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de bataille que les modernes ont égalé les anciens : au jugement de Blondeau , Malherbe vaut bien Horace, tous les poètes du siècle d'Auguste sont surpassés par M. Corneille, les Grecs et les Romains n'ont rien de plus achevé en fait d'éloquence que quelques harangues de M. Le Maistre, et a les bons mots de Plaute {nous citons textuellement), toutes les railleries d'Aristophane ne sont que de misérables sornettes, que de basses et grossières bouffunneries, si l’on les oppose aux ingénicuses comédies de M. Scaron, et à celte inimitable Gigantomachie. » Voilà, certes, un zélateur bien passionné des beaux esprits modernes. S'étonnera-t-on maintenant, s'il ne trouve en Lucain d'autres beautés que celles dont tout l'honneur revient à M. de Brebeuf, et s'il place résolument les annales de Mezeray au-dessus des Décades de Tite-Live ? Telle est, en effet, sa conclusion.
Nous voudrions bien, pour notre part, établir quelque comparaison entre les trois notices publites par Blondeau et la Vie d'Agricola ou Îles éluges de Quinte-Curce; mais, de bonne foi, nous ne le pouvons. Cependant il y a, dans ces notices, de bonnes parties, une certaine solennité de style, une appreciation des faits assez équitable, et d'utiles renseignements que nous mettrons à profit lorsque nous parlerons de Gervais Lebarbier et de Glapion. « Blondeau, nous dit Ansart, a passé pour avoir beaucoup d'esprit, mais véritablement il n'avait que de l'ima:ination. » Ce jugement est trop sévère. Ce n'est pas l'esprit qui peut faire défaut à un écrivain passionné pour Balzac, pour Costar, et qui se propose de Îles imiter ; c'est plutôt le bon goût.
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Blondeau avait osé louer , dans ses notices, le protestant Gervais Lebarbier, dont la mémoire avait été flétrie par une sentence judiciaire. Il acheva de soulever contre lui les catholiques, lorsqu'il publia l'écrit suivant : l’Invasion de la ville du Mans par les religionnaires en l’année 1562: au Mans, Peguineau, 1667, in-8. On racontait alors que le séjour des protestants dans la ville du Mans avait été signalé par d'affreuses déprédations ; on leur imputait une foule de crimes plus ou moins vraisemblables. Blondeau eut le courage de contredire la tradition. Sans nier les faits réels, c'est-à-dire le pillage de quelques abbayes, la dévastation des églises, les délits individuels dont la responsabilité ne peut étre équitableblement attribuée aux partis, il fit le récit des événements avec une entière indépendance, sans plus ménager les catholiques que les protestants. Cela ne convint pas à tout le monde. Ce que les catholiques lui pardonnèrent le moins, ce fut d'avoir raconté comme un fait naturel et non pas miraculeux, la retraite précipitée des protestants, le 11 ou le 12 juillet 1562. Maîtres de la ville du Mans, les calvinistes y avaient comprimé toute résistance, quand on les vit un certain jour, sans motifs Connus et comme pris d'une subite terreur, traverser la Sarthe au Pont-Ysoir, et quitter la ville pour n’y plus revenir. Or, en ce jour, les catholiques célébraient la fête annuelle de sainte Scholastique, sainte particulièrement vénérée dans l'église du Mans : on n'hésita donc pas à croire que la retraite imprévue des protestants avait été l'œuvre mystérieuse de la céleste patronne, et cette croyance devint traditionnelle. Blondeau rejeta ce prodige. On ne savait
comment expliquer la fuite des religionnaires : qu'y a-t-il pourtant de plus simple que cet événement ? Une armée redoutable , conduite par le duc de Montpensier, allait entrer dans le Maine : les catholiques avaient d'ailleurs des intelligences dans la ville du Mans; par intimidation ou par séduction , ils avaient gagné plusieurs officiers des légions protestantes, gens propres à tous les rôles, qui, dans les discordes civiles, changent volontiers de parti, et l'on redoutait quelque surprise nocturne, quelque massacre, suivant les avis donnés par les confédérés du Poitou et de la Normandie. Tels ont été, suivant l'historien, les motifs, les seuls motifs d'une retraite qui s'est d'ailleurs effectuée sans trouble, sans désordre.
