JEAN LE VOYER
sous le nom de Rodolphe Agricola , professeur de philosophie à Heidelberg dans le XV* siècle, avait été l'un des détracteurs de la scolastique : traducteur de quelques fragments de Platon et d'Isocrate, il s'était pris d'enthousiasme pour les philosophes anciens, et, dans un livre inachevé qu'il avait écrit sur la méthode, De inventione Dialecticæ, il s'était proposé de remettre en honneur les procédés de leur dialectique. Les fauteurs principaux de cette réaction contre la scolastique furent, dans les premières années du XVI: siècle, Agrippa de Nettesheim et l'ingénieux Erasme , en Allemagne ; en France, Jacques Lefebvre d'Etaples et notre Jean Le Voyer. Celuici ne se contenta pas d'opposer aux partisans de la méthode scotiste une analyse des ouvrages de Rodolphe Agricola; il publia, dans le même temps et chez le même libraire, un petit traité qui fut très favorablement accueilli. En voici le titre : « Joannis Visorii Cenomant ingeniosa nec minus elegans ad dialectices candidatos methodus ; in-8. Nous n'avons pu nous procurer ni cet ouvrage , ni l'Epitome ; mais Dom Liron, qui les a vus l’un et l'autre, nous apprend que, dans son discours sur la méthode, dédié à Dom Jean Equinus, abbé de l'Epau, Jean Le Voyer s'est principalement montré jaloux de combattre deux écoles contemporaines : l'école hibernienne , tenebræ hibernicæ , et l'école espagnole, hispanica barbaries. Il est vraisemblable que, par l'école hibernienne, ilentendait les disciples de Duns Scot, et, par l’école espagnole, ceux de St.-Thomas, dont les plus notables étaient alors, à Paris, quelques religieux portugais. Nous avons encore un Commentaire de Jean Le Voyer sur
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les Topiques de Cicéron, publié sous co titre : Topica Marci Tullis Ciceronis ad Trebatium , cum Anilic Manlii Severini Boetii, et Joh. Visorii Commentariis : Parisiis, 1338, in-4°. Cet ouvrage est longtemps resté dans l'école. Il y a de nombreuses éditions des Topiques , où se trouvent réunis les Commentaires de Boëce, de Le Voyer, de Latomus et de quelques autres. Dom Liron mentionne celles de Bâle, 1541, in-fol; de Lyon, Gryphius, 1545 ; de Paris, 1557, in-4° ; nous en avons deux autres sous les yeux: de Paris, J. Palierius, 1542, in-4 ; de Paris, T. Richard, 1554, in-$°. Dans la dédicace de son Commentaire , adressée à René du Bellay, évèque du Mans, J. Le Voyer nous donne quelques détails sur l'état de l'école de Paris, en l'annte 1538. On négligeait alors la grammaire, on n'avait pas de zèle pour la philosophie, dont les subtilités des Scotistes avaient rendu l'accès bien difficile ; à peine avait. on achevé ses humanités, bien ou mal, « jactis grammatices rudimentis » , qu'on courait entendre Îles professeurs de droit civil. Ces renseinements ne sont
pas sans intérêt.