RELIGIEUX DE PERSEIGNE
Tandis que le vénérable Adam gouverna l’abbaye de Perseigne (2), les fonctions de prieur furent remplies par Mathieu l'Anglais, celles de sous-prieur par Gondouin, celles de procureur par Thomas, Hélinand et Ragobert (3). Helinand et Thomas ont un nom parmi les écrivains du XI: siècle, et nous parlerons de l’un et de l’autre. On ne nous apprend pas, il est vrai, qu'ils soient l’un et l'autre nés dans le Maine ; mais si l'on ignore le lieu de leur naissance, on les considère, ainsi que leur abbé, comme appartenant au diocèse du Mans. Nous ne les comptons pas d’ailleurs au nombre des religieux ou des frères convers envoyés de Citeaux par Etienne Harding , vers l’année 1130 (4).
(1) Dictionnaire de Moréri. Édit. de 1759.
(2) Hist. litt. du Maine, T. 11, p. 273.
(3) Invent. général des titres, chartes, etc., de l’abbaye de Perseigne, aux archives de la Préfecture de la Sarthe.
(4) On trouvera, dans toutesles histoires de l’ordre de Citeaux, la fondation de l’abbaye de Perseigne portée en l'année 1145. Nous n'avons pas adopté cette date, lorsque nous avons parlé (t. u1,p. 273) du second abbé de cette maison , le vénérable
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Il existe à la bibliothèque du Mans un manuscrit sur velin, à deux colonnes, in-4e, qui contient un traité
Adam. Pour que l’on ne puisse pas nous accuser d'avoir, sans quelques motifs, antidate l'émigratiun des religieux cisterciens qui vinrent s'établir à Perseigne, nous croyons devoir donner 10, sur la fondation de cette abbaye, des détails qu'on chercherait vainement ailleurs.
Guillaume I1E, héritier du surnom de Talvas, comte de Bellême , de Sèez , d'Alençon, de Ponthieu , recherchant en mariage Aleyde, Hameline ou Hela {Orderic Vital, Hist. Eccl., bb. xiu, cité par G. Brvy, Hist. des comtes d'Alsncon et du Perche, p.3: — Henriquez, Menalog. Cisterc., p. 781. veuve de Bertrand de Toulouse , comte de Tripoli, et tille d'Odoa , due de Bourgogne, fit un voyage dans les etats de ce prince, et sejourna quelque temps près de lui. Curieux de visiter l'abbave dejà celebre qui avait éle récemment fondée dans la forêt de Citeaux par quelques ermites et quelques moines qui s'étaient voloutairement exiles de Molesmes, Guillaume se rendit près de ces pieux solitaires : 1] admira leur zèle pour les bonnes œuvres , l’austerité de leur discipline, la sincérité de leur dédain pour toutes les joies de ce monde , et, dès-lors, dit-on, il se proposa d'imiter l'exemple qui Jui avait été donné par le pére d'Aleyde ; il voulut fonder sur ses terres une ou plusieurs abbaves cisterciennes. Chasse de Hellime par Henri, roi d'Angleterre, Guillaume vint habiter Alenron ; mais bientôt il éprouva de nouvelles disgrâces, et, depouille de tous les biens qu'il possédait encore en Normandie , à se retira dans le château de Saint-Rémy-du-Plain, sous la protertion de Geoffroy, comte d'Anjou. C'est alurs qu'avant perdu l'espoir de reconquérir les domaines de sa famille, Guillaume ne s'occupa plus que d'œuvres pieuses. Suivant une légende , 1 ehassoit un Jour dans les buis de Perseigne, quand, ne pouvant plus supporter les ardeurs du soleil , al vint se reposer sous uu toit quil avait fait élever pour cet usage dans une fraiche vallée, au mieu de la forèt. Le eumte s'endormit et rèva : et que vital dans sun rêve ? une sainte phalange de moines risterriens, lesquels, apres avoir fait un long pélerinage, s'arrétaient dans cette vallce, comme dans le lieu qui leur avait eté designé par le Seigneur, et se mettaient en devoir d'y construire un monsasture.! Inrent. gé. néral des chartes, etc. Que Guillaume ait ou n'ait pas eu cerive, on raconte que, vers l'année 1130, il pria saint Etuenne Etenve Harding }, troisième abbé de Citeaux, de lui envoyer quelques rchigicux do sa maison , désiraut les établir dans sa furit de Perseigne.
