‹ Histoire littéraire du Maine. Tome deuxièmeChapitre 51 sur 62 · BOUVARD (CHARLES · texte numérisé non relu

BOUVARD (CHARLES

Un certain Bouvard, homme honnète et pieux, « insigni pietate et virtute, » pratiquait la médecine à Montoire, vers le milieu du XVIe siècle. En l'année 1572, un fils lui fut donné : plein de joie, il arracha cet enfant des bras de sa mère pour l'élever vers le ciel et jurer qu'il en ferait un médecin. Serment s0lennel qui fut vraisemblablement entendu par Esculape, car le fils de l’obscur praticien de Montoire devait être un jour le célèbre cHarLes BOUUVARD. Telle est du moins l'anecdote que l’on nous raconte, dans le paranymphe de sa licence (2).

Ch. Bouvard perdit bientôt son père et sa mère, et perdit, en même temps , le peu de biens qu'ils possédaient, le Vendômois ayant été dévasté tour à tour par

(1) Dictionn. de Moréri, dern. édition.

(2) René Chartier, Paranymphus in gratiam V laureæ med. candidator., cité par l’abbé Goujet, Mémorre hist. et littér. sur le collège Royal, partie 111, p. 49, in-4°.

les bandes calvinistes et par les milices catholiques. On le conduisit à l'Université d'Angers, où il étudia les humanités, la philosophie, et le droit civi. Son professeur de droit civil fut notre Marin Liberge (1); et cette science eut pour lui tant d'attraits, qu'il eût sans doute embrassé la profession d'avocat, si l'on p'eût pris soin de lui rappeler le vœu de son père. En quittant l'Université d'Angers, Bouvard vint à Paris, où, pendant sept années, il consacra toutes ses journées et un grand nombre de ses nuits à l'étude de l'anatomie et de la botanique. Le 16 décembre 160$, il postulait le bonnet de docteur. Nous ne saurions traduire, même avec des périphrases, le titre de sa première thèse : « An mulieri quam viro Venus aptior?s Les sortes de thèses, qu'on appelait erotico-medice, étaient dans le goût du temps. Quelque licencié, qui prendrait jour pour argumenter sur un de ces problèmes facétieux, serait assurément fort mal accueilli par les dispeusateurs actuels des diplômes académiques. Bouvard défendit, au nom de la science, la cause des femmes: sa conclusion fut toute en leur faveur. Nous ne dirons rien de plus à ce sujet. L'année suivante, le 28 avril et le 17 novembre 1605, Bouvard soutint deux autres thèses; l'une : « An declinante morbo sanitas? si la santé est la suite du déclin de la maladie ; » et l'autre : « An epilepsia post vigesimumquintum annum sanabilis? » Ces deux dernières thèses ont été imprimées. Au témoignage de l'abbé Goujet 2),

(1) Hist. Litt. du Maine, t. 1, p. 244.

(2) Mémo‘re hist. et littér. sur le collége Royal, par l'abté Coujet, part. 111, p. 9 de l'édit. 1n-4°.

Bouvard subit ces épreuves avec tant de succès qu'il mérita le premier lieu de la licence; ce qui a toujours été un grand honneur pour un bachelier. Il fut reçu docteur le 20 mai 1606.

Il fut bientôt en réputation comme médecin. Après la mort de la duchesse de Mercœur, près de laquelle il avait été appelé en consultation, M. le duc de Vendôme le pria de rédiger un mémoire sur les derniers instants de cette dame. Nous avons ce mémoire ; il so divise en deux parties assez peu distinctes l’une de l'autre, et est en vers. En voici le titre : Description de la maladie, de la mort et de la vie de Mr: la duchesse de Mercœur; Paris, Libert, 1624, in-4°. Les vers de Bouvard peuvent être comptés au nombre des plus étranges. Tel estle début de son poème :

Madame ayant esté par six mois tourmentée

Du pa'ais eschauffé , d'une soif indomptée , D’aridité de langue et du gosier amer,

Scachant bien estre un feu qui vouloit s'allumer Aux foyers principaux de ses nobles parties Dont les flammes à peine en seroient amorties.… Chercha son Riolan, médecin ordinaire...

Riolan donne avis que Seguin on demande,

Et, si l'on veut encor, qu'avesque luy on mande Bouvard , qui a servi le prince de Condé,

Le cardinal de Retz naguère décédé,

Et Monsieur de Paris, lequel , estant infirme, Luy commet sa santé et en faict de l'estime.

Bouvard dit que c'estoit un voyage inutile, Qu'en fièvre comateuse, en tel aage et saison , L'apparence n’estoit d'espérer guérison...

[1 se rend toutefois où on l'appelle, voit la malade

avec ses collègues, ct entre en conférence avec eux ; or voici les propos qu’ils tiennent :

Messieurs, dit Riolan , cette teste engagée

S’est encor cette nuict plus remplie et chargée ; Car, le soir, par nos cris quand elle s'éveilloit, Elle parloit à nous, elle nous cognoissoit.

Or, pendant que Monsieur et qu'un chacun repose, N'estes-vous pas d'avis de faire quelque chose ?

— Nous voyons, dismes-nous , que ce pauvre cerveau Tout hébeté languit sous un pesant fardeau,

Le poux fort et égal permet que l’on dégage

Par remèdes bien forts la teste qui se charge.

A petits maux ne faut que remèdes légers,

Mais les forts et puissants sont deubs aux grands dangers. La fièvre, sans cesser, qui les humeurs élève, Desquels de plus en plus cette teste s'abreuve,

Qui s'en vont tous les nerfs remplir et occuper

Et aux soufllets du cœur les chemins estouper, Mérite, sans délai, que du sang on retire ;

Ou bien, si vous voulez, afin que rien n'empire, Pour faire ce remède attendre le lever

De Monseigneur le Duc qui ne faict qu'arriver,

Et de Madame aussi, de Marquise ct Comtesse, Qui tiennent le sang cher d'une telle princesse, Attendans leur reveil, qu'elle ait des lavemens Picquants et laxatifs, de forts médicaments ;

On verra si du jour la puissante lumiere

Ne dessillera pas l'une ou l’autre paupière ….