Le miracle de sainte Scholastique était, pour l'église du Mans, un article de foi. Elle ne put supporter qu'un avocat eût pris la liberté de nier ce miracle. Un curé de Moulins, près Alençon, François Bondonnet, neveu de l'historien des évêques du Mans, se chargea de défendre la tradition compromise par les blasphèmes de Claude Blondeau. Ce François Bondonnet avait quelque renom dans le diocèse. Après avoir obtenu le grade de bachelier en Sorbonne, il avait été pourvu d'une prébende dans l'église collégiale de Saint-Pierre-la-Cour. Mais préférant, il parait, le séjour des champs à celui de la ville, il s'était retiré dans le presbytère de Moulins. Aussitôt que l'écrit de Blondeau lui eût été envoyé par un de ses amis, il prit la plume pour répondre. Cette réponse fut publiée en 1667, sous ce titre : Lettre du solitaire Philalite à un de ses amis, touchant le livre de l'Inoasion de la voile du Mans; sans nom d'impri-
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meur, in-8. Il y a, dans cet opuscule, moins d'arguments sérieux que d’épigrammes plus ou moins ingénieuses. Cependant il fut bien accueilli. Les chanoines de Saint-Pierre-la-Cour, dépositaires de la châsse de sainte Scholastique, voulurent donner au curé de Moulins un témoignage de leur reconnaissance : réunis en assemblée capitulaire, ils décidèrent que sa lettre serait conservée dans les archives de leur église. Mais Blondeau ne le laissa pas jouir longtomps de ce triomphe. A peine l'épitre du solitaire eut-elle vu le jour , qu’il lui répliqua dans une brochure dédaigneuse dont voici le titre : Philalite confondu , ou le faux amy de la Vérité; 1667, in-8. Fr. Bondonnet revint au combat. Il n'avait pas affaire à un contradicteur inexpérimenté, mais une foi vive connait-elle le danger ? Aux censures de Blondeau, Bondonnet oppose des invectives et des raisons plus ou moins valables, dans un autre pamphlet, qui a pour titre : Le triomphe de sainte Scholastique sur les religionnaires de la ville du Mans; au Mans, J. Isambart, 1668, in-4. Ainsi finit cette controverse, qui dut causer une assez vive agitation dans la ville du Mans.
Les ecclésiastiques se prononcèrent pour Bondonnet, mais il paraît que Blondeau trouva, parmi les laïcs, de nombreux partisans. Si, toutefois , ceux-ci lui surent mauvais gré d'avoir combattu sans ménagements une opinion consacrée par la liturgie diocésaine, ils lui pardonnèrent bientôt d’avoir commis cette irrévérence à l'égard des choses saintes, car, aux élections de l’année 1672, ils le nommèrent échevin.