Saint Etienne s'empressa de le satisfaire. Bientôt on vit partir du désert de la Bourgngne toute une compagnie de graves ana-
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de THOMAS, inscrit au catalogue sous ce titre: De preparatiome cordis et mullis aliis. Ce traité, qui se
chorètes, allant, par des voies à peine frayées, chercher leur nouvelle patrie. Cette compagnie se composait de dix ou de douze religieux de chœur, parmi lesquels on nous désigne : Airard, Lambert, Etienne, Gilbert, Foulques, Guillaume, Americ, Garin et Théobald ; de deux novices, Guillaume et Herbert ; de vingt-et-un frères convers, Hamelland, Chrétien, Constantin, Hace ou Wace, Benoit, Durand, Jofred, Hugues, Alfred, Pierre, Constance, Nigel, Rainald, Bernard, Raoul, Girard-Mansel, Herbert-Vivien, Gautier, Robert, Geoffroi, Humbert et Antoine, et d’un laïque, nommé Philippe (Intent. général). Vers quel temps arrivèrent-ils à Perseigne? La date de 1145 paraît être celle de la première charte de Guillaume Talvas, signée par Girard, évêque de Sèez, et par Guillaume de Passavant, évèque du Mans, promus l'un et l’autre au pontificat en l’année 1143. Or, dans cette charte, Guillaume parle d’une abbaye déjà construite , achevée dans toutes ses parties : « In primislocum ipsum, in quo præfatum monasterium situm est, cum nemoribus , edificuis, etc., etc., dedi et concessi ; » le mème titre mentionne diverses métairies antérieurement acquises par les religieux sur les terres voisines de leur monastère : € Îlla qua per Dei gratiam aut eleemosynam , aut propria emptione, jam acquisierunt de baroaibus, miitibus, etc., etc. ; » Guillaume ne fait d’ailleurs, dans la première partie de cette charte, que confirmer d'anciennes donations. Ainsi le texte mème de cette pièce nous apprend que les religieux venus de Citeaux avaient formé leur établissement dans la forèt de Perseigne , quelque temps, quelques années peut-être, avant le jour de la consécration de leur église , qui eut lieu le 9 octobre 1145. L'auteur de l’Invent. général des chartes, titres de l’abbaye de Perseigne, suppose que les religieux cisterciens vinrent jeter les fondements de l’abbaye de Perseigne en l'année 1130. C'est aussi l'opinion de Gilles Ménage ( Hist. de Sablé, prem. part., p. 303). Or, s’il est vrai qu'ils aient été envoyés dans le Saônois par le troisième abbé de Citeaux, Etienne Harding, cette date peut être acceptée, puisque celui-ci mourut en 1133 { Sartorius, Cistercium bis-tertium, t.1, p. 19.) Elle est, dans toutes les hypothèses, bien préférable à celle de 1145, qui est la date de la consécration de l'église, et non pas celle du premier établissement des religieux. On sait d’ailleurs que les chartes de fondation étaient , bien souvent, signées et octroyées par les donateurs Jongtemps après l'entrée des religieux dans le nouveau monastère. Ainsi l'abbaye de Tironneau, fondée en 1151, n'obtint sa première charte que vers le milieu du x111° siècle. Nous pourrions citer un grand nombre de faits analogues.
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divise en douze livres, partagés eux-mêmes en un trèsgrand nombre de chapitres, a pour objet les vertus et les vices; c’est proprement un long manuel de morale, dans lequel l’auteur répond à toutes les questions qui jui peuvent être adressées sur les divers états de l'âme. Nous lisons dans la dédicace : « Venerabili et amantissimo patri domino R., Dei gratia Rotomagensi metropolitano, suus Thomas, Perseniæ humilis monachus, de ordine cisterciensi,.…. » Il est donc incontestable que ce traité est l'ouvrage d’un moine de Perseigne, nommé Thomas. L'écriture de ce manuscrit nous apprenant d'ailleurs quil est du XII° siècle, nous devons supposer que l'archevèque de Rouen désigné dans la dédicace par la lettre R., est Rotrou de Warwich, qui mourut archevêque de Rouen vers l’année 1184.
