CELL
Gregoru opera, Eliæ in Dovemdecitn orationes , Casque MSI mores ac en Nicetæ tem in sexdecnm alias orationes commentaria: Bashi, medio sweulo decimo ecclesia Civsariensts episcopi, longe opumi scholiastæ im duas super quadraginta orationes gcholia : demum sumul cum operibus Gregor plus geptem scriplorum, quorum ne quidemu nota sunt nomma, fatus edere, mo preunttere statuerat. Pleraque parata erant el quidem pralo matunora quam ipsa Gregor opera. > :Sbidem, p X :
Mais il ne devait pas lui être permis d'achever cet immense travail : dès l’année 1709, il en fut détourné par d'autres soins.
Un prêtre de Saint-Denis, s'étant imprudemment engagé dans une controverse avec quelques docteurs protestants, pria Louvard de lui venir en aide. Celui-ci n'hésita pas un instant à remplir ce devoir, et bientôt, abandonné par le prêtre dont il avait accepté la défense , il se trouva seul devant de redoutables adversaires. Il les combattit avec vigueur, et, dit-on, avec avantage. Le résultat de cette controverse fut la conversion de plusieurs officiers des gardes suisses qui tenaient garnison à Saint-Denis. « On conserve encore dans l’abbaye, ainsi s'exprime un annaliste de 1740, les lettres qui lui furent écrites à ce sujet de la part de Louis XIV, et qui font beaucoup d'honneur à la mémoire de ce religieux(1}.» C’est vraisemblablement à l’occasion de ce débat que Louvard composale Traité sur la Confession que lui attribue Dom Tassin (2). Ce traité n'a pas été imprimé. Mais les démèlés que Louvard eut, en 1709, avec quelques réformés furent
(1) Nour. Eccles. du 13 fév. 1740. — Le mème fait nous est attesté par l’auteur de la Lettre d'un abbé au R. P. Gomeau, sur sa Réponse à D. Thuillier. Nous lisons dans cette Lettre * « Cela alla si loin, que Louis XIV en fit écrire par M. Voisin au P. Prieur de Saint-Denis. pour lui marquer le plaisir qu'en recevoit S. M., et que M. le duc du Maine en écrivit lui-même d'une manière si honorable à la communauté, qu'on a jugé à propos de garder l'original de sa lettre dans les archives de l'abbaye. — Pendant que ce religieux { D. Louvard) a demeuré à Saint-Denis, on lui. adressoit les ofliciers qui vouloient se faire instruire, et les mémoires fournis par leurs ministres pour y répondre; ce qu’il a fait avec l'approbation des connoisseurs. »
12} Hist. Lit. de la Congr. de St.-Maur, p. 542.
180 FRANÇOIS LOLVARD.
un des incidents les moins notables d'une existence qui devait être si tourmentée.
Au mois de septembre de l'année 1713, ayant à cœur de terminer à l'avantage de la Société de Jésus toutes les controverses qui agitaient l'Eglise, au sujet de la nécessité et de l'efficacité de la grâce divine, Clément XI publia la fameuse constitution Unigenitus, dans laquelle il censurait cent et une propositions extraites du livre des Réflexions morales du P. Quesnel, de l'Oratoire. Mais loin de clore le débat théologique, cette bulle ne fit que créer au Saint-Siége des embarras nouyeaux. Aussitôt qu'elle parvint en France, on s’empressa de la commenter, et partout, dans les séminaires du clergé séculier et dans les abbayes, dans les chapitres diocésains et dans les comices des congrégations, on proféra des murmures contre la teneur de ce décret apostolique. Mais la Société de Jésus n'était pas moins puissante près de Louis XIV que près de Clément XI, et l'on savait qu'elle ne s'arrëterait devant aucun obstacle ; que, pour établir la prépondérance de la doctrine de Molina sur celle de saint Augustin , elle était prête à tout oser, et que les premières protestations du clergé gallican devaient être le signal d’une persécution impitoyable. Pendant quelque temps, personne n'éleva la voix assez haut pour être entendu; cependant une sourde agitation annonçait aux Jésuites l'approche de la tempête. Ceux-ci eurent dès Jl’abord recours aux moyens préventifs : ils organisèrent dans toutes les compagnies religieuses une police active, et interccptèrent la correspondance des religieux et même des évêques qui leur furent dénoncés comme suspects. Dom Louvard,
versé dans l'étude des Pères , devait avoir peu de goût pour les nouveautés molinistes ; on le présumait, et on Jui fit l'honneur de le surveiller comme un adversaire dangereux. Les Bénédictins avaient pris le parti de répondre à la violence par la réserve, et d'attendre les événements. Mais ce n'était pas l’affaire du P. Letellier, confesseur du roi, fanatique zélateur de la créance moliniste. Ayant bien résolu de provoquer quelque tumulte dans la congrégation de Saint-Maur, le P. Letellier fait connaître au général des Bénédictins, dans les premiers mois de l'année 1714, qu'un de ses moines a eu la témérité d'administrer les sacrements sans se conformer aux règles prescrites par la bulle Unigenitus. Le coupable était dom Louvard : le délit énoncé par le P. Letellier lui avait été révélé par un de ses agents mystérieux. Le P. de l’Hostallerie , qui exerçait alors Ja charge de général de la congrégation de Saint-Maur, avait appris, sous la discipline de Gerberon , à placer l'opinion des Pères ayant les hypothèses péripatéticiennes des docteurs de la Société de Jésus; mais c'était un homme timide, cauteleux, qui transigeait volontiers lorsqu'il voyait une menace suspendue sur sa tête. La plainte du P. Letellier lui ayant été transmise , il se hâte de donner à Dom Louvard l’ordre de quitter l'abbaye de Saint- Denis et lui désigne pour retraite l’abbaye de Corbie, dans le diocèse d'Amiens. Cet ordre était signifié à Dom Louvyard le 12 février de l’année 1714 (1). Celui-oi
(1) Ces dates nous sont fournies par l’auteur de la Notice nécrologique , publiée dans les Nouvelles Ecclés. du 13fév. 1740. Suivant le Recueil des Ordres émanez de l'autorité seculière,etc., etc.,
s’empresse d'obéir, se promettant bien de témoigner, à Corbie comme à Saint-Denis, en faveur des libertés de l'église gallicane , et de résister ouveriement, à la première occasion, à la tyrannie des Jésuites. Cette occasion va bientôt s’offrir. Pour se conformer aux volontés du Pape et de la cour, le P. de l'Hostallcrie adresse la censure du P. Quesnel à toutes les maisons de l'ordre, et enjoint aux prieurs d'en faire la lecture devant les religieux. Le 24 juin, le prieur du monastère de Corbie convoque ses frères, et leur donn: communication des pièces qui lui ont été transmises par le général de la congrégation. Une voix s'élève pour protester : Dom Louvard déclare que sa conscience ne lui permet pas d'obéir au décret du Pape, et demande la permission de se retirer. — « Cette retraite, dit le prieur, veut être motivée. — Je ne saurais, répond Louvard, assister à la lecture publique d'une bulle que ma foi condamne, sans me rendre coupable de dissimulation : je pourrais protester, mais le parti de la retraite me semble plus respectueux ; ordonnez donc, mon l'ère, que les portes de cette maison mo soient ouvertes. — La bulle révolte votre foi, dites-vous, réplique le pricur. Avez-vous donc eu quelques révélations à ce sujet? — Non, mon Père, poursuit Louvard, mais il ne m'en faut pas d'autre que celle de l'évangile;» et ayant dit ces mots, il s'incline et sort du chapitre. Il est suivi par quatre ou cinq religieux, qui étaient dans les mêmes sentiments que lui ({).
Amsterdam, 1727. in-4°. Dom Lousard n'aurait été exilé à Corbu Fr C3 , que le 5 octobre 1714. Ce renscrsuement est evidemment errenn
(1) Histoire du livre des Réflerions morales. & 1 paze 220
François Louvard est le premier des appelants de sa congrégation, et nous ne savons pourquoi l’auteur de l’Histoire de la Constitution Unigenitus, en ce qui regarde la Congrégation de Saint-Maur, ne commence cette Histoire qu'aux poursuites dirigées contre Îles PP. Choplet et Varroqueaux. Ces poursuites n’eurent lieu que vers la fin de l’année 1714, et Dom Louvard avait, dès le mois de juin de cette année, manifesté par un acte énergique son refus de souscrire à la censure prononcée contre Île P. Quesnel. Le général de la Congrégation apprit sans doute avec déplaisir la protestation de Dom Louvard; mais le plus grand nombre des religieux de l'ordre applaudit à cette courageuse initiative. Or ce n'était pas seulement pour donner satisfaction à sa conscience, que Dom Louvard avait agi de telle sorte : connaissant bien l'opinion de ses frères sur la bulle, et désirant les voir témoigner en faveur de la tradition et de la vérité, il se proposait rien moins que de les entraîner avec lui dans les voies de la résistance. C’est dans ce but qu'il motiva sa protestation contre la bulle, dans un écrit dont une partie fut imprimée, dit-on, mais dont nous ignorons même le titre. Cet écrit contenait les deux propositions suivantes : la première , que recevoir la bulle, c’était apostasier, et renoncer Jésus- Christ et son Évangile ; la seconde, que c'était la recevoir que la publier ou l'entendre lire en public sans réclamation (1). Nous n'avons pas besoin de dire combien cette thèse révolta les Jésuites : ils témoignèrent leur ressentiment, en obtenant du P. 'Hostal-
(1) Nowvelles Ecclésiastiques du 13 février 1740.