Ces prescriptions exécutées, les médecins consultants se retirent et vont dormir :

Après quelque repos , chacun de nous accour Ets'en vient voir l’effect du clvstère et du jour. Mais de mesme toujours voyons la bonne dame

Immobile en son lict, comme un corps sans son âme, Qui a perdu les sens, qui n’entend ny ne voit,

Qui ne cognoist aucun, qui ne parle ny n'oit..…. Nous nous retirons donc et allons discourir

De nature et du mal, pour la mieux secourir.

Bcdeau tout le premier, son docte avis propose ; Bouvard vient au cerveau, au mal et à sa cause :

11 cherche par où vient, qui envoye et recoit,

Pour mieux remedier au mal qui la pressoit.

Or, bien qu’en la pinsant la douleur elle sente,

Elle ne cognoist point , dit-il, qu'on la tourmente ; Car ce n’est que le sens, commun aux vermisseaux Aux insectes chétifs et aux plantanimaux ;

Et quand vous comprimez sa chair tendrette et molle La douleur la contreint lascher quelque parolle ;

Ce n’est pas que ce soit par choix ne volonté

Qu'elle monstre sur vous son esprit arresté,

C'est l'instinct animal... , etc., etc.

Gette citation est plus que suffisante; on connaît maintenant la manière poétique de Charles Bouvard. Mais d'où lui vint la fantaisie de composer de tels vers? Et combien il dût prêter à rire aux beaux esprits de la cour et de la ville! Il ne paraît pas toutefois que le poète ait compromis le médecin, car, un an après la publication do cette élégie thérapeuthique, Ch. Bouvard était, dit-on, nommé professeur de médecine au Collége de France. C’est du moins ce que nous lisons dans le docte Mémoire de l’abbé Goujet. Mais on n’est pas d'accord sur ce point; plusieurs biographes prétendent, en effet, que Bouvard ne fut jamais admis au Collége Royal. Entre ces assertions diverses, nous ne pouvons nous prononcer. En 1628, à la mort d'Héroüart, de Montpellier, Bouvard obtint la charge de

premier archiâtre. Dans la dernière maladie qu'avait eue Louis XIII, on l'avait mandé près du roi, dont il s'était concilié l'estime par a ses bonnes actions, son industrie et sa suffisance (1). » Ses confrèreseux-mêèmes s'accordaient à louer son mérite. A la fonction de premier médecin du roi était attaché le titre de surintendant du Jardin-des-Plantes. Bouvard ne considéra pas cette surintendance comme une sinécure ; Hazon nous témoigne qu'il prit une grande part à l'établissement du Jardin royal (2). Cependant le soin de la santé du roi lui laissait peu de loisir. Louis XIII avait pour habitude de se faire accompagner dans tous ses voyages par son premier médecin. Quand il passa le Mont-Cenis, en 1630, et pénétra dans le Piémont, le pays était désolé par la peste, et l'on craignit pour les jours du roi. Bouvard, qui était près de lui, entretint à co sujet une correspondance avec les ministres, et Jeur communiqua les nouvelles les plus rassurantes {3}. Bouvard se considérait comme l'inventeur d'une méthode thérapeutique, qu'il parait avoir constamment pratiquée sur la personne du roi. Guy Patin raconte l'anecdote suivante : «a M. Bouvard m'a dit autrefois qu'il avait entretenu le feu roi du mérite et de la capacité de quelques médecins par les mains de qui S. M. avait passé, et après qu'il lui en eut dit ce qu'il

(1) Ch. Bernard, Hist. de Louis XIII, à l'ann 1678. (2) Éloge hist. de la Faculté de Médecine, p. 9.

(3) Mémoires du cardinal de Richelieu, 1. v1, p. 145 et 146. Édit. de M. Petitot. Un trouve encore dans les M-motres pour L'Hist. du cardinal de Richelieu de 3. Auberv, deux lettres de Richelieu à Bouvart, qui ont pour objet la sante du roi. F.ui de ces Mémoires, pag. 83Y et BW.

en savait, que Île roi s’écria : « Hélas! que je suis » malheureux d’avoir passé par les mains de tant de » charlatans. » Ces Messieurs étaient Héroard , Guillemeau et Vautier (1). Suivant Amelot de la Houssaye, il fit prendre à ce prince, dans l’espace d'une année, deux cent quinze médecines, deux cent douze lavements, et le fit saigner quarante-sept fois. Nous admettons volontiers qu'il faut réduire de quelques médecines, de quelqueslavements et de quelques saignées le compte fait par Amelot de la Houssaye; ce qui est vrai néanmoins, c'est que Bouvard ne traitait pas ses malades suivant les prescriptions vulgaires. C’était un novateur, grand partisan de la phlébotomie. C'est à lui peut-être que Furetière a fait allusion dans ces vers de sa première satyre :

.... H blâmo sur tout les docteurs de chymie

Qui médisent si fort de la phlébotomie ;

Et c'est pour ce sujet qu'il traite d'escolier L'homme le plus scavant, s’il vient de Montpellier. 11 dit qu'ils sont bourreaux de la nature humaine S'ils ne font pas ouvrir à tous moments la veine.

Charles Bouvard nous est signalé comme ayant eu l'humeur chagrine et altière, comme ayant abusé de son crédit près du roi pour humilier ses confrères, pour opprimer ses contradicteurs. {nvidia medicorum pessima , dit un proverbe de l’école. Vers l'année 1633, Louis XIII ayant une affection gastrique, Bouvard lui conseilla les eaux de Forges. Comme il n’est pas d'ordonnance médicale qui ne puisse être la matière

(1) Lettres de Guy Patin, lettre 288.