Ce Thomas de Perseigne ne serait-il pas le célèbre Thomas religieux de Citeaux, Thomas Cisterciennis monachus, auteur d'un commentaire sur le Cantique des Cantiques, auquel Sixte do Sienne et Josse Bade sont tout près d'attribuer l'éloquence et le savoir de St.-Bernard ? Charles de Wisch n'ose pas se prononcer sur cette question d'histoire littéraire. Divers manuscrits du commentaire sur les Cantiques portant aussi le nom de Thomas de Vaucelles, l'opinion de M. Daunouest que Thomas de Citeaux, Thomas de Perseigne et Thomas de Vaucelles sont la même personne. Voici comment il s'exprime : « D'abord les auteurs qui ont parlé de ces trois Thomas les font vivre à-peu-près dans le même temps, c'est-à-dire vers la fin du XII: siècle ; ils leur attribuent à chacun un ouvrage qui portele même titre; du resto ils ne nous donnent aucun autre rencirnement sur leurs actions ni sur les places qu'ils ont
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occupées. N'est-il pas très-vraisemblable que le moine, auteur de cet ouvrage, ayant passé successivement d'un monastère à un autre, aura été désigné suivant les temps où se faisait la copie de ses ouvrages, tantôt comme moine de Vaucelles, tantôt comme moine de Perseigne, et enfin par le seul nom de Cistercien, titre que peut-être il avait fini par adopter ? Mais l'identité de ces personnages ne nous parait plus douteuse après l'examen attentif que nous avons fait de quelques manuscrits du livre qui leur est à tous les trois attribué (1). » L'examen de ces manuscrits conduit M. Daunou à déclarer que Thomas de Citeaux et Thomas de Vaucelles sont manifestement le même écrivain ; mais il ajoute : « Nous ne pouvons prouver avec la même évidence l'identité de cet auteur avec un Thomas de Perseigne dont on trouve le nom dans les listes des auteurs du XI[° siècle. » Cette preuve, nous allons, pour notre part, tâcher de la fournir. Suivant Charles de Wisch, on conservait un manuscrit du Commentaire de Thomas, religieux de Citeaux, sur le Cantique des Cantiques , dans le monastère du Parc, ordre de Prémonstré, près de Louvain, et un autre à l'abbaye cistercienne d'Aulnay, en Normandie, et nous voyons, dans le catalogue de Bernard de Montfaucon (2), qu'il y en avait un, dans la bibliothèque Ambroisienne de Milan. M. Gustave Haënel (3) nous atteste qu'il s’en trouve un, du XV: siècle, à la bibliothèque de la ville de Dijon. M. Daunou en a compté
(1) Hist. Litt. de la France, t. XV, p. 328.
(2) Biblioth. Bibliothecarum manuscriptorum nova. 3) Catolog. libror. manuscript.
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trois à la bibliothèque du roi : enfin M. Grille nous écrit que la bibliothéque d'Angers en possède un cinquième. Ce Commentaire a été imprimé par Josse Bade (Ascensius) ; Paris, 1521, in-fol. ; puis à Lyon, en 1571, et en d’autres villes, « alibi sœpius, » suivant Charles de Wisch. Nous avons sous les yeux la première édition, celle de Josse Bade : elle est précédée d'une épltre adressée par ce docte libraire à Dom Edmond, abbé de Claivaux, et nous lisons dans cette épitre : « Author non solum istius ordinis ac professionis, sed etiam domus ac cohabitationis fuisse mihi visus est. Præ se fert enim diligentem melliflui doctoris divi Bernardi in divinis scripturis exercitationem et lacteam eloquentiam, et in colligendis favis e sacræ scrip- turæ floribus dædaleam et plusquam apinam sedulitatem. Altera quod in tanto ordine nullam domum norim e qua plures prodierint divinæ sapientiæ illustratores et librorum non vulgarium excultores. Tertia quod cum nullis alterius cœnobii patribus tanta mihi hactenus intercessit familiaritas, etc., etc. » Ainsi l'érudit Josse Bade ignorait en quelle abbaye cistercienne avait été composé le Commentaire sur le Cantique des Cantiques. L'auteur de ce Commentaire avait un nom déjà célèbre, et l'abbaye de Citeaux devait être jalouse de le réclamer comme un de ses religieux, mais elle ne trouvait pas son nom inscrit sur ses registres. Quant aux motifs allégués par Josse Bade en faveur de Clairvaux, ils sont frivoles ct ne prouvent que l'absence de motifs plus sérieux. Voici nos preuves en faveur de Perseigne. Ch. de Wisch, qui connaissait divers manuscrits des Commentaires, fait vivre l'auteur vers le commencement du XII‘ siècle « Scripsit
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Thomas circa annum 1200. » La dédicace étant à à l'adresse de Pons, évêque de Clermont, mort en 1187, cette supposition de Ch. de Wisch approche de la vérité. Le même bibliographe nous apprend, en outre, que l'on conservait à la bibliothèque cistercienne de Morimond , des Commentaires manuscrits sur le Cantique des Cantiques, qui portaient le nom de Thomas, religieux de Perseigne ; et c'est en parlant de ce manuscrit quil s exprime en ces termes : « Verum utrum hic idem sit cum nostro Thoma Cisterciensi me latet. » Or il existait à la bibliothèque de Perseigne un autre manuscrit de ces Commentaires, du XII: siècle, sur vélin, qui se trouve aujourd'hui dans la bibliothèque du Mans. Si les premières pages de ce manuscrit n'avaient pas été lacérées et enlevées, peut-être y aurions-nous trouvé un témoignage irrécusable de l'identité que nous recherchons. À défaut de ce témoignage, comparons du moins le manuscrit du traité De preparatione cordis et celui du Commentaire. Ils sont évidemment de la même date, peut-être de la même main. C'est là une circonstance que Ch. de Wisch eut considérée comme décisive, s’il n'eut pas ignoré qu'un religieux, du nom de Thomas, eùt, vers l’année 1184, habité l'abbaye de Perseigne, et composé le traité de morale que nous avons entre les mains. Quant à M. Daunou, il n’a connu que le titre de ce traité. Or , en l'absence de ces renseignements précis qu’on obtient rarement sur les écrivains ecclésiastiques de cette époque, ceux que nous venons de produire ne sembleront-ils pas, du moins, plus concluants que les développements donnés par Josse Bade à une hypothèse fort aventureuse ? Nous le croyons.
