensait-il, afin de rendre Îa créature meilleure en l’initiant aux mystères de l'œuvre divine; un homme dont l'ignorance est moins profonde que celle du vulgaire, dont l'intelligence est mieux réglée, communique plus directement avec Dieu. Telle est l'opinion que le P. Lamy entreprit de justifier dans un traité recommandable à divers titres, qui parut en 1684, à Lyon, chez Jean Certe, sous le titre de : Entretiens sur les Sciences, dans lesquels on apprend comme l'on se doit servir des Sciences pour se faire l'esprit Juste et le cœur droit (1). Cette première édition des £ntretiens sur les Sciences fut, dans la suite, bien modifiée par l’auteur. Nous avons sous les yeux l'édition de 1694; elle contient, outre les dialogues, plusieurs dissertations sur la logique, sur l'étude des humanités (2) et sur la philosophie , où les plus sages

(4 Une autre édition des Entretiens sur les Sciences , fut pub'iée à Bruxelles , en cette année 4684, chez Henri Fricz. La seconde édition avouée par le P. Lamy, porte la date de l'année 4694 ; Lyon, J. Certe, in-12; la troisivme est de l'année 4700, Lyon. Autres éditions : Lyon , Certe, 1706 , 1724, 1752, in-12.

(2) La dissertation sur l'étude des Humanités n’est pas du P. Lamy , mais d’un professeur nommé Duguet.

ee

préceptes sont exposés avec la méthode toujours sévère du docte oratorien. La dissertation qui a pour objet l'idée de la logique nous paraît être la plus remarquable; dans celle qui concerne la philosophie , nous trouvons une appréciation peu exacte , peu équitable , des travaux philosophiques de l'antiquité , mais nous y remarquons une critique fortvive du péripalétisme scolastique , et une apologie presque téméraire de Descartes et de Malebranche. Nous citerons le passage relatif à Descartes :

«.… À présent on ne croit sçavoir une chose que lorsqu'on la peut expliquer méchaniquement. C'est Des Carthes qui a ouvert ce chemin; c'est à sa méthode qu'il se faut attacher. Je dis à sa méthode, car, pour la plûpart de ses explications , il les faut re garder non comine la vérité, mais comme des conjectures rai sonnables. Ce qu'il dit est loujours ingénieux selon les hypothèses qu'il a faites; mais ce n'est pas à dire que ce qu'il «1ance soit vrai... C'est à la méthode de ce philosophe qu'il se fant attacher dans la physique plûtôt qu'à ses opinions particulières On en trouvera fausses plusieurs, à mesure qu'on fera plus de découvertes dans la physique. Sans doute que de tous les philosophes il a le mieux parlé de l'esprit et qu'il a distingué avec plus de clarté ses fonctions d'avec celles de la machine du corps. Tout ce qu'en avoient dit les philosophes étoit fort obscur. L'on ne prut gucres ajoûter à ce qu'il enseigne touchant l'union de l'âme avec le corps. Aucun philosophe n'a fait voir d'une manière plus convaincante le rapport de l'homme avec Dieu, C'est pourquoi je ne sçai qui a pu porter quelques-uns de nos écrivains à tant travailler pour rendre sa philosophie suspret: et méprisable, C'est envier à la France et à notre siècle la gloire d'avoir produit le plus grand de tous les philosophes. Pour moi, je veux bien qu'un sçache combien je l'ai estimé. Lorsqu'on parla de lui dresser un monument , il y a vingt-cinq eu trente ans, je fs quelques vers pour inviter la

France à le faire magnifique, étant intéressée dans la gloire de celui à qui il luiest si glorieux d'avoir donné la naissance. J’exhorte les ouvriers sçavans dans les mathématiques d'emploïer pour leur maître l'art qu'ils avoient appris de lui, et toute la nature de fournir pour son tombeau les richesses qu'il avoit si bien expliquées. Voilà ces vers, marque publique de mon estime et de ma reconnoissance pour ce philosophe , dont j'ai lu les ouvrages avec fruit , comme je crois :

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