‹ Histoire littéraire du Maine. Tome deuxièmeChapitre 29 sur 62 · CLAUDE BLONDEAU ET FRANÇOIS BONDONNET · texte numérisé non relu

CLAUDE BLONDEAU ET FRANÇOIS BONDONNET

BLONDEAU (czaupe) (1),

ET

BONDONNET (FRANCOIS).

cuaure BLONDEAU , né au Mans, dans la première moitié du xvue siècle, embrassa, par goût pour la dispute, s’il fauten croire ses ennemis, la profession d'avocat. Eut-il quelques succès sous la robe ? nous l'ignorons. Rien ne nous a été transmis à ce sujet, et l'histoire de sa vie nous est d'ailleurs peu connue. Nous apprenons toutefois qu'en l'année 1665, on le comptait au nombre des procureurs-postulants de la ville du Mans (2).

Il occupait cette charge, quand il publia le premier de ses opuscules , qui a pour titre : Les Portraits des hommes illustres de la province du Maine; le Mans, Isambart, 1666, in-4°. Il avait remarqué dans l'histoire , dit-il, tant de choses à l'avantage du Maine, il y avait trouvé la matière de tant d'apologies glorieuses pour cette province, qu’il lui semblait étrange

(1) C’est à tort, il nous semble, que plusieurs bibliographes ont donné à notre Blondeau le prénom de Charles; il s'appelait Claude, et ce prénom de Charles ne se trouve dans aucune des pièces que nous avons eues SOUS les yeux. Il faut bien se garder de le confondre avec deux de ses contemporains , Claude Blondeau , chanoine de Besançon , auteur du Triomphe de la charité, et Claude Blondeau, avocat, un des fondateurs du Journal du Palais.

2) Je trouve ce renseignement dans un imprimé de l’année 1665, qui est à la Bibl. du Mans , n° 1040, T. (Miscell.)

que personne n'eût encore « voulu donner ses veilles à un travail si utile et si divertissant. » Cependant il n'y consacra pas ses veilles, mais ses loisirs : persuadé « que la plus ingrate et la plus inutile de toutes les occupations, est celle de faire des livres, » il se fut bien gardé d'employer à un tel labeur un temps aussi précieux que celui du sommeil. Ces façons de parler de Blondeau sont aussi impertinentes que maladroites. On est toujours prévenu contre un artisan qui affecte de dédaigner son métier : il est à croire qu'il n’y excel'e pas, et qu'il garde le ressentiment de quelque blessure faite à son amour-propre par un arrêt du juge souverain. Ce qui nous engage encore à suspecter la bonne foi de cette dédaigneuse sentence, c'est la terreur qu'inspirent à Blondeau les critiques de profession. Non seulement il a édité ses Portraits sans nom d'auteur, pour se tenir « quelque temps caché derrière son ouvrage, » mais il n'en a publié que trois, réservant les autres en portefeuille, bien qu'ils fussent, dit-il, achevés. Ces trois portraits sont ceux d Ambroise de Loré, de Glapion et de Gervais Lebarbier, sieur de Francourt. Il se proposait de parler non seulement des notabilités littéraires du Maine, mais encore de tous les hommes qui, nés dans cette province, avaient acquis un certain renom comme gens de robe ou comme gens d'épée. Nous avons la table des portraits qu'il devait successivement exposer au public : cette table est fort incomplète ; elle nous donne néanmoins à regretter es notices inédites, dont Blondeau parle ainsi dans un autre de ses opuscules : « Les Cazet de Vautorte, Aubery du Maurier , Rivault de Fleurango, etc. , etc.,

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seroient dans l'obscurité du tombeau... si notre amy, par ses veilles et par ses soins appliqués, n'avoit recueilly de tous costés les plus considérables actions de ces grands hommes pour les faire passer à la postérité. » Soyez donc d'accord avec vous-même, Me Blondeau : ici, vous affectez une feinte modestie, un dédain sans franchise pour les résultats tels quels d'un pénible labeur ; là , vous prisez votre œuvre au-delà de ses mérites, vous tombez dans le travers d'une ridicule vanité!

Blondeau a donné pour introduction à ses Portraits une dissertation sur l'histoire de France qui est des plus curieuses. Suivant l’auteur, la principale gloire de la république romaine n’est pas l'ouvrage de ses grands capitaines, de ses hommes d'état, de ses vertueux citoyens, mais de leurs biographes. Tite-Live et Tacite ont dressé des autels pour des Dieux de fantaisie, et le talent littéraire dont ces historiens ont fait preuve, dans leurs narrations et leurs apologies, est beaucoup plus remarquable que les gestes qui leur ont servi de matière. Cette proposition n’est pas absolument fausse , mais il faut savoir comment l'auteur la développe. Après avoir comparé Charlemagne à César, Dunois à Camille, Saint-Louis à Auguste , les volontaires des Croisades à Mutius Scævola, et Gaspard de Coligny à Scipion l’Africain, il met en parallèle la bataille de Dreux et la bataille de Philippes, le combat des Horaces et des Curiaces et la rencontre, à Saintes, de sept cavaliers français et de sept anglais. Ces rapprochements sont, pour la plupart, étranges et inattendus. Mais voici qui l’est plus encore. Ce n’est pas seulement dans les champs

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