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Nous devons rappeler ici un curieux incident de la controverse qui eut lieu, à diverses époques, sur {ce nom du véritable auteur du Commentaire. L'édition de Josse Bade , dont la bibliothèque du Mans possède un très-bel exemplaire, n'est, à Paris, ni à la bibliothèque royale, ni à la bibliothèque Ste.-Geneviève, comme nous l'atteste M. Daunou. Mais voici ce qui est bien plus étrange : dès le XVII: siècle, les exemplaires de cette édition et de celle de 1571 étaient devenus si rares qu'un cordelier, nommé Paul Reatino, avant publié de nouveau le fameux Commentaire, crut pouvoir l'attribuer au docteur subtil, Duns Scot. C'était une fraude, et, pour la commettre, dans l'intérêt de son ordre, notre cordelier avait supprimé l'épitre dédicatoire adressée à l'évêque Pons. Mais cette fraude fut découverte. Paul Magloire, qui exerçait alors, à Rome , les fonctions de procureur-général de l'ordre de Citeaux, porta plainte contre Paul Reatino, et le maître du Sacré-Palais, saisi de cette affaire, défendit de publier le Commentaire, objet de tant de contestations, sous un autre nom que celui de Thomas, religieux de Citeaux. On fut donc obligé de chanser le fronüspice de la nouvelle édition. Casimir Oudin rapporte cette sentence ; elle est du 15 mars de l'année 1655.
Deux ouvrages sont encore attribués à Thomas, religieux de Citecaux. Un Commentaire sur les livres des Sentences de Pierre de Novarre, mentionné par Bernard de Montfaucon au catalogue des MSS. de l'abbaye de St.-Serge, et des Sermons, sisnalés par le même paléographe dans la bibliotheque Ambroisienne de Milan. I est vraisemblable que ces écrits sont de notre Thomas de Perscirne.
JEAN LE VOYER 079 Quelques mots sur HELINAND. Il y eut un célèbre écrivain de ce nom, né dans le Beauvaisis au XII: siècle, qui fit profession de la règle de St.-Benoit en l’abbaye de Froidmond , de l’ordre de Citcaux. Vincent de Beauvais, Loisel et récemment M. Daunou (1) ont amplement disserté sur sa vie et ses ouvrages. Cet Hélinand de Froidmond est-il l’auteur d’un commentaire sur l’'Apocalypse qui lui est attribué par Balœus (2) , et de certaines Gloses sur l'Exode dont le manusctit se trouvait à l’abbaye de Morimond, « sub nomine Helinandi? » Lorsque Charles de Wisch s’occupait de sa Bibliothèque des écrivains de l'ordre de Citeaux, il reçut une lettre de France, dans laquelle on lui recommandait de bien distinguer Hélinand de Froidmond d'un autre religieux cistercien, Hélinand de Perscigne, auteur du Commentaire sur l’Apocalypse et des Gloses sur l’Exode dont nous venons de parler. Il fit donc cette distinction. Fabricius l’a reproduite. Nous ne saurions dire si elle est bien fondée.
LE VOYER (5Ean).
La Croix du Maine a parlé de 3EAN LE VOYER en des termes que nous devons d'abord reproduire. Les voici : « Jean Le Voyer, dit Visorius, sieur de Saint- Pavasse, natif de la ville du Mans, homme docte en
(1) Hist. Litt. de la France, t. XVII.
(2) Cas. Oudin avait vu trois MSS. de ce commentaire : deux à l'abbaye de Longpont , et le troisième à la Bibliothèque royale.