DE CLINCHAMP (GERVAIS-GIANCOLET
Marin de Clinchamp, écuyer, eut, de son mariape avec Jacqueline de Lavardin, Odon ou Eudes de Clinchamp, sieur de Groëstel, Gervais-Giancolct de Clinchamp et Jean de Clinchamp. Gervais et Jean exercèrent dans l'Ég'ise, au XIIe siècle, des emplois considérables (1).
GERVAIS-GIANCOLET de CLINCHAMP fut d'abord grand archidiacre de l'église du Mans. Chacon (Ciaconius) veut qu'il ait ensuite été doyen de Notre-Dame de Paris (2) ; mais telle n'est pas l'opinion de Frizon 3!, d'Aubery et d'Oldoini (#\, qui le désisnent comme archidiacre de cette église. François Duchesne oppose à ces témoignages discordants celui d'un cartulaire de saint Méderic de Linays, où il trouve que Gervais de Clinchamp fut chanoine de Notre-Dame , official et un des grands vicaires de l'évêque Etienne (5'. Peut-ttre
(11 Jean de Clinchamp succéda , dans le gouvernement de l'abbave de Saint-Remy de Reims, à Barthelemy de l'Espinasce, mort en 1284. obtunt quelques privileges de Nicolas EV pour son abbave. Mais bientôt, accusé d'en avoir dilapide les revenue, 11 fut exrommuné par Pevèque de Reime, puis cite devant le pare pour le mème délit, comme nous atteste une lettre de Boniface NH au doyen de l'exhse de Reuns, publiée par D. Martenne aut 1 de son Thesaurus Anecdotorum, €. 1255. W y à heu de eroire qu'il se justfia devant le pape des aceusauions portées contre lus, car, à sa mort, 1 fut enseveli dans une des éslises de la ville Sacrue.
(2 Vite et Gesta Pontifirum Ciaconii, p. GIS de l'edit. de 1601! . (3; Gallia Purpurata, p. 214.
(4 ist. Pontific. Rom., 1. 1, ad ann. 128].
9 ist. des Cardinaur franrais, LL 1, p. 202
faut-il admettre, pour ne contredire aucune de ces autorités, que ces charges diverses lui furent confiées tour à tour : on sait d’ailleurs qu’elles n'étaient pas toutes incompatibles. Nous apprenons que, dans ces emplois, Gervais fit preuve d'un grand zèle pour la défense des droits et des franchises de l'église de Paris : Fr. Duchesne a extrait d’un Obitfuaire une phrase où les services par lui rendus à cette église sont mentionnés dans les termes les plus flatteurs (1).
Gervais de Clinchamp avait eu pour ami, dès sa jeunesse, le célèbre trésorier de Saint-Martin de Tours, Simon de Brion, qui fut élu pape, à la mort de Nico'as IIT, sous le nom de Martin IV. Un des premiers actes de ce pontife fut la création de sept cardinaux. Dans ce nombre, il comprit Gervais de Clinchamp, auquel! il donna le titre de Saint-Silvestre et de Saint- Martin-des-Montagnes, à la date du 12 avril 1281 (2).
Les circonstances devinrent difficiles pour le successeur de Nicolas IT, quand la France et l'Espagne, Charles d'Anjou et don Pedro d'Aragon, entreprirent cette guerre cruelle qui eut pour préludes les Vépres Siciliennes. Martin IV, « tout Français de naissance et de cœur (3), » prit le parti de Charles d’Anjou : après avoir prononcé la déchéance de don Pedro, il donna son royaume à Charles de Valois, etenvoya un de ses cardinaux prêcher la croisade contre l'ennemi de la France et de l'Eglise, le complice de Jean Procida. Quel fut le cardinal auquel fut confiée cette
(1) Preuv. de l'Hist. des Cardinaur, p. 227.