Jerie un ordre qui envoyait Dom Louvard à deux cents lieues de Corbie, dans le monastère de Landevenek. Comme on n’espérait ni l’intimider, ni le corrompre, on voulait du moins le retrancher du monde, en lui assignant un lieu d'exil à l'extrême limite de la Bretagne. L'ordre du P. de l'Hostallerie fut signifié à Dom Louvard le 27 juillet {f}, et sans en attendre, sans en demander la révocation, il partit aussitôt, déjà prêt à supporter le martyre pour la cause de saint Augustin et des libertés gallicanes. Il lui était interdit de traverser Paris, où l'agitation des esprits annonçait un prochain orage. Louvard respecta cette interdiction, mais il ne manqua pas de provoquer à la révolte toutes les maisons bénédictines où il séjourna durant son voyage : il fallait, disait-il, dénoncer à l’église et la bulle et le Pape qui avait osé la publier ; il fallait faire entendre la voix des consciences indignées, et prouver, par une manifestation digne de la cause , que les Jésuites et leurs complices prétendaient vainement asservir l'immense légion des fidèles serviteurs du Christ, On comprenait ce langage, et l'on murmurait contre la mollesse du P. de l'Hostallerie non moins que contre la tyrannie du P. Letcllier. Louvard reçut partout l'accueil le plus fraternel.
À peine fut-il établi dans le monastère de Landevenek, qu'un de ses amis lui fit parvenir un écrit récemment publié par le capucin Paul de Lyon contre l'apologie de la doctrine quesnellienne qui a pour titre Les Hexaples. Comme il avait du loisir dans sa retraite,
(2: Au mois d'octubre, suivant l'auteur des Actes émanez de l'autorité seculière, ete., ete. Mais c'est sans doute la uge nouvelle erreur.
Louvard s'empressa de réfuter le libelle du capucin constitutionnaire, et , jugeant bien qu'il ne trouverait pas en France un libraire assez audacieux pour éditer cette réfutation, il la fit parvenir en Hollande au P. Quesnel et à l'abbé Fouilloux.Ceux-cise chergèrent de l'impression, et l'écrit de Dom Louvard parut sous ce titre : Lettre d'un théologien contre les Anti- Hezxaples du P. Paul de Lyon, capucin, in-12. Mais ce n’était pas assez de combattre les livres des Jésuites et de leurs partisans : Louvard avait surtout à cœur de provoquer une insurrection contre la bulle, et d’engager dans la cause du P. Quesnel, dans la sienne le clergé des deux ordres. Dans ce dessein, il rédigea “plusieurs consultations théologiques qui ne furent pas confiées à la presse, mais qui, transcrites par des mains fidèles, pénétraient dans tous les monastères de la Bretagne, et y entretenaient l'agitation. Un seul de ces opuscules a été publié , quelques années plus tard, en 1717;ila pour titre: Réponse aux conséquences qu'on tire de certaines propositions qui se débitent en Basse-Bretagne, pour retenir les peuples dans une obéssance au Pape pernicieuse à la religion et à l'état (1). L'exemple donné par Dom Louvard avait été suivi par un grand nombre des doctes fils de saint Benoit. Condamnés par leurs supérieurs à une prison rigoureuse pour avoir fait montre de peu de respect à l'égard de la bulle, les PP. Choplet et Varroqueaux eurent la consolation d’apprendre que leur conduite était approuvée, et que l'archevêque de Paris, le
(1} Cet ouvrage, qui était à la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Vincent, manque aujourd'hui à la biblioth. publique de la ville du Mans.
cardinal de Noailles, avait lui-même témoigné en leur faveur. On commençait à s’agiter sérieusement au sujet de la bulle, et déjà de part et d'autre on se préparait à l'attaque et à la défense, quand, le {er septembre 1715, finit le règne de Louis XIV. Le duc d'Orléans, auquel fut confiée la régence , voulut inaugurer le nouveau règne par une amnistic générale ; il présenta lui-même au jeune roi le cardinal de Noailles, qui passait pour être le chef desopposants à la bulle, et bientôt un édit royal suspendit toutes les poursuites, délivra tous Îles captifs. Le P. Quesnel obtint la permission de rentrer en France, et tous ceux de ses adhérents qui avaient été exilés comme lui, furent admis à partager cette faveur. On pouvait croire quo les temps d'épreuve étaient finis pour les défenseurs de la tradition augustinienne , et que les Jésuites allaient enfin expier par une éclatante disgràce leurs entreprises coupables contre la doctrine de l'église, contre la liberté de conscience et contre l'autorité des parlements. La bonne nouvelle fut partout accuuillie avec la plus vive allégresse : on vit des princesses allant elles-mêmes recevoir, au seuil des cachots, les illustres victimes du P. Letellier. Dom Louvard ne fut pas oublié dans sa retraite ; il fut rappelé à l'abbaye de Saint-Denis dans les premiers mois de l'année 1716. Mais les Jésuites n'avaient pas abdiqué leurs rancunes, et, spectateurs muets des ovations décernées aux complices du P. Quesnel, ils travaillaient activement à reconquérir leur influence. Ils devaient y parvenir.
Les représentants officiels de l'église gallicane qui, pendant les dernières années du rèsno de Louis XIV, avaient été brutalement opprimés par la Société de
Jésus , crurent, en voyant ouvrir les prisons d'état, qu'il leur était enfin permis de manifester leur opinion sur l'affaire de la bulle. Trente-trois évêques adressèrent au pape une lettre collective, dans laquelle ils Jui donnaient les conseils les plus respectueux, l'invitant à rétablir la paix au sein de l'Eglise par tout autre moyen que par la persécution. Les Jésuites exerçaient à Rome la suprême puissance ; la lettre des trente-trois évêques y fut mal accueillie : c’est alors que quatre d'entre eux, les évêques de Mirepoix, de Senez, de Montpellier et de Boulogne, n’espérant plus rien des tent:tives de conciliation, crurent devoir interjeter appel au futur concile de la bulle obtenue par les Jésuites contre le P. Quesnel et les franchises du clergé gallican. Cet appel fut dressé le 1er mars 1717. Quatre jours après, deux moines de Saint-Denis publiaient leur adhésion au manifeste des quatre évêques. De ces deux moines, l'un était Dom Louvard : non content d'exprimer par cet acte public son sentiment sur la grande question qui venait d'être mise à l’ordre du jour, Dom Louvard ne redouta pas de motiver sa résolution audacieuse et de proclamer hautement que la résistance au décret du Saint-Siége était le devoir de tous les véritables chrétiens. C’est ce qu'il fit dans un traité qui a pour titre : De la nécessité de l'appel des Eglises de France, au futur concile général, de la constitution Unigenitus, pour la défense de l'ancienne doctrine, dela morale, de la discipline, etc., etc.; 1717; un volume in-12.
Encore une fois Louvard a donné l'exemple, et bientôt les évêques de Pamiers et de Verdun, la Sorbonne et la Faculté de Nantes, les chanoines du
Mans, ceux de Nevers, et environ mille curés, adhèrent à l’acte des quatre évêques. La congrégation de Saint-Maur ne pouvait demeurer indifférente , alors que tant de voix s’associaient pour proclamer la liberté d'opinion sur la question de la grâce. Les députés de la province de France tenaient une assemblée solennelle à Saint-Denis ; l’acte d'appel leur ayant été présenté, la plupart d'entre eux y adhèrent : c'est alors que Dom Louvard rédige une requête, dans laquelle les religieux de Saint-Denis demandent aux membres de la diète provinciale la permission d'exprimer leur sentiment personnel sur la question si ardemment controversée. Cette requête ayant été favorablement accueillie, trente-deux religieux de Saint- Denis rendent publique leur adhésion à l'appel de leurs supérieurs, et la plupart des bénédictins de Saint-Germain-des-Prés et des Blancs-Manteaux souscrivent après cux aux mêmes conclusions. La lutte était encore uno fois engagée, et l'on ne pouvait prévoir à quel parti devait s'attacher la victoire. Déjà le duc d'Orléans se repentait d'avoir fait aux partisans du P. Quesnel unc concession dont le premier résultat était un nouveau tumulte dans l'église. Mais les appelants s'inquiétaient peu des suites de leur résistance : ils étaicnt pour la plupart très-obstinés dans leur sentiment sur l'affaire de la grâce, et bien décidés à braver, pour le défendre, toutes les violences du pouvoir civil. Leur souci principal était de savoir pour qui se prononcerait l'archevêque de Paris, le cardinal de Noailles. On le connaissait assez bien porté pour le P. Quesnel, et il avait déjà donné plus d'un gage de cette inclination; mais on redoutait l'in-
fuence que pouvaient exercer sur son esprit le parti des Jésuites d'une part, ct, de l’autre, le parti de la cour, qui, professant une indifférence complète à l'égard de telle ou telle hypothèse dogmatique , avait fort à cœur la fin des troubles, et blÂmait en conséquence la conduite des appelants, sans tenir compte de leurs scrupules. Dans ces circonstances, une démarche fut faite auprès du cardinal de Noailles par un grand nombre de curés et de religieux du diocèse de Paris : le but de cette démarche, à laquelle Dom Louvard ne manqua pas de s'associer, était d'obtenir l'adhésion de l'archevêque à l'acte d'appel de ses collègues. Si vives que fussent ces sollicitations, le cardinal de Noailles hésitait encore : il avait écrit au Pape pour l'inviter à donner des explications sur la bulle, s'engageant à la recevoir s’il lui était bien prouvé qu’elle ne contint rien de contraire à la tradition de l'église, rien d’attentatoire aux franchises de l’église gallicane. Mais aucune transaction ne pouvait convenir à Dom Louvard, et pour prévenir l'effet de la réponse du Saint-Siége , il fit publier, à l'adresse de l'archevêque, une longue dissertation conçue dans les termes les plus énergiques, dont voici le titre : Lettre au cardinal de Noailles , pour prouver à cette éminence que la constitution Unigenitus n'est recevable en aucune façon; 1718. La cour romaine ne donna pas les explications qui lui étaient demandées, et le cardinal de Noailles se prononça pour l'appel. Ce fut un événement des plus graves. La communauté de Saint-Denis adhéra tout entière à l'appel de l'archevêque : Dom Louvard seul, n'approuvant pas dans son entier la déclaration épiscopale, refusa de la signer et fit un acte particulier.