418 CHARLES DBOUYARD.

d'une orageuse contestation, les Piètre, docteurs en renom, attaquèrent l'opinion de Bouvard sur l'efficacité des potions minérales dans le cas déterminé; ils rédigèrent à ce sujet la thèse suivante : « An cisceribus nutriliis œstuantibus, aquarum metallicarum potus salubris? » Et ils répondirent : Non. Bouvard comprit bien que cette thèse était un pamphlet à son adresse : il fit donc d'actives démarches pour en retarder l'impression. Mais aussitôt les Piètre dénoncèrent toute l'intrigue au doyen de la Faculté, qui avait approuvé leur thèse, et celui-ci, jaloux, à bon droit, de faire valoir son autorité méconnue, porta plainte devant le Parlement. Bouvard s empressa de faire évoquer l'affaire au conseil d'état. Il fit plus : à sa prière, le roi lui-même prit parti contre les Piètre, et le doven de la Faculté, mandé à Saint-Germain où se tenait la cour, reçut du vice-chancelier l'ordre de ne laisser traiter dans les écoles aucune question relative aux eaux minérales. Telles étaient alors les libertés académiques. Eh bien! le croira-t-on? Bouvard ne trouva pas même suffisante l'étrange satisfaction qui lui avait été accordée par un véritable abus de pouvoir. Ses adversaires étant réduits au silence, il voulut parler : il obtint donc une lettre de cachet, aux termes de laquelle il fut permis de discuter sur la nature et la vertu des eaux minérales durant une seule séance : et ayant posé devant ses collègues la thèse suivante : a An calidis naturis qualiumcumque metallicarum aquarum potus insalubris? » il développa des conclusions négatives. Les Piètre et ceux de leur parti auraient vainement protesté contre cetto doctrine, car la lettro de cachet portait, en outre, que la Faculté

devait inscrire comme vraies, sur ses registres, les conclusions énoncées par M. le Premier. On obéit res— pectueusement aux ordres du roi. La vanité de Bouvard n’eut pas toujours ces allures hautaines; elle prêta plus d'une fois à rire, comme le jour où on le vit présenter requête à la Faculté , pour être admis à disputer en robe de conseiller d'état (1). Il n'était pas aimé de ses collègues. L'un d'eux, Guy Patin, a fait de lui ce portrait peu flatteur : « Il est homme dévot et caffard, qui entend deux messes plutôt qu’une, qui va à matines , à vespres et au salut. Cætera vir bonus et parum sanus, qui ne pense qu'à son profit. »

Charles Bouvard appela sur sa tête une effroyable tempête , lorsqu'il osa communiquer à quelques amis, vers l’année 1655, un factum très véhément contre la méthode enseignée et pratiquée par ses confrères. Cet écrit a pour titre: Historiæ hodiernæ medecinæ rationalis veritatis logos protrepticos adrationales medicos, in-4°. Il est fort rare, et nous n'en connaissons que l'analyse faite, en 1807, par M. Sue, dans une brochure pleine d'intérêt. Les lettres de Guy Patin nous apprennent qu'après avoir fait remettre à ses amis quelques exemplaires de sa brochure, Bouvard, cédant à leurs conseils, la supprima. « J'en avois un, raconte Guy Patin, qu'il m'avoit donné avant que d'être achevé. Il en lut quelque chose à feu M. Riolan, son beaufrère, qui lui conseilla de cacher le tout et de le supprimer , tant parce qu'il étoit mal fait que parce quil offensoit des gens qui lui pouvoient nuire. Ces Messieurs étoient le cardinal Mazarin, Vautier et Valot.

(1) Encyclopédie méthodique. Médecine. Au mot Bouvard.

M. Bouvard, qui étoit déjà fort vieux, eut peur des menaces de M. Riolan qui étoit un homme âcre. Il en avoit donné un à M. Moreau, qu'il retira, disant qu'il y vouloit changer quelque chose. 11 m'en fit autant, et je fus assez simple de le lui rendre (1). » Il paralt toutefois que, malgré les précautions prises par Bouvard, il ne réussit pas à détruire tous les exemplaires de sa brochure qu'il avait discrètement confiés à des mains amies.

Nous trouvons encore, dans les Lettres de Guy Patin, quelques renseignements curieux sur les derniers temps de la vie de Charles Bouvard. Il écrivait, le 24 avril 1657 : «a M. Bouvard est malade d’une fièvre continue, d'une fiuxion sur la poitrine et de 83 ans. La douceur de la vie qu'on mène à la cour l'a fait vivre si longtemps, aiant d'ailleurs la poitrine fort délicate. Il avoit un fils conseiller de la cour, etil lui avoit fait donner une bonne abbaye qui est celle de Saint-Florent de Saumur; mais ilest mort, et à ce qu'on dit de trop de dévotion. Il en a encore un autre qui est aussi conseiller et qui de plus est marié très richement (2). » Une autrelettre, du 25 octobre 1658, contient ces mots : « M. Bouvard, notre collègue, est mort le 25 octobre, âgé de 86 ans. Il est mort tout exténué, ex marcore et sento. H a été enterré dans Saint-Séverin sans aucune cérémonic : la Faculté n'y a pas été appelée (3). » M. Sue pense que la Faculté dut être convoquée aux obsèques de Bouvard, mais

(1) Lettres de Guÿ Patin, Lettre 288.

2) Lettre 113.

(3 Lettre 122.

qu'elle refusa sans doute de s’y rendre, lui gardan rancune de sa diatribe. Charles Bouvard avait exercé les fonctions de premier archiâtre, jusqu'à la mortde Louis XIII, en 1643. Suivant Gilles Ménage, il avait reçu, en 1629, des lettres d’anoblissement (4). René Moreau, professeur au collége royal, adressant à Bouvard la dédicace des œuvres complètes de Jacques Dubois (Jacobi Sylvis Opera medica ; 1630, ia-fol.), a parlé de lui dans les meilleurs termes. Il a été loué dans une autre dédicace , celle que Pierre Girardet lui a faite du traité de Louis Duret qui a pour titre : In magni Hippocratis librum de Humoribus purgandis; 1631, in-8.