Combien de temps Blondeau remplit-il cette charge? Nous l'ignorons , mais s'il avait cessé d'être, en l'année 1675 , un des administrateurs officiels des affaires municipales, il s'en occupait encore, ou, du moins , passait pour s'en occuper. Îl s'agissait alors d'établir un tarif dans la ville du Mans, et, tandis que la question était soumise aux délibérations du conseil d'état, durant les premicrs jours du mois d'avril 1675, Blondeau fit un voyage à Paris. On ne chercha pas longtemps le motif de ce voyare. Blondeau s'étant prononcé pour le tarif; on dit aussitôt qu'il avait été plaider lui-même, devant les conseillers de la couronne, une cause toujours suspecte, la cause du fisc, et les esprits s'échauffèrent contre lui. Il paraît que cette affaire agita surtout le clergé, qui, dans l'établissement éventuel d'un tarif, voyait la suppression de ses priviléges. Une réunion générale du clergé de la ville du Mans eut lica sous la présidence de l'abbé Levayer, grand-vicaire, et, dans cette réunion, il fut décidé que l'on s'upposerait avec énergie, par toutes voies légales sans doute, À l'exécution de ce projet calamiteux ; l'assemblée des paroisses du Mans, convoquée le 98 avril, avait aussi manifesté son opposition à la même mesure. Desintéressée dans la question des franchises ecclésiastiques, la population indigente de la ville du Mans fut elle-même ameutée contre le tarif par de sinistres menaces que l'on fit entendre : des agitateurs parcoururent la ville, disant qu'appauvries par le retrait de leurs exemptions, Îles maisons religieuses ne pourraient plus à l'avenir transformer en aumônes publiques l'excédant de leurs revenus. Et comme on
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désignait au nombre des partisans les plus zélés du tarif un sieur Mieuzet, une demoiselle des Angevinières et Claude Blondeau, quelques gens des faubourgs , soulevés contre eux, annoncèrent hautement, dans la journée du 28 avril, l'intention de les maltraiter. La maison de Blondeau était située rue Bourgeoise. Dès le dimanche, des furieux parlèrent d’en faire le siège et de la mettre au pillage. En l'absence de Blondeau, la demoiselle de la Ronserais, sa fille, et le sieur Garnier, son beau-frère, prirent aussitôt les précautions que leur recommandait la prudence : dans la nuit du dimanche au lundi, ils firent enlever de la maison menacée tous les objets précieux qu'elle pouvait contenir, argent monnayé, vaisselle d'argent, cassettes, tapisseries, linge et papiers; une partie de ces objets fut cachée dans la sacristie du couvent des Ursulines attenant à la maison de Blondeau. Puis ils établirent dans cette maison quinze jeunes gens bien armés et résolus à se défendre contre toute agression.
Le lundi 29 était jour d’aumône à l’abbaye de Ja Coûture. Suivant l'usage, toute la population nécessiteuse des faubourgs se rendit aux portes du monastère, et l’aumôûne fut distribuée. On dit que, durant cette distribution, des moines furent vus excitant le peuple à la sédition et le provoquant au Pillage. Mais ce dire n’a pas été justifié par des preuves suffisantes. Ce qui a été reconnu, même par les moines de la Coûture, ce qui a êté prouvé par l'information judiciaire, c'est qu'un sieur Guitton, serviteur de l'abbaye, qui remplissait quelque office dans la distribution de l’aumône, fut un des princi-
paux instigateurs du désordre. On ajoute qu'un des jeunes gars casernés de la maison de Blondeau, le pommé Mathurin Lottin, sortit de sa retraite, impatient de savoir ce qui se passait aux abords de la Coûture, où, disait-on, on proférait des menaces forcenées contre l'avocat du tarif, et qu'étant venu se méler à la foule tumultueuse, il dit imprudemment : — « ÂAccourez tous à la maison de Blondeau:; vous y trouverez Mlle de la Ronserais , qui vous donnera des sous marqués. » Il fut suivi par quelques misérables : avec eux se dirigèrent vers la rue Bourgeoise les gens ameutés par Guitton, par Jeannin, par Cadieu, moins avides de sous marqués que de vengeance. Quand on fut devant la maison de Blondeau, on commença par en briser les vitres à coups de pierre : à cette première attaque, les assiépés, auxquels Lottin était venu se joindre, répondirent par un feu bien nourri. On vit alors tomber sous les balles meurtrières une pauvre femme enceinte, et un jeune ouvrier serrurier. Bientôt l'alarme est dans toute la ville. Le sieur de Resteau, lieutenant du prévôt, met l'épée à la main, et s’avance, avec deux archers, vers le logis de Blondeau. Mais le feu des assiégés les repousse. Le lieutenant-général de police et les officiers de la Maison-de-Ville arrivent en compagnie d'autres archers, écartent le peuple et font proclamer par un trompette qu'ils sont venus au secours des assiépés, que le feu cesse, et que bientôt l'ordre sera rétabli. On ne les écoute pas. La foule se précipite avec rage contre la porte principale de la maison , et la fusillade continue. — Le siège dura plus de deux heures : enfin les assiégés,
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manquant de balles, prirent la fuite par-dessus les murs du jardin de Blondeau, suivis par Mlle de la Ronserais, qui fit preuve, dans cette circonstance, d'un courage extraordinaire, ayant elle-même préparé et conduit la défense de ce poste périlleux. La place abandonnée, la porte de la maison cède sous la hache du tonnellier Jeannin, et les vainqueurs s'élancent dans les appartements de Blondeau qu'ils pillent et dévastent. Ainsi finirent ces tragiques représailles.
