‹ Histoire littéraire du Maine. Tome deuxièmeChapitre 21 sur 62 · JEAN-BAPTISTE DURAND · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE DURAND

Parc pour voir Dom Cousturier, son ancien ami, avant que de retourner à Paris, et, pour lui faire honneur, il amena avec lui son fils Louis, évêque de Chartres, avec une grande compagnie. Dans l'entretien, une personne rapporta par occasion ce qu'elle avoit appris de l'ouvrage de Dom Cousturier. Sur quoi l'évêque de Chartres le pria de le lui envoyer aussitôt qu'il l’auroit reçu. Les docteurs de Paris l'ayant jugé digne d'être publié, et l'évêque de Chartes l'ayani reçu , jugea qu'il étoit même nécessaire de le mettre au jour, car D. Cousturier ne l'avait composé que pour son usage particulier. Ce livre est divisé en trente-trois chapitres, et D. Cousturier y traite son sujet avec beaucoup d ordre, de subtilité et d'exactitude {1).» Dom Liron nous paraît avoir ignoré que ce fût au tribunal souverain de la Sorbonne que P. Cousturier soumit cet ouvrage. Or de Lanoy dit expressément : « Facultas theologiæ, anno 153#, approbavit librum Petri Sutoris de Potestate Ecclesiæ in occultis..…. (2). »

Pierre Cousturier mourut le 18 juin de l'année 1537.

DURAND (3EAN-BAPTISTE).

JEAN-BAPTISTE DURAND, prètre , principal du collège de Beuil et recteur de l’Université d'Angers, en 1702, autcur d'une Nouvelle méthode d'apprendre

(1) Singul. Hist. et Litt., t. 111, p. 437.

(2) Launoiïi Opera, t. V, seconde partie , p.795. Editio Coloniæ Allobrog., 1731, in-fol.

240 MATUURIN HÉRLT.

la langue latine, la rhétorique , la poésie, dont nous ne connaissons que la seconde édition, publiée à Angers, chez J. Hubault, 1710, in-8°. L'abbé de la Crochardière , contemporain de J.-B. Durand, le compte parmi les écrivains du Maine, mais il ne nous apprend pas en quel licu il est né (1). M. Quérard a oublié de mentionner ce grammairien dans la France Littéraire.

HÉRET (MATHUR ).

MATHCRIN HÉRET, né au Breil, prés Connerre, ayant obtenu le grade de docteur en médecine à fUniversité de Paris, vint exercer sa profession dans la ville du Mans. Nous lisons dans la Zibliothèque de La Croix du Maine: « I florist au Mans cette annte 1°8$, exerçant for heureusement la médecine et travaillant sans cesse afin de profiter au public en toutes surtes. » Suivant l'abbé Ledru, il mourut, dans cette ville, en 1585 (2).

On connait de lui diverses traductions : La rraye el brefue histoire de la guerre de Troye, anciennement escrite en grec par Darès Phrygius, etc., etc. Plus quelques dizains ct épitaphes d'Ilector et Achilles: Vars, Seb. Nivelle, 1553, in-16. Cette traduction, ainsi que

( Le de l'abbé de la Crochardière, HBhaibhoth., du Maus., p. 196.

2, Biogr. Unie., au mot Héret

MATIIURIN HÉRET. 241 le fait observer La Croix du Maine, est antérieure à celle de Jean de La Lande, qui ne parut que trois années après, en 1556. — Les Problèmes d'Alexandre Aphrodisée, traduits du grec, auec Annotations des lieux plus notables, et soixante autres Problèmes de mesme matière; Paris, M. Lejeune, 1555, in-S. Telle est, du moins, l'indication de Du Verdier. Suivant La Croix du Maine, l'éditeur de cette traduction des Problèmes serait Guill. Guillard. — Le Banquet de Platon, traictant de l’Amour et de Beauté; Paris, G. Guillard, 1556, in-8. Cette traduction de Mathurin Héret parut avant celle de Louis Leroy, qui ne fut imprimée qu'en 1559.

La Croix du Maine attribue en outre, à Mathurin Héret, un Discours sur les mathématiques. Il en connaissait le manuscrit, qui ne paraît pas avoir été jamais imprimé. Le même bibliographe compte aussi dans les œuvres de Mathurin Héret, un Traité contre l’arrest donné au Parlement de Dole touchant un homme transmué en loug-garou. Ce traité n'était pas imprimé en 1584. Nous lisons encore dans La Croix du Maine, au sujet de Mathurin Héret : « Je ne fay point ici mention de ses poëmes latins et autres œuvres de sa profession : je me reserue à en parler dans ma Bibliothèque latine. » Nous ignorons même les titres de ces divers opuscules.