MONTREUX (nicoLas DE).

NICOLAS DE MONTREUX, fils du sieur de la Mesnerie, maître des requêtes de la maison de Monsieur, frère du roi, est né dans le Maine, vers l’année 1561. Le P. Niceron suppose qu'il était seigneur de Barenton : cette supposition est fondée sur ce qu'un poète du temps, adressant à Nicolas de Montreux des vers faits en son honneur , lui donne ce titre de sieur de Barenton. On manque de renseignements sur sa vie : le P. Niceron et les autres biographes n'ont connu que ses ouvrages. Tout ce que nous ont appris de nou: velles recherches, c'est qu'il fit quelque séjour dans une prison dont les portes lui furent ouvertes avant

(1) Remarq. sur la vie de Guill. Ménage, p. 328.

l'année 1601 , par Montgommery et son frère, le duc de Lorges (1). On peut croire qu'il avait, ainsi qu'un grand nombre des gentilshommes du Maine, pris parti, durant les troubles, pour la religion de Calvin. Suivant M. Peignot, il aurait, au contraire, embrassé la cause de la Ligue (2).

Par excès de modestie ou par excès de vanité, Nicolas de Montreux publia presque tous ceux de ses ouvrages qui sont parvenus jusqu à nous, sous le pseudonyme d'Olenix du Mont-Sacré. C'est l'anagramme de son nom. La Bibliothèque du Mans ne possède pas un seul de ces écrits; le plus grand nombre manque à la Bibliothèque du Roi. Quand nous n'aurons pu vérifier l'exactitude de certaines indications, nous les laisserons sous la responsabilité des bibliographes par nous consultés.

Ainsi, M. Peignot lui attribue : Les regrets d'Olenix du Mont-Sacré, dédiés à la duchesse de Mercœur ; Nantes, 1571. Nous n'avons pas vu ces Regrets, et nous hésitons à répéter, même sur la foi de M. Peisnot, que Montreux ait fait imprimer cet opuscule étant sé de dix ans. La Croix du Maine n'en parle pas, et cependant il prend soin de nous faire remarquer qu'à l'âge de seize ans à peine, Montreux avait fait une suite au roman d'Amadis, qu'il donnait au public comme une traduction, sous ce titre : « Le scziesme livre d'Amadis de Gaule, traictant les prouesses et amours de Sphéramond et Amadis d'Astre: Paris, Poupy, 1577, in-16; chez Parent, suivant Du Verdier.

(1) Dédicace de la Sophonisbe.

(2! Dictionnaire Historique.

Montreux avait pour les romans un goût beaucoup trop vif ; il en a composé plusieurs dans le genre pastoral, qui sont bien ce que nous connaissons de plus fade et de plus insipide. « Quoique ces bergeries, ainsi s'exprime le P. Niceron, aient été recherchées de leur temps, on n'en fait plus aucun cas maintenant ; en effet, le style en est languissant et la lecture en est ennuyeuse à la mort. » Pour parler avec une entière franchise, nous dirons que ce jugement n'est pas trop sévère. Nous avions été séduit par ce titre: Le premier livre des Bergeries de Julliette, auquel par les amours des bergers et bergères l'on voit les effects différents de l'amour , avec cinq histoires comiques racontées en cinq jours, etc., etc.; Paris, Beys, 1585, in-8 (1); nous pensions que l’auteur allait nous donner quelque ingénieux pastiche du Décaméron, et, dans cet espoir, nous acceptions comme un passe-temps la lecture de ses historiettes amoureuses. Mais hélas! ce que nous ne pouvons nous expliquer aujourd'hui, c'estqu'on ait eu du goût pour ces lourdes balivernes, même au temps de l’autour. Le second livre des Bergeries de Julliette parut, pour la première fois, en 1587 (2), in-8, dans la même ville et chez le même libraire que le premier ; le troisième, à Tours, Mettayer, 1594, in-12; le quatrième, à Paris, Des Rues, 1595, in-12; le cinquième, à Paris, Saugrain, 1598, in-12.

I! y a dans ces volumes presque autant de vers que

(1} Il ya d'autres éditions de ce premier livre des Bergeries de Juiliette ; la quatrième, suivant le P. Niceron, est de Paris, Beys, 1588 ; la cinquième, de Tours, 1592, in-12.

(2) Puis en 1588, in-8, et à Tours, 1592, in-12.

de prose. Ce qu'ils contiennent de plus remarquable, ce sont les pastorales où les tragédies annexées aux quatre premiers livres. A la suite du premier, se trouve l'Athleite, pastourelle, ou fable bocagére , souvent publiée à part (5). C'est une pastorale que recommandent des vers bien tournés et de gracieuses peintures. Mais dans quel fatras faut-il les chercher ? Une pastorale de deux mille vers est nécessairement fastidieuse. Après le second livre des Bergeries, l'auteur a placé les OEuvres poétiques de la docte bergère Juliette; après letroisième, la Diane , autre fable bocagère, en trois actes; après le quatrième, la tragédie d'Isabelle, en cinq actes et en vers. Îl s'agit ici de cette Isabelle, captive de Rodomont et insensible à son amour, qui, pour se délivrer de la vie, a recours à l'étrange fiction du bain qui doit rendre immortel, invite Rodomont à faire sur elle-même l'épreuve de cette ablution merveilleuse , et meurt ainsi, fidèle à son amant tué par Mandricard. On connaît le détail de cette aventure. Or, la tragédie de Montreux est simplement une paraphrase du récit de l’Arioste, et toute cette paraphrase consiste en de longs discours récités successivement par l'ombre de Zeodin, par Rodomont, par Sicambras, son écuyer, par Isabelle, par Fleurdelys, par Brandimard et par le preux Regnault.