(2° A la date du 23 mars , suivant quelques annalistes. (3: M. Michelet, Histoire de France, t. It, p. 27.
mission? C’est une question à laquelle il nous importe de répondre. Au dire de Villani, ce cardinal fut notre Gervais de Clinchamp. Voici les termes de cet historien : a Nolli anni di Christo 128#, a meza quaresima, vegnente lo 85, lo re Filippo di Francia, fisluiolo di S. Luis, havendo grande animo contro al re Piero d'Araona, per la nimista presa contra li per lo ro Carlo, e a petitione del Papa et della chiesa, havendo ragunata grande hoste in Tolosana di piu di 20,000 cavaliere e di piu de 80,000 pedoni, di croce segnati..… Con Filippo et Carlo suoi figluioli et con messer Gervasio detta Giancoletto, cardina!le e legato del papa (1)... » Villani, mort en 1448, avait été, pour ainsi parler, le contemporain de Martin IV et de Gervais de Clinchamp; on pouvait donc accepter sans défiance un renseignement émané d'une telle source : aussi Mariana (2) ne douta-t-il pas d'attribuer à Gervais de Clinchamp la prédication de cette fameuse croisade de 1284, dont les suites furent si cruelles pour la France. Chacon (3) reproduisit la narration de ces deux historiens. C'est un des annotateurs des Annales de Chacon, Agostino Oldoini, qui, le premier, signala l'erreur commise par Villani et par Mariana. La croisade de 1284 ne fut pas, en effet, préchée par Gervais Giancolet de Clinchamp, mais par Jean Cholet, cardinal-prétre au titre de Sainte-Cécile, que les annalistes latins appellent indifféremment
(1} Historie Forentine, libro settimo; apud Muratori Rerum Ttalic. Scrip., tx.
2, De Rcbus Hisp., 1.1, Lib. xiv, ce. 9.
(3 Vue et Gesta Pontificum, p. 618 de l'édit de 1601.
Joannes Cioletta, Coletta et Colethus. La correction d'Oldoini a été acceptée par François Duchéne et par M. Lajard (+). A l'appui de cette correction, nous invoquerons d'abord le témoignage de Ptolomée ou Tolomei de Lucques, historien antérieur à Villani, qui, par conséquent, mérite encore plus de confiance. Nous lisons, au livre XIV de son Histoire Ecclésiasdique, chap. 12 : « Johannes Ciolecta, S. Ceciliæ presbyter cardinalis, mittitur legatus in Franciam per Martinum, in favorem regis et ad predicandum crucem contra regem Aragonum {{). » L’exactitude de ce récit nous est confirmée par un autre document contre lequel il n'y a pas à faire d’objection. On possède diverses missives adressées à Martin IV par le représentant du Saint-Siége dans l’armée de Charles de Valois, et publiées dans les Annales Ecclésiastiques d'Oderic Rinaldi (2). L'auteur de ces missives, racontant au pape ce qu'il a fait pour remplir son mandat et lui demandant une approbation de sa conduite, se nomme lui-même : « Ego Joannes, titulo S. Ceciliæ presbyter cardinalis, auctoritato apostolica mihi in hac parte plenè commissa..…..… » Il est donc constant que c'est Jean Cholet qui fut chargé d’exécuter la sentence du Saint-Siége coutre don Pedro d'Aragon et de soulever contre lui les provinces méridionales de la France. Le Corvaisier a voulu sans doute concilier le témoignage de Villani et celui de Ptolomée de Lucques, en supposant que Gervais
(1) Histoire littéraire de la France, t. xx, p. 116. (2) Apud Muratori, t. x1, col. 1109.
[3; Ad ann. 1281.