Les appelants n'étaient plus opprimés, ils étaient triomphants, et ils firent trop de bruit de leur triomphe. Quand la nouvelle en parvint à la cour de Rome, les cardinaux furent frappés de terreur. Comme premier témoignage de leur ressentiment, ils résolurent de supprimer la congrégation de Saint-Maur, qui passait pour avoir fomenté les troubles, et le Pape, entrant dans leurs vues, fit signifier au procureur général de la Congrégation, le P. Conrad, l'ordre de quitter la ville de Romo dans le délai de trois joure. Mais cette affaire n'eut pas d'autres suites (1\. Tandis que Rome préparait ses foudres, les évêques constitutionnaires de l'église de France, jaloux de comprimer l'esprit de révolte qui envahissait leurs diocèses, firent entendre des menaces et vinrent en cour sulliciter des mesures repressives contre les appelants. Ils disaient, et non sans raison, que l'audace des adversaires de la bulle n'avait plus de mesure, qu'ils avaient pour chefs des Jansénistes avouës, et que sons l'appæ rence d'un beau zèle pour la cause des libertés ecclésiastiques , il fallait voir le dessein de remettre en honneur les thèses proscrites de l'évêque d'Ypres, ot de relever les ruines de Port-Royal. Ces remontrances furent écouttes : le ministre qui avait favorisé la cause des appelants, le chancelier d'Asucsseau, fut remplacé par le constitutionnaire d'Armenonville, et l'abbé Dubois, qui convoitait alors le chapeau de cardinal, entreprit la conduite d'une intrigue qui devait avoir pour résultat de réconcilier la cour de Rome ot la cour de France, sans tenir compte ni des
M Hit. de la Concht. Umgentus, par F Latiteau. x. de Sisteron, T1, p 116 et sur.
personnes engagées en faveur de l’appel , ni de la tradition dogmatique , ni des consciences alarmées. À la nouvelle de ces tentatives d'accommodement, trentequatre bénédictins de Saint-Denis formulèrent une protestation que Dom Louvard s’empressa de signer (17 mars 1720 ); mais la cour s'en troubla peu, et bientôt on apprit que la bulle, commentée par l'abbé Dubois, avait obtenu l'approbation du roi, du régent, de l'archevèque de Paris et du plus grand nombre des prélats qui avaient dès l’abord formulé des conelusions opposées à l'esprit et au texte du décret apostolique. Telle était la puissance des arguments que l'abbé Dubois avait su faire valoir ! Devant ses menaces, devant ses prières ou devant ses séductions, tout avait fléchi. Abandonné, trahi par ses représentants officiels, le clergé inférieur pouvait-il encore faire montre de cette indépendance qui avait un instant intimidé la cour romaine? Ce n'était pas la bonne volonté qui manquait aux Bénédictins , aux Oratoriens, aux Chartreux, aux Camaldules, à toutes les congrégations liguées contre la Société de Jésus; c'était le courage. Et, il faut le dire, pour engager une nouvelle lutte en ces tristes circonstances, il était besoin d'un courage plus qu’ordinaire. Parmi les évêques, ceux de Montpellier, de Senez , de Boulogne et de Mirepoix déclarèrent qu'ils persévéraient dans leur premier sentiment : parmi les religieux de Saint-Benoît , ce fut encore Dom Louvard qui, le premier, releva la bannière de l'appel. Une déclaration du roi, du # août 1720, avait interdit les manifestes, et Dom Louvard s’exposait, en agissant de telle sorte , à être compris par le lieutenant civil dans la catégorie des « rebelles , sédi-
192 FRANÇOIS LOUVYARD.
tieux et perturbateurs du repos public. » Il ne l'ignorait pas. On s'occupa de son affaire, et l'on prit le parti de l’exiler au Mont-Saint-Michel. Etant sous la menace de cet exil, il eut dessein d'aller rendre visite, dans l’abbaye de Chelles, à Madame la duchesse d'Orléans, qui avait préféré la paix du cloitre aux agitations de la cour, et dont la protection n'avait jamais fait défaut aux proscrits de son ordre. Informé de la résolution de Dom Louvard, le général de la congrégation lui fit parvenir à la hâte la lettre suivante :
Madame d'Orléans me mande par un exprès de vous défendre expressément d'aller à Chelles , et que si vous y allez, elle vous chassera. Elle me mande que M. le Régent est informé des arts que vous avez faits avec deux autres “religieux de Saint-Denis pour empècher l’accommodement, l'enregistrement de la declaration, etc. Si vous faites bien, vous demanderez tous trois votre sortie de Saint-Denis, de laquelle , selon cette princesse, dépend le salut de notre congrégation. Si j'étois à votre place, je prendrois ce parti : vous m'éparguericz une grande peine, c'est-àdire celle de vous écarter.
Cette lettre est du P. de Sainte-Marthe, qui avait récemment succédé auP. de l'Hostallerie dans la charge de général. Dom Louvard lui répondit le 2 octobre :
Je plainds d'autant plus V. R. dans les circonstances présentes, que vous êtes le seul de ceux qui sont à la tête de l'église qu'on oblige à sévir contre les membres de son corps.Plus de deux mille avotent signe la protestation de Päques, plus de quinze cents ont signe la procuration pour présenter requête au Parlement , et dejà plus de six cenis ont renouvelé leur appel, sans que ni dans le corps de Sainte-Geneviève, ni dans l'Oratoire, quoique le general pense très-mal , on ait inquiété ni inquiète personne pour avoir agi selon sa conscience. Cela est singulier et très-aflligeant pour ceux qui Savent que vous pensez bien et qui vous aiment. Je
FRANÇOIS LOUVARD. 193 voudrois pouvoir entrer dans vos vues, mais je ne le puis. Je me trouve trop bien de la conduite que j'ai tenue jusqu’à présent pour en changer. Je ne veux rien demander, je m'abandonne à la Providence : il arrivera tout ce qu'il lui plaira; je suis entre ses mains et dans les vôtres. Je n’ai fait que ce que tout le monde devoit faire, et s'il ne faut que me sacrifier moi-même pour sauver la Congrégation, j'y consens : je l’aime assez pour cela. Quoiqu’après tout on croie que vous ne la sauverez pas par de tels moyens. Je n’ai jamaisété à Chelles que pour y faire du bien, et si j'en suis chassé pour cela, je m'en réjouis. Je prie Dieu de pardonner à ceux qui ont averti la princesse et M. le Régent (1).
Il n'y a pas, dans cette lettre, de forfanterie; ellene contient que l'expression vraie des sentiments de Louvard. Tel nous le voyons dans sa correspondance avec le P. de Sainte-Martho, tel il se montrera durant tout le cours de sa vie ; jamais la persécution n’ébranlera sa conscience. Il reçut l’ordre de se rendre au Mont-Saint-Michel, mais cet ordre fut révoqué, et il ne quitta pas Saint-Denis. Surveillé par les agents du parti constitutionnaire , signalé comme un de ces a esprits turbulents, indociles et mal réglés » contre lesquels a été promulguée l'ordonnance du # août 1720, attendra-t-il des jours meilleurs pour témoigner en faveur d'une créance que tant de voix condamnent ? La prudence lui disait d'agir avec cette réserve ; mais Dom Louvard n’écoutait pas volontiers les conseils de la prudence. Les quatre évêques ayant renouvelé leur appel, Louvard s’empresse d’y adhérer, lui troisième, à la date du 27 novembre 1720. Nouveau scandale. Le cardinal de Billy, un des plus obstinés défenseurs
(1) Hist. de la constitution Unigenitus en ce qui regarde la Congr. de Saint-Maur, p. 49 et suiv.
Il 13
de la bulle, adresse au P. de Sainte-Marthe de vives remontrances sur l'étrange conduite de ses religieux. Celui-ci s’empresse d'envoyer à Saint-Denis un de ses assistants, Dom Dyssard, avec l'ordre de faire subir un interrogatoire aux auteurs de la nouvelle révolte. Louvard comparaît dovant ce tribunal d'enquête. Loin de vouloir alléguer pour sa justification des prétextes, des motifs plus ou moins valables ; loin de solliciter une grâce en offrant quelque gage de repentir, Louvard déclare qu'en effet il a protesté contre la transaction consentie par les évêques ; qu'il considère tout accommodement, au sujet de cette bulle qui révolte la foi, comme une lâcheté, comme une trahison; qu'en annulant tous les appels, le Roi s’est permis de confisquer la plus précieuse des libertés ecclésiastiques; enfin, que, dans ces conjonctures, le devoir de tout fidele du Christ est de témoigner hautement en faveur de la saine doctrine, et de braver la persécution (1). Cette réponse énergique de Dom Louvard ayant été communiquée par le P. de Sainte-Marthe au cardinal de Billy, on le mit hors de la communauté do Saint-Denis dans les premicrsjours du mois de décembre!2}, et on lui assigna pour lieu d’exil le monastère de Tuffé, dans le Maine.