Lo libraire Gilles Robinot crut devoir faire, en 1625, un extrait des Bergeries de Julliette, qu'i dédia à Madame la duchesse de Chevreuse , et publia sous le titre de : L'Arcadie francoise de La nymphe Amarille: in-8°. Il se proposait de réimprimer ainsi plusieurs

(1) Paris, Beys, 1587, in-&: Tours, 1502, in-12.

volumes; mais il paraît que le premier n'eut pas de succès, car cette publication fut interrompue.

Nous ne connaissons ni Les premières OEuvres poétiques d'Olenix du Mont-Sacré, Paris, 1587, in-12, ni Les chastes et délectables Jardins d'Amour , semez de divers discours ou histoires amoureuses ; Paris , 1594, in-12. — L'œuvre de la Chasteté, qui se remarque par les diverses fortunes , adventures et fidelles amours de Criniton et Lydie, est un roman dans le genre et Île goût des Bergeries de Julliette : il parut en trois partics; la première, à Paris, 1595, in-12 (1); la seconde en 1598, et la troisième en 1599. A la suite de la première partie est la tragédie de Cléopâtre, en cinq actes et en vers, où nous ne pouvons remarquer qu'un assemblage sans art de lieux-communs.

Vient ensuite L’Arimène , ou berger désespéré, autre pastorale ; Paris, Saugrain, 1597, in-12 (2). La dédicace de ce poème est adressée au prince Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, qui l'avait fait jouer dans la salle du château de Nantes, avec une grande pompe, et avait convié toute la noblesse à cette représenlation vraiment royale. On comprend à peine qu'un poëte ait eu le courage, la vertu de faire accorder sept mille cinq cents rimes sur un argument aussi frivole que l'amour du berger Arimène pour la bergère Alphize qui ne l'aime point; mais ce que l'on ne peut comprendre, c'est qu'un public nombreux et choisi ait eu la patience d'entendre réciter ces sept mille cinq

(1} I y a une édition de cette première partie de l'année 1598, Paris, Abr. Saugrain.

(2) 1 y a des exemplaires aux noms de Dom. Salis et de Guill. des Rues.

cents vers, d'un seul trait, durant toute une nuit, par des bergers de théâtre, vêtus « d'habits de satin de diverses couleurs, couverts de clinquans et semez de roses. » Oui, sans doute, il y a dans l’Arimëne, comme dans tous les poèmes de Montreux, des endroits fort remarquables; l'esprit ne lui manque jamais, et l'on peut louer des vers élégants , bien tournés, même dans les plus ridicules de ces monologues, que débitent , sur le ton le plus larmoyant, les vingt ou trente amoureux qui se présentent tour à tour : mais quelle étrange mise en scène! que de répétitions, que d'amplifications odieuses! quelle absence de goût dans le détail et dans l'ensemble de cette œuvre sans fin!

Nous ne pouvons nous abstenir de citer au moins un ou deux fragments de l’Arimène, le plus considérable des poèmes de Montreux et celui dont il parait avoir été le plus satisfait. Voici d'abord toute une scène, du genre comique, dans laquelle figurentcomme interlocuteurs, un certain Assave, pédant amoureux, qui se fait battre ou voler toutes Ics fois qu'il parait sur le théâtre, et le chevalier Floridor, un des nom- Lreux courtisans de la cruelle Alphize.

ASSAVE.

O res quidem indispossible à croire, Qui fait grand tort à ma divine gloire, Je ne suis fait que pour estre battu , Bien que je sois tout lardè de vertu ; Et mesmement, tn rebus arduis, Tousjours partant battu , l'orgueil je suis. Verberare de sorte la science C'est n'avoir point des arts la rognoissanre, Ny de sravoir ; car doctus et ducta

Que les beaux arts en l'eschole édocta,

Ne batteront les maistres de l’eschole , Ains aimeront leurs faits et leur parole.

Et adhuc plus, un meschant m'a surpris Par trahison, et tout mon argent pris ; Tant que je suis in discrimen , sans doubte, De ne manger que quelque froide escoutte ; Et plus adhuc, amor me vient troubler

Et mon repos furtivement ambler.

Non sum fœlix! ©, j'ai changé de chance!

Car tout me vient encontre ma science.

Ne faire cas des sciences et des arts

Et les prudents battre de toutes parts, C'est n'avoir point en son âme d’envic

De relaisser son nom céleste en vie...

Quis reddidit Néron en vitupère ?

Et qui a dict qu'il fist mourir sa mère?

Quis cantarit ses actions sans foy,

Que les prudents ? hé! dictes-nous pourquoy ? D'autant qu'il eust en horreur la scicnce

Et aux scavants il fist mainte nuisance, Qui, se vengeans de son imptété,

Dirent de luy mainte meschanceté.

Et quis fecit honorer Alexandre,

Comme le jour qu’on voit par tout s’espandre ? Le grand amour qu'aux scavans il portoit, Dont chacun d'eux ses victoires contoit.. .

Qui nous a dict qu’Achilles fut si brave, Hector si fort, et Briséis l’esclave

Si très parfaite en divine beauté,

Que les escrits de l’alme antiquité?

Et qui dira que vous fustes en terre Recommandez par les arts ou la guerre, Vous qui vivez honorez en ce temps,

Que le scavoir et la voix des scavants ?

Nolite donc les battre et faire offence,

Et mesmement en leur propre présence,

Car aliter ils escriront de vous

Comme ils ont faict de Neron en courroux!..…

FLORIDOR

Ah! 6 fureurs! 6 rages infernales!

O désespoir ! 6 Germaines fatales !

O ciel! ô mer! 6 foudre de Jupin !

O temps cruel ! 6 forcené destin!

O cruauté! 6 fureur qui m'enflamme!

Je meurs , je brule en mon ardente flamme.

O jour! 6 nuict! Ô serpens qui volez!

O noire horreur qui la terre voilez!

O fiers démons! 6 esprits de l’Averne !

O monstres fiers que Neptune gouverne!

O feux du ciel! à soleil inhumain!

O rouge acier que je porte en la main!

O terre dure ! 6 superbes montaignes ! Je meurs, je meurs en mille vives peines.

