‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 10 sur 239 · LE GENIE CELTIQUE · texte numérisé non relu

LE GENIE CELTIQUE

les^, » dit César. On ne saurait douter de la similitude de leur génie littéraire, car le témoignage de Gaton se rapporte aux Celtes continentaux et on peut le contrôler à l'aide de récits irlandais. Qu'on prenne des récits gallois , composés par d'autres Celtes, sur le sol de la Bretagne insulaire, et l'expérience sera tout aussi concluante. Changeons d'époque, et le résultat sera le même ; le fond du génie celtique n'aura pas subi de modification; Armoricains, Bretons, Gallois, Irlandais, Écossais, sont d'intarissables conteurs, habiles dans le dialogue, prompts à la riposte et qu'on ne prendra jamais au dépourvu. Giraudle Cambrien décrit au douzième siècle ses compatriotes gallois et sa description semble une paraphrase du mot appliqué par Gaton, quatorze cents ans plus tôt, aux Celtes des Gaules -.

L'Irlande nous a conservé les plus anciens monuments de la pensée celtique. Bien ne nous est parvenu de ces « quantités de vers » que, d'après César, les druides enseignaient en Gaule à leurs élèves, interdisant qu'ils fussent jamais couchés par écrit 3. Laprohibition n'a été que trop bien suivie. Rien non plus ne nous est parvenu des improvisations des bardes gaulois ou bretons , ^zpi-^oi, mentionnés par les anciens. Mais en Irlande la littérature celtique eut un temps beaucoup plus long

1 V. supra, p. 6, noie.

2 « De curia vero et faniilia viri, ut et circumstantibus risiim moveant sibiqne lof|ucndo laudein comparent, facetiam in sermone plurimam observant; dum vel sales, vel lœdoria, niinc levi lingua nunc mordaci, sub œquivocalionis vel amphiboliaî nebula, relatione diversa, transpositione verborum et trajcctione, subtiles et dicaces emittunt. » Et il cite des exemples de leurs bons mots. Descripiio Kambrix, chap. xiv, De verborum facetia et urbanitate. Opéra, Brewer, 1861-91, 8 vol., t. VI (collection du Maître des Rôles).

^ 11 dit, à propos des élèves druides. De liello Gallico, liv. VI : « Ma-

pour se développer. Le pays ne fut pas atteint par la conquête romaine; les invasions barbares n'y causèrent pas le bouleversement total qu'elles amenèrent en Angrleterre et sur le continent. Aux septième et huitième siècles, les clercs d'Irlande confient à l'écriture les anciens récits épiques de leur patrie. Malgré la christianisation survenue , le fond païen réapparaît constamment dans ces récits et nous reporte au moment de la composition primitive et jusqu'au temps où les événements racontés seraient advenus. Ce temps est précisément l'époque de César et de l'ère chrétienne. Des travaux considérables ont éclairé de nos jours cette littérature ^ ; mais tout n'est pas fait encore, et l'on a calculé que la publication intégrale des anciens manuscrits irlandais remplirait environ mille volumes in-octavo. On ne peut pas dire que le peuple qui les a produits manquait de « faconde » et on reconnaît à ce trait la passion immodérée pour les récits et l'insatiable curiosité que César avait observées chez, les Celtes continentaux 2.

La majeure partie de ces récits se rattachent au cycle épique de Conchobar et de Cuchulaïnn et aux guerres de rulster et du Connaught. Ils sont en prose coupée de vers. Longtemps avant d'être mis par écrit, ils existaient

gnum ibi numerurn versiiuni ediscore dicunlur, itaque nonnulli annosvicenos in disci|)lina permanent; neque fas esse existiinant ea litteiis mandare. » Une des causes de ceUe interdiction est d'einpôcher que les élèves ne cessent de cultiver leur mémoire, faculté considérée chez les Celtes comme de premii-re importance.

' Surtout ceux de MM. dArbois de Jubainville, Windiscb, Zimmer, Netlau, Whitley Stokes, Kuno-Meyer, Lot et Rhys.

- « Est autem hoc Galliœ consuetudinis; ut et viatorcs etiam invitos consistere cogant : et quod quisque eoruni de quaque re andierit aut cogno veritquiErant, et mercatoresin oppidis vuigus circum.sistat : (juibus ex regionibus veniant, qua.sque res ibi cognoverint pronunciare cogant. » Liv. IV,

Page 1