J1 habita cette retraite pendant deux années, et y partagea son temps entre l'étude et la propagande. On raconte que pour entretenir l'agitation dans les esprits, et pour convertir à la créance des appclants même les gens des campagnes, il acheta de ses denicrs pour plus de cinq mille francs « de bons livres, » c'est-à-
(1) Hist. de la Const. Unigenitus en ce qui regarde la Congr. de St.-MNaur, p. 52 et suiv.
(2 Le 29 août, suivant l'auteur des Actes émanez, etr., etc.
dire d'écrits anti-constitutionnaires , qu’il fit distribuer entre les habitants des paroisses du doyenné de Montfort. C’est là aussi qu'il rédigea son Supplément au Mémoire pour le renouvellement d'appel, qui parut en 1721, et plusieurs Lettres sur les Avertissements de M. de Soissons, adressées à M. Levayer, grand vicaire du Mans, qui furent imprimées en 1798 (1).
La persécution décourage les hommes de peu de foi; elle affermit ct passionne les esprits vraiment convaincus. Quand on perdit tout espoir de faire triompher la cause de l’appel ; quand on vit le pouvoir royal, s’associant à la cour de Rome dans toutes ses entreprises, sévir non seulement contre les Jansénistes avoués, mais encore contre les suspects ; quand, après Ja mort de Clément XI, son successeur eut manifesté les mêmes dispositions à l'intolérance et le même zèle pour les intérêts de la Société de Jésus, le plus grand nombre des appelants fit acte de soumission. On n'exigeait d'eux rien de plus qu’un respectueux silence : on l’obtint. Cette résignation muette ne pouvait convenir à Dom Louvard, et comme on apprit quil conspirait à Tuffé contre l'accommodement des évêques, avec quelques Bénédictins de Saint-Vincent et de la Couture, on le transféra dans l'abbaye de Cormeri, diocèse de Tours , au mois de février 1723. En cette année , le chapitre général de la congrégation de Saint- Maur fut convoqué dans la ville métropolitaine du diocèse de Tours. Dès l'ouverture du chapitre, M. de Camilly, archevêque de la province, chargé par le roi d'assister à cette assemblée avec le titre de commis-
(1) Nour. Ecclés , 13 fév. 1740.
saire , fit de grands efforts pour ramener les religieux Bénédictins à l'acceptation pure et simple de la constitution Unigenitus. Dom Louvard n'ignora pas ces démarches, et, pour en prévenir l'effet, il écrivit aux membres du chapitre une longue lettre où , plaidant la cause de l'appel, il disait avec beaucoup d'ardeur qu'on ne pouvait même , sans trahir Jésus-Christ et son Eglise, garder le silence sur les hérésies de la cour romaine. Cette lettre ne fut imprimée qu'en 1726. M. de Camilly ne réussit pas à faire agréer la constitution par les membres du chapitre, mais quand il leur présenta le formulaire, c’est-à-dire la sentence portée contre Jansénius, ils ne refusèrent pas de le signer. Dom Louvard, jugeant que cette concession était uno faiblesse , exprima, dans une nouvelle lettre à l'adresse du Chapitre, combien il regrettait qu’onl'eùt commise. C'est vers le même temps que Louvard fit parvenir à l'évêque de Montpellier, l'un des quatre évéques appelants, un mémoire où, confessant avoir, dans sa jeunesse, accepté le formulaire, il déclarait se repentir d'avoir fait cette injure à la mémoire du nouvel Augustin. Nous ignorons si cette lettre a été imprimée (1).
Le chapitre de 1723 appela de nouveau le P. de Sainte-Marthe à remplir les fonctions de général de la congrégation de St.-Maur. Aussitôt après son élection, celui-ci vint à Paris prendre les ordres du Roi et du cardinal de Fleury. On lui recommanda la modération à l'égard des religieux qui n'avaient pas renouvelé leur appel, mais on lui donna de nouveau l'ordre d'agir avec vigueur contre les artisans de discorde
(1) Nour. Ecclés., 13 fév. 1740.
qui avaient repoussé hautement toute transaction. Dom Louvard ne pouvait manquer d’être compris dans cette dernière catégorie; et comme sa présence à Cormeri, aux portes de Tours, inspirait des inquiétudes, le P. de Sainte-Marthe l’avertit qu’une autre retraite lui devait être prochainement désignée. À cet avertissement, le P. de Sainte-Marthe donna pour commentaire une exhortation amicale : il promit à Dom Louvard de le bien placer, s’il voulait enfin prendre le parti de se taire. Celui-ci refusa de souscrire à un tel engage- ‘ment. C'est alors qu'on lui intima l’ordre d'aller une seconde fois en exil à Landevenck : mais, à la prière de l'évêque de Blois, Louvard demeura dans la métropole de son diocèse , au monastère de Saint-Laumer. C'est durant son séjour dans cette abbaye, que Louvard obtint de l’évêque et du présidial deux sentences contre les Jésuites de Blois. Mais on devait lui faire cxpier cruellement le succès de ses dénonciations. Dans un voyage qu'il fit à Tours, il fut reçu par les religieuses Visitandines du couvent de cette ville : le.P. de Sainte-Marthe fut informé de ce voyage , et n’hésitant pas à croire qu'il s'agissait encore de quelque conjuration contre la bulle, il fit signifier à Dom Louvard que la permission de séjourner à Blois lui était retirée, et qu'il devait se rendre immédiatement à Landevenek. Nous ne savons pour quelle cause cette injonction fut contredite par un ordre du mois de septembre 1725, qui assigna pour lieu d'exil à Dom Louvard l’abbaye de Saint-Gildas-des-Bois , dans le diocèse de Nantes. Depuis le commencement de la nouvelle persécution, on entendait partout les Jésuites et leurs complices déclamer contre les partisans de l'appel, et
amplifier dans les termes les plus véhéments cette thèse impitoyable de l'évêque d'Hippone : « Une hérésie condamnée par le corps des prélats ne doit plus être examinée, mais châtiée par les princes chrétiens. » Quand on leur répondait en invoquant la liberté de conscience, les fanatiques proscripteurs répliquaient ironiquement que saint Augustin avait lui-même recommandé la discipline avant la liberté, et qu'il fallait suivre les sages conseils d'un aussi grand évêque. On les suivait trop bien, et, dans le plus grand nombre des prisons d'état, il y avait quelque représentant du parti de l'appel. Les mérites reconnus de Dom Louvard et la bonne renommée dont il jouissait dans la Congrégation , lui avaient sans doute épargné jusqu'alors la cruelle épreuve de la réclusion. Mais il ne pouvait y échapper, tant il y avait d'obstination et d'emportement dans son refus d'adhérer à la doctrine constitutionnaire. En l'année 1727, l'archevêque d'Utrecht, Corneille-Jean Barckmann Wugters , ayant manifesté le peu d'estime qu'il professait pour les Jésuites, Dom Louvard s'empressa de lui adresser une lettre de felicitations qui fut souscrite par trente-deux prieurs, religieux et curés de la province de Bretagne. Il existe à la bibliothèque du Mans une copie de cette lettre qui n'a pas été imprimée {1}; elle est en latin. Un Jésuite, dont le nom nous est inconnu, ayant entrepris de la réfuter, Louvard lui répliqua dans un écrit français qu'il fit aussi parvenir à l'évêque d'Utrecht. Les religieux Bénédictins de Saint-Vincent, qui ont donné tant de gages de leur hostilité contre la bullo
(TMS. de la Biblioth. du Mans, sous le n°45, de cinq pag. an-{ol
FRANÇOIS LOUVYARD. 199
Unigenitus , nous ont conservé précieusement une copie de cette réplique, qui ne paraît pas non plus avoir été confiée à la presse (1) : il s’y trouve une audacieuse apologie de Jansénius, dont il importe de connaître les termes, si l'on veut apprécier combien grand était le zèle de Dom Louvard pour la cause de l'évêque d'Ypres. Voici cette apologie , où l'animosité de Louvard contre les Jésuites éclate sans aucune discrétion :
« Jansénius étoit un saint et scavant évèque; il est dans le sein et uni de communion avec l'Eglise catholique, apostolique et romaine, soumis pour ses ouvrages au jugement de l'Eglise universclle. 11 n'y a qu'un Jésuite ou un Sulpicien qui puissent cdntester un pareil fait. On scait ce qui avoit animé la passion du cardinal de Richelieu et des Jésuites contre cet illustre prélat, jusqu'au point de demander au Pape la condamnation de son livre. On scait de quelle manière la cour de Rome soutient les démarches justes ou injustes qu'elle a une fois faites : on scait qu'elle ne recule jamais ; on scait jusqu'où elle porte son attention pour se soumettre toutes les puissances, même celles que Dieu ne lui a pas soumises pour le temporel ; on scait sa mauvaise humeur contre nos saintes libertés. Les Jésuites lui ont paru des hommes propres à les attaquer, elle s'en est servi jusqu'icy avec succez. Les injustes prétentions de cette cour politique { quenous scaurons toujours bien distinguer du Saint-Siège) font tous les jours de nouveaux progrez par les soins de ces hommes adroits et rusés. L'Eglise catholique de Hollande est en partie gouvernée. par des pasteurs jésuites d'habit ou de cœur. Cette Eglise avoit conservé, comme la nôtre, de saints usages conformes aux saints canons : la mème passion de dominer a emploiéles mêmes ministres pour anéantir les droits sacrés de cette Eglise ; on s’est servi des mêmes moiens pour perdre ceux qui les vouloient défendre ; on les
{1} Dans le même carton : manuscrit de sept pages, in-f°. Dom de Gennes, bibliothécaire de l'abbaye de Saint-Vincent, a écrit de. sa main sur le dernier feuillet : « Ouvrage de Dom François Lourard. »