O bois cruels! à déserts furieux!

Antres moussus ! Ô serpens vicieux !

O fiers lions! Ô tigres! 6 sauvages O noirs hiboux aux nocturnes plumages :

O dire enfer! à rochers escornez, Pour dire proye au foudre destinez!

0 froids ruisseaux! fontaines que j'honore, Je meurs de mal et ne meurs pas encore!

Quoy donc, Amour, veux-tu que, furieux J'aille esbranlant et la terre et les cieux?

Que ceste lame, on ma dextre indomptee , De sang vermeil paroisse ensanglantée ?

Sus ! il le faut!

ASSAYE.

Adieu tout le latin

Assave va trespasser ce matin.

FLORIDOR

Esprits de l’air qui lancez le tonnerre Sus les rochers superbes de la terre ; Démons d'enfer, qui , de fureur espris, Y rotissez les nocturnes esprits,

Vous qui dedans les cavernes profondes Faites boüillir les infidèles ondes...

O Phlégetton , vos infernales sœurs, Venez icy rouges de vos fureurs,

Et que chacun mon esprit imjurie.

ASSAYE.

Adieu , pédant, livres et librairie, C'est fait de toy.

FLORIDOR. O cruel Jupiter, Ne pouvois-tu ma prouesse dompter

Que par l'amour? Estoit-il nécessaire, Pour résister à ma dextre guerrière,

Que ce chaut feu, en me bruslant le cœur, Rendit ton bras de Floridor vainqueur ?.… Sus! qu’il v’y ait, en ces déserts ombreux, Arbres , ny rochs, tant soyent-ils orgueilleux,

Que cet acier, en l’ardeur qui maistrise Mon bras armé , en mille parts ne brise :

Qu'il tranche tout, qu'il fende par morceaux

Les chesnes verts et les tortus fouteaux, Comme jadis il tranchoit comme paille Les corps armez au fort d'une bataille :

Faut que je tranche et ce rocher icy.

ASSAVE.

Hélas ! Monsieur, ne me tranchez aussi!

FLORIDOR

Quel est cestuy qui ose comparaistre

Aux coups cruels de ma pesante dextre ?

Ho! c'est quelqu'un qui me veut attaquer.

ASSAYE.

Si je pouvois amont ce roc rocquer.

Je serois bien!

FLORIDOR

Ores que j'ai passée L'aspre fureur de mon ame insersee, Je n'en ai plus pour venir au combat.

ASSAYE.

Vovez comment ces herbes il abbat, Il en fera autant de ma personne.

FLORIDOR

Sa contenance un peu la mienne estonne,

Car il me semble un homme de vertu.

Ho! j'ai assez cejourd'huy combattu

Contre ces rochs plus durs que n'estl'alhastre, Sans contre un homme aller encor combattre.

ASSATE.

Je serois bien dans un antre caché!

FLORINOR.

Mon fer est trop maintenant esbréché.…..

ASSAYE.

O! que de peur j'ay la pauvre ame atlcinte* FLORIDOR.

Puis qu'il a peur, je ne puis avoir crainte.

Avant, avant! je le veux approcher.

ASSANE.

Pour Dieu, Monsieur, ne me veuillez trancher Comme ces fleurs que votre fer superbe Vient de jetter mortes dessus ceste berb!

Ho! qui es-tu, qui trembles de frayeur ?

ASSAVE.

Ce qu'il vous plait que je suis, Monseigacur. FLORIDOR.

As-tu désir de combattre ma dextre ?

ASSAYE.

Plustôt fuyr à dextro qu'à sencstre. FLORIDOR.

Comme as-tu nom ?

ASSAVYE.

Ainsi qu'il vous plaira.

FLORIDOR

Et d'où es-tu ?

ASSAYE.

D'où ce livre dira.

FLORIDOR Qu’'ay-je besoin de toi et de ton livre.

ASSAYE.

Et moy, Monsicur, j'ay bon besoin do vivre.

FLORIDOR

Pourquoy cela?

ASSAVE.

Afin de ne mourir.

FLORIDOR

Je te feray à ceste heure courir Dans les enfers si tu me fasches guère.

ASSAVE.

C'est vous, Monsieur, qui entrez en colère.

FLORIDOR

Ho! que dis-tu ?

ASSAYE.

Hélas ! Monsieur, je dis Que je voudrois estre dans paradis.

FLORIDOR

Ho! que fais-tu en ce désert sauvage ?

ASSAVE.

Je cherche amour, et du pain davantage.

FLORIDOR

Amour, vilain ? hé! cognois-tu l'amour ? ASSAVE.

Ouy, Monsieur ; je le vis l’autre jour.

FLORIDOR

Comme est-il faict ?

ASSAYE.

Ho , Monsieur, je vous prie D'esteindre avant votre grande furie ; Prenez un peu compassion de moy, Et me laissez appaiser mon esmoy; Puis je diray ce qu'ous avez envie.

Amour, Seigneur, est une grand’ funie, Furor iste rationem fugit.

FLORIDOR

Que j'ay fuy?

ASSAVE

F'imque ipse agit

FLOBIDOR.

Que plein de vin je suis à ce coup yvreŸ

Tu as menti.

ASSAYE.

O amour se fait suyvre Et in cœlis et aussi in terra.

FLORIDOR

Et que ce vin encore m'atterra ?..…

On prévoit quelle doit être la suite de ce quiproquo. Floridor rompt la trève, et maltraite les épaules du pédant qui s'enfuit à toutes jambes. Nous avons cité ce passage do l’Arimène, parce qu'il nous rappelle une des scènes les plus gaies de l'Amphgytrion de Plaute. Montreux n'imite pas souvent les anciens; il semble préférer l’Arioste à Virgile, Sannazar à Théocrite, et Garnier à Sophocle. Comme il a, d’ailleurs, bien moins de goût pour les scènes comiques que pour les lamentations élégiaques, cet entretien burlesque d’'Assave et de Floridor paraît être, dans le recueil de ses OEuvres, une débauche d'esprit. Ajoutons qu'il ya, dans cet entretien, de la verve et des mots heureux. Molière n'a pas trouvé celui-ci : « Et moy, Monsieur, j'ay bon besoin de vivre. — Pourquoi cela? — Afin de ne mourir. »

Voici maintenant un de ces monologues plaintifs qu'affectionne notre poète : de tous ceux qu'on peut lire dans Jsabelle, dans l’Athlète et dans l'Ariméne, c'est peut-être le moins long et le moins précieux :

ALDIRE.