Giancolet de Clinchamp fut, dans le même temps que Jean Cholet, et pour la même cause, envoyé par Martin IV près du roi de France. Frizon parait avoir donné dans cette frivole hypothèse, car après avoir parlé de la mission de Jean Chalet, àla page 2t de sa Gallia purpurata , il dit, à la page 244, au sujet de Gervais de Clinchamp : « Apud Philippum IT, cognomento Audacem , Francorum regem, apostolicæ sedis Jegatus, contra Petrum Arragonensem, insulæ Siculæ invasorem..…... » Mais nous avons sous les yeux, pour contredire l’assertion de Le Corvaisier et de Frizon, une pièce fort importante, que ni F. Duchène ni M. Lajard ne paraissent avoir connue. Cette pièce est lo bref de Martin IV approuvant les actes du cardinal de sainte Cécile. Après la signature du pape, setrouve celle des cardinaux auxquels fut soumis l'examen de la conduite de Jean Cholet, a cardinalium consensu » et, parmi ces signaturés, nous lisons celle de Gervais de Clinchamp : « ego Gervasius, titulo S. Martini presbyter cardinalis, subscripsi {1}. » Or, comme Gervais de Clinchamp ne pouvait en même temps siéger dans le collége des cardinaux, à Rome, et reprèsenter, en France, le souverain pontife, il faut considérer comme fabuleux tout ce qui a pu être avaucé au sujet de son ambassade près do Philippe-le-Hardy.
Îest vraisemblable que Gervais de Clinchamp habita constamment la ville de Rome, durant les années qui 8 écoulèrent entre sa promotion au cardinalat et sa mort, qui eut lieu en 1287. Il mourut de la peste. Le jour de son décès fut, suivant F. Duchesne, inscrit
( Apud Ravualdum, Annal. Eccles.. ad ann. 121.
dans l’'Obituaire de l’église de Paris , au onzième jour des calendes de décembre, et au dix-septième des calendes d'octobre, dans l'Ubituaire de l'église du Mans {1}. Son cœur fut transporté dans sa patrie et
(1) Cet Obituaire se trouve dans la Bibliothèque publique de la ville du Mans, sous le n° 244. Voici ce que nous y lisons sur Gervais de Clinechamp :
« Hic obiit recolendæ memoriæ dominus Gervasius de Clino Campo | filius domini Od..….…. domini de Groët..... militis) tituli sancti Martini presbyter cardinalis, quondam hujus ecclesiæ major archidiaconus , qui quantum istam dilexit ecclesiam id opibus comprobavit. Ipse enim dedit inter vivos eidem ecclesiæ unam cappam pulcherrimam de choro. {tem dedit et legavit huie ecclesiæ centum lhibras parvorum turonensium ad comparandos redditos pro anniversario suo in ista ecclesia annis singulis faciendo. Item capellam suam rubeam , videlicet albam paratam cum amicto parato, stolam et manipulum cinctorium, tunicam, damalticam, pro diacono et subdiacono, et cassulam. Îtem tunicam et damalticam. Item duas cappas de choro ejusdem coloris. Jtem mitram ipsius novam, et cyrothecas ac decem libras turonenses ad emendum annulum pontificalem. Item sandalia sua rubea. [tem suum calicem meliorem. Item duas touailles { nape, ornement d'autel} ad altare; scilicet unam brodatam et alteram simplicem de tela remensi. Item unam cupam eboream. Item reservatorium pulcherrimum ad reservandum corporalia. »
Les mots que nous avons placés entre deux parenthèses ne sont pas dans le texte mème de l'Obituaire : 1ls ont été ajoutés à la marge, et, bien que cette marge ait été mutilée par la reliure, nous devonslire Odonis domini de Groëstel. Ainsi, d’après l’auteur de l'Obituaire {si toutefois c'est lui-même qui a fait sur le manuscrit l'addition de ces mots), Gervais serait fils et non pas frère de Odon, ou Eudes, sieur de Groëstel. F. Duchcsne n'a pas eu sur ce point d’autres renseignements que la note marginale dont nous venons de parler. Or, cetie note est contredite par les archives manuscrites de la famille de Clinchamp. Ces archives, qui méritent plus de confiance que tout autre document , justifient l'ordre généalogique que nous avons adopté. Ce qui sans doute a induit en erreur l'auteur de l'Obituaire, c'est que, dans les premières années du XHII* siècle (1200), un Odon de Clinchamp a souscrit une charte du fils de Jean, comte du Maine, en faveur de l'abbaye de Saint-Vincent. Cet Odon était vraisemblablement un des fils de Louis II de Clinchamps , un des frères de Marin , et un des oncles d'Odon , sicur de Groëstel.