De retour au Mans, Blondeau exerça des poursuites contre les moines de la Coûture : il les accusa d'avoir soulevé les pauvres, et prétendit les faire condamner à des dommages-intérêts considérables. Ceux-ci protestèrent contre l'accusation, et nous possédons les mémoires justificatifs qu'ils présentèrent pour leur défense. Ces débats judiciaires durérent plus d'un an. Blondeau perdit son procès contre les moines de la Coûture. Il réussit mieux dans l’action civile qu'il intenta plus tard à la commune du Mans, comme responsable des méfaits de ses pauvres. La ville fut condamnée à rembourser à Blondeau la somme de 30,000 livres. Jeannin et Cadieu, qui s'étaient signalés parmi les assiégeants par leur ardeur au combat et au pillage, farent l'un et l’autre envoyés aux galères. On craignit pendant quelque temps de nouveaux tumultes. Pour les prévenir, on augmenta l'effectif de la garnison : les régiments de la Couronne, d'Anjou et de Praslin, prirent successivement leurs quartiers dans la ville, et vécurent chez les habitants à discrétion.
Claude Blondeau mourut au Mans le 31 décembre
298 GUY PECCATE.
1680. Son contradicteur, François Bondonnet, lui survécut : la date de sa mort est le 3 janvier 1693. François Bondonnet laissait, en manuscrit, un opuscule qui fut publié sous ce titre : La vie du ténérable Joseph-Ignace Leclerc de Coulenne, contenant la pratique des Vertus Chrétiennes; le Mans, 1694, petit in-8.
PECCATE (eur).
Voici dans quels termes la Croix du Maine s'exprime au sujet de Guy PECCATE :
«a Guy Pecate, dit en latin Pacatus, natif de la paroisse de Sainct-Remy-du-Plain, près Domfront, au Maine, autresfois pricur de Sougé et curé de Spay, et enfin secretain en l’abbaye de la Cousture, près le Mans, de laquelle il estoit religieux profez., etc. Je serois bien digne d'estre blasmé de ceux qui ont cognoissance de la doctrine et scauoir qui estoit en ce personnage, et encores plus digne d'estre accusé d'ingratitude, pour la grande amitié qu’il m'a portée durant sa vie, si je ne declarois icy ce que j'ay cogneu de recommandable en luy. Car, en premier lieu, il estoit si bien versé en plusieurs arts et bonnes disciplines, et surtout en la poësie latine, qu'il a esté admiré de son temps pour ses doctes compositions, et principalement de Ronsard, prince des poëtes françois, son plus grand amy, lequel a fait très-honoralile mention de luy en ses poësies, et aduouë avoir eu intelligence des poëtes latins par son moyen (sans
vouloir icy oster l'honneur deu à M. d'Aurat). Il n’a point fait imprimer ses OEuures et compositions latines ou françoises. Il mourut en la susditte abbaye de la Cousture, le mardy, cinquième jour de juillet, l'an 1580, en laquelle il fut enterré le jour ensuyuant. Je feray mention plus ample de luy et de ses escrits latins autre part. »
La Monnoye n’a pas annoté cet article de la Croix du Maine. Nous trouvons, dans un registre provenant de l’abbaye de la Coûture, l'acte de profession de Guy Peccate, revêtu de sa signature. Cet acte est du 11 février de l’année 1528 (1). Vainement nous avons cherché dans les OEuvres de Ronsard les vers adressés à Guy Peccate, suivantla Croix du Maine.