Comme l'on voit, — au retour du printemps Dont les zéphyrs retapissent nos champs De mille fleurs, aux odeurs différentes,

Ji 28

D'esteindre ax Prenez un peu Et me laissez Puis je diray ce Amour, À signe

Furor iste re

Que j'ay fuy?

Mais mon amour qui, cruel, me ruine, Est engendré d’une chose divine,

De ceste nymphe où la divinité

Loge parfaicte avecques la beauté.

Ha ! qu’on a veu peu de nymphes amantes, Peu pour l’amour doucement languissantes !

Daphné jadis Apollon mesprisa,

Et la Syrinx nostre Pau abusa :

L'amour n'a point sur elles de puissance

Et leur vertu brise son arrogance..…

Nous empruntons cette complainte amoureuse au -Icuxième acte de l'Arimène, moins pour la recommander que pour faire connaître la manière de Montroux. Il a bien écrit dix ou douze mille vers sur ce ton langoureux et sur cette thèse unique.

Nous ne ferons que mentionnner les Amours de ‘‘léandre et Domiphille, roman; Paris, 1597, in-12 : | Espagne conquise par Charles-le-Grand, roy de France ; Nantes, 1597, 2 vol. in-12 : l'Homme, ses di- -nitez, son franc et libéral arbitre ; Paris, Buon, 1599, 1-12. Cet ouvrage n'est pas un opuscule, mais un

“os volume de sept cents pages, dans lequel l'auteur ‘ride la cause du libre arbitre avec des arguments emprunt. Îl est dedié à Henri IV. Si, dans sa jeuse, Montreux a été vu dans les rangs des ligueurs, est bien converti; car, dans sa dédicace, il félicite nri d’être « passé, invincible, au travers les mon-

»s armées de ses adversaires. ‘'ardy, “eur des tailles au Mans, : ce 1601, Montreux p: du in-12, une tra£( ten

titre : La ‘ {, de

De qui les mains se remplissent ardantes ; De mille fruits, l’object plus précieux,

Et le butin de la main et des yeux , — Sortir du fond d'une cave cruelle

Le long serpent portant sa peau nouvelle, Qui, se meslant parmyÿ les douces fleurs, Va s’embaumant en leurs douces odeurs ; Ainsi je sors, et en sortant j'espreuve S'espandre en moy une ardeur toute neufve :

Un neuf désir me venant transformer

M'en faict l’object parfaictement symer.

Voilà comment l'accident en sa rage

Change souvent nostre premier courage, Nostre nature , et ce prompt changement N'arrive poinct sans beaucoup de tourment ; D'autant que rien ne change de nature, Sans qu'en changeant de la peine il endure.

J'ai changé donc de naturel, de sort, Espris d'amour compagnon de la mort,

Je, qui soulois ne porter autre cure

Que de mener sur la gaye verdure

Mes blancs agneaux brouter les douces fleurs Que le soleil nourrit de ses chaleurs,

Et que chanter, au bord d'une fontaine, Quelque chanson , qui racomptoit la peine De ceux qu'amour captivoit en ces bois

Et qui vivoient languissans sous ses loix. Ores je sens une peine semblable,

Ua mesme mal me poursuit incurable ; Encore est-il plus puissant que le leur

Et plus cruel est mon gauche malheur ;

Car pour aymer quelques beautez humaines Naissent leurs maux ct s'engendrent leurs peines, Et ce qui est au pouroir des humains

Se peut deffendre et guérir par leurs mains,

Mais mon amour qui, cruel, me ruine, Est engendré d’une chose divine,

De ceste nymphe où la divinité

Loge parfaicte avecques la beauté.

Ha! qu'on a veu peu de nymphes amantes, Peu pour l'amour doucement languissantes!

Daphné jadis Apollon mesprisa,

Et la Syrinx nostre Pau abusa :

L'amour n'a point sur elles de puissance

Et leur vertu brise son arrogance..…

Nous empruntons cette complainte amoureuse au deuxième acte de l'Arimêne, moins pour la recommander que pour faire connaître la manière de Montreux. Il a bien écrit dix ou douze mille vers sur ce ton langoureux et sur cette thèse unique.

Nous ne ferons que mentionnner les Amours de Cléandre et Domiphille, roman; Paris, 1597, in-12 : l'Espagne conquise par Charles-le-Grand, roy de France ; Nantes, 1597, 2 vol. in-12 : l'Homme, ses dignitez, son franc et libéral arbitre; Paris, Buon, 1599, in-12. Cet ouvrage n'est pas un opuscule, mais un gros volume de sept cents pages, dans lequel l’auteur plaide la cause du libre arbitre avec des arguments d'emprunt. Il est dedié à Henri IV. Si, dans sa jeunesse, Montreux a été vu dans les rangs des ligueurs, il s'est bien converti ; car, dans sa dédicace, il félicite Henri d'être « passé, invincible, au travers les montagnes armécs de ses adversaires. » Sébastien Ilardy, receveur des tailles au Mans, a fait un sonnet sur ce traité. En 1601, Montreux publiait à Rouen, chez du Petit-Val , in-12, une tragédie en cinq actes et et en vers, qui a pour titre : La Sophonisbe, dédiée à M, de