200 FRANÇUIS LOUVARD.
a présentés aux yeux des Papes et du public couverts du masque d'une hérésie qui jamais n'eut d'autre source que lacalomnie jésuitique etqui n'a eu d'autres défenseurs apparens que les gens de bien que ces Pères vouloient rendre suspects aux puissances , dans la crainte qu'ils ne révélassent les erreurs nombreuses que ces Peres enseignent impunément, de vive voix et par écrit, dans tout lc monde chrétien, erreurs dont les conséquences devroient faire trembler les princes qui veulent être maîtres dans leurs états et jouir en entier des droits sacrés que Dieu a attachés à leurs couronnes. Ce qui s’est passé en France, au Paraguay, en Espagne, en Angleterre , à Venise , prouve suffisamment de quoi sont capables les RR. PP., et ce qu'on doit en attendre. »
Rien de ce qui se passait dans les monastères n'était ignoré des auteurs de la persécution. Quand ils eurent pris connaissance du nouveau manifeste de Dom Louvard, ils résolurent de se débarrasser enfin de ce contradicteur abstiné. Mais le moyen auquel ils eurent recours pour parvenir à ce résultat ne recommande pas leur délicatesse. Dom Louvard était en commerce de lettres avec un docteur en théologie de la faculté de Nantes, nommé Mellinet, oxclus de cette faculté à cause de ses opinions anti-constitutionnaires. Ce docteur ayant un jour remis à un commissionnaire de Saint- Gildas une correspondance à l'adresse du P. Louvard, il arriva que ce commissionnaire entra, pour quelque besoin, chez un coutelier de Nantes, et déposa sur une table le paquet qui lui avait été confié. Le fils du coutelier, jeune ecclésiastique très-bicen porté pour la constitution, vit ce paquet : suupçonnant qu'une correspondance adressée à Dom Louvard devait avoir pour objet quelque affaire importante , il la déroba et s'empressa de la porter à l'abbé de La Base, lequel en
prit connaissance avec l’évêque. L'évêque n'eut pas moins hâte de transmettre à la cour la nouvelle de cette grande découverte, et aussitôt la cour donna l’ordre d’arrêter le docteur Mellinet et son complice le P. Louvard. Le 31 octobre 1728, un agent du subdélégué de l'intendant diocésain se présentait au monastère de Saint-Gildas, pénétrait dans la cellule de Dom Louvard, saisissait tous ses papiers, tous ses manuscrits, et l'emmenait ensuite comme prisonnier d'état au château de Nantes, où il fut enfermé dans la Chambre Noire (1). Parmi les ouvrages inédits, sans doute inachevés du P. Louvard , qui furent confisqués par le commis du subdélégué , on nous désigne une Réfutation des cahiers et des thèses du sieur Quesson, supérieur de Nantes, et un écrit adressé à quelques curés du diocèse, qui avaient publié la bulle sans estimer que cette publication püt être considérée comme un témoignage d'adhésion (2).
Nous avons dit quel était Dom Louvard; on connaît la mâle rudesse de son caractère, et l’on ne suppose pas sans doute que, dans un cachot, et même devant les juges les plus mal disposés à son égard, il puisse démentir sa conduite passée, et désavouer les solennels engagements qu'il a pris avec lui-même. A peine est-il dans le château de Nantes, qu’il s'empresse d'adresser une supplique au sieur Meslier, maire de Nantes, non pour faire valoir quelque titre à la clémence de ses persécuteurs , mais pour réclamer des papiers confidentiels qui peuvent compromettre des personnes dont
(1} Histoire de la const. Unigenit. en ce qui regarde la Congr. de St.-Haur, p. 163 et suiv.
(2) Nouv. Ecclés., 13 fév. 1740.
202 FRANÇOIS LUUVARD.
il dirigeait la conscience. N'ayant rien obtenu de cette supplique , il en rédige une autre; puis il fait parvenir un placet et un mémoire au maréchal d'Estrées, commandant du château de Nantes. Toutes ces réclamations sont accueillies par le même silence. C'est alors qu'il proteste. Nous citerons un long fragment de cette énergique protestation, qui est à la fois un écrit éloquent et un acte de grand courage. Après avoir vivement blâmé le mauvais emploi que l'on veut faire sans doute de sa correspondance, Louvard interpelle on ces termes ses accusateurs :
« Que ceux qui nous emprisonnent, que ceux qui nous fout paroître devant leurs tribunaux, des prêtres devant des laiques, que ceux qui nous interrogent le croient ou non, ce n'est pas moins sur la foi et pour la foi que nous répondons. La postérité n'en jugera pas autrement. Nous comparaissons comme Îles premiers chrétiens , à commencer par les Apôtres , et nous répondons comme eux. Qu'on nous traite en eriminels de lèse-majeste, nous ne le sommes pas plus que les martyrs et le chef des martvrs 3.-C., qui ont été comme tels condamnés à la mort... Quand il 8 agit de la foi, aucune puissance n'a droit d'imposer silence. C'est une vérité que le Roi reconnut lui-mème en 1717. H n'imposa silence qu'en supposant qu'il ne s'agissait point de la fon la declaration y est expresse. Quand donc il s'agit de la for et de toute la foi, comme aujourd'hui, nul homme n’a le droit de nous defendre de parler, d'écrire, d'agir de toutes nos forces pour la defense de la vérité, pas plus que de la confesser: parce que faire ces choses, c'est la ronfesser ; et quelquefois ne les pas faire, en rougir, ne pas résister à l'erreur, ne pas agir pour la cause def.-C., c'est être contre lui : « Qui non est mecum, contra me est; > cestle renier d'actions, « Factis negant qui me erubueremt. ete. ; cest approuver l'erreur, < Error cui non resistitur, approbatur : » où confesse ou l'on mie mieux encore d'effet que de paroles.
FRANÇOIS LOUVYARD. 203
« Nous deffendre l’action et tout ce qui est nécessaire à la deffense de la vérité, c’est nous en deffendre la confession. Or, qui en a le pouvoir ? Dieu en a tellement faitun commandement, qu'il y a attaché notre salut : « Confessio fit ad salutem. » Si l'homme le defflend, faudra-t-il lui obéir et renoncer à notre salut? S'il ne le faut jamais, le faudra-t-il dans le moment où le devoir de confesser devient plus indispensable, dans le plus grand péril où jamais ait été la foi, en des circonstances où, selon S. Thomas, la confession en est à chaque particulier de nécessité de salut...
< Jugez vous-mêmes, disoit le saint et savant martyr Maxime à ses juges, qui lui faisoient le mème crime qu’on me fait, s’il est juste qu'on permette à nos ennemis, qui sont aussi ceux de la vérité, de parler, d'agir, d'écrire ,et que nous soious les seuls à qui on en fasse un crime, et si nous pouvons en conscience obéir à de tels ordres ? Nous n’en ferons rien, disoit aussi saint Théodore , autre scavant moine et abbé; nous ne vous le promettons pas , faites de nous ce que vous voudrez.
« On avoit à leur objecter, surtout au premier, tout et plus qu'on ne nous objecte : une multitude innombrable , le plus grand nombre , au moins, des évèques ; trois patriarches, à leur tête celui de Rome, ou le Pape le premier ; acceptations , décisions de l'Eglise dispersée, raisons d'état, bien public, amour de la paix, union, bonne intention, zèle pour la foi (car les juges étoient aussi chrétiens ) , explications , bon sens, crainte d'erreur et d'abus, accommodemens, formulaires , lettres de Rome, édits du prince, conciles particuliers. Rien ne manquait moins qu’aujourd'hui aux ennemis de la vérité, et aux saints persécutés manquaient nos avantages : une cause clairement bonne , dont la vérité fut sensible, populaire, comme la nôtre, et des erreurs palpables et certaines à combattre. Il ne s'agissait que d’un seul point, si abstrait, que beaucoup, même des plus habiles, n'y entendoient presque rien : un seul mot, consacré par la tradition et deffendu ou condamné par le Pape et le plus grand nombre des évêques , avoit commencé la dispute. Mais il appartenoit à la
foi, et cela suffisoit pour justifier la résistance do ces saints. Combien plus la nôtre? ]ls ne s'en cachoient point : publiquement ils alloient contre les ordres les plus exprès et les plus menscans d'empereurs chrétiens, bien intentionnés quelqu'uns, mais surpris et prévenus ; et, en le faisant, ils ne croioient pass manquer à ce qu'ils devoient à César. L'Eglise en a jugé de mème. Nous y allons plus modérement peut-être, parre que notre foi est moindre , mais tnujours pour garder aux puissances un certain respect, pour ne pas les aigrir sans nécessité , pour leur epargner de plus grandes fautes, et de peur qu'elles ne prennent notre résistance indispensable pour un mépris de leur personne.