LEBARBIER (cEnvais).
On ne sait pas bien en quelle année commencèrent, au Mans, les prédications des ministres de la communion réformée. Proscrite par les lois de l'état, persécutée avec une impitoyable ferveur par les tuteurs officiels de la tradition catholique , l’église protestante ne fut d'abord, en France, qu’une fédération de sociétés secrètes : dans chaque ville, l'existence d'une confrérie calviniste n’était révéléo qu’au moment où le nombre et le crédit des prosélytes leur permettaient
(1) MS. de la Bibl. du Mans, sous le n° 96, feuillet xxx1r, recto.
de ne plus se dissimuler. Il est probable que les succès obtenus par les fauteurs de la réforme dans la province du Maine, furent dùs, en grande partie, à l'influence et au voisinage de la ville de Tours, où les Huguenots étaient en force et pleins de zèle. De là, partaient des missionnaires allant prêcher les doctrines nouvelles, et déclamer contre les mœurs du clergé romain. Ce fut, en effet, le consistoire protestant de Tours qui envoya dans la ville du Mans le premier prédicateur dont nous parlent les annalistes contemporains. Îl se nommaïit Henri de Salvert. Suivant la pratique de ses collègues, Salvert fut d'abord prudent et réservé : il n'enseignait qu'en des lieux secrets, au foyer des maisons privées, où les adeptes se rendaient sans bruit aux séances du jour. Mais bientôt il se fit un grand nombre de partisans par le double attrait du mystère et de la nouveauté, et il put compter parmi ses auditeurs des gens considérables qui lui assurèrent protection contre toute violence. Vainement alors l'évêque du Mans s'efforça d'arrêter les progrès de l'hérésie ; Salvert, appuyé par les premiers officiers de la ville, lutta désormais à ciel ouvert contre l'autorité ecclésiastique. L'évêque du Mans était Charles d'Angennes de Rambouillet.
GERVAIS LEBARBIER, sieur de FRANCOURT, fut un des premiers disciples de Salvert. Né dans la paroisse de Torcé, près Montfort, où il possédait sa seigneurie de Francourt, G. Lebarbier exerçait, au Mans, la profession d'avocat quand arriva dans cette ville l'agitateur protestant. Il fut bientôt de son parti. Dès la fia de 1559, ce parti était déjà nombreux. C'est alors qu'Henri de Salvert entreprit, avec le concours de ses
GERVAIS LEBARBIFER. 3014
plus zélés adhérents, d'organiser dans l’ombre une vaste conspiration contre l’église établie.