Il 10

GRUDÉ DE LA CROIX (François).

FRANÇOIS GRUDÉ , sieur de La Croix et de la Vieille Cour, terres de la paroisse de Connerré , à quelques lieues du Mans, est né dans cette ville, au faubourg de Saint-Nicolas, en l'année 1552 (1). Avant manifesté dès sa jeunesse beaucoup d'inclination pour les grandes entreprises, François Grudé crut devoir dissimuler à la postérité sa modeste origine, et au nom bourgeois de Grudé il substitua Île nom bien plus solennel de G. de La Croix du Maine. Comme il n'est guères connu maintenant que sous le dernier de ces noms, cette substitution puérile a donc eu autant de succès qu'il pouvait l'espérer.

Dès l'âge do dix-sept ans, c'est-à-dire vers l'année 1569, Fr. de La Croix du Maine commença les recherches historiques et littéraires qui paraissent avoir été l'occupation de toute sa vie. Al écrivait en 1579 :

(1! Ménage. Remarques sur la rie de Guill. Mnage, p. 2NS. D. Lairon, Song. Hist. et Lite, VU, p. 53. Menage pense que cette fannlle des Grudé, du Mans, etait onsinaire de Sable

Le preuner maitre de La Croix du Maine fut. comme 1 nons l'appreud lui-méme, Michel Frote où Trotté, sieur de la Godairie. Voici dans quels termes 11 S'exprune à son sujet duns sa Bibliothèque Francoise € Michel Trote. principal du college du Baveuva Paris apres la mort de Jean le Frere, de Laval.ete ete, tous deux hommes for doctes : et encores que cestui-es deruner principal n'ave mis aucuns de ses œuvres en lumiere, si este que je n'as peu m'absteuir, pour mou devoir etollice de bon disople, de faire tres honorable mention de lus et le mettre au rang des hommes allustres, tant pour ne demeurer ingrat enuvrs lus pour les bounes lettres que j'ay apprises par sou Woven des mes plus tendres ans, que pour ignorer pas comme 1 merite de louange par autre part... »

« Il ne s'est passé jour, depuis neuf ou dixans en ça, que je n'aye employé six heures à l’estude..…. sçauoir est trois desdictes heures à lire, et les trois autres À escrire : sans m'y arrester aux après-disnées, sinon en temps d'hyuer ou autrement fascheux. Lesquelles heures d'après midy j'employe à tous honnestes exercices, tant de l'esprit que du corps, auecques compagnies que je cosnois les plus dignes de fréquentation, pour leurs vertus et gentillesses : soit auecques grands seigneurs ou autres de moindre qualité (1). » Il faut le croire quand il fait ce récit, ou il faut l'accuser d'imposture lorsqu'il fait l'énumération des manuscrits que contenait, en 1579, la bibliothèque formée par ses soins. Cette accusation à été, hâtons-nous de le dire, formulée plus d'une fois, ct par des bibliographes dont l'opinion est justement considérée. Il nous importe d'en apprécier la valeur.

Un mémoire adressé par La Croix du Maine à M. de Paulmy d'Argenson, fut imprimé au Mans en 1579, sous le titre de : Discours du sieur de La Croix G. du Maine, contenant sommairement les noms, tiltres et inscriptions de la plus grande partie de ses OEurvres latines et françoises , tant sur l'entière et parfaicte tllustration de la France et des Gaules , que de plusieurs autres siens desseins et projects sur l'histoire, et Afémoires recueilliz par luy pour servir à fout l'Univers (2). Ce titre, il faut en convenir, est très-ambitieux : mais ce n'est rien encore; ce qui vient après est bien plus

[l} Discours du sieur de La Croix G. du Maine, etc., etc., présenté a M. le vicomte de Paulmy.