Montgommery. En voici l'analyse sommaire. Sophonisbe , femme du malheureux Syphax, est tombée entre les mains de Massinissa, prince allié des Romains. Ceux-ci réclament cette proie glorieuse. Après avoir hésité, Massinissa cède enfin à la volonté de Scipion, son ami ; mais , en même temps qu'il donne l’ordre de délivrer Sophonisbe, il envoie du poison à cette reine infortunée. Sophonisbe accepte avec joie ce présent, et meurt en prononçant les plus véhémentes imprécations contre Rome et toute la race latine. Il ya, dans cette pièce, un peu plus de mouvement et un peu moins de drôleries que dans fsabelle et dans Cleopâtre. Mais quelle révolution devait saccomplir, sur la scène française, dans l'espace d'un denu-siècle! La Sophonisbe de Montreux fut représentée cinquante ans environ avant celle de Pierre Corneille : eh bien! Corneille ne paraît pas même avoir connu cette œuvre d'un poète qui avait vu commencer le XVIIe siècle, et si nous cherchons à établir quelque rapprochement entre les deux Sophonisbe, nous ne trouvons pas à citer, de la tragédie de Montreux, des vers supérieurs à Ceux-ci :

SIPHAX.

O soleil, qui fais voir à nos yeux toute chose Et qui de nos vouloirs superbement dispose ! Eternelle clarté , qui vois tout et cognois Le lamentable sort des misérables rois, Qui servent, comme moy, une troupe incivile D'un peuple qui possede une superbe ville, De nature ennemy de l'alme royauté Pour souhaiter tousjours de vivre en liberté, As-tu jamais cognu, en ta course ordinaire.

Un désastreux malheur semblable en ma misère, Un sort au mien pareil, puisqu'en mon vif malheur Nul espoir adoucist l’effort de ma douleur,

Et que la vive peur d’un autre fier dommage Exerce contre moy les effects de sa rage ?

Perdre en un mesme temps l'estat, la liberté,

Se voir d’un ennemy prisonnier arresté,

Sans espoir de sortir d'une peine si fière

N'est-ce estre sans pareil en cruelle misère ? Devenir, d'un grand roy qui commanda jadis

A mille nations, à cent peuples hardis,

Riche de mainte gloire en mille biens féconde,

Un esclave chétif, n'est-ce languir au monde ?

O cruauté du sort! à bienhcureux cent fois

Ceux qui n’ont point gousté les délices des rois! Qui s'estonnera plus de nostre commun vice,

Si dans le ciel ardent s'exerce l'injustice,

Si les Dieux sont autheurs de nostre impiété ,

Et si nostre malheur vient de leur cruauté?

Si vous haissez tant ma miserable teste,

O celestes cruels ! pourquoy vostre tempeste

En descendant dessus ne la brise en morceaux, Comme les fronts pointus des superbes costeaux ? Pleuvez, pleuvez sur moy la foudre de vostreire, Renfermez-moy là bas, où l’immortel martire, Les dires , les fureurs , punisseurs des pervers, Renouvellent l’ardeur de leurs tourmens divers! Faites ouvrir le sain de la cruelle terre,

Afin que dans ses flancs cruels elle m'enserre!. . Faites cela, cruels , pour souller vostre ardeur Des efforts inhumains de ma vive douleur, Rotissez, tourmentez ce corps qui, misérable, Ne trouve de douleur à la sienne semblable , ete., etc.

Montreux publiait à Rouen , en 1601, en même

temps que sa Sophonisbe , une comédie, la plus rare de ses pièces, qui a pour titre : Joseph-le-Chaste. Nous avons encore de lui un autre poème : Jésus- Christ en l'Autel et en Croix; Paris, 1607 , in-12.

Martin Fumée, sieur de Genilly, frère de ce Nicolas Fumée qui fut abbé commendataire de la Coûture, étant mort sans avoir achevé son Histoire des guerres qui avaient eu lieu, dans le siècle précédent, entre les princes d'Allemagne et l'empereur des Turcs, Nic. de Montreux fut chargé de conduire cette histoire jusqu'à la trève de l’année 1606. Le premier volume, qui est de Martin Fumée, porte ce titre : Histoire générale des Troubles de Hongrie et Transilranie: Paris, Fouet, 1608, in-4 : le second volume, beaucoup plus considérable que le premier, parut à la même date, chez le même libraire, sous ce titre différent : Histoire universelle des guerres du Turc , depuis l'an 1565 jusques à la trefve faicte en l’année 1606; ce volume est de notre Nicolas de Montreux. On y trouve une relation fort étendue de l'expédition conduite par le duc de Mercœur , comme général en chef des troupes de l'empereur Rodolphe. C'est au sujet de cette histoire que Louis Dorléans fit, en l'honneur de Nicolas de Montreux, ces vers étranges :

Qualis in Autololum vicino limite tractus,

Africa flagrantes campis ubi fundit arenas,

Arduus exsurgit saxis horrentibus Atlas

Et cœlum ferit impavidus, scopulisque virentem Fert sylvam , cedros que inter quercusque sonantes Portat odoratam super invia sidera citrum ;

Talis, Fraucigenum late vernantibus oris,

Quà Cænomanorum celeri pede rura pervrrat

JACQUES AUBERY. 459 Sarta vagus , celsasque vadis interluit urbes, Mons sacer exsurgit, lauri quem dives opacat Fronde nemus, rivisque potens et frondibus alüs, Musarumque antro tacita quod valle recondit, Principis invicti quæsitos Marte triumphos Impositumque humeris tollitsuper æthera nomen.

Outre les ouvrages que nous avons cités, La Croix du Maine attribue à Nicolas de Montreux : Le Jeune Cyrus, tragédie, etla Joyeuse, comédie, représentées à Poitiers en 1581; Camma, Hannibal, Paris et OEnone, tragédies ; la Décevante, comédie; le Printemps d'Esté, roman à l'imitation du Printemps d'Iver , de Jacques Iver ; et la Suite de l’Arioste Italien « laquelle, suivant La Croix du Maine, contient un discours des faits les plus illustres de Messeigneurs de Bourbon. » Ces ouvrages n'ont pas êté imprimés.

Page 1