Au 1er janvier de l’année 1560, les conjurés se réunissent en la maison du sieur de Rippe , et délibèrent sur la constitution de leur société secrète. Il est décidé que la conduite des âmes sera confiée aux sieurs de Salvert et Poinsson, ministres, qu’on leur donnera deux diacres pour assesseurs, et que la propagande active sera faite dans la ville, dans les faubourgs, dans les bourgades voisines, par cinq surveillants, auxquels, en outre, appartiendra l'administration des affaires de la société. Séance tenante, on nomme diacres les sieurs Nicolas Leballeur et Antoine Lemercier ; surveillants, les sieurs Gervais Lebarbier, dit Francourt, Mathurin Leroy, avocat, Nicolas Antin, orfèvre, Guillaume Mariette, avocat, et François Symon. On décide ensuite que, dans chacun des cinq cantons administrés par les cinq surveillants, neuf personnes notables, élues par le peuple, prendront le titre d'anciens, ou de sénieurs, et exerceront sur les fidèles une sorte de magistrature paternelle. En même temps, deux consistoires sont formés : l’un chargé de la police, l’autre de la censure. Celui de la police siégera le samedi à une heure ; celui de la censure , le dimanche , entre sept et huit heures du matin. Des exhortations seront adressées aux fidèles par les ministres , ‘ous les jours, à sept heures du matin, en des maisons qui seront désignées : on ne sera introduit dans ces maisons qu'avec l'autorisation des surveiljents , et, tant que durera le prèche, les portes seront closes. Voilà le détail des dispositions réglementaires adoptées dans le conventicule réformiste.
L'association étant constituée, les surveillants s’occupent avec ardeur de remplir les devoirs de leur charge : ils agitent les esprits, ils recommandent à tous leurs amis la religion nouvelle, ils leur donnent rendez-vous dans les maisons discrètes où les ministres doivent se faire entendre. Dans le premier canton , le canton de la Justice, dont la surveillance à été confiée à notre Gervais Lebarbier, une foule de gentilshommes viennent se faire inscrire au nombre des sectateurs de la nouvelle doctrine : on y remarque les sires de Peschevre , de Nue, de Saint-Ouen, de la Ferrière, de Noyan, de Lavardin, de Buffes, de la Suze, de la Vallière, des Tousches, Dornant , du Tronchet, du Breuil, eic., etc. Ce n’était pas sans péril que l'on faisait alors profession de suivre la religion de Calvin. Les Guise excrçaient, dans l'état, le souverain empire, et, dévoués à la cause de l'Eglise catholique, ils n'avaient fait aucun mystère de la haïîne qu'ils portaient aux protestants ; à leur exemple, les gouverneurs des provinces faisaient montre d'intolérance, et n'hésitaient pas à protéger les auteurs des crimes les plus odicux, quand les victimes passaient pour avoir manifesté quelque penchant vers les doctrines nouvelles. Dans le Maine, comme dans les autres provinces, il n'y avait plus de sûreté pour les personnes : des bandes de forcenés allaient mettre le siège devant les châteaux , égorgeaient ou rançonnaient tous les seigneurs suspects d'hérésie; puis, des représailles étaient exercées. Dès le mois de février de l’année 1560, il y eut, au Mans, des troubles graves. Le jour de la fête do l’Annonciation, quelques calvinistes se prirent de querelle avec des catholiques,
au faubourg Saint-Jean. Deux calvinistes, Jacques Bonin, sieur des Marais, et Jean Richard, furent laissés mourants sur la place. Transporté dans la maison de Lebarbier, Richard fut entouré de soins et survécut. Cette sanglante collision jeta l'alarme dans les esprits. Ceux des notables habitants de la ville qui étaient restés jusqu'alors étrangers aux affaires des deux partis, se prononcèrent contre les calvinistes, à l'occasion desquels avait eu lieu le tumulte; le ministre Poinsson fut forcé de quitter le Mans et d'aller demander asile aux religionnaires d'Alençon; les conférences furent suspendues , et le bruit se répandit que cent hommes d'armes allaient venir châtier les agitateurs. Effrayé par cette menace, le conseil des protestants s'empressa d'envoyer près du duc de Montpensier son ambassadeur habituel, le sieur de Francourt. Celui-ci