« À quelle extrémité veut-on nous réduire en nous ôtant la liberté de cet obscur et foible témoignage? Quand, en des cas bien plus pressans que ceux où les Saints l'ont dit, nous avons dit après eux : « Nous n'obtirons pas! » en serons-nous plus coupables qu'eux de lèze-majesté? Et ceux qui nouscondamneront moins coupables que ceux qui ont condamné les Saints ? Le Roi leur aura-t-il l'obligation d'avoir chargé son thrône de notre sang ?....… Qu'on appelle notre résistance du nom qu'on voudra : entétement, désobéissance, rebelliun, crime d'ctat et de lèzemajesté, elle ne sera pas moins, devant le souverain et infaillible juge, devoir, piété, relixion, confession de J.-C. et de la fur, obéissance ct respect tels qu'on les doit à Dieu et aux Prinres. Qu'on les punisse en nous, mème par la mort ; nous ne douterons pas plus que ce ne soit mourir pour J.-C. et pour sa confession, que nous ne doutons que ce ne suit sa foi et son évangile que nous deffendons. Nous en avons évidence, certitude, conscienre , assurance journalière et continuelle , par l'Eglise elle-même qu'on prétend nous opposer, tous les jours, partout et à toute heure, dans ses prières publiques qui sont une règle de foi, lez oranda ler credendi, dans sa liturgie, dans ses oflices, dans sa predicabon commune, dans Sa tradition de tous les siècles. C'est æla et non pas notre jugement particuher que nous preferons à des jugements d'évèques et qui n'ont pas seulement l'apparence et les dehors de jugements ecclésiastiques.
« Qu'on m'interroge sur ce pied là : de tout mon cœur je confesserai tout ce que j'ai fait dans ces vues. Et plût à Dieu en avoir fait davantage! j'en mourrois plus content! Plût à Dieu avoir fait tant de bruit, que tous ceux qui dorment pendant que la barque de l'Eglise est prète à périr sur nos côtes, s’en fussent réveillés! Plût à Dieu avoir fait comprendre à tous ceux qui ont encore un peu de foi , en quel danger les met leursilence , leur inaction , leur indolence, pour ne pas dire leur indifférence , leur crainte de souffrir pour la justice et pour la vérité, qui, après le Paradis, est le plus grand bonheur des Chrétiens!
« C'est uniquement à quoi nous voudrions exciter tout le monde ; je veux dire à confesser hautement et à souffrir. Car nous ne sommes pas des faiseurs de tocsins pour exciter des troubles, des séditions, des révoltes, armer des soldats, commettre des meurtres , des violences , des profanations de toutes sortes, que les deffenseurs de la constitution font voir de tous côtés {dignes fruits d’un tel arbre! ) Il ne s’agit que de confesser et de souffrir. Quiconque le craint est bien près de tomber ; quiconque le refuse est déjà tombé ct n’est pas un chrétien comme il faut être en des tems comme ceux-ci.
« Telle étoit la religion de J.-C. dans le commencement, et telle on la verra dans ceux qu’il mettra au-dessus de la crainte et des souffrances. Toujours en danger et toujours sans crainte, toujours menacés et n’allant pas moins leur chemin, toujours condamnés au silence et n’en parlant pas moins haut, tels étoient les chrétiens dans les premiers tems. C'étoit par là qu’on les distinguoit, et c'est parlà qu'ils nous ont conservé la foy. Ces tems sont revenus: il y a du danger à confesser la foy. Si nous la méprisons, nous pe sommes plus chrétiens : il faut l’ètre aujourd’hui comme au temps des martyrs, ou nous ne conserverons pas la foy à la postérité.
« C’est sur ce pied là que, sans question, j'avouerai toutes lettres, écrits manuscrits et imprimés, exhortations, relations, entretiens, liaisons avec évèques, prêtres, laiques, tout ce qui sera vrai et n’intéressera pas mon prochain. J'ai dressé la pré-
sente protestation par écrit, afin que mon lémoignage fut plus précis, plus exact, plus net, plus irrépréhensible, et qu'il put plus facilement servir, si la miséricorde de Dieu le vouloit ainsi , à encourager les ümides, à soutenir les foibles, à consoler les forts, à animer tous les fidèles, et afin que si je m'en écartois par égarement, lassitude ou défaut d'esprit, ou que dans mes écrits il se trouvât quelque chose de moins exact, tout ce que Je dirois ou aurois écritde contraire, fut tenu pour non dit, ou écrit, ou échappé à l'attention...
« Fait en la Chambre Noire du château de Nantes, le 17 novembre 1728 (1). »
Cette protestation est du 17 novembre. Elle ne fut pas mieux accueillic que les suppliques, le placet et le mémoire de Louvard. Et, à vrai dire, que pouvait-on y répondre ? Quand un accusé confesse le crime qui lui est imputé, il ne reste plus aux juges qu'à formuler leur sentence. Dom Louvard crut devoir apporter quelques changements à sa déclaration, et, le 28 novembre , il en fit une autre qui ne diffère pas beaucoup de la première : elle n'est pas moins franche et moins vigoureuse (2). Pour compléter la justification de sa conduite, Louvard écrivit , en outre, une Relation abrégée de son emprisonnement, qui fut publiée avec sa Protestation. ;
Quand on l'arracha du milieu de ses frères pour le
(1) Cette Protestation de Louvard a été imprimée dans les Nowcelles Ecclésiastiques de 1528, page 262 de l'edition de Hollande elle a cte publie, en outre, eu quelques pages in-4°, à deux colonnes, sans date et sans nom d'imprimeur. La Bibliotheque du Mans possede une copie manuscrite de cette protestation, plus fidele et plus complete que les imprimes. L'auteur de cette copie nous apprend lui-même qu'il l'a faite sur l'onginal ecrit de la main de Louvard. Elle se trouve dons le carton qui porte le n° 45.
(9) Elle se trouve manuscrite dans le carton n° 45 de la Bibliothèque du Mans.
condaire prisonnier au château de Nantes, Louvard, s'adressant au commis du subdélégué, lui dit : « apello ad Cæsarem.» Celui-ci répondit : cet ad Cæsarem this.» En effet, peu de jours après avoir subi son interrogatoire, le prévenu et son complice Mellinet furent conduits à Paris, et incarcérés à la Bastille (1). Les portes de cette formidable prison s'ouvrirent pour les recevoir,le 31 décembre (2). Le docteur Mellinet était le plus simple et peut-être le plus pauvre des hôtes de ce lieu. N'ayant pour vêtements qu’un seul habit, manquant des choses les plus indispensables , il était si incommodé dans son cachot que le gouverneur de la Bastille eut pitié de sa misère , et lui fit donner un habillement complet.Aucune charge ne g'élevait contre lui : tout son crime était d’avoir connu Louvard et d'avoir eu les mêmes sentiments, au sujet de la bulle, que ceux de l'intraitable moine. Mais le roi avait pris l'engagement de respecter les convictions silencieuses , et Mellinet n'avait jamais eu le dessein de contrevenir aux ordonnances royales par des manifestations réputées séditieuses. Il passa néanmoins plus de six mois à la Bastille, et en sortit porteur d'un ordre qui lui désignait pour lieu d'exil la ville d'Auxerre. Il eut été bien empêché de s’y rendre , n'ayant pas un denier dans son
(1) « Lorsqu'on l'amena { Louvard ) de Nantes à Paris, les papiers qu’on lui avoit saisis furent, par une disposition singulière de la Providence , séquestrés et enlevés, malgré toute la vigilance de l'huissier de la chaîne et des archers qui les conduisoient, et qui ne le laissoient parler à personne. » Nouv. Ecclés. du 20 janvier 1734.
(2} Suivant les Nouvelles Ecclés. du 13 février 1740. Suivant les Nouv. Ecclés. du 15 sept. 1729, l'entrée de Louvard et de Mellinet à la Bastille n’eut lieu quele 13 janvier 1729.
épargno, si le licutenant de police, M. Hérault ( personnage mal noté dans les papiers des anti-constitutionnaires}), ne lui eût fait don de la somme de trente livres. On le mit hors de la Bastille, le 24 août 1729. 11 ne connaissait pas Paris, et son trouble fut extrème, quand il se trouva sans guide dans les rues sinueuses de cette vaste cité. Il marcha donc à l'aventure, et aussitôt qu'il vit une église, il y entra pour remercier Dieu de sa délivrance, et lui demander conseil dans son embarras. Or il arriva que, dans cette éslise, une pieuse personne ayant remarqué l'air étrange et la tepue misérable de Mellinet, lui demanda sans discrétion qui il était et d'où il venait. Celui-ci répondit naïvement qu'il sortait de la Bastille où il avait l'eaucoup souffert pour la cause de J.-C. et de la foi , et qu'il se rendait en la ville d'Auxerre pour obéir aux ordres de S. M. Cette confidence pourait le compromettre ; mais, par bonne fortune, elle était faite à quelque partisan à la doctrine reprouvée par la bulle. Celui-ci, plein de compassion pour un martyr de sa croyance , fit à Mellinet le meilleur accueil et l'emmena dans sa maison où il le traita bien (1).
Autre fut le sort de Dom Louvard. Non-seulement on le fit demeurer à la Bastille, après avoir grâcié Mellinet, mais on lui imposa, dans son cachot, les plus dures privations. Au mois de décembre de l'année 1729, il avait pour compagnons de captivité quatorze autres détracteurs de la bulle, parmi lesquels se trouvaient les libraires Thiboust, Gls, et de Bast : deux des auteurs des Nouvelles Ecclésiastiques, l'abbé Gail-
(1) Nouc. Ecclés., 13 sept. 1729.
lard et Pierre Vaillant , et l'abbé Blondel, écrivain du même parti (1) : à peine un prisonnier était-il relaché, qu’une lettre de cachet envoyait à la Bastille un nouveau suspect. Après un séjour de quelques mois dans ce lieu détesté, on leur disait de s'engager par serment à ne plus conspirer contre la bulle ; quand ils avaient accepté ces conditions, ils étaient bientôt rendus à la liberté. Vers la fin de l’année 1729, on fit près de Louvard quelques démarches dans ce but. Les murailles de la Bastille ne laissaient parvenir jusqu’à lui aucun bruit du dehors, et il était loin de soupçonner que le parti des constitutionnaires eût fait, dans l'intervalle d'une année , de nombreuses recrues au sein de la Congrégation de Saint-Maur. Dans cette ignorance, il avait prié le gouverneur de la Bastille de vouloir bien admettre à le visiter le prieur du monastère des Blancs-Manteaux. Celui-ci se rend près de Louvard, à sa requête : mais Louvard attendait un vieil ami, un partisan déclaré de l'appel, dont il connaissait bien les sentiments, dont il avait éprouvé la vertu , et la personne qui se présente à lui, avec le üutre et l'habit de prieur des Blancs-Manteaux, est lo successeur de son ami dans cette charge, un ardent constitutionnaire , qui le supplie de renoncer à une croyance proscrite, et lui promet la liberté au prix d'un désaveu. Louvard repousse le tentateur avec une noble énergie (2). Mais on devait mettre en usage tous les moyens, la prière, les injures et les mauvais trai tements, pour vaincre sa constance. Un de ces Béné-
f1) La Bastille dévoilée, par Charpentier, p. 66 et suiv. (2} Nouv. Ecclés. du 14 décembre 1729.