(2 Ce Discours a été réimprimé à la suite de la première édition de la Biblioth. Francoise de La Croix du Maine ; Paris, 1584.

merveilleux , ou du moins plus étrange. L'auteur compte en effect, parmi ses œuvres, une Description Géographique et Historique de la France, divisée en autant de volumes qu'il y avait de provinces, et, pour donner un spécimen de son travail , il fait connaitre le détail des mémoires que contient la notice consacrée à la province du Maine ; savoir : la description générale du comté du Maine, la recherche de ses antiquités, la vie des évêques du Mans, des comtes du Maine et des hommes les plus illustres dans les lettres et dans les armes nés dans cette province, un nobiliaire, les annales du Maine, les privilèges des cités, un catalogue des auteurs qui ont parlé des Manceaux, un mémoire sur les mœurs, les coutumes, l'administration de la province , et enfin le détail des monuments, des épitaphes, des inscriptions anciennes et modernes qui méritent d'être mentionnées. Voilà sur quel plan La Croix du Maine avait entrepris, dit-il, une histoire de toutes les provinces de France. Il annonce, en outre, qu'il peut montrer dans sa bibliothèque soixante volumes écrits de sa main, concernant la Vie des Rois de France, ainsi que des hommes d'état et des capitaines les plus signaks sous leurs rèencs ; une Histoire Généalogique de vingt mille familles françaises ; un Catalogue alphabétique de tous les écrivains nés en France qui ont écrit soit en français, soit en latin, et un catalogue méthodique de leurs ouvrares, avec la biosraphie des principaux d'entre eux; une Histoire des Conciles tenus en France; des traités séparés concernant les États, les Parlements, les Chanceliers de France, les Universités et les Monnaies; diverses monosraphies sur les Entrècs des rois, les Batailics

célèbres, les Arrêts notables, et enfin quelques ouvrages de grammaire. Telles sont, au témoignage de La Croix du Maine , ses œuvres principales , car il en est qu'il déclare « passer soubs silence » , pour ne pas tomber dans le soupçon de charlatanisme. Il n'a pas évité cette accusation. Comme il est mort n'ayant publié de ces immenses travaux rien autre chose que sa Bibliothèque Françoise, on s'est récrié contre la tencur de son Discours, et on l’a qualifié dans les termes les plus injurieux pour sa mémoire. Le P. Louis- Jacob de St.-Charles ayant déclaré le premier n'avoir pas une entière confiance dans les dires de La Croix du Maine, Burckhard Mencke se permit de le traiter fort mal dans ses discours sur la Charlatanerie des savants (De Charlataneria Eruditorum) ; Dom Liron l'appela « visionnaire » , et considéra comme de pures « rêveries » tout ce qu'il avait écrit au sujet de ses laborieuses entreprises; le P. Niceron ne le jugea pas avec plus de faveur {1); enfin les auteurs du Dictionnaire de Moreri expriment les mêmes doutes sur sa véracité. En somme, tous les bibliographes tiennent La Croix du Maine pour un outrecuidant et pour un imposteur : c’est la réputation que lui a faite son Discours au vicomte de Paulmy. Il nous semble difficile de le défendre contre tant d'accusateurs; nous ne pouvons croire, en effet, que dans l'intervalle de dix années, un seul homme ait pu réunir et mettre en œuvre la matière de tant de volumes. Mais dit-il expressément qu'ils sont tous de sa main? N'y a-t-il pas lieu de croire qu’il confond

(1) Hommes Illustres, t. xx1v, p. 290

dans ce nombre ses œuvres propres etles compilations qu'il a faites, et peut-être même les manuserits d'anciens auteurs quila pu se procurer? Nous ne voulons pas justifier La Croix du Maine ; il est manifeste qu'il a prétendu capter les bonnes grâces du vicomte sde Pauimy en se donnant lui-même pour un prodire de savoir, et qu'il a commis dans ce dessein plus d'un mensonve; mais il nous importe de rechercher ce qu'il y a de vrai, ou, du moins, de vraisemblable dans tous ses propos. Quand il parle de ses manuscrits, illes appeile indifféremment « volumes ou mémoires {1} », et « valumes de recueils {2} »; et il donne cette explication sur ces termes : « J'ay dit volumes de recueils, de peur de me tromper ou méprendre, car je ne suis pas asseuré si en impression ils pourront tant se monter que d’estre appelez volumes, attendu que les chapitres ou lieux-communs de leurs vies ['a vie des rois de France) ne sont queiquefuis que remplis à demy en ce j'ay escrit à la main (3!. » Cette exp'ication permet de supposer que les volumes ou recuci's de La Croix du Maine n'étaient, à proprement parler, que ïes divers chapitres des ouvrases que contenait sa bibliothèque; parmi ces ouvrages, tous manuscrits, ne comptait-il pas un grand nombre de copies? La Croix du Maine n'en fait pas l'aveu avec une parfaite since rité, mais il le laisse entendre dans les phrases suivantes : « outre les histoires susdittes que j'ay escrit ou plustost recucilly »; et il ajoute : « j'use expres-

(1: Edit. de 18 { . Par" 25) de ja Biblioth SIG Liu er. LS P:- D 20.

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