prit, au nom de l'Eglise réformée du Maine, un engagement qu'elle ne pouvait pas tenir, car il promit qu'il n’y aurait désormais aucune prise d'armes dans la province, au sujet de la religion. Promesse vaine, sans doute, mais non pas, il nous semble, mensongère! Il eut été suivant les vœux des chefs protestants , que rien ne fit obstacle à leur propagande, et qu'on accordât librement à leur église le droit de cité qu'ils réclamaient avec de si vives instances : mais on ayait entendu, dans toutes les provinces de la France, retentir ces bruits sinistres qui sont les précurseurs des tempêtes civiles, toutes les consciences étaient émues, et, dans les assemblées de l'un et de l'autre parti, on écoutait déjà moins les conseils des hommes modérés que ceux des fanatiques. Pour faire toutefois acte de résignation, pour manifester des
sentiments conformes à Ja parole donnée par G. Lebarbier, et aussi peut-être par crainte, les calvinistes du Mans se conduisirent, pendant deux mois, en véritables amis de la paix. Poinsson avait quitté la province; Henri de Salvert, mandé au synode général de Poitiers, avait été envoyé dans la ville d'Angers. Les exhortations furent interrompues. Cependant au mois de mai, à la suite de l'amnistie accordée aux conjurés d'Amboise , les assemblées recommencèrent au Greffier, au Grenouiller et sur la place des Halles. Il n'y avait pas de prèche, puisqu'il n’y avait pas de ministres : mais on chantait des psaumes, onrécitait les prières de la liturgie nouvelle, on lisait des passages de l'Ecriture (1).
Il y eut bientôt de nouveaux désordres. Quels en furent les instigateurs ? Nous ne l'apprenons pas. Ce que nous savons, c'est que, vers le mois d'août de l'année 1561, G. Lebarbier, qui avait acquis promptement, dans son parti, la réputation d'un négociateur habile, fut chargé par les protestants du Maine d'aller porter leurs plaintes devant Antoine de Bourbon et les princes du sang, ennemis avoués des Guise. Au mois de juillet, dans un édit inspiré par les modérés du parti catholique, Charles IX avait pris l'engagement de réserver aux évêques la connaissance du crime d'hérésie, de ne traduire désormais devant les tribunaux civils que les sectaires turbulents, les fauteurs de séditions, et de protéger équitablement tous les fidèles sujets du royaume contre les zélateurs furieux
(1) Extrait du registre du consistoire du Mans, aux MSS. de la Biblioth. publique, sous le n° 347.
de l’une et de l’autre communion. Mais cet édit n'était pas observé dans les provinces, et le sieur de Francourt arrivait à Paris pour demander justice et contre les meurtriers de ses co-réligionnaires ct contre les magistrats dont l'incrtie coupable encourageait le crime.
Or, tandis que Lebarbier remplissait ce mandat, l'agitation recommençait dans la ville du Mans. Aussitôt après la promulgation de l'édit de juillet, le consistoire de Paris envoya dans cette ville Jean- Raymond Merlin, personnage fameux entre les docteurs de l'Eglise réformée, ct un des douze ministres députés pour soutenir les nouvelles opinions au colloque de Poissy. Il venait de la Rochelle. Les meneurs calvinistes avaient jugé qu'il leur importait beaucoup d'accroître dans le Mainc l'influence de leur parti : maîtres de cette province , ils devaient entrainer dans le mouvement réformiste les habitants du Perche et du pays chartrain. C'était donc une grande affaire, pour laquelle ils avaient besoin d'un homme éprouvé. Merlin acheva l’œuvre de Salvert. Dès son arrivée au Mans, il fut décidé, dans une réunion consistoriale tenue chez Antin, qu’un prêche public aurait lieu trois fois par semaine, sur la place des Ifalles, à trois heures après midi. Ce prêche commença le 10 août. Les succès du prédicateur répondirent à la confiance qu'il avait inspirée. Bientôt, cinq officiers du siège présidial, le receveur de la ville, le greffier de la maréchaussée avec six archers, plusieurs avocats et plus de deux cents bourgeois ou marchands abjurèrent publiquement la croyance catholique. La renommée de Merlin s'étant répandue dans la province, on accourait de toutes parts pour l'entendre. On raconte que,