210 FRANÇOIS LOUYARD.
nédictins qui, après avoir protesté contre la bulle, avaient rétracté leur appel en présence de la persécution, Dom Vincent Thuillier, parlait en ces termes du prisonnier de la Bastille dans la préface de la troisième édition de ses Lettres : « La congrégation de S.t-Maur atiré D. Louvard de la poussière , elle l'a nourri pendant vingt-neuf ans, soulagé toutes les fois qu'il s'est cru malade, voituré à grands frais dans tous les endroits où ses caprices et son entêtement ont obligé de lo reléguer, et, malgré sa noire ingratitude , elle est encore prête à lui continuer ses bienfaits, dès que, renonçant à ses propres lumières, il reconnoitra que jamais tête au monde n'eut plus besoin que la sienne d'être conduite par les lumières d'autrui. » De son côté, le nouveau général de l'ordre, Dom Alaidon (qui, zélé jadis pour la cause de l'appel, travaillait alors à mériter les bonnes grâces des constitutionnaircs}), loin de s'employer près de la cour en faveur de Dom Louvard, lui refusait, même dans son cachot, l'assistance qu'il devait à tous ses religieux. Ainsi, au mois de décembre de l’année 1730, après deux années de captivité, Louvard n'avait encore reçu du supérieur de sa congrégation que la faible somme de trente et une livres pour subvenir à toutes sesdépenses, et il était réduit à la plus triste condition, manquant de bois et de vêtements. Mais ce n'était pas là ce qui l'affligeait davantage : il savait mieux supporter les souffrances du corps que l'oisiveté à laquelle il était condamné. Vainement il avait écrit plusicurs fois à Dom Brice, autrefois son ami, pour réclamer de lui son manuscrit de saint Grégoire de Naziance auquel il avait dessein de travailler durant les longues heures
de sa captivité : Dom Brice retenait ce précieux dépôt, et quelle voie de contrainte était ouverte au pauvre reclus (1)? Cependant il avait hors de la Bastille quelques amis qui lui témoignaient de l'estime ou de la compassion. Plus d'une fois, les auteurs des Nouvelles Ecclésiastiques blämèrent la dureté de ses bourreaux, et les lâches invectives de Dom Thuillier trouvèrent dans le P. Gomeau un censeur courageux. Dom Alaidon craignait trop de compromettre son ordre pour faire d'actives démarches en faveur de Dom Louvard : on se lassa de le solliciter, et l’on s’adressa directement au lieutenant de police, Hérault. Celui-ci répondit qu'il ne pouvait rienprendresur lui-même dans cette affaire, que le P. général de l'ordre parlait de Louvard en ds très-mauvais termes, qu'on le représentait comme ne pouvant être en aucun lieu sans y fomenter desftroubles, et qu'on ne trouverait pas un prieur de la congrégation qui consentit à lui offrir un asile, s’il était mis hors de la Bastille. Cette assertion fut bientôt dé-
(1) Nouv. Ecclés. du 13 avril 1731. — Un des motifs pour lesquels on refusait à Dom Louvard son manuscrit de saint Grégoire , paraît avoir été l'intention de confisquer son travail au prolit de quelques Benedictins constitutionnaires. Nous lisons à ce sujet dans la Lettre d’un abbé au R. P. Gameau sur sa Réponse à D. Thuillier : « On a soupconné D. Vinc. Thuilliet d’avoir eu part à l'entreprise la plus étrange... C'étoit une espèce de conjuration formee contre D. Louvard, entre des supérieurs et des religieux , pour lui enlever de force ses papiers sur les grands chemins... pour lequel effet on avoit surpris de M. le lieutenant de police un ordre au public. Îl s'agissoit de plusieurs ouvrages, et entr'autres de l’édit. de saint Greg. de Naziance, en 3 vol. in-f°, que D. Louvard avoit travaillée pendant douze ans, en ayant mème traité par écrit avec un libraire, en 1711. D. V. Thuillier en avoit envie, et au départ de Louvard pour son premier exil,
1714, il avoit usé de toutes sortes de surprises et d'artifices pour le voler. »
mentie. Avant la fin de l'année 1731, plusieurs pricurs de la congrégation déclarèrent par écrit qu'ils navaient jamais refusé de recevoir Dom Louvard. On devait croire que cette déclaration allait résoudre toutes les difficuhés et rendre Louvard à la liberté. Mais ce n'était pas l'affaire du général de l'ordre. Il voulut mettre des conditions à la délivrance de l'illustre proscrit, et celui-ci, doué d'un courage à toute épreuve , refusa d'accepter un engagement qui révoltait sa conscience ({). Ce refus pouvait être considéré par le général comme une offense personnelle. Prieur de Compiègne, en 1715, il avait le premier signé l'acte d'appel de sa communauté ; et, pendant douze années, on l'avait vu faire montre de persévérance dans les mêmes sentiments; au chapitre de 1729, il avait été appelé à exercer la charge de général par des suffrages ouvertement anti-constitutionnaires , et, le {erjuin 1730, avant la diète tenue à Saint-Germain-des-Prez, il avait renié tous ses précédents pour adhérer à la constitution {2). En résistant à ses sollicitations, Dom Louvard condamnait sa conduite. C'est, en effet, ainsi que Pom Alaidon interpréta cette nouvelle protestation de Louvard contre le silence respectueux, et ille luitémotisna en priant le licutenant de police de le retenir sous les VCTTOUX.
Après avoir, COMME Nous l'avons dit, réclamé plus d'unc fois son manuscrit de saint Grégnire de Naziance, Louvard, désespérant de l'obtenir, le fit remettre entre les mains de Dom Prudent Maran, son ami, éditeur
(1, Nour. Ecclrs. du 26 octobre 1731.
2 ist. de la const. Uingenitus en ce qui regarde la Cong di Saint-Maur, pan 209.
FRANÇOIS LOLVARD. 215
des œuvres desaint Cyprien etde saint Justin, éditeur et traducteur des Lettres de saint Basile{{).Mais commeil lui était impossible de demeurer oisif dans sa prison, il s'occupa de la rédaction de divers mémoires ou traités qui nous sont inconnus. Nous apprenons seulement que, vers la fin de l'année 1733, il rédigea son Testament spirituel. Ce Testament, qui contenait l’histoire de ses démélés avec les constitutionnaires, n'a pas été imprimé, et nous ignorons ce qu'il est devenu (2). Enfin, après cinq années de captivité, le 24 déc. 1733 , il sortit de la Bastille. Une lettre de cachet lui désiena pour résidence l'abbaye de Rebais dans le diocèse de Meaux. La teneur de cette 'ettre de cachet prouve assez que les persécuteurs des Bénédictins appelants considéraient Dom Louvard comme un adversaire vraiment redoutable, et qu'ils ne savaient prendre trop de précautions contre lui. La voici : « Cher et bien amé, nous vous mandons et ordonnons de recevoir dans votre maison D. Louvard, retigicux Bénédictin, et de l'y garder jusqu'à nouvel ordre ; notre intention étant, au surplus, qu'il ne puisse sortir de l’intérieur de votre monastère, sous quelque prétexte que ce puisse être. Si n’y faites faute, car tel est notre plaisir. Donné, à Versailles, le 3 janvier 1734. Louis. » On n'accorda
(1° P. Prudent Maran, distrait par d'autres ouvrages, n'eut pas le loisir de terminer, avant sa mort, le travail de D. Louvard sur les OEuvres de saint Grégoire de Naziance. Dom Ch. Clemancet, prieur des Blancs-Manteaux, a continué cette laborieuse entreprise. et un premier volume des OEurres de saint Grégoire parut en 1738, à Paris, chez la veuve Desaint, in-f°. Cette publi cation demeura bien longtemps inachevée, car le second volume ne fut édité qu'en 1840, chez Parent-Desbarres, par les soins de l'abbé Caillau.
[2 Nourell. Ecclés. du 13 février 1740.
e CS 5 à « + e ee 4 e # -°
214 FRANÇOIS LOUYARD.
pas même à Dom Louvard la permission de se rendre à petites journées au lieu d'asile qui lui était assigné, et de respirer quelques instants l'air de h liberté : aussitôt que le pont-levis dela Bastille eùt été abaissé devant lui, il fut déposé dans une chaise de poste qui l’attendait au seuil de cet affreux séjour, et transféré rapidement au monastère de Rebais (1).
Il ne devait pas y demeurer longtemps. Lorsqu'il entra dans l’abbaye de Rebais, elle n'était habitée que par cinq religieux, le prieur, le sous-prieur et le procureur, zélés constitutionnaires, et deux moines, Dom Courtier et Dom Susleaue, adversaires déclarés de la bulle et de l’accommodement. Louvard venant se joindre à la minorité, les voix se trouvèrent partagées. Le prieur de Rebais, comme on le soupçonne, affectionnait peu son nouvel hôte : il ne lui épargna pas les mauvais procédés, et bientôt la petite république fut en pleine anarchie. Les commissaires de la congrégation ayant fait annoncer aux moines de Rebais leur prochaine visite, Dom Côurtier, Dom Susleaue et Dom Louvard ne dissimulent pas que leur intention est de protester. Le prieur s'inquiète, et, désirant prévenir l'effet de leurs menaces, il obtient un ordre qui eaile les PP. Courtier et Susleauc au monastère de Saint-Vast. Mais ceux-ci refusent d obéir, et déclarent qu'ils ne quitteront point Rebais avant la venue des visiteurs. Le prieur prend alors une résolution audacieuse; il fait saisir toutes les correspondances des trois moines, et, comme ils étaient en commerce de lettres avec les Bénédictins dissidents des autres monastères , il trouve
{1} Nourell. Ecclés. du 20 janvier 17.34.
ee € » e rl]
dans les pièces saisies la matière de nouvelles poursuites contre Dom Louvard. Aussitôt le prieur part pour Paris, muni de ce dossier accusateur. Les lettres interceptées sont montrées au général de l'ordre et au lieutenant de police. Celui-ci connaissait trop bien Louvard pour douter un seul instant de sa complicité dans cette conjuration anti-constitutionnaire. Avant de le mettre hors de la Bastille, il lui avait recommandé la prudence, lui disant que s’il ne prenait enfin le parti du silence sur les affaires du temps, il ne tarderait pas à être appréhendé de nouveau. Mais Lou : vard , qui ne savait pas transiger avec sa conscience, lui avait répondu ces mots tout-à-fait dignes d’un confesseur de la primitive église : « La prison est un grand mal, mais l'enfer en est un plus grand encore.» M. Hérault n’apprit donc pas avec étonnement la participation de Louvard à l’entreprise des PP. Susleaue et Courtier, et, sans plus tarder, il résolut d'éprouver l'effet d’un nouveau châtiment sur la personne de cet agitateur.
Le 18 mars 1734, le prieur de Rebais rentrait dans son monastère, arrivant de Paris.Un exempt de police, en compagnie d'archers, suivait à peu de distance le coche du prieur, dans une chaise de poste attelée de quatre chevaux.Mais cette chaise s’étant rompue dans le voyage, il fallut perdre du temps à la réparer, et le cortège du prieur ne fut rendu sousles murs de l’abbaye que le 19 mars,au matin.Cette expédition n'avait pas un autre but que l'arrestation de Dom Louvard. L'exempt et ses archers entrent dans le monastère au nom du roi et vont immédiatement à la chambre de Louvard où ils espéraicnt s'emparer do lui. Il venait d'en sortir.
On le cherche ; on lui fait dire par les serviteurs de la maison que quelqu'un le mande au parloir et qu'il veuille bien s'y rendre. Un des moines, ayant vu l'exempt et les archers, court de son côté après Louvard pour lui confier ce qui se passe. Par aventure, ils se rencontrent tous dans un escalier. Au sommet de cet escalier, se trouvent l'exempt et un de ses archers qui, ne connaissant pas Louvard, doivent attendre qu'il se déclare ; Louvard se dirige vers l'endroit où ils sont, ignorant le péril qui le menace; il est suivi par un des archers, et derrière cet archer parait le moine qui, voulant sauver Louvard, craint de le compromettre par ses avertissements. La situation était d'autant pius périlleuse que Louvard et l'exempt allaicnt s'adresser la parole, et que le premier mot prononcé par Louvard devait le trahir. Mais une voix se fait entendre : — « Fuge Louvard, s'écrie le moine qui se tenait au bas de l'escalier. Ce langañe n'est pas compris par l'archer qui seul, en ce moment, était assez pres de Louvard pour l'arrêter : celui-ci descend rapidement ; on Île poursuit; il traverse plusieurs cours, et, malgré ses infirmités, ma'gré sa vieillesse , il s'élance hors de la maison conventuelle par une fenêtre élevéo de cinq à six pieds au-dessus du sol. Refugié dans uno étable du logis abbatial, il pouvait s'y croire en sûreté, mais l'abbé lui déclare qu'il ne peut le laisser dans cet asile que pendant vingt-quatre heures. L'exempt ct ses archers sortent du monastère à la recherche du fugitif. Pendant ce temps, celui-ci se rend auprès de l'abbé , accepte une légère collation, et chanse d'habits ; puis il escalade les murs au moyen d'une échelle, après avoir reçu de l'abbé la somme de cent pistoles ,
et monte à cheval à sept heures du soir, au moment où l'envoyé du lieutenant de police venait frapper à la porte du monastère pour y faire une nouvelle perquisition (1).
Voici donc Louvard par les chemins. Une fuite à cheval n’était pas sans difficulté pour un vieillard de soixante-douze ans, affaibli par une captivité d'environ cinq années. Cependant Louvard ne mit pied à terre que vers trois heures du matin : la fraicheur de ” la nuit, et sans doute aussi le triste souvenir des jours passés dans les sombres cachots de la Bastille lui donnérent la force de supporter la fatigue de cette longue course. Ayant pris quelque repos, il se remit en route et fit un nouveau trajet qui ne dura pas moins dehuit beures. Il pouvait alors se croire bien loin des émissaires du lieutenant de police, et la présence du péril ne le soutenant plus, il descendit de cheval, empêché de continuer son voyage par le pitoyable état dans lequel il se trouvait. Il demeura quelque temps encore en France, loin du bruit, loin de la foule, dissimulant à tous les yeux sa tête proscrite. Quand il put croire qu’on l'avait oublié, il gagna la frontière, et alla chercher un réfuge en Hollande, auprès de tant d’autres martyrs de la créance janséniste. Ils l'accueillirent avec les égards qui étaient dus à son courage et à sa vieillesse.
Retiré dans la chartreuse de Schonaw, Dom Louvard y attendit sa dernière heure avec la tranquillité d'une bonne conscience. Elle arriva le 22 avril 1739.
(1) Nour. Ecclés. du 24 avril 1734. — Hist. de la constit. Unigenitus en ce qui regarde la Congr. de Saint-Maur, p. 281 ct suiv.
218 FRANÇOIS LOUVYARD.
Voici dans quels termes une lettre d'Utrecht fit connaitre les circonstances de sa mort : « Il tomba malade, le 18 avril dernier, d'une fluxion de poitrine qui l'emporta en cinq jours. Ceux qui étoient autour de lui ne s'aperçurent du danger que lorsque le malade n'avoit plus que quelques heures à vivre. Ayant demandé les sacrements avec l'empressement qu'on peut penser, l'on se disposa à lui donner leS. Viatique. Sa piété le porta à désirer de recevoir N. Seigneur hors de son lit. Quelles que représentations qu'on lui fit, il voulut qu'on le levât; mais il ne fut pas plutôt dans son fauteuil , qu'il perdit connaissance ; de sorte qu'on ne put lui donner que l’extrême-onction, qu'il reçut des mains de M. l'évêque de Babilone {1). » 11 était Asé de soixante-dix-huit ans. Que de périls il avait traverses! que de luttes il avait soutenues ! Appréciera-t-on bien tant de courage , tant de vertu, tant de zèle pour une opinion, pour une thèse dogmatique , dans ce temps où l'on ne se passionne que pour de grossières réalités ?
Louvard avait fait imprimer en Hollande , durant son exil volontaire, un opuscule dont nous ne pouvons faire connaitre que le titre : Lettre d'un ami de France à un pasteur du diocèse d'Utrecht sur ce qui est dit de D. Thierri de Viaixnes dans les Nour. Ecclés. du 16 déc. 1735 ; Utrecht, 1736, 8 pages, in-Le, à deux colonnes. Thierri de Viaixnes était un des Bénédictins appelants que la persécution avait contraints à chercher un refuge en Hollande.
Les amis de Louvard retracèrent, dans un épitaphe
1, Nour. Ecclés. du 13 fév. 1710.
qui nous a été conservée, les principaux actes de sa vie. La voici :
Trajecti apud Batavos exul, Mille post delusas insidiantium artes, Omnigenis actus procellis, Ad portum tandem salutis feliciter appulsus, Cessit e vivis,
Partaque beat Divos donandus corona Domnus Franciscus Louvard, Cenomanensis, Presbyter et monachus Benedictini ordinis E Congregatione Sancti Mauri :
Qui fndefessus , quoad vixit, cœlestis vineæ operarius, Peculiari quodam propensæ mentis affectu , Defendendæ in controversiis veritati mancipatus, Virtutibus, doctrina, meritis, omnibus non defuit : Qui Zelo zelatus pro Domino Deo exercituum, Helveticis legionibus, Ad vicinia regiæ Lutetiæ undcquaque sparsis, Fidei propagationem Summo catholicæ gratis applausu procuravit.
Qui Acerrimus inter suos avitæ religionis assertor, Novos, flagitiosissimosque exosus errores, Sæpe territus ingemuit.
. Quem Indignatio pudica adversus bullæ , quam ejuraverat, Inverecundum pestiferumque virus,
Sæpius vinctum , sæpissime e patriis fecit extorrem, Donec ad exteros profugus, patrifamilias gratissimus, Obdormivit in Domino , nono kal. maii,
Aono reparatæ salutis 1739, ætatis 78